Jacob s'assit et réfléchit un instant. Savant était une figure d'autorité ; il était donc naturel qu'il reste sur ses gardes. Apparaître sur le pas de sa porte le pousserait probablement à mettre en œuvre ses plans d'urgence encore plus rapidement.
Son esprit passa en revue une infinité de façons d'aborder le problème. Impossible de savoir quelle était la force réelle de cet homme ou quel pouvoir il maniait ; la seule chose certaine pour le moment, c'était qu'il dégageait une aura très puissante.
La solution lui apparut soudainement, comme une ampoule qui s'allume. C'était une idée qui, bien que Jacob la trouvât amusante, était garantie de pousser Savant à baisser sa garde, ne serait-ce qu'un instant.
« Jaran est celui qui a la tête la plus froide, c'est l'apparence que je vais adopter. » Songeait-il. Son plan était simple : se présenter à Savant comme l'un de ses assassins salariés et l'attaquer lorsqu'il serait assez proche. Avec un peu de chance, il réussirait à en finir avec lui en un seul coup.
[Dédicace à Saitama, le jeu de mots est tout à fait intentionnel, désolé, mon humour est un peu détraqué]
D'une simple pensée, l'apparence de Jacob changea. Ses cheveux, autrefois blancs comme neige, devinrent une mer dorée et fluide. Sa peau devint plus pâle qu'à l'origine, presque celle d'un zombie.
Il perdit quelques centimètres ; les jumeaux démons mesuraient environ 1m80 chacun, ses mains devinrent plus courtes, tout comme ses jambes. Tous les souvenirs que possédait Jaran, synchronisés avec ceux de Jirin, inondèrent son subconscient. Il savait désormais tout ce qu'ils avaient fait, possédait chacun de leurs pouvoirs et partageait même leur douleur ; un inconvénient de sa compétence de Dévoration.
Il se força lentement à se détacher des souvenirs tragiques auxquels il avait accédé après la transformation. Il porta une main pâle à son visage, l'examina lentement ; même ses vêtements avaient changé. En posant une main sur les cornes qui saillaient désormais de son front, il esquissa une légère expression de dégoût.
Il n'avait jamais vraiment porté les démons dans son cœur ; dans sa vie passée, c'étaient des entités qui brûlaient en enfer, condamnées à une punition éternelle pour leurs mauvaises actions sur Terre.
Il finit par chasser le bruit de son esprit.
« Cool, ce sera une très bonne compétence pour la suite. » Pensa-t-il avant de faire un pas en avant.
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Savant, qui se trouvait à l'intérieur du petit bâtiment, décida finalement de sortir pour sa cigarette habituelle. Il se tint sur le porche comme à son habitude et alluma nonchalamment un cigare brun.
Il avait déjà tiré trois bouffées de nicotine lorsqu'une brise légère souffla près de lui, manquant d'éteindre son cigare. Il se tourna vers la droite : une silhouette familière était assise sur la rambarde, cheveux dorés et cornes, vêtue d'une longue cape noire assez épaisse pour ne pas bouger avec le vent.
La silhouette fit pivoter ses jambes autour de la rambarde et atterrit avec un bruit sourd sur le panneau de bois aux pieds de Savant, provoquant une réaction subtile de l'homme, qui se redressa un peu.
« Jaran ? Je te croyais mort. » Lança Savant en tirant une nouvelle bouffée. Son expression restait impassible, mais sa posture avait changé.
« Tu nous as envoyés dans une mission suicide, le gamin était trop fort. Tu as de la chance que nous nous soyons contentés de rompre le contrat. » répondit Jaran.
« Pourquoi Jaran viendrait-il ici ? Surtout après tout ce temps. » Savant réfléchit tout en scrutant les environs lentement.
« C'est une menace ? » demanda-t-il. Ne recevant aucune réponse, il poursuivit : « Comment étais-je censé savoir que des assassins chevronnés comme les jumeaux Helmand seraient vaincus par un gamin de quinze ans... Au fait, où est ton frère ? »
« Aucune menace, je ne fais qu'exposer les faits. Jirin avait des affaires à régler à Helmand. »
Savant haussa un sourcil. « Quel est donc ton but ici, Jaran ? » demanda-t-il.
« Le garçon après qui tu nous as envoyés n'est pas un "enfant" ordinaire. Il a failli nous tuer. Ce n'est pas une bête ordinaire, et ce n'est pas quelqu'un avec qui on peut jouer. Je suis venu te dire que le Roi Démon nous a ordonné de ne plus accepter aucun contrat de ta part. » déclara Jaran, le visage inexpressif.
Savant l'étudia un bref instant. C'était assurément le Jaran dont il se souvenait, tout était identique. Le débit de parole, la posture, l'apparence ; tout correspondait à l'image du démon gravée dans sa mémoire.
Cependant, quelque chose clochait.
« Tu as fait tout ce chemin. Seul, pour me dire ça ? » Il gloussa légèrement, caressa sa barbe et jeta son cigare au sol, l'écrasant sous son pied. « Pour qui me prends-tu... Jacob ? »
Jacob écarquilla les yeux, stupéfait que l'homme ait percé son plan en quelques minutes. Il ouvrit la bouche pour parler, mais avant qu'il ne puisse dire un mot, un coup violent s'abattit sur sa joue, l'envoyant valser à plusieurs mètres dans la jungle bordant la maison de Savant.
Il s'écrasa contre un arbre et tomba au sol, grognant avant de se relever rapidement en se massant la mâchoire.
« Waouh, le vieux a du répondant, il a failli m'avoir en un seul coup. » songea Jacob, qui avait repris son apparence normale.
« Tu vois, c'était vraiment facile de te démasquer, gamin. Jirin et Jaran ne vont NULLE PART l'un sans l'autre. De plus, seul un monstre comme toi posséderait une telle compétence. Qu'es-tu au juste ! » rugit Savant depuis son porche, mais Jacob resta silencieux.
« Eh bien, soit. Je n'ai qu'à remercier ton orgueil mal placé et ta stupidité pour ma bonne fortune. »
Il entendit les pas de l'homme s'approcher de la forêt.
Pour la première fois depuis qu'il avait quitté la maison, Jacob sentit qu'il était sur le point d'affronter un véritable défi.
« Il y a tant de choses que tu ignores à mon sujet, Jacob Ironfell... Je n'ai aucune raison de te haïr, tu pourrais croire que ma haine est feinte. Ce n'est pas le cas... Je n'éprouve aucune émotion à ton égard. Depuis ta naissance, j'ai été choisi... choisi pour être celui qui t'éliminerait... une anomalie dans ce monde. »
L'homme commença à se transformer, ses vêtements du haut brûlèrent et la moitié gauche de son corps entra dans un état de fusion. Des marques rouges grésillantes apparurent partout. Sa voix devint plus profonde et résonna, comme s'il était instantanément corrompu par quelque chose.
« Tu n'as pas ta place ici ! »