Vritra s’arrêta un instant devant le temple. Soudain, son esprit fut submergé par un amas de sensations et de souvenirs étrangers.
Peut-être que cela n’aurait pas beaucoup d’effet sur les êtres supérieurs, dont la conscience immense pouvait filtrer ce genre d’intrusions. Mais pour quelqu’un qui n’était qu’un demi-dieu, c’était bien trop : l’assaut mental faillit le faire vaciller.
Mais les effets disparurent bientôt d’eux-mêmes, s’estompant tandis que sa volonté reprenait le dessus.
« Qu’est-ce que c’était ? » Vritra fronça les sourcils. Cette sensation servait-elle à modifier subtilement les êtres supérieurs au fil du temps ?
Ou à tenir les faibles à l’écart du sanctuaire intérieur du temple ?
Quoi qu’il en soit, Vritra fut tiré de ses pensées par des chants qui s’élevaient de l’intérieur, des voix entonnant leurs prières à l’unisson.
« Vive le grand Bouddha ! »
« Om mani padme hum ! »
« Amitabha ! »
Les chants résonnaient entre les murs de pierre, créant une vibration presque hypnotique.
Sans attendre, il se précipita dans le temple et gravit le long escalier : s’il utilisait ses pouvoirs, il risquait de se faire repérer et de compromettre sa couverture.
Une minute après que Vritra eut pénétré dans le temple, quelque chose remua sous l’herbe, puis cornichon vert sortit en rampant de sa cachette.
Pour sauver ces sept pitoyables femmes, il avait une fois de plus repris son opération visant à faire punir Vritra pour ses crimes.
Bien sûr, Vritra ne pouvait pas encore sentir qu’un être supérieur le suivait de si près et surveillait ses mouvements.
En entrant, Vritra découvrit plus de trente personnes rassemblées dans la pénombre du temple, devant une grande estrade.
Toutes portaient des vêtements blancs et ressemblaient presque à des membres de secte. Elles récitaient à toute vitesse quelque chose dans une langue qu’il ne connaissait pas.
Mais lorsqu’il posa les yeux sur l’estrade, sa surprise redoubla.
Le moine chauve se tenait dessus, le corps légèrement tremblant, enveloppé d’un tissu blanc qui ressemblait à une robe.
Les paumes jointes en prière, il affichait un sourire forcé, manifestement crispé et artificiel… Le pauvre Moine avait l’air de lutter pour sa vie, empêtré dans des liens invisibles.
Il voulait s’enfuir, mais ne pouvait pas bouger. Il restait donc planté là, figé comme une statue.
« Pitoyable, sauve-moiiiii ! » hurlait-il en silence, appelant désespérément à l’aide, tandis qu’il marmonnait, terrifié :
« A-Amitabha~ »
Sa voix tremblait, sa panique à peine contenue.
« Établissons le Bouddha ici, je prendrai sa peau ! » lança soudain l’un des hommes, qui gesticulait avec excitation.
« C’est pas juste. Bon, d’accord, je prendrai ses yeux. J’ai entendu dire que la victoire suivait le regard du Bouddha, où qu’il se pose. » Un autre protesta, voulant s’emparer d’une partie de valeur.
« Alors, sa langue dorée est à moi. On dit qu’elle éloigne la malchance. » Une troisième voix se joignit à eux ; chaque adepte tenait à réclamer sa part.
Plus Moine les écoutait, plus il pâlissait. Le sang désertait son visage, mais son sourire ne quittait pas ses lèvres. Avait-il réussi à récupérer la chance de Vritra, d’une façon ou d’une autre ?
Il ne faisait qu’observer les lieux quand ces adeptes l’avaient enlevé et jeté dans ce temple. Au début, Moine avait cru qu’il allait devenir le dieu des êtres supérieurs et accéder à la divinité.
Mais ses pensées maléfiques furent bientôt brisées en mille morceaux.
Tandis que tous se répartissaient son corps avec enthousiasme, se disputant pour savoir qui aurait quoi, le dernier homme et deux autres ne purent que pousser un profond soupir et se contenter des restes.
« Bon, je prendrai ses hanches. Les transformer en siège apportera beaucoup de karma et l’illumination à quiconque s’assiéra dessus », marmonna l’un d’eux, résigné.
« Je prendrai son… truc et j’en ferai une grosse affaire. Ça augmentera l’endurance et la virilité de tout le monde ! » Le dernier avait même déjà imaginé un projet commercial et calculait ses bénéfices.
TOC TOC
C’est alors qu’ils remarquèrent quelqu’un entrer dans le temple, ses pas résonnant sur le sol de pierre. Beaucoup froncèrent les sourcils : il ne restait plus rien à se partager.
Ils devraient donc réduire de moitié leur part, et personne ne voulait renoncer à quoi que ce soit.
Mais lorsqu’ils se retournèrent et virent de qui il s’agissait, leurs visages se rembrunirent. La reconnaissance et la peur y passèrent comme un éclair : la réputation de Vritra s’était répandue dans tout le royaume.
C’était d’abord un vétéran de guerre, puissant et très respecté parmi les êtres supérieurs. Il avait même atteint le rang de commandant, un poste de grande autorité.
Pourtant, des années auparavant, pendant une guerre contre Crooked, de nombreux êtres supérieurs avaient péri au combat.
À l’époque, il était parvenu à survivre, d’une manière ou d’une autre, mais Evelyn, la fille de Fader Vespera et cheffe de guerre, avait disparu sans laisser de trace.
La joie d’avoir survécu s’était alors évanouie, remplacée par le désespoir. Il avait même été sévèrement puni, et son caractère était devenu pourri ; il avait fini par quitter le service actif.
