Chapitre 30
Chapitre 29 :
« Une malédiction ? Une malééédiction ? Hé, espèce de bâtard, il y a des choses qu’on peut dire à un enfant et d’autres non. Quoi, une malédiction ? » « Jeune Maître, s’il vous plaît, calmez-vous. » « Me calmer ? Je vais apprendre à ce salopard que la violence bien réelle est bien plus effrayante qu’une hypothétique malédiction ! » « Retenez-le ! Retenez-le coûte que coûte ! » « Tenez-le bien. Si on lâche le Jeune Maître, ce docteur est un homme mort. »
Les soldats, incluant Sanson, agrippèrent fermement Patrick, mais ce dernier les traînait derrière lui alors qu’il s’approchait lentement du médecin. Du point de vue de la victime, il ressemblait à un chien enragé brisant ses chaînes pour lui sauter à la gorge.
« Un démon. Un démon vit dans ce fief. »
Il commença même à se demander si la malédiction de cet enfant n’avait pas été lancée par ce démon lui-même. À ce moment, Lawrence s'adressa à Patrick.
« Jeune Maître. S’il vous plaît, calmez-vous pour l’instant. » « Grrrrr… » « Comme l’a dit le docteur, il est vrai que l’état de l’enfant est très étrange. » « Arrrr… »
Il ne montrait aucun signe d'apaisement. À Patrick, qui se transformait de plus en plus en un Ra (Fou) Dragon… non, en chien enragé, Lawrence dit :
« Son corps est très froid, et son état de faiblesse est extrême. Je ne pense pas que ce soit une malédiction, mais ce n’est certainement pas un état normal. » « Kyarrr…. Hein ? »
La raison de Patrick, qui s’était évaporée, revint enfin. Il demanda alors à Lawrence :
« Le corps de la petite est très froid ? » « Oui. » « Sa peau n'a-t-elle pas une légère teinte bleutée ? » « …Euh. Oui. » « Si vous regardez le blanc de ses yeux, les capillaires ne sont-ils pas devenus noirs ? » « C-C’est exact. Jeune Maître, auriez-vous étudié la médecine ? »
La personne qui répondit en dernier n’était pas Lawrence, mais le docteur qui avait été envoyé valser par un coup de pied dans les côtes.
« Garde tes conneries de médecine pour toi. »
Comment pourrais-je savoir ce genre de choses ? J'étais bien trop occupé à frôler la mort en maniant l'épée, à gagner de l'argent et à rechercher des techniques martiales. Cependant, un artiste martial est, par essence, un être qui étudie et entraîne le corps humain en profondeur. Les muscles, le squelette, les acupoints, la corrélation entre le Dantian et l'esprit, et ainsi de suite. En conséquence, ils possèdent une immense connaissance concernant les constitutions anormales uniques aux artistes martiaux. Surtout dans le cas présent, Patrick avait un sérieux soupçon.
« Où est l'enfant ? » « Elle est allongée là-bas. » « Je dois jeter un œil. Lâchez-moi. Ça va mieux maintenant. »
Dès que Patrick dit cela, les soldats le lâchèrent. Et….
« Uwaak ! » « Espèce de charlatan ! »
Au moment précis où les soldats le relâchèrent, Patrick bondit sur le docteur et commença à le piétiner.
« Quoi ? Abandonner la gamine ? C’est quoi cette histoire de malédiction ? Tu veux mourir ? » « Aigoo. Aak ! Aaaak ! » « Je t’ai fait venir et je te paie pour sauver les gens, et toi, tu veux les abandonner ? Crève, sale charlatan ! » « Aak ! Sauver les ge... Uwak ! »
C’était une scène de violence purement gratuite et atroce.
« Aigoo, Jeune Maître ! » « Arrêtez-le ! J'ai dit, arrêtez-le ! » « Vous aviez dit que ça allait mieux ! »
Les soldats se précipitèrent à nouveau pour le tirer en arrière. Patrick, dont les jambes s’agitaient dans le vide alors qu’il était soulevé par Sanson, hurlait en donnant des coups de pied :
« Ça va mieux, mais ça va mieux ! Une fois que j’ai décidé de cogner quelqu’un, je dois le cogner ! »
Ah, donc c’est comme ça. Même quand son esprit est parfaitement clair, il n’y a aucun retour en arrière possible une fois qu’une décision de violence a été prise. Quelle ferme conviction.
Après avoir tabassé le charlatan quelques fois de plus, Patrick vérifia l'état de l'enfant. Il avait déjà une idée derrière la tête. Mais il devait vérifier au cas par cas. Il saisit son poignet et projeta son Ki à l’intérieur pour inspecter son corps, et le résultat fut….
« Comme je le pensais… »
Le visage de Patrick était empreint de surprise. Il s’en doutait, mais il n’aurait jamais cru que ce serait réellement cela.
« Les Vrais Neuf Méridiens Yin Brisés. »
Cet enfant avait les Neuf Méridiens Yin Brisés. Et c’était la version "vraie", bien plus sévère que celle de sa mère, Ava.
