Chapitre 1 991
Ce qu’ils venaient de faire était un crime impardonnable, et ils le paieraient. C’était ce que son mana leur faisait comprendre.
Andre sentait cette malveillance lui ramper sur la peau entre les coups. Même les étincelles qui s’éteignaient charriaient une haine si sauvage qu’il en frissonnait, serrant son épée contre sa poitrine tandis que ses dents claquaient.
Près du mur, Seraphiel regarda au-delà des éclairs vers son mari. Ses joues s’empourprèrent lorsqu’un nouveau trait foudroya Andre et le repoussa loin d’elle.
« Même maintenant, tu me protèges… »
Quinlan avait une caverne pleine de monstres devant lui, et pourtant, dès qu’Andre avait levé son épée contre elle, sa fureur l’avait atteint. À le voir se battre pour elle sans même interrompre son propre combat, Seraphiel sentit son cœur se gonfler d’affection.
« Quel homme merveilleux », murmura-t-elle avec un sourire impuissant, puis elle tira une seconde dague de sa lumière et fit tournoyer les deux lames autour de ses doigts.
Un gémissement à ses pieds attira son regard. Marielle avait réussi à se redresser sur un coude, près du mur. Le sang lui coulait du nez tandis qu’elle tentait de relever la tête.
Seraphiel lui décocha un coup de pied en plein visage et l’envoya s’écraser contre les blocs maculés de sang.
Crac !
La Mage resta recroquevillée