Chapitre 153
Chapitre 152. Bienvenue, Double Dragon (4)
« Monseigneur, songez-vous réellement à faire cela ? »
Celui qui s'adressait au Marquis Raines avec une expression inquiète était son disciple, un vassal dont la famille servait les Marquis depuis des générations, et le commandant de l'ordre des chevaliers.
On pouvait simplement le qualifier de plus proche aide de camp.
D'ordinaire, le Marquis Raines accordait plus de crédit à ses paroles qu'à celles de ses propres enfants.
Mais aujourd'hui faisait exception.
« Y a-t-il quelque chose de si étrange là-dedans ? »
« Rien d'étrange ? C'est rempli de choses étranges. »
Voyant son subordonné protester avec véhémence, le Marquis Raines répondit avec un sourire calme.
« Un jeune homme en voyage d'entraînement de chevalerie demande simplement à s'exercer pour obtenir les conseils d'un aîné. N'est-ce pas une chose courante ? Qu'y a-t-il de si étrange à cela ? »
« Il est manifestement étrange que des épéistes 7 étoiles de nationalités différentes s'affrontent en duel. »
« Hahaha. C'est un préjugé. »
Le commandant des chevaliers se frappa la poitrine comme s'il devenait fou de frustration et déclara :
« Que pensez-vous que Sa Majesté le Roi dira lorsqu'il l'apprendra ? »
« Il ne l'apprendra pas, si nous ne nous faisons pas prendre. »
« Monseigneuuuuuur ! »
« Je ne suis pas sourd. »
Quoi qu'on en dise, le Marquis Raines n'avait aucune intention de reculer.
Il avait consacré sa vie à l'épée depuis sa jeunesse.
Il s'était dévoué, encore et encore.
Il avait travaillé si dur que d'autres auraient dit qu'il était fou, et en résultat, il avait atteint le niveau 7 étoiles, qualifié d'état ultime.
Le monde l'en louait, et lui-même était ému par cette gloire.
Mais…
« J'aurais dû réaliser plus tôt que c'était un poison. »
Quand cela avait-il commencé ?
Il avait réalisé qu'il stagnait.
Il guidait les chevaliers et ne négligeait pas son propre entraînement, mais à un certain moment, il n'y eut plus aucun progrès.
C'était un poison terrible.
Un poison mortel qui rendait l'effort dénué de sens et teintait même le sens de la vie en gris.
Incapable d'avancer…
Non, un terrible sentiment d'isolement, ne sachant même plus vers où il devait aller.
Dans cet état, le Marquis Raines dépérissait.
Il essaya de faire quelque chose, bien que tardivement.
Il avait tenté de se rendre dans l'Empire pour recevoir les enseignements du Saint de l'Épée impérial.
Mais cette tentative échoua.
L'État ne lui permit pas de se rendre dans l'Empire.
Ce n'était pas seulement l'État.
Sa famille, ses vassaux, et les gens qu'il devait protéger…
Il portait déjà trop sur ses épaules.
En tant qu'actuel chef de la famille du Marquis Raines, il devait veiller sur les siens, et en tant que responsable de la Forteresse de Raines, qui bordait la Grande Forêt à l'est, il devait remplir ses devoirs.
Il lui était impossible d'abandonner tout cela et de partir juste pour satisfaire ses désirs d'épéiste.
Et pourtant…
« Double Dragon… »
Rien que d'y penser, il sentait sa température corporelle monter.
L'opportunité qu'il attendait désespérément s'était présentée à lui d'elle-même.
Il pouvait mettre de côté des choses comme la position de la nation ou sa dignité de marquis.
Il n'y avait qu'une seule chose qu'il désirait.
« J'espère que vous ne décevrez pas mes attentes, Double Dragon. »
Il saisit son épée et son bouclier, afficha un sourire en coin et déclara :
« On y va alors ? »
Le cœur rempli d'excitation, le Marquis Raines se dirigea vers les terrains d'entraînement.
Les terrains d'entraînement de la famille du Marquis Raines.
Le vaste espace, normalement assez grand pour que plus de 300 soldats s'entraînent en groupe, était maintenant vide.
Il n'était pas complètement vide.
Il était animé par la présence de nombreuses personnes.
Cependant, la plupart d'entre elles attendaient en périphérie du terrain.
Et leurs regards étaient fixés sur Patrick, qui se tenait fièrement au centre du terrain d'entraînement.