« Non mais, c'est courant dans ce monde ? Je n'ai vécu que dix ans ici et j'ai déjà vu deux cas de Neuf Méridiens Yin Brisés. »
Dans les Plaines Centrales, cette constitution était si rare qu'on peinait à trouver une seule personne par ère. Surtout après la découverte d'un remède, ces méridiens brisés étaient devenus une bénédiction plutôt qu'un Châtiment Céleste, rendant cette constitution si recherchée que tous les artistes martiaux des Plaines Centrales cherchaient désespérément un enfant aux acupoints bloqués.
Mais Patrick venait de découvrir son deuxième cas depuis sa renaissance. C'était absurde, mais il reprit ses esprits, analysa calmement la situation et réalisa quelque chose.
« Jackpot ! »
C’était un véritable jackpot.
La petite fille était née dans une famille riche. Mais cela ne signifiait pas qu'elle était heureuse. Son père était un noble, et sa mère une roturière devenue sa concubine en raison de sa beauté exceptionnelle. Dans de tels cas, il aurait peut-être mieux valu naître simple roturière. Car la surveillance et la jalousie de l’épouse officielle tourmentaient grandement la fille et sa mère. Il est rare que l'épouse officielle et la concubine s'entendent à merveille au point de s'appeler "sœur" avec le sourire. Dans un cas sur dix, elles sont indifférentes l’une à l’autre, mais même cela est peu commun. La plupart des épouses officielles surveillent et jalousent la concubine, cherchant constamment à l'évincer. Reconnaître la concubine et son enfant, c'est réduire l'héritage de ses propres enfants, et dans le pire des cas, menacer la lignée de succession. Alors, comment pourraient-elles s’entendre ? À la base, le tort revenait à l'homme qui avait pris une maîtresse et eu un enfant sans réfléchir.
L'enfance de la petite ressemblait à cela. Sa mère devait vivre comme si elle se cachait dans un petit coin du manoir. Si elle s'aventurait dehors et était repérée par l'épouse officielle ou ses demi-frères, elle était immédiatement réprimandée.
[Comment une chose aussi vile ose-t-elle errer dans le manoir ?]
Les jours où l’épouse officielle et ses enfants étaient en colère, elle était enfermée dans un entrepôt sombre et mourait de faim. Son père ne prenait jamais sa défense, ni celle de sa mère. Son affection pour cette dernière s’était refroidie depuis longtemps, et s'il prenait leur parti, la famille de l'épouse officielle interviendrait, mettant sa propre position en péril. La seule personne qui se souciait d'elle était sa mère, mais elle n'avait pas le pouvoir de la protéger.
[April. Je suis désolée. Maman… est désolée.]
Chaque fois qu'elle rentrait après avoir été insultée ou battue, sa mère l'enlaçait et s'excusait. Dans ce monde cruel, cette petite étreinte était le seul refuge de la fillette. Mais même cela ne dura pas. À cause de la petite elle-même.
[Une malédiction. C'est une malédiction.] [Quoi ? Que voulez-vous dire ? Une malédiction à notre époque ?] [C'est la vérité. Il n'y a aucun remède, et si on la laisse ainsi, elle rendra malade tous ceux qui l'entourent.] [Est-ce vraiment vrai ?] [Je le jure au nom de Dieu. Vous devez bannir cet enfant immédiatement.]
Aux mots du prêtre qui avait examiné son corps souffrant, son père la bannit sans hésiter. Une petite fille d'à peine sept ans. Et face à cette décision, sa mère la suivit et quitta le manoir. L’épouse officielle, ravie, jeta quelques pièces par pur simulacre de générosité.
[Partez loin, que je ne revoie plus jamais vos visages. Ne remettez plus jamais les pieds ici.]
Comme le souhaitait l'épouse officielle, la mère d'April l'emmena loin de là. La vie fut dure après cela. Le peu d'argent reçu fut rapidement englouti par les frais médicaux de sa fille. Sans résultat.
[Maman. Ça va maintenant. S'il te plaît, arrête….] [Non, April. Tu vas guérir. Les malédictions n'existent pas. Ton mal finira par être soigné.]
April voulait que sa mère l'abandonne, mais elle ne le fit jamais. Même une fois ruinée, elle travailla de toutes ses forces pour payer les soins. Mais cela finit par l'épuiser, et la mère finit par s'effondrer à son tour.
[Maman. Maman….] [April. Je suis désolée. Maman… est désolée.]
La petite ne pouvait même plus verser de larmes en voyant sa mère s'amaigrir de jour en jour. Elle avait appris trop jeune que si elle pleurait, c'est sa mère qui aurait le cœur brisé. Incapable de résister au froid de l'hiver, la mère s'éteignit. Après sa mort, la maladie d'April s'aggrava, au point qu'elle ne pouvait plus bouger son propre corps. C’est alors que des hommes étranges l’emmenèrent.
