Chapitre 39
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Traducteur/éditeur : HidingTurtle
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◈ Élevé par un épéiste impitoyable ◈
Chapitre 39 : Les arts martiaux rapprochent les amis
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Je regardai Wi Jin-ak sortir lentement de l’ombre sous l’avant-toit.
Ce n’était pas très agréable de voir l’homme que je venais d’affronter à l’épée sortir de l’obscurité à une heure aussi tardive. J’avais accepté son offre de séjourner ici, pas de me faire surveiller à chacun de mes pas.
Je croyais que nous en avions fini. N’était-ce pas le cas ?
« Tu as dit que j’étais libre d’aller et venir. »
Wi Jin-ak haussa légèrement un sourcil. Puis, comprenant apparemment ce que je voulais dire, il secoua lentement la tête.
« Je n’essayais pas de te surveiller. J’étais sorti prendre l’air et, en voyant passer un visage familier, je t’ai simplement adressé la parole. »
Je l’observai attentivement, mais rien ne laissait penser qu’il mentait.
Cela dit, les femmes d’ici semblaient habiles à dissimuler leurs pensées derrière un sourire, tandis que cet homme direct n’avait pas l’air capable de ce genre de manœuvres.
Je réajustai sur mon dos le paquet qui contenait mon épée, puis répondis :
« J’avais oublié quelque chose, alors je suis retourné à l’auberge. »
Le regard de Wi Jin-ak passa brièvement sur le paquet dans mon dos, puis descendit vers ma taille nue.
« Tu n’as toujours pas d’épée. »
J’en avais une dans le paquet de toile sur mon dos, mais inutile de lui dire de quel genre d’épée il s’agissait.
« C’est vrai. »
« Un artiste martial devrait avoir une bonne épée. Une arme à laquelle on est habitué peut parfois décider si l’on vit ou si l’on meurt. »
Je l’avais appris à mes dépens cette fois-ci. Quand cette épée bon marché s’était brisée, j’avais failli succomber au sabre de Wi Jin-ak.
Pourtant, entendre de tels mots de la bouche de l’homme qui avait brisé mon épée me laissa un goût amer. Je lui répondis sans grande conviction que j’y veillerais à l’avenir, puis m’apprêtai à regagner ma chambre lorsqu’il reprit la parole.
« Justement, on t’en a préparé une. »
Je reposai le pied que j’avais levé.
Ma taille me paraissait si vide que je comptais me renseigner sur une forge dès l’aube. Mais pourquoi Wi Jin-ak…
Nous nous étions affrontés à peine quelques heures plus tôt. J’avais du mal à croire qu’un homme comme lui m’ait préparé une épée.
« Pourquoi m’en aurais-tu préparé une ? »
« Ce n’est pas moi qui l’ai préparée. »
Wi Jin-ak poursuivit de son ton calme habituel. La maîtresse des lieux l’avait demandé. Puisque la rencontre de ce jour avait été organisée pour voir mon épée, et qu’une épée en parfait état s’était brisée par leur faute, la maison se devait d’assumer ses responsabilités.
Une épée ne pouvait pas vraiment réparer les choses, mais c’était au moins un geste d’excuse. Elle avait demandé que je ne la refuse pas. Il l’avait donc gardée pour moi.
Ces mots me rappelèrent brièvement le sourire de Chae Wol.
Il fallait s’y attendre de la part d’une femme qui dirigeait un endroit pareil : ses calculs étaient précis. Si telle était son intention, soit. J’étais bien embêté à l’idée de trouver une forge ; c’était donc une offre bienvenue.
« Si on m’en a préparé une, je l’accepterai avec gratitude. »
Wi Jin-ak acquiesça, m’indiqua d’un mouvement du menton de le suivre, puis se détourna.
Je le suivis à travers la cour assombrie.
Le grand bâtiment tout au fond était encore vivement éclairé. On aurait dit que personne n’était encore allé se coucher. Puisque la Brume et le Pavillon du Couchant brillaient toujours autant, j’en conclus que Chae Wol était encore à son poste.
Mais après quelques pas, je remarquai que Wi Jin-ak se dirigeait vers un endroit qui m’était familier.
Sans surprise, c’était la même annexe que celle où je logeais. Plus précisément, il se dirigeait vers ma chambre.
Je me sentais toujours mal à l’aise lorsque Wi Jin-ak monta les marches de pierre, gagna la galerie et avança de quelques pas sous l’avant-toit. Il ouvrit alors la porte d’une chambre située deux portes plus loin que la mienne et entra.