« Gamin arrogant. »
« Comment un jeune chiot ose-t-il ? »
« Ne pense pas que tu repartiras d'ici vivant. »
Face à leurs regards brûlants, Patrick laissa échapper un long bâillement et dit :
« Ahaaaam. L'ambiance est agréable. Ça faisait longtemps que je n'avais pas eu droit à ça. »
Patrick n'était pas le moins du monde intimidé par les regards noirs des chevaliers de la famille du Marquis Raines.
Il était habitué à ce genre de choses.
Par le passé, lorsqu'il, simple disciple d'une secte de troisième ordre, défiait les prestigieuses sectes orthodoxes en duel, il n'était jamais accueilli par des regards bienveillants.
Cependant, c'était du point de vue de Patrick…
« Bon sang, quel pétrin pour avoir simplement choisi le mauvais ami. »
Ses compagnons vivaient un moment terrible.
April restait calme, mais les vêtements d'Isabella et de Matthew étaient trempés par la sueur froide qui coulait dans leur dos.
Se trouver au centre d'une telle intention meurtrière palpable n'était pas à la portée du premier venu.
Finalement, Matthew s'adressa à Patrick.
« Hé, tu vas vraiment le faire ? »
« Bien sûr, je dois le faire. Tu vas te dégonfler maintenant ? »
« On ne peut pas faire marche arrière ? »
« Tu veux essayer ? "Désolé, c'était une blague" et s'en aller ? Comment penses-tu qu'ils réagiront ? »
« …… »
Euh, ce serait extrêmement terrible à sa manière.
« Même toi, tu penses que ce n'est pas vraiment une bonne idée, n'est-ce pas ? »
Finalement, ce que disait Patrick était vrai.
Matthew et Isabella regardèrent le visage agaçant de Patrick et dirent chacun un mot.
« Bâtard pourri. »
« Hahaha. Tu es devenu ami avec un bâtard pourri. »
« Fauteur de troubles. »
« Hahaha. Tu es fiancé à un fauteur de troubles. »
Je déteste ça.
Je déteste tout simplement tout.
Matthew et Isabella levèrent simultanément les yeux au ciel avec des expressions désolées.
C'est alors.
« Oh, il est arrivé. »
Le Marquis Raines, entièrement équipé, sortit sur le terrain d'entraînement.
Une épée longue et un bouclier en écu.
Il ne portait pas d'armure.
C'était probablement par souci d'équité envers Patrick.
« Ça n'aurait pas fait de différence s'il en portait une, cependant. »
Le Marquis Raines semblait avoir une personnalité assez directe.
Patrick eut un sourire en coin et dit à ses compagnons :
« Reculez par là. »
À ces mots, ses compagnons se retirèrent du centre du terrain, et seuls Patrick et le Marquis Raines restèrent face à face au milieu de l'arène.
« Êtes-vous prêt ? »
« Je le suis. »
« On commence alors ? »
« Très bien. Mais avant le duel, il y a une chose que je veux dire. »
« Quoi donc ? »
« Merci. Grâce au fait que vous soyez venu me chercher comme ça, j'ai reçu une belle opportunité. »
« Une belle opportunité, dit-il… »
Il semblait que cet homme était également assez assoiffé.
C'était tout à fait prévisible, cependant.
Patrick eut un sourire en coin et dit :
« Alors, apprenez bien de cette belle opportunité. »
« Hahaha… apprendre, dites-vous. »
Un jeune homme qui n'avait même pas la moitié de son âge disait qu'il allait lui donner une leçon.
Mais le Marquis Raines n'était pas mécontent du tout.
La seule émotion qui le dominait désormais était une anticipation palpitante.
C'était comme s'il était redevenu un garçon tombé amoureux pour la première fois.
« Alors maintenant… »
« Oui. Commençons vraiment. »
Les deux firent quelques pas en arrière.
Et le Marquis Raines tint son bouclier devant lui, pointa son épée derrière comme pour poignarder, et prit sa posture.
« Une posture typique de chevalier en armure lourde. »
Patrick était désormais habitué à de tels adversaires.
Au début, le style consistant à utiliser un bouclier et une épée ensemble lui était inconnu, mais maintenant il savait.
Cette forme était la plus standard poursuivie par les chevaliers de ce monde.
Épée et bouclier.
Et armure de fer.
C'était la forme de combat qui permettait de tirer le meilleur parti de ces trois éléments.
