Alaric et Esty étaient finalement arrivés au village du clan des Treants, Yiggor, après quelques jours de voyage.
Personne ne les accueillit à la porte, ce qui était étrange, et dès qu'ils pénétrèrent à l'intérieur, ils furent confrontés à un spectacle de pure destruction, un carnage s'étendant sur plusieurs kilomètres.
Des cadavres de Treants jonchaient le sol, des maisons étaient réduites en cendres, des arbres abattus ; tout l'endroit n'était qu'un champ de ruines.
« Oh mon Dieu ! Que s'est-il passé ici ? » s'exclama Esty, portant ses mains à sa bouche alors que son cheval la transportait à travers les décombres.
« Quelqu'un d'extrêmement puissant a dû leur faire subir cela. Les Treants ne sont pas un peuple violent. Ils ne provoqueraient jamais des étrangers », répondit Alaric en observant les corps, s'attendant presque à trouver Yggros parmi eux.
Lorsqu'il ne la trouva pas, il se demanda où elle pouvait bien être.
Où était l'aînée des Treants quand son peuple avait le plus besoin d'elle ? Pourquoi aurait-elle laissé une telle chose arriver aux siens ?
Ces pensées traversèrent son esprit alors qu'ils avançaient parmi les débris. Avait-elle comploté avec l'auteur de ce massacre ? Non, Yggros n'était pas de ce genre-là ; elle était trop timide pour concevoir la moindre mauvaise pensée, et encore moins pour passer à l'acte.
Quiconque avait fait une chose pareille avait dû les prendre par surprise.
L'atmosphère devint silencieuse lorsqu'ils atteignirent enfin la porte menant au jardin où résidait l'Arbre Monde, une grande porte brune couverte de fleurs de toutes sortes et de toutes couleurs. Il était enfin temps de sauver l'arbre afin qu'ils puissent retourner à leurs obligations.
« Es-tu prête à faire cela ? » demanda Alaric en tournant la tête vers Esty, qui acquiesça en réponse.
Ils franchirent tous deux la porte et débouchèrent sur une terre verdoyante, parsemée de hautes herbes, de fleurs et de bourgeons colorés.
Ils ne furent pas surpris de constater que la plupart des aînés avaient déjà atteint l'arbre. Ils étaient tous vêtus de capes sombres et de capuches, signifiant qu'ils appartenaient à une organisation.
Ils se tenaient en groupe et semblaient observer quelque chose à la base de l'arbre immense.
« Vous portez toujours vos uniformes... » commença Alaric, tentant une plaisanterie, lorsqu'il remarqua une fine traînée de sang qui s'étirait au-delà des pieds des aînés.
Il s'arrêta, descendit de son cheval et s'approcha lentement.
« Q-Qu'est-ce que c'est ? Que s'est-il passé ici ? » demanda-t-il, mais aucun des aînés ne répondit ni ne reconnut sa présence.
« J'ai dit QU'EST-CE QUE... ! » Ses yeux brillèrent d'un blanc éclatant et des éclats de lumière apparurent au coin de ses paupières ; il était enfin assez proche pour voir ce qui s'était passé.
La vision provoqua une douleur troublante dans sa poitrine ; ses questions précédentes trouvaient désormais leur réponse.
Il vit Yggros étendue sur le sol, totalement inanimée, avec une traînée de vignes mortes à ses côtés.
« Un grand mal est à l'œuvre ici », déclara Rhaenys. Alaric pouvait maintenant voir leurs visages, étant assez proche.
Parmi les aînés se trouvaient Rhaenys Von Bastian, Banqui Dragonborn, Sylvanor le Grand, Seraphina et Armand. Les autres étaient absents pour le moment.
« Je lui avais dit à quel point c'était risqué, ces esprits des arbres, ils n'écoutent jamais ! » se plaignit Armand, son expression soulignant son agacement.
« Tais-toi, Armand ! Ce n'est ni le moment ni l'endroit, nous devons réfléchir. Quoi, ou qui, a pu faire cela ? » dit Banqui en s'accroupissant pour toucher le cadavre de Yggros.
« Yggros était une âme si douce, elle aimait tout le monde et tout le monde l'aimait. Pourquoi les mauvaises choses arrivent-elles toujours aux bonnes personnes ? » demanda Sylvanor, une larme coulant sur sa joue, bien qu'il parvienne à garder son calme.
« Nous devons lui offrir un départ digne », dit Alaric, qui n'avait pas quitté le cadavre des yeux une seule fois.
_ _ _
*Flashback*
Alors que Morbius tenait Yggros par le cou contre l'arbre, lui arrachant la vie, il ne se doutait de rien, trop concentré sur le fait qu'il avait une mission à accomplir.
Il négligea le fait que Yggros était un esprit de l'arbre ; elle ferma les yeux et récita une courte incantation dans son esprit.
Juste avant de mourir, elle avait réussi à transférer sa conscience dans l'arbre, un pouvoir que seuls les esprits des arbres possédaient.
Ainsi, alors que Morbius pensait que l'aînée des Treants était morte, elle venait simplement de déplacer son âme dans l'arbre, ce qu'elle considérait comme sa raison d'être depuis sa plus tendre enfance.
Yggros avait toujours été la plus chétive de la portée. À sa naissance, son clan n'avait aucune idée que les esprits des arbres pouvaient être aussi petits.
Mais ce qui lui manquait en taille, elle le compensait largement par son savoir. Elle avait cherché la connaissance toute sa vie, et sa connexion avec les arbres la distinguait même parmi les autres esprits, lui valant le nom de Mère Nature.
La plupart des Treants la prenaient pour une folle car elle sortait souvent dans le jardin pour parler à l'Arbre Monde ; elle parlait même à des arbres au hasard, partout où elle en trouvait.
Elle avait la capacité de faire pousser des plantes à partir de rien ; même si la terre était stérile, Yggros trouvait toujours un moyen d'y faire croître quelque chose.
_ _ _
« Ne craignez rien, mes amis, car je ne suis pas morte. » Une voix émergea de l'arbre, forçant chacun à réagir différemment.
Armand se transforma instantanément en chauve-souris et s'envola en arrière, tandis que les autres reculèrent d'un pas.
« Bien que mon corps physique ait été assassiné par un usurpateur, j'ai pu transférer mon âme dans cet arbre, qui a été un hôte merveilleux », dit la voix.
« Que s'est-il passé ici, Yggros ? » demanda Alaric.
« Il n'y a pas d'autre façon de le dire : vous êtes tous en danger. J'attendais votre arrivée avec impatience, quand l'usurpateur a attaqué. »
« Un usurpateur ? De quel usurpateur parlez-vous ? » demanda Rhaenys.
« Il n'est autre que celui qui exécute les ordres du roi démon fou... » commença la voix de Yggros, et leurs expressions changèrent immédiatement, car ils savaient pertinemment de qui elle parlait.
« Ne me dis pas que... » dit Banqui.
« Morbius. »