Je restai dans la cour à regarder son dos disparaître dans l’embrasure.
Mon voisin de chambre maniait donc l’épée comme ça. Je venais de gagner un voisin fort peu rassurant.
Un bruissement se fit entendre à l’intérieur, puis Wi Jin-ak ressortit avec une épée à la main. Il descendit de la galerie et me la tendit.
Je la pris et l’examinai au clair de lune. Le fourreau était sobre, sans laque ni ornement, mais solidement fabriqué, sans le moindre assemblage branlant.
La corde autour de la poignée était neuve et intacte. Sous la paume, là où on la tenait, elle était rugueuse.
Le fourreau avait l’air convenable, mais son apparence ne permettait pas de savoir ce qu’il renfermait.
« Je peux la dégainer ? »
« Fais comme tu veux. »
Frring.
Quand je la dégainai, la lame brilla froidement sous la lune. Droite, dépourvue d’ornements superflus et aiguisée uniformément sur toute sa longueur, elle était manifestement l’œuvre d’un artisan soigneux.
L’épée à la main, je reculai jusqu’au milieu de la cour. Il y avait assez de place pour manier librement le bras.
Je fis légèrement pivoter mon poignet et traçai un arc. Puis je repartis dans l’autre sens et dessinai un cercle en direction opposée.
Son poids se répartissait parfaitement dans ma main. La pointe suivait mon poignet avec souplesse, sans résistance quand je la déviai et la ramenai. Sa longueur me convenait aussi. Quand je traçais un arc, la pointe n’était ni trop courte ni trop éloignée.
Comme une rame bien polie qui glisse dans l’eau sans lutter contre le courant, l’épée ne résistait pas à ma main.
Elle n’égalait pas celle de Hyeonam, mais elle n’avait rien à voir avec le bout de fer bon marché que j’avais acheté deux taëls à Guju.
Je continuais à la manier pour m’habituer à sa prise quand une voix s’éleva de la galerie.
« Elle te convient ? »
Wi Jin-ak était assis sur la galerie et m’observait.
« Je l’ai choisie après avoir vu ta voie de l’épée. Pour une épée qui pare, dévie et revient, ce genre de modèle convient mieux à la main qu’une lame lourde. »
Je cessai de bouger et réajustai plusieurs fois ma prise sur l’épée.
C’était étrange d’apprendre que l’homme avec qui je m’étais battu avait jugé mon escrime et choisi cette épée en conséquence. Avait-il compris à ce point ma façon de dévier les attaques pendant ce bref échange ?
Quoi qu’il en soit, ma main ne me trompait pas.
« Elle me va parfaitement. »
Cette fois, je ne le disais pas par politesse.
« Merci. »
Wi Jin-ak eut un petit sourire.
« Tant mieux. »
Ce n’était pas un homme qui souriait facilement. Pourtant, apprendre que l’épée qu’il avait choisie me convenait semblait lui faire grand plaisir. Il vivait vraiment par le sabre.
Je rengainai l’épée. Elle glissa parfaitement dans son fourreau, sans le moindre jeu.
Je m’apprêtais à regagner ma chambre quand sa voix m’arrêta de nouveau.
« Ça te dirait d’échanger quelques passes ? »
Je m’arrêtai et me retournai. Il me proposait soudain un nouveau duel ? Je venais à peine de recevoir une épée de sa part ; cette proposition inattendue me laissa interdit.
« … Tu m’as donné cette épée pour ça ? »
Wi Jin-ak ouvrit tranquillement les deux mains. Le geste signifiait qu’il était désarmé et qu’il n’y avait rien d’autre derrière sa proposition.
« Il n’y a pas d’arrière-pensée. Je veux simplement croiser le fer avec toi une nouvelle fois. »
Je l’observai attentivement. Je ne décelai ni mensonge ni intention meurtrière. Sous son expression impassible, il n’y avait que l’esprit de compétition tranquille d’un artiste martial.
« La Brume et le Pavillon du Couchant sont encore animés, alors il n’y a presque personne par ici. Nous ne dérangerons personne. »
J’y réfléchis un instant.
À bien y penser, je n’avais pas gagné plus tôt grâce à la supériorité de mon épée.
J’avais ouvert mon dantian et concentré mon énergie dans cette dernière trajectoire, ce qui m’avait permis de profiter de l’ouverture dans son sabre avant qu’il puisse le retirer. À l’épée seule, cet homme semblait mon égal, voire légèrement supérieur.
