Xenia était assise en tailleur tandis qu’une brise paisible soufflait à travers l’herbe sous elle. Ses cheveux étaient soigneusement relevés en chignon et son épée reposait entre ses lèvres.
Ses yeux étaient clos et sa respiration était régulière.
Elle était restée là pendant près de trois heures d’affilée, immobile et inébranlable.
Le cocher s’occupait des chevaux comme à son habitude, rêvassant au moment où il pourrait enfin rentrer chez lui auprès de sa famille, sans prêter la moindre attention à la femme rousse en pleine cultivation.
Soudain, un immense trou de ver, sombre et de forme rectangulaire, apparut. Il avait l’apparence d’une porte géante, semblable à celles des halls du château d’Ironfell.
Cette apparition soudaine fit sursauter le cocher. Il tira rapidement son poignard et recula lentement vers la calèche, sans s’en rendre compte.
« Mademoiselle Xenia ! » appela-t-il la femme qui ne semblait pas remarquer que quoi que ce soit se produisait.
De la distorsion spatiale émergea un jeune homme aux cheveux blancs flottants et aux yeux bleus luisants. Ses vêtements étaient en lambeaux et son corps était sale, mais il dégageait toujours la majesté d’un prince.
Les yeux du cocher s’écarquillèrent de surprise. Il n’avait pas la moindre idée que le jeune maître pouvait apparaître et disparaître où bon lui semblait.
« Q—Quoi ?! Jeune maître Jacob ! C—comment avez-vous... quoi... » bégaya-t-il, incapable de reprendre ses esprits.
Les oreilles de Xenia se dressèrent au son du nom de Jacob ; elle cessa immédiatement sa cultivation et se leva, un mélange d’inquiétude et de soulagement se dessinant instantanément sur son visage.
« Oh. Elle m’ignore toute la journée mais interrompt immédiatement sa cultivation dès qu’il revient... Tch. » songea le cocher intérieurement, une légère grimace apparaissant sur son visage.
« Jacob !—Je veux dire... jeune maître, où diable étiez-vous passé ? Dans quoi vous êtes-vous fourré ? Pourquoi vos vêtements sont-ils brûlés ? » Elle l’assaillit d’une rafale de questions sans attendre de réponse.
Le garçon les fixa tous deux avec lassitude : « Je répondrai à toutes vos questions bientôt, mais pour l’instant... j’ai besoin d’un bain chaud, de vêtements propres et d’un bon repas. Un homme peut-il au moins avoir ça ? »
« Oh. Tout de suite, monsieur. » répondit le cocher avant de s’éloigner précipitamment.
Xenia dévisagea le garçon de la tête aux pieds, incertaine de ce qu’elle devait dire, mais elle resta calme malgré tout.
« J’ai tenu ma promesse, n’est-ce pas ? » demanda Jacob avec une expression sérieuse.
« Quoi ? »
Le garçon leva immédiatement deux doigts en signe de victoire et sourit de manière espiègle. « Je n’ai pas dépassé les deux jours. »
Elle faillit lui donner une tape sur la tête, mais elle se retint et lui adressa un sourire forcé à la place.
On prépara un bain au garçon, on lui donna des vêtements de rechange et un repas chaud ; il se nettoya et mangea à sa faim.
« Jeune maître, je pense qu’il est temps pour vous de me di— » commença Xenia, mais elle fut immédiatement interrompue par les ronflements du garçon.
Elle sourit et se dirigea vers sa tente, décidant qu’elle l’interrogerait au matin.
_ _ _
Le matin arriva rapidement. Jacob s’éveilla de son sommeil, la luminosité du soleil matinal manquant de l’aveugler.
Il se redressa avec un bâillement langoureux et se frotta les yeux.
« Elle m’a laissé dormir dehors ? » songea-t-il intérieurement en regardant autour de lui, légèrement agacé.
Le garçon se leva et se dirigea vers la rive de la rivière, s’aspergeant le visage d’une poignée d’eau.
Il resta assis là pendant quelques minutes, la bataille contre le Savant repassant en boucle dans sa tête ; il se demanda brièvement si tuer cet homme était la meilleure décision.
Il écarta cette pensée.
« Bonjour, jeune maître. » lança une voix derrière lui.
« Bonjour, Xenia. Peux-tu demander au cocher de préparer la calèche ? Nous devons nous rendre quelque part. »
« Tout de suite, jeune maître. » Elle le fixa brièvement avant de se retourner pour transmettre le message.
Jacob resta assis, le regard perdu au loin. Il observait avec attention les oiseaux picorant les vers et les hautes herbes qui se balançaient au gré du vent.
« Je ne savais pas que la paix était si réconfortante. » se dit-il en laissant échapper un soupir.
Il se leva et alla se préparer pour le voyage à venir.
Jacob avait une dernière chose à faire avant de quitter complètement la zone.
Il se dirigea vers l’endroit où le cocher et Xenia se tenaient.
« Xenia, peux-tu m’accompagner ? Je dois aller voir quelqu’un. » demanda-t-il avec un léger sourire aux lèvres.
Elle hocha la tête puis lui demanda : « De qui s’agit-il ? »
Il tourna son regard vers les portes de la secte du Macabre Volant au loin.
« Un vieil ami », répondit-il.
_ _ _
Zaheer venait de rentrer dans sa petite maison à l’extrémité est du domaine de la secte.
Il retira avec précaution le petit sac en bandoulière et le jeta sur le lit, puis il s’assit, croisa les doigts et se perdit dans ses pensées.
« Je suis allé lui rendre visite mais il n’était pas là, où a-t-il bien pu aller à cette heure-ci ? Personne ne sait même où il se trouve. » songea intérieurement le garçon aux cheveux bruns, la tête basse, déçu.
« Je ne peux même pas aller chez lui. Il me tuerait si j’essayais une chose aussi stupide. »
Il resta assis à réfléchir pendant quelques minutes, laissant échapper de temps à autre un sifflement ou se frappant légèrement le front.
« Je dois aller chercher Jasmine à l’entraînement bientôt », fut sa dernière pensée avant que...
WHOOSH !
Une brise calme passa rapidement devant lui, faisant onduler ses vêtements.
Et alors, il entendit une voix très familière.
« Qu’est-ce qui préoccupe tant mon ami ? »
Le garçon se retourna vivement pour croiser le regard d’un adolescent aux cheveux blancs, assis confortablement sur le rebord de la fenêtre.
« Jacob !? » Une expression de surprise et de confusion se lisait sur tout son visage.
« Qu’est-ce que tu fous là ? Quelqu’un t’a vu ? Le chef de secte t’a-t-il vu... » commença le garçon, se précipitant vers lui pour le tirer du rebord de la fenêtre et l’entraîner dans la pièce.
« Woah ! » s’exclama Jacob en trébuchant dans la pièce. « Ravi de te voir aussi, vieil ami. »
Xenia montait la garde à l’extérieur de la petite maison, sa présence dissimulée mais parfaitement consciente.