Bouclier en avant, corps accroupi autant que possible, et épée cachée derrière le bouclier pour dissimuler sa cible prévue.
C'était une bonne posture.
Si bonne qu'elle pouvait servir d'exemple de manuel, dépassant le standard pour un chevalier en armure lourde.
Mais…
« Le standard et le sens commun. Je vais briser les deux complètement. »
Patrick prit également une posture.
Bien que sa posture consistait simplement à tenir une épée dans chaque main, toute la force drainée de son corps.
À cette vue, les chevaliers de la famille du Marquis Raines devinrent furieux et enragés.
« Comment ose-t-il… »
« Il y a une limite à l'arrogance. »
Pour eux, il semblait que Patrick méprisait le Marquis Raines et ne prenait même pas une posture appropriée.
Mais leur colère s'apaisa rapidement.
L'instant suivant.
Patrick disparut.
Et…
KWAAAAAAANG !
Une onde de choc explosa avec un rugissement assourdissant.
Patrick, qui avait disparu sans aucun avertissement, s'était heurté de plein fouet au Marquis Raines.
« Ugh ! »
« Keuk… »
Quelques-uns des chevaliers de rang inférieur furent submergés par l'onde de choc et reculèrent d'un pas.
Une Lame d’Aura était clairement formée sur l'épée de Patrick, et il en allait de même pour le bouclier du Marquis Raines.
Grâce à cela, il fut capable de bloquer une attaque qui aurait brisé un bouclier en écu normal en morceaux.
Le Marquis Raines était également un chevalier 7 étoiles.
Mais même après avoir bloqué l'attaque, il ne put pas complètement compenser l'impact et fut repoussé de manière significative.
Jijijik.
Les marques qu'il laissa en étant repoussé s'étiraient longuement.
Dès que la distance se creusa, Patrick chargea à nouveau.
Il surgit de l'avant encore une fois.
Mais cette fois, le Marquis Raines n'attendit pas simplement.
« Le même mouvement ne fonctionnera pas. »
Son bouclier, qui avait fait un pas en avant, s'ouvrit, et l'épée longue jaillit à travers l'espace.
Une attaque tranchante volant vers le cou de Patrick.
Une Lame d’Aura claire était formée sur l'épée.
C'était un mouvement mortel que le Marquis Raines avait étendu pour arrêter la charge de son adversaire.
Mais Patrick ne recula pas du tout face à l'attaque du Marquis Raines.
Il avança tel quel, et pendant un instant, le Marquis Raines tressaillit.
C'était une hésitation qui venait du fait que le mouvement de l'adversaire dépassait ses attentes.
Mais son épée ne s'arrêta pas.
Et au moment où son épée perça le cou de Patrick…
Shuuuuuk !
Il n'y eut aucune sensation du tout.
Le Marquis Raines fut grandement déconcerté par l'attaque qui avait poignardé dans le vide.
« Une image rémanente ? »
C'était comme si le cœur du Marquis Raines s'était arrêté.
Il ne le réalisa qu'après que son épée eut percé l'image rémanente.
Que Patrick n'était pas devant lui en ce moment.
Et au moment où il réalisa ce fait, une petite voix au-dessus de sa tête…
« J'arrive. »
« Keuk… »
Le Marquis Raines leva précipitamment son bouclier vers le haut et y déversa autant d'aura qu'il put.
Une Lame d’Aura sur son bouclier.
Non, ce qui fut créé pourrait être appelé à juste titre un Bouclier d'Aura.
Immédiatement après cela.
Une seule traînée de lumière tomba verticalement depuis le sommet de la tête du Marquis Raines.
[ Huit Formes d'Épée des Dragons Jumeaux : Troisième Forme : Frappe du Dragon Éclair ]
KWAAAAAAAAANG !
* * *
« …Euh… euh euh… »
« Ububuh… »
« …… »
Ils ne pouvaient pas fermer la bouche.
Il n'y aurait pas d'expression plus précise pour décrire les sentiments des chevaliers de la famille du Marquis Raines en ce moment.
Leur seigneur était un surhumain qui avait été le pionnier du niveau 7 étoiles, connu comme l'état ultime.
Et ils avaient pensé avoir vu les compétences du Marquis Raines, qu'ils servaient comme leur seigneur, de près et plus que quiconque jusqu'à présent.
Il avait vaincu seul un Ogre à deux têtes avec facilité.
Il avait traité des dizaines de trolls légèrement, sans même haleter.