Et puis…
Lors de notre affrontement, j’avais senti quelque chose à portée de main, avant que cela m’échappe.
J’avais dévié ses coups comme d’habitude, mais l’espace d’un instant, ce lourd sabre avait semblé perdre son poids et glisser de lui-même au-delà de mon poignet, sans même effleurer le bout de mes doigts.
Je ne l’avais ni dévié ni paré. Mais les lames pleuvaient sur moi et je n’avais pas eu le temps de revenir sur cette sensation ; elle m’avait échappé.
Avec Wi Jin-ak pour adversaire, je pourrais chercher cette piste à mon rythme. Il ne s’agissait pas d’un combat à mort, et je n’avais pas entre les mains une épée bon marché qui se briserait après un ou deux échanges.
Oui, c’était une bonne idée.
« D’accord. Mais évitons les coups mortels. »
« Ça va de soi. »
Wi Jin-ak sourit et se leva.
Un instant, mes vêtements de soie me gênèrent, mais me changer et me préparer de nouveau me semblait fastidieux. Je n’avais qu’à retrousser mes manches qui flottaient. Je les relevai jusqu’aux poignets en deux ou trois tours, puis dégainai de nouveau.
Je gagnai le milieu de la cour et fis face à Wi Jin-ak, à quatre ou cinq pas de lui.
Une étrange sensation m’envahit. L’image fantomatique d’un Ancien se superposa à la silhouette de Wi Jin-ak.
Pendant dix ans dans les montagnes, je m’étais tenu ainsi face à cet Ancien. Nous nous étions affrontés avec des épées de bois, puis, plus tard, avec de vraies épées.
Mais cela ressemblait davantage à une correction qu’à un duel. Je fonçais toujours sur lui comme si ma vie en dépendait et, même ainsi, il était rare que je m’en sorte sans blessure.
C’était la première fois que j’échangeais des passes avec quelqu’un en retenant mes coups et en reculant à mon tour.
J’abaissai la pointe de mon épée et l’orientai en diagonale vers Wi Jin-ak.
Wi Jin-ak leva lentement le sabre qu’il tenait le long du flanc. Le dos de la lame penchait légèrement vers lui, tandis que le tranchant s’inclinait vers l’extérieur. C’était la même garde que tout à l’heure.
« Je vais commencer. »
À peine eut-il fini de parler que son sabre fondit sur moi. Je reçus le coup diagonal avec mon épée et le déviai.
Le sabre de Wi Jin-ak était toujours aussi lourd. Son poids parcourut ma lame et se transmit directement à mon poignet tandis que je l’écartais. Cette lourdeur rendait difficile le contrôle de sa trajectoire.
Mais cette fois, je n’avais pas besoin de me presser. Personne ne me barrait la route derrière moi, et je ne tenais pas une épée bon marché qui se briserait après un ou deux échanges. Contrairement à tout à l’heure, quand la sueur froide me coulait dans le dos, j’avais le loisir d’examiner chaque mouvement de son sabre du bout des doigts.
Le sabre de Wi Jin-ak était fidèle à mon souvenir. Il frappait directement l’endroit visé, sans feinte ni ruse.
Mais cette fois, cette franchise m’arrangeait. Si je savais d’où viendrait le coup, j’avais le temps de choisir comment le recevoir.
Je parai, déviai, reculai d’un demi-pas, puis parai de nouveau. Entre les échanges, je modifiai peu à peu l’angle de mon poignet lorsque je déviais ses coups.
Je retardai mon geste d’une demi-mesure, le temps que la force du sabre s’atténue. Je relevai le point de contact de la largeur d’une paume. À chaque fois, le poids accrocha différemment, mais il ne disparut jamais complètement du bout de mes doigts.
Comme il retenait ses coups mortels, le tranchant de son sabre s’arrêtait à chaque fois à quelques centimètres de ma chair. Cette pause me donnait une respiration de plus, assez pour choisir mon prochain mouvement.
Une fois, au lieu de retirer mon épée après avoir dévié le coup, je prolongeai son arc droit vers le poignet de Wi Jin-ak. J’avais redirigé vers son poignet le mouvement final qui m’avait permis de gagner plus tôt.
Mais sans énergie pour le propulser, mon coup n’était pas aussi rapide qu’à ce moment-là. Wi Jin-ak en devina la trajectoire à temps et le para avec le dos de son sabre, le coin des lèvres légèrement relevé.