[C'est quoi ça ? C'est encore en vie ?] [Prends-la quand même. On doit remplir le quota, non ?] [C'est vrai. Il nous faut juste le nombre.]
Ceux qui l'avaient ramassée, mourante près du cadavre de sa mère dans une maison délabrée des bidonvilles, étaient des voleurs subordonnés de Billy. Ils avaient reçu l'ordre d'enlever des enfants pour leur trafic d'esclaves. À ce moment-là, la petite ne résista pas. Non, elle n'en avait même pas la force. Au contraire, elle pensa : si elle était vraiment maudite, elle souhaitait que cette malédiction frappe ceux qui l'emmenaient.
Contre toute attente, ce souhait se réalisa. La faction de Billy fut détruite par Patrick en une nuit, et Billy fut capturé par Red pour subir un châtiment atroce. Après cela, les souvenirs de la petite étaient flous. Le souvenir de quelqu'un les trouvant, surpris. Le souvenir d'être déplacée avec les autres enfants. Et quand elle reprit conscience, un homme criait qu'elle était une enfant maudite. Elle voulait dire quelque chose. Non. Vous pouvez m'abandonner, vous pouvez me tuer. Mais je voulais dire que je ne suis pas une enfant maudite.
« Maman l'a dit. Elle a dit que je n'étais pas maudite. Alors… s'il vous plaît… »
Si elle était vraiment maudite, alors toute la vie de sa mère n'aurait eu aucun sens. C'était la seule chose qu'elle ne pouvait supporter. Et à ce moment-là….
[C'était toi ? Le charlatan qui déblatérait sur une malédiction ?]
C'était la dernière scène dont elle se souvenait. Un garçon apparaissant en envoyant valser le docteur qui voulait la bannir. À cet instant, la petite pensa : comment appeler cet être apparu pour exaucer son souhait désespéré au dernier moment de sa vie ? Habituellement, on appelle un tel être….
« Un ange ? »
Soyons indulgents. Son état était vraiment critique. Quoi qu'il en soit, ce fut son dernier souvenir.
Patrick amena la petite dans sa chambre et interdit à quiconque d'entrer. Après avoir donné des ordres stricts à Lawrence, il l'assit délicatement sur le lit.
« Je dois faire attention, pas vrai ? »
Patrick était sérieux. En dix ans de vie depuis sa renaissance, il n'avait jamais été aussi concentré.
« Une erreur, et c'est la mort. »
Mais en cas de réussite, c’était le jackpot. Patrick installa la fille aux Neuf Méridiens Yin Brisés en position de tailleur, plaça ses mains sur son dos et projeta son Ki. Grâce à ce Ki, il commença à stimuler les acupoints à l'intérieur de son corps, comme s'il les tapotait.
Guidage du Qi Véritable.
C'était une technique consistant à déplacer le Ki dans le corps d'autrui pour le guider sur le bon chemin. Pour un maître du niveau de Patrick, ce n'était pas une tâche difficile. Tant que l'adversaire n'était pas dans l'état extrême des Neuf Méridiens Yin Brisés.
« C’est différent du cas de ma mère. C’est… un tout autre niveau d’énergie Yin. »
Même si Ava avait les Neuf Méridiens Yin Brisés, le nombre d'acupoints bloqués était de quatre. Et cela s'était aggravé avec l'accouchement ; avant, c'était probablement trois ou deux. Mais cet enfant, fidèle au nom de "Vrais Neuf Méridiens Yin Brisés", avait les neuf acupoints majeurs bloqués. Honnêtement, le fait qu'elle soit encore en vie tenait du miracle. Comment pouvait-elle maintenir sa vitalité sans aucun Ki circulant dans son corps ?
« Est-ce parce que la densité de Ki dans ce monde est bien plus riche que dans les Plaines Centrales ? »
Quoi qu’il en soit, elle était en vie. Même avec une quantité colossale d'énergie Yin condensée remplissant ses neuf points. Patrick devait débloquer ces méridiens un par un tout en effectuant le Guidage du Qi Véritable, rassembler l'énergie Yin circulant dans son corps et se l'approprier. Après cela, il devait aussi créer un réceptacle dans le Dantian de l'enfant pour contenir le Ki. S'il commettait la moindre erreur, non seulement la fille, mais Patrick lui-même serait en danger. Mais si cela réussissait….
« Il y a tant à gagner. »
D'abord, en soignant cette constitution, il obtiendrait un talent doté de la meilleure aptitude martiale possible. De plus, en absorbant l'énergie Yin de la petite pour la faire sienne, son énergie interne augmenterait drastiquement. L'effet pourrait être supérieur à celui de la Grande Pilule de Cycle de Shaolin.
« Il faut juste ne pas faire d'erreur. Juste une… »
Il avait déjà saisi où et comment c'était bloqué en infusant son Ki. Bon, puisque tout était bloqué, il n'y avait pas grand-chose à confirmer.
« Très bien. C’est partiiii ! »