Chapitre 173
Chapitre 173 : Arrivée dans la tribu barbare
« C-Compris… » répondit Nyzzara en tressaillant face à son ton. « Tu as réussi à terminer le donjon ? Je ne sais même pas quoi dire… c’est impressionnant… »
« Dans le lot de conneries que tu racontes, il y a visiblement un peu de flatterie », trancha Rael en plissant les yeux. « Contente-toi de nous guider, laisse-moi faire ce pour quoi je suis venu, et nous repartirons. »
Nyzzara fronça les sourcils, mais au lieu de répondre, elle remonta simplement sur son loup terrible et commença à ouvrir la marche.
Pendant ce temps, Rael se concentra sur la beauté dans ses bras qui, après s’être agitée un long moment, commença enfin à ouvrir les yeux.
Elle sembla un peu étourdie pendant quelques instants, mais lorsqu’elle croisa son regard, elle détourna brusquement les yeux, le visage instantanément écarlate.
« Tu aurais dû me le dire plus tôt… » murmura-t-elle avant de passer soudainement ses bras autour de son cou pour se rapprocher.
Son souffle chaud et léger effleura son oreille, et l’instant d’après, elle murmura les mots qu’il attendait depuis tout ce temps.
« Je t’aime aussi… »
Son sourire s’adoucit malgré lui alors qu’il la déposait délicatement au sol, lui prit le visage entre les mains et, à sa grande surprise, déposa un baiser sur son front.
Une expression à la fois confuse et satisfaite apparut sur son visage tandis qu’elle glissait sa main dans la sienne.
Il y eut un moment de silence complice, un silence qui en disait long ; malgré le peu de mots échangés, ils avaient enfin réussi à exprimer leurs sentiments.
Bien sûr, ils en discuteraient plus en profondeur une fois de retour à Celestara, et surtout chez eux.
Néanmoins, comme il commençait à se lasser de voir Nyzzara jeter constamment des regards jaloux dans sa direction, il invoqua simplement sa voiture.
Zafira et lui y prirent place, et il l’enclencha en pilote automatique avant de se caler dans son siège.
« C’était épuisant… » soupira Rael. « Ce donjon… enfin, je suppose que tout n’a pas été vain. »
Zafira gloussa en ajustant son siège pour être à la même hauteur que lui, puis s’allongea sur le côté, plongeant son regard dans le sien.
Bien qu’elle arborât un sourire, elle semblait l’examiner avec un calme olympien.
« Dis… Rael, il s’est passé quelque chose, n’est-ce pas ? » demanda-t-elle en gardant son sourire. « …Tu ne regrettes pas tes paroles, si ? »
Les sourcils de Rael tressaillirent alors qu’il soutenait son regard.
« Zafira, quand j’ai dit que je t’aimais, c’était sincère », il tendit la main pour caresser ses cheveux. « Quant à ce qui s’est passé… disons simplement que j’ai peut-être vu quelque chose de désagréable. »
Son expression devint sérieuse et elle se redressa.
« Je me demandais pourquoi je ne me souvenais de rien après que tu m’aies dit que tu m’aimais… qu’est-ce qui est arrivé ? » insista Zafira, avant de soupirer. « Désolée… si tu ne veux pas partager ça avec moi, tu n’es pas obligé. »
« Ça va », répondit Rael en simplifiant les faits. « Un papillon m’a montré le futur. Dans ce futur, j’avais disparu et tu essayais de me ramener par le biais d’un ennemi. Au final, j’ai reçu un avertissement d’un autre être, dont je me servirai pour m’assurer que ce futur ne se réalise jamais. »
Zafira écoutait, son expression changeant à chaque mot qu’il prononçait.
Et lorsqu’il eut terminé, elle détourna simplement les yeux pour fixer l’horizon, en direction des barbares.
« Je sais que tu ne mens pas, car je ferais vraiment n’importe quoi pour te ramener si tu devais un jour me quitter », remarqua Zafira avec un petit rire. « Mais… raconte-moi toute l’histoire plus tard, d’accord ? »
« Je le ferai, Zafira. Ne t’inquiète pas », répondit Rael. Sur ce, ils entrelacèrent leurs doigts et regardèrent les barbares les mener vers leur tribu.
Il leur fallut pas moins de quatre heures pour arriver, à cause de leur allure.
Malgré cela, Rael regarda par la fenêtre de la voiture, observant les environs.
Comme il s’y attendait, le sol était mort, et les quelques cultures que les barbares tentaient de faire pousser avaient des formes et des couleurs étranges.
La nourriture était immangeable. L’eau était difficile d’accès et totalement non filtrée.
Il était difficile d’imaginer qu’ils aient survécu si longtemps dans de telles conditions. Pourtant, il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre la répartition des survivants.
La plupart des gens présents avaient une unique marque verte sur le front et, bien qu’ils soient maigres, ils restaient en bonne santé.
Plus ils avaient de marques, plus ils semblaient en bonne santé. Pourtant, en regardant Nyzzara, il réalisa qu’elle n’avait aucune marque non plus.
Je ne crois pas que son frère en avait une non plus… pensa Rael, distrait par une vision particulière au loin.
Il y avait quelques barbares. Cependant, leurs os étaient pratiquement visibles tant ils étaient maigres. Ce qui frappait le plus, c’était l’absence de marque sur leur front.
« Ce sont des esclaves », précisa Zafira. « Du moins, c’est ce que ma mère disait. Les barbares sans marque n’ont aucun droit car ils ont enfreint les règles de la tribu. »
« Oh, c’est vrai… » se souvint enfin Rael. « Ils sont soit exilés, soit mis au "travail". Quelle vie de merde. »
Zafira haussa les épaules. « Les démons sont encore plus mal lotis. Ceux qui naissent différents deviennent du bétail. »
« …La vache. »
Ils terminèrent leur petite discussion et descendirent bientôt de la voiture. Pour des raisons de sécurité, Rael la rangea dans son inventaire.
Néanmoins, il prit une profonde inspiration, humant l’air de la tribu barbare.
Autant dire que ses sinus furent agressés, tout comme ceux de Zafira, qui se couvrit le nez tout comme lui.
« Je sais, je sais… » marmonna Nyzzara avec un soupir. « Ça ne sent pas bon, mais croyez-moi, c’est bien moins pire dans les quartiers du chef. »
« Guide-nous là-bas alors, je m’y mettrai juste après », pressa Rael. D’un signe de tête, Nyzzara commença à le guider à travers la tribu.
Franchement, il n’y avait pas de maisons en dur, seulement des huttes de paille. On trouvait aussi, à l’occasion, une maison en terre battue.
Malgré tout, l’état de l’ensemble du territoire barbare, Ogarak, était pire que tout ce qu’il avait imaginé.
J’imagine que c’est pour ça que ce n’était jamais une zone jouable et que les barbares tuaient à vue tous les joueurs qui tentaient d’y entrer, pensa Rael.
Cependant, alors que la structure au loin apparut enfin dans son champ de vision, il se figea et fronça les sourcils.
Il y avait un château de pierre géant avec plusieurs dizaines de gardes armés dispersés aux alentours. Il y avait même une fontaine en plein milieu.
« Dis, Nyzzara… » commença-t-il en pointant derrière lui, puis vers les luxueux quartiers du chef.
« Quel genre de corruption vous manigancez, vous autres ? »