« Je suis prêt quand tu veux », dit Drammond sans sourire. Jacob se rendit alors compte que le jeune homme qui se tenait devant lui n’avait pas souri une seule fois depuis leur rencontre. Il se demanda pourquoi il était si sérieux, alors qu’il menait une vie si brillante dans son propre monde.
Le Monde de poche que possédait Jacob, appelé Kalgin, s’étendait à l’infini. On pouvait donc y causer de nombreux dégâts sans que cela se remarque le moins du monde.
C’était aussi un espace qui se réparait de lui-même et qui faisait également office de lieu de stockage. Pour Jacob, c’était un peu tout ça à la fois.
« Je vais t’emmener quelque part. Ne panique pas. Tu vas voir quelque chose… enfin, plusieurs choses. » Jacob fit un geste de la main, ce qui fit hausser un sourcil à Drammond, perplexe.
« De quel genre de choses tu parles ? » demanda Drammond, l’air méfiant. « Ne me dis pas que tu entreposes des cadavres quelque part… »
Jacob ne parvint pas à déterminer si le jeune homme était sérieux ou s’il venait soudain de se découvrir un talent pour les blagues. Quoi qu’il en soit, il allait l’emmener dans Kalgin.
« Tu verras quand on y sera. »
…
Une légère pression sur l’épaule du jeune homme aux yeux bruns, et ils furent tous deux transportés sur-le-champ dans un espace qui s’étendait à perte de vue. Il n’y faisait ni particulièrement clair ni sombre, mais la luminosité était modérée. D’immenses rochers flottaient en divers endroits, chacun aussi vaste qu’une île. À l’extrémité sud, un amas de matériaux disparates flottait dans les airs. Parmi eux se trouvait Excalibur, enveloppée d’une aura bleuâtre qui semblait la préserver.
Drammond promena le regard autour de lui, quelque peu stupéfait par ce changement de décor.
« Où est-ce qu’on est, putain ? »
« Pour te l’expliquer simplement, c’est mon Monde de poche. Une dimension parallèle que je suis le seul à pouvoir contrôler entièrement. Comme tu vois, je m’en sers pour entreposer mon équipement, mes armes et tout ce que je ne peux pas transporter sur moi, comme mes bagages », expliqua Jacob sans s’étendre. Il ne voulait pas que la conversation dévie de leur objectif et que Drammond se mette à lui poser une série de questions sur Kalgin.
Au beau milieu de leur conversation, une puissante rafale de vent leur fouetta les cheveux et les vêtements. Une bête géante d’un vert éclatant passa au-dessus d’eux. Elle était plus imposante que tout ce que Drammond avait jamais vu, et il comprit aussitôt de quoi il s’agissait.
Un frisson lui parcourut l’échine. C’était la première fois qu’il voyait une créature aussi majestueuse. Son corps se figea et son visage blêmit. Après tout, qui n’aurait pas peur des dragons ?
La créature décrivit quelques cercles au-dessus d’eux, puis finit par se poser près de Jacob et lui tendit le museau pour qu’il le caresse.
« Ahaha, tu m’as manqué, toi aussi… euh… Je te présente mon ami. Il s’appelle Raijin. » Jacob fit de son mieux pour les présenter, malgré la maladresse de la situation.
« T-Tu as un d-dragon ?! » s’exclama Drammond, toujours livide et figé sur place. La plupart des gens auraient crié, mais Drammond n’exprimait pas ses émotions comme les autres. Même sa peur était aussi mesurée que sa joie ou son état neutre. C’était quelqu’un de très calculateur.
« Ne t’inquiète pas, il est inoffensif. Je lui ai demandé de nous laisser de l’espace pour notre combat », répondit Jacob.
À peine eut-il parlé que la créature poussa un cri perçant, qui fit légèrement tressaillir Drammond. Raijin déploya ses ailes et, en moins de deux secondes, la bête disparut de leur vue. Drammond poussa un soupir de soulagement et se détendit aussitôt.
…
« Alors, on peut se donner à fond ici ? » demanda Drammond. Il avait prévu de ne pas épuiser toute son énergie, car cela l’aurait empêché de participer à l’ascension de la tour pendant un certain temps. Mais à présent qu’ils se tenaient face à face, le jeune homme était également curieux.
Pourquoi Jacob voulait-il s’entraîner contre lui ? Était-ce un stratagème pour s’exercer à ses côtés et devenir plus fort ? Ou Jacob savait-il quelque chose qu’il ignorait ? Il obtiendrait sûrement toutes les réponses une fois la victoire acquise et le combat terminé.
« À quoi bon se retenir ? Moi, en tout cas, je ne me retiendrai pas du tout. » Jacob sourit d’un air entendu. Un élastique noir apparut aussitôt dans sa paume, et il s’attacha les cheveux en une queue-de-cheval négligée. Une lueur d’excitation brilla dans ses yeux tandis qu’il fixait Drammond.
Ils avaient décidé de laisser leurs armes de côté et de se battre à mains nues, comme l’exigeaient aussi les règles de la tour, même si leur bienfaiteur leur permettrait par la suite de passer outre.
« Avant de commencer, je voudrais te montrer à quoi tu t’exposes. » Drammond expira lentement et cligna des yeux. Son regard était terne, mais une puissance débridée bouillonnait dans son corps.
Il se tourna lentement vers l’un des rochers flottants, grand comme une montagne, qui lévitait au loin. Respirant calmement et régulièrement, il leva un pied et frappa violemment dans le vide, en direction du bloc de pierre.
Jacob n’avait jamais vu cette technique de coup de pied. Malgré toutes ses connaissances, il ne connaissait rien de semblable. Le mouvement, comparable au balayage d’une immense lame, fendit l’air jusqu’au rocher et le coupa aussitôt en deux morceaux égaux. Et tout cela avec une facilité déconcertante.
Jacob sourit jusqu’aux oreilles. Enfin, il avait rencontré quelqu’un d’aussi puissant. Il allait savourer ce combat.
Dès qu’il vit le coup de pied, la technique s’imprima dans son cerveau survolté et il la maîtrisa en une seconde.
« Maintenant que tu as vu l’étendue de ma puissance, dis-moi si tu veux toujours te mesurer à moi », dit Drammond d’un ton las. On aurait dit qu’il n’avait même pas dépensé la moindre énergie.
« Je n’ai jamais été aussi impatient, mon ami… »