Heureusement, Evelyn était revenue saine et sauve peu après, mais sa réputation et son équilibre mental avaient déjà été abîmés.
Ils redoutaient donc ses prouesses et son tempérament légendaire ; personne n’osait s’approcher de lui.
« Que se passe-t-il ici ? » demanda Vritra d’un calme menaçant, en observant attentivement les expressions des adeptes.
« R-Rien, nous avons juste trouvé un grand Bouddha, doté d’une grande fortune et d’un karma immense, a-alors… » répondit avec crainte le plus jeune, qui n’avait obtenu que la partie secrète de Moine et comptait lancer son affaire. Sa voix tremblait.
Mais il s’interrompit lorsque l’homme à côté de lui lui écrasa le pied, le faisant taire.
« Ah, un grand Bouddha ? Il va me porter chance ? » Un sourire prédateur et glacial s’étira aussitôt sur le visage de Vritra.
À cette vue, tous les membres de la secte eurent un mauvais pressentiment, comme si un épais manteau de mauvais augure s’abattait sur eux.
« Hé, grand Bouddha, tu veux venir avec moi ? Je t’accrocherai au mur de ma maison pour attirer la chance. » Vritra parlait d’un ton désinvolte, mais ce n’était pas vraiment une question : c’était un ordre.
« Amitabha~ » Moine se tourna vers Vritra, le soulagement illuminant ses traits. Il dissimula sa joie immense derrière une expression sereine.
Vritra était vraiment son sauveur. Il venait secourir le jeune homme en détresse juste avant que ces maniaques ne le découpent en morceaux.
« Bienfaiteur, il semble que je vous doive une dette karmique d’une vie antérieure. Laissez-moi vous rembourser dès maintenant en devenant votre porte-bonheur », dit Moine avant de sauter de l’estrade avec une agilité surprenante.
Mais les visages des êtres supérieurs s’assombrirent à cette révélation. Tous bouillonnaient de rage et de déception.
Ce chauve était à eux. Ils l’avaient trouvé les premiers. Comment pouvaient-ils le laisser l’emmener et repartir avec leur récompense ?
« V-Vritra, ne va pas trop loin. N-Nous pouvons te donner ses yeux ou son cerveau, si tu veux, mais ne nous pousse pas dans nos derniers retranchements ! » L’un des hommes recula d’un pas et marmonna, sa rage à peine contenue.
« Nous porterons plainte auprès des détenteurs de la loi. Prends-lui une ou deux parties du corps et va-t’en. » Une voix s’éleva de quelque part derrière le groupe, mais personne ne put dire qui avait parlé, dissimulé parmi les robes blanches.
Vritra leva les yeux au ciel devant leurs menaces. On dirait que Divine lui avait trouvé une bonne identité : il voyait très bien la peur gravée sur leurs visages.
Il se montra donc plus autoritaire et agressif, alors que, logiquement, n’importe lequel d’entre eux aurait pu le tuer d’un éternuement accidentel s’il l’avait voulu.
« Ce Bouddha est à moi. Trouvez-vous-en un autre. Si ça vous pose un problème, vous n’avez qu’à m’attaquer. Je vous mets au défi de vous battre contre moi. » Vritra parla avec une assurance absolue, tandis que Moine venait rapidement se placer à côté de lui.
Il gardait le même sourire serein, malgré son cœur qui battait à tout rompre.
Dehors, cornichon vert affichait un large sourire de satisfaction et d’impatience.
Qui l’aurait cru ?
Vraiment ! Qui aurait cru qu’il n’aurait pas à suivre Vritra pendant des mois ? L’occasion s’était présentée si vite, et si facilement.
Sans perdre une seconde, il contacta les détenteurs de la loi en toute hâte.
…
Dans une région reculée du royaume des êtres supérieurs, loin du temple.
Dans un vaste bâtiment qui ressemblait à des bureaux, divers êtres supérieurs de la famille Vespera s’affairaient à leurs postes.
Ils recevaient les plaintes des gens, puis décidaient avec soin de la manière de traiter chaque affaire.
De temps à autre, ils quittaient le bâtiment pour régler les problèmes en personne, lorsqu’ils exigeaient l’intervention de leur autorité.
Mais aujourd’hui, l’atmosphère même était différente. Une femme d’une beauté saisissante se tenait au milieu de la salle et attirait tous les regards.
Sa présence rendait l’atmosphère tendue et étouffante ; tous ceux qui travaillaient là ressentaient la pression.
Ce n’était autre qu’Evelyn Vespera, qui avait soudain décidé de venir ici sans prévenir.
Elle était là depuis près d’une heure et observait le déroulement des opérations.
Chaque fois que quelqu’un sortait pour aller régler une affaire en personne, elle examinait d’abord le dossier elle-même.
Mais avec leur statut inférieur, que pouvaient-ils dire ou faire en réponse à son examen minutieux ?
C’est alors qu’un homme reçut une plainte d’un habitué, qui n’arrêtait pas de les importuner.
« Pff, ce tas de merde vert… » Il grimaça en voyant la notification, puis répondit avec professionnalisme : « Oui, monsieur le tas d’merde… EHEM, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? »
« Dépêchez-vous de venir, il y a un énorme vol en plein jour au temple du Bouddha ! » La voix pressée et paniquée de cornichon vert retentit dans la communication, essoufflée d’excitation.
L’homme fronça les sourcils et demanda, sceptique : « Ce n’est pas encore une de tes conneries, hein ? » Il avait déjà entendu beaucoup de fausses alertes.
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Merci d’avoir lu…