Jacob regagna sa chambre sans ajouter un mot à l’intention d’Uga. La pièce était exactement comme dans son souvenir, mais elle était plus vivement éclairée, signe que la journée n’était pas encore terminée. Peu lui importait : il se dirigea rapidement vers la salle de bains pour se rafraîchir, bien qu’il n’en eût pas vraiment besoin. Il sentait encore les débris et la poussière dans ses cheveux, ce qui le rendait sale à ses yeux. Il fit donc sa toilette en vitesse.
Il s’était manifesté de nouveaux vêtements sans trop de peine et n’était donc plus torse nu, comme à son arrivée dans la Tour du Soleil.
…
Il s’habilla aussitôt et, moins de vingt minutes plus tard, dormait à poings fermés sur son grand matelas moelleux.
Jacob dormait sans doute depuis deux ou trois heures lorsqu’il sentit soudain qu’on lui plaquait fermement les poignets. Il ouvrit lentement les yeux ; ses cils d’un blanc de neige papillonnèrent tandis qu’il apercevait une silhouette devant lui, les yeux brillants d’excitation.
Il faillit siffler entre ses dents en reconnaissant la personne. Ce n’était autre que la magnifique, triste et extrêmement lubrique Déesse en pleurs, Elyssara.
Elle se tenait là, un sourire sinistre aux lèvres, vêtue d’une simple nuisette de soie, sans rien dessous. Ses formes se dessinaient nettement sous le tissu tandis qu’elle mordillait le bout de son doigt en le regardant.
Jacob était surtout agacé que cette femme ait interrompu sans permission son sommeil réparateur pour l’attacher à son lit, comme il le constata en baissant les yeux vers ses mains, plaquées au matelas par des liens de métal lumineux.
Il ne se souciait même pas de savoir comment elle avait réussi à le retenir ainsi. Il en avait simplement assez de ses manigances.
« Que faites-vous dans ma chambre ? » La voix de Jacob était d’un calme mortel. Il savait que lui crier dessus ne donnerait rien de bon.
« Tu es tellement séduisant quand tu es attaché… Je suis venue prendre ce qui me revient de droit~ » Elle lui adressa un sourire entendu, avec une lueur presque imperceptible dans les yeux.
« Alors, tu t’es dit que le meilleur moyen d’attirer mon attention, c’était de m’enchaîner à mon lit et de… quoi ? De me violer ? » demanda-t-il, un sourcil perplexe levé, allongé là, le torse nu.
« Eh bien, tu ne t’es pas vraiment montré très coopératif… » dit-elle en s’approchant lentement, presque en se déhanchant, sans le quitter des yeux. « Mais non, je ne considère pas ça comme un viol. Disons plutôt que c’est le prix à payer pour tous les ennuis que tu m’as causés. »
Jacob ricana. « Des ennuis ? Ha ! Ma chère, c’est toi qui me causes des “ennuis”. » Il mima des guillemets avec les doigts, toujours entravé. « Si tu me laissais tranquille, ces ennuis n’existeraient pas. »
« Où serait le plaisir, alors… » Elle arriva au lit et grimpa lentement sur le jeune homme, à califourchon. Jacob avait déjà compris qu’elle ne portait rien sous sa nuisette, mais cette femme ne l’attirait pas particulièrement ; son comportement ne le troublait donc pas. Elle se pencha vers son oreille, son corps pressé contre son torse nu.
« Laisse-moi te dire une chose. J’aime encore plus quand tu résistes. Ça m’excite davantage. »
Jacob ne répondit pas. Il tira simplement un peu sur les menottes de métal qui le retenaient au lit, faisant résonner un cliquetis dans la petite pièce.
« Ça ne sert à rien, Jacob. J’ai fait appel à mon autorité d’être d’un ordre supérieur pour te maintenir attaché à ce lit. Même si tu es très puissant, tu ne peux pas dépasser cette autorité. » Elle ricana, une lueur ténue dans les yeux, et approcha ses lèvres des siennes pour l’embrasser, la bouche bien huilée en avant.
« Qui en a décidé ainsi ? » marmonna Jacob. Il se libéra aussitôt une main et la repoussa vers le côté ouvert de la pièce. Juste avant qu’elle ne touche le sol, un portail s’ouvrit. Ce n’était pas celui de la tour, mais un portail que Jacob avait créé lui-même pour la renvoyer hors de sa chambre, dans le hall.
Jacob libéra son autre main, s’assit sur son lit et se frotta lentement les poignets en balayant la pièce du regard.
Comment allait-il réussir à faire en sorte que cette femme le laisse tranquille ? Il n’avait peut-être pas d’autre solution que de faire échouer chacun de ses plans jusqu’à ce qu’elle finisse par renoncer.
La dénoncer à ses supérieurs ne servirait à rien : c’était un être d’un ordre supérieur, et une femme, alors il lui serait très facile de retourner l’histoire contre lui et de le faire expulser de la tour. Il avait déjà vu cela se produire maintes fois.
Cependant, s’il allait voir ses supérieurs et leur fournissait des preuves solides qu’elle avait tenté de le harceler à plusieurs reprises, ils le croiraient, connaissant son caractère, et la sanctionneraient eux-mêmes.
Il savait donc exactement ce qu’il devait faire.
Un portail apparut aussitôt dans le hall de la tour. Une belle femme en jaillit et s’écrasa lourdement au sol, mais, par miracle, ses vêtements ne laissèrent pas voir sa nudité.
Elle grogna d’une voix rauque et gutturale en se relevant pour épousseter sa courte robe de soie. Dès qu’elle eut atterri, elle se rendit imperceptible aux yeux des personnes qui déambulaient encore dans le hall.
Folle de rage, elle serra les dents. Cette fois, les larmes lui échappèrent : un liquide argenté ruissela sur ses joues lisses tandis qu’elle frappait du pied comme une petite fille en pleine crise.
« Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi est-ce qu’il ne veut pas de moi ! » cria-t-elle en croisant les bras et en regardant autour d’elle. Aucun des hommes présents ne l’intéressait. Elle ne voulait que Jacob. Pourquoi lui résistait-il autant ?
Elle était indéniablement belle, les preuves ne manquaient pas. Elle avait des formes généreuses, ne manquait de rien sur le plan physique et avait de l’expérience. N’importe quel humain serait prêt à mourir pour l’avoir dans son lit, ne serait-ce que cinq secondes.
À cet instant, elle se jura de ne jamais renoncer. Elle finirait par mettre cet homme dans une situation compromettante où il n’aurait d’autre choix que de la prendre. Il ne lui restait qu’à trouver comment s’y prendre…