« Ah oui ? Je croyais que vous étiez venue pour… je ne sais pas… me ligoter au lit, encore une fois. » Jacob agita un long index en direction de la femme. « Lady, vous ne faites que parler. »
Sur ces mots, le jeune homme s’allongea aussitôt sur son lit et fixa le plafond sans rien dire. Mais, constatant que la femme gardait le silence, il la regarda.
« Elyssara, si vous n’avez rien à dire, vous pouvez partir. »
À ce stade, il était évident qu’Elyssara dévorait le jeune homme des yeux, au point d’en avoir presque la bave aux lèvres. Les images de la façon dont il avait mené ses précédents combats défilaient dans son esprit.
À cet instant, tout ce qu’elle voulait, c’était lui arracher ses vêtements en douce, de la manière la plus dépravée qui soit, puis le chevaucher jusqu’au petit matin. Malheureusement, elle savait que Jacob n’était pas intéressé.
Elle se rapprocha peu à peu de lui. Elle en avait assez de jouer, et devinait qu’il en était de même pour lui. D’un geste vif mais élégant, elle s’assit au bord du lit de Jacob, les yeux emplis de larmes qui ne coulaient pourtant pas.
« Jacob, dit-elle en s’efforçant de paraître moins dépravée qu’elle ne l’était déjà, je regrette la façon dont je suis venue vous voir par le passé, comme si j’avais le droit de vous réclamer, à la manière d’un animal de compagnie. »
Jacob fronça les sourcils. Il était d’accord avec elle.
« Depuis des années, je suis dans cette tour et je regarde les hommes aller et venir. Tous ceux que j’ai abordés se sont pratiquement jetés sur l’occasion. Je suppose que c’était à cause de ma beauté. En fait, la plupart sont devenus tellement obsédés par moi que j’ai dû les repousser sans détour, dit Elyssara d’une voix calme. Elle regardait Jacob, mais son attention se portait sur les draps de soie. Vous êtes le seul à m’avoir résisté aussi longtemps et, pour être honnête, je ne sais pas pourquoi je me sens comme ça. »
Elyssara avait décidé d’abandonner ses manigances et ses tentatives de séduction pour parler à Jacob avec son cœur. Quelle que soit sa réponse, cela ne changerait en rien son engouement pour lui.
« Je comprends ce que vous ressentez, mais vous devez comprendre, comme je vous l’ai déjà dit, que j’ai déjà quelqu’un. Je ne peux pas la trahir. Elyssara, vous êtes d’une beauté fatale. Dans une autre vie, je serais à vos côtés encore et encore », répondit Jacob en grimaçant légèrement, incapable de croire qu’il devait prononcer de telles paroles.
« Jacob, j’apprécie et j’admire sincèrement votre loyauté. J’aimerais que tous les hommes soient comme vous. Mais vous devez comprendre que tout ce qui se passe dans la tour reste dans la tour. Je suis absolument certaine que votre bien-aimée ignore même que vous êtes ici. » Elyssara posa la paume sur sa main et le regarda droit dans les yeux.
« Elle ne le sait pas, mais c’est uniquement parce que j’ai dû prendre une décision et que je l’ai laissée avec un clone… »
« C’est ça ! » s’exclama Elyssara en claquant des doigts, comme si une ampoule venait de s’allumer au-dessus de sa tête. « J’ai compris aujourd’hui que vous pouviez créer des clones de vous-même. Et si nous trouvions un compromis ? Cinq clones pour moi, et je vous laisse complètement tranquille. »
« Allons ! Que voulez-vous faire de cinq clones entiers ? » demanda Jacob, presque amusé par sa requête. Cette femme voulait cinq exemplaires du même homme à sa disposition pour satisfaire ses désirs.
« Je vous ai vu en créer mille aujourd’hui comme si de rien n’était. Cinq ne devraient sûrement pas vous coûter grand-chose. Faites ça pour moi, Jacob, et vous ne me reverrez plus jamais. »
Jacob se caressa le menton barbu. C’était une idée qui lui était venue avant même qu’il ne parle au Régulateur. Il ne voulait simplement pas avoir à le faire, car il n’avait pas envie de subir la fatigue de devoir voir, à travers les yeux de ses clones, tout ce qui se passerait.
Il n’aurait qu’à rompre le lien qui les unissait. Ils se déplaceraient alors comme des êtres indépendants et ne se dissiperaient que lorsqu’Elyssara n’aurait plus besoin d’eux.
C’était peu cher payé pour être libéré de cette femme.
Jacob savait sans l’ombre d’un doute que, dans un monde où Violet n’existerait pas, il aurait accepté l’offre de cette femme sans même hésiter.
« D’accord, marché conclu. Vous me promettez de me laisser tranquille ? » Jacob haussa un sourcil et attendit sa réponse, qui ne tarda pas.
« Je le jure sur ma divinité. Juste cinq clones. Je veux qu’ils soient amoureux de moi, mais pas… obsédés. Vous voyez ce que je veux dire. »
« Ouais, ouais, c’est fait. »
D’une simple pensée, Jacob matérialisa dans la pièce cinq clones identiques à lui-même, puis rompit aussitôt le lien qui les unissait.
Il regarda Elyssara pousser un petit cri de joie et se jeter dans leurs bras. Bien sûr, ils la soulevèrent sans difficulté.
Ils la déposèrent au sol et la regardèrent lutter pour se tenir droite, les genoux légèrement tremblants à cause des Jacob qui l’entouraient et la pelotaient désormais avec une certaine vigueur.
Elle en profitait un peu trop.
« Hé ! Emmenez tout ça dans vos appartements, Elyssara. » Jacob aboya ces mots en fronçant les sourcils. Il n’avait aucune envie d’assister à la suite.
« Allez, les garçons, débarrassons-lui le plancher. Merci infiniment, Jacob. Vous m’avez rendu ma jeunesse, haha. » Elle embrassa l’un d’eux avec une sensualité appuyée, puis un autre, en gloussant tandis qu’ils traversaient tous le portail pour rejoindre les appartements d’Elyssara, où ils passeraient toute la nuit dans les bras les uns des autres.
De son côté, le Jacob original se servit de nouveau de sa Vue sans limites pour épier la belle Violet et sa longue chevelure violette et soyeuse.
Elle dormait déjà profondément. Jacob l’observa quelques minutes, puis regagna son propre lit.
Peu après, il sombra dans le silence mortel de la Tour du Soleil et s’endormit à poings fermés.