Il était resté ferme face au légendaire grand monstre, la Manticore, sans reculer d'un pouce.
Et ensuite, il avait réussi à trancher le cou de la Manticore.
Vraiment un surhumain.
Pour les chevaliers de la famille du marquis, le Marquis Raines était un symbole de force qui ne s'effondrerait jamais.
La raison pour laquelle ils pouvaient vivre une vie sûre malgré la proximité de la Grande Forêt, l'une des pires zones de danger de l'humanité, était parce qu'ils vivaient leur vie sous l'ombre de ce surhumain.
Et contre un tel Marquis Raines, ce Patrick Schneider était engagé dans un échange égal.
Non, même le mot « égal » n'était pas tout à fait juste.
C'était…
« Le Marquis a été repoussé. »
Bien qu'ils ne puissent pas saisir l'échange détaillé, ils avaient eux aussi vu la vision d'un éclair de lumière tombant au-dessus de la tête du Marquis Raines.
Une puissance destructrice terrifiante.
C'était une attaque comme si un éclair était tombé du ciel.
Ce n'est qu'alors qu'ils réalisèrent.
Le Double Dragon était aussi un épéiste 7 étoiles.
Qu'il n'était en aucun cas un surhumain en dessous du Marquis Raines.
* * *
L'épaisse fumée qui s'était répandue commença à se dissiper lentement.
Et le résultat de l'affrontement se révéla.
Là…
« Oh… ooooh ! »
« Comme prévu ! »
Les silhouettes de Patrick et du Marquis Raines, toujours debout sur leurs deux pieds et se faisant face, pouvaient être vues.
« Le Marquis ne perdra pas. »
« Le Marquis Raines est invincible. »
« La divinité gardienne de Decator ne tombera pas ! »
Les chevaliers serrèrent les poings et poussèrent des acclamations.
Leurs acclamations étaient aussi un témoignage de l'anxiété qu'ils avaient ressentie.
La divinité gardienne de Decator.
C'était un titre que le Marquis Raines avait gagné en défendant fermement contre la Grande Forêt de l'est.
Le fait qu'il ait gagné le titre de divinité gardienne d'une nation était un témoignage du nombre de crises dont il avait protégé le pays.
Pour qu'un tel Marquis Raines tombe face à un chevalier d'un autre pays.
Non, pour être précis, face à un gamin qui n'était même pas encore chevalier, ce serait une honte nationale.
Mais en ce moment, les acclamations des chevaliers n'atteignaient pas les oreilles du Marquis Raines, qui affrontait Patrick.
Tout son esprit rejouait l'affrontement qui venait de se produire.
Et la conclusion à laquelle il parvint était…
« J'ai déjà perdu. »
C'était ça.
Il pouvait tromper les autres, mais il ne pouvait pas se tromper lui-même.
Dans l'échange précédent, le Marquis Raines avait complètement échoué à saisir les mouvements de Patrick.
Lorsqu'il fut trompé par l'image rémanente, il ne put pas dire où Patrick avait déplacé son corps.
L'attaque qui tomba au-dessus de sa tête par la suite.
Il ne fut capable de la bloquer que parce que Patrick l'avait averti avec des mots au préalable.
Si ce n'avait été pour cela…
« Je serais mort avant même de parler d'un match. »
Une image claire de lui-même étant coupé en deux depuis le sommet de sa tête se dessina dans son esprit.
« Huuuuuuuuu… »
Un soupir lui échappa involontairement.
Normalement, il devrait arrêter les frais ici.
L'échange n'avait continué que grâce à la considération de l'adversaire.
S'il avait un quelconque honneur, il devrait concéder la défaite ici et reculer.
Mais…
« …… »
Il ne le voulait pas.
Il voulait se battre davantage, ne serait-ce que pour un petit moment.
Depuis combien de temps n'avait-il pas ressenti cette sensation ?
C'était un frisson qu'il ne pourrait jamais ressentir face aux puissantes bêtes démoniaques qui sortaient de la Grande Forêt.
C'était une sensation qui ne pouvait être ressentie que dans une situation où l'on croisait le fer avec un autre être humain.
C'est alors que Patrick parla.
« Eh bien, ne vous inquiétez pas trop. »
« Qu'avez-vous dit ? »
« Je prévoyais de vous laisser une chance trois fois dès le début. »
« …… »
« Il reste encore deux fois. Alors… »
Patrick tendit une main devant lui, fit signe avec son doigt, et dit :
« Venez. »