« Alors, c’était donc ça, le mouvement. »
Savoir qu’une attaque vient et se faire surprendre, c’est le jour et la nuit. Pourtant, au lieu de me frustrer, cela me rassura. Seul un adversaire que de petites astuces ne pouvaient tromper avait encore des choses à m’apprendre.
Voilà donc ce qu’était un entraînement.
Après un bon moment à échanger des passes, la pointe du sabre de Wi Jin-ak descendit doucement vers sa taille. Le deuxième mouvement allait venir.
Je savais déjà qu’il remonterait d’en bas. Je guidai la frappe ascendante sur le côté et m’écartai ; la pointe du sabre fendit le vide.
Une lueur d’enthousiasme traversa le visage impassible de Wi Jin-ak. Son sabre s’abaissa de nouveau.
Je cessai de compter les échanges.
Parer, dévier, enrouler et reculer se fondirent peu à peu en un seul mouvement continu. Il devenait difficile de savoir où la défense s’achevait et où l’attaque commençait.
Au milieu de ce mouvement, je continuais à chercher une seule chose : cette sensation de vide au bout de mes doigts, lorsque le poids disparaissait.
Et soudain, je trouvai quelque chose.
Plus j’essayais de vaincre son poids, plus il pesait lourd dans ma main. Quand je pensais à bloquer, toute la force du sabre reposait sur mon poignet. Quand je pensais à l’éviter, il m’entraînait inutilement à l’écart.
Ne pas le contrer, ne pas l’éviter. Il suffisait d’ouvrir un peu plus la voie que le sabre voulait suivre.
Je reçus le coup suivant en relâchant doucement la force de mon poignet. Je ne bloquai pas et ne poussai pas. Je me contentai de laisser ma main suivre légèrement la trajectoire que le sabre voulait prendre.
Le sabre glissa le long de la surface de mon épée, comme s’il avait perdu son propre poids. Je sentis à peine le contact du bout de mes doigts.
C’était ça.
Cette sensation que j’avais effleurée avant de la perdre demeura un peu plus longtemps dans ma main, cette fois. Je ne pouvais pas dire que je l’avais saisie, mais je savais au moins où chercher.
Encore une fois. J’allais recevoir le coup suivant de la même manière quand des voix de femmes, murmurant de l’autre côté du mur, me parvinrent.
La sueur froide le long de mon dos se dressait comme une brume blanche dans l’air glacial. Chacun de mes souffles se dispersait dans l’obscurité. À force d’être absorbé par l’épée, je n’avais pas remarqué qu’il était déjà si tard.
Je m’arrêtai pour écouter. La musique ténue qui s’échappait du bâtiment principal s’était tue.
La Brume et le Pavillon du Couchant avaient-ils fermé pour la nuit ? On aurait dit que les membres de la maison, qui mangeaient et dormaient derrière ces murs, rentraient un à un.
Wi Jin-ak rengaina lui aussi son sabre et regarda dans cette direction.
« Il se fait tard. »
Je venais à peine de comprendre la piste. Un bref regret persista au bout de mes doigts, mais je n’y pouvais rien.
Wi Jin-ak sembla lire sur mon visage et sourit en rengainant son sabre.
« Nous aurons d’autres occasions. Inutile de te presser. »
C’était vrai. Nous vivions sous le même toit, à deux portes l’un de l’autre. Si nous voulions convenir d’un jour, nous pouvions le faire quand bon nous semblait.
« Tu as raison. »
Je lui rendis un faible sourire.
Quelques instants plus tôt, il était un voisin inquiétant. Mais après avoir croisé le fer si longtemps, ces deux portes entre nous me semblaient désormais bienvenues.
Une fois mon épée rangée, nous avions tous deux le dos trempé. Wi Jin-ak désigna du menton un coin de la cour. Il y avait un puits.
Sans un mot, nous nous y rendîmes.
J’ôtai mes vêtements du haut, descendis le seau et tirai de l’eau. C’était de l’eau de nuit, en plein cœur de l’hiver ; mes mains s’engourdirent en remontant le seau.
Wi Jin-ak me tendit d’abord le dos, alors je lui versai tout le seau sur la nuque.
Floc !
L’eau lui ruissela dans le dos, mais il ne broncha pas. Seules plusieurs vieilles cicatrices, qui le sillonnaient en tous sens, brillèrent sous le flot. C’était vraiment le corps d’un homme qui avait vieilli en vivant par le sabre.
Cette fois, je lui tournai le dos.
L’eau froide me tomba sur la tête et mon échine se raidit aussitôt.
Nous échangeâmes encore deux ou trois seaux, jusqu’à avoir complètement chassé la sueur.
Après avoir sommairement séché nos corps trempés, nous échangeâmes de brèves salutations. Wi Jin-ak regagna sa chambre, tandis que je rejoignais la mienne.
Je m’assis en tailleur et examinai tranquillement mon dantian. Je rassemblai l’énergie qui y dormait et la fis lentement circuler depuis les endroits où elle s’était déposée.
Une fois, deux fois.
Mon corps refroidi se réchauffa peu à peu de l’intérieur. Cette sensation qui persistait au bout de mes doigts remonta faiblement, puis s’évanouit à nouveau tandis que je faisais circuler mon énergie.
Wi Jin-ak n’avait-il pas dit qu’il n’y avait pas besoin de se presser ?
Je rétablis à environ la moitié l’énergie que j’avais dépensée en la faisant circuler, puis m’allongeai, épuisé.
* * *
Quand j’ouvris les yeux, le papier des fenêtres était déjà lumineux.
Je poussai la porte et découvris que le soleil était haut dans le ciel. Je m’étais épuisé à m’entraîner, puis j’avais fait circuler mon énergie jusqu’à tard ; j’avais donc dormi bien plus longtemps que d’habitude.
Je me levai et sortis sur la galerie. La porte de la chambre de Wi Jin-ak, deux portes plus loin, était fermée.
« Tu es réveillé ? »
Pas de réponse. Même en tendant l’oreille, je n’entendis pas le moindre souffle à l’intérieur. Il ne dormait pas ; il avait dû sortir.
Je songeai à retourner dans ma chambre pour m’asseoir de nouveau en tailleur, mais je n’arrivais pas à me concentrer.
Chae Wol n’avait-elle pas dit qu’elle me préviendrait dès qu’elle aurait des nouvelles de Yeongpa ?
Quelqu’un était peut-être déjà venu. Yeona était-elle en sécurité ? Tout allait-il bien à la maison ? Dès que mes pensées m’entraînèrent jusque-là, je ne pus me résoudre à rester assis dans ma chambre à faire circuler mon énergie.
Je ferais peut-être mieux de me promener et de voir si j’avais des nouvelles.
J’enfilai mes vêtements de coton habituels et quittai aussitôt l’annexe. Les hommes à la porte s’inclinèrent et me laissèrent passer, comme la veille.
Après avoir traversé l’étroit sentier dans le champ de roseaux, je débouchai sur la rue où j’étais arrivé la nuit précédente.
Mais elle avait complètement changé d’aspect.
Les pavillons qui resplendissaient sous les lanternes, répandant musique et parfum de poudre à travers leurs rideaux de perles, avaient tous clos leurs portes sous le soleil de midi.
Des lanternes éteintes pendaient seules sous les avant-toits, tandis que tous les rideaux de perles restaient baissés pour cacher l’intérieur. Certains établissements avaient même fermé leurs portes.
La rue qui accueillait les visiteurs toute la nuit semblait se rendormir pendant la journée. Pas une courtisane maquillée en vue, ni la moindre silhouette désœuvrée en soie, éventail à la main.
De temps à autre seulement, quelqu’un jetait de l’eau sale ou balayait le sol.
Je tournai la tête : le lac s’étendait au-delà de la rue.
C’était bien le Lac de l’Ouest, n’est-ce pas ? La veille, il était resté caché dans l’obscurité, où il ne faisait que fragmenter la lumière des lanternes. Mais, en plein jour, je comprenais pourquoi il était si célèbre.
De basses montagnes encerclaient ses eaux. Le long de la digue qui les traversait, les saules se dressaient nus au cœur de l’hiver, dépouillés de toutes leurs feuilles.
Plusieurs bateaux de plaisance aux couleurs vives étaient amarrés près du rivage, sans un seul passager à bord. Personne ne profitait donc du lac en journée ? Avec un paysage pareil, cela devait être très agréable, même le jour.
Tandis que j’y pensais et me dirigeais vers l’entrée principale de la Brume et du Pavillon du Couchant, je vis deux personnes entrer devant moi.
L’une d’elles était Chae Ryeon.
Elle était accompagnée d’une femme. En y regardant de plus près, je remarquai qu’elle portait une épée à la taille. Contrairement aux femmes élégamment vêtues du quartier, ses habits étaient simples et sa démarche assurée.
Qui était-elle ?
Mais avant que je puisse m’attarder sur la question, toutes deux disparurent derrière le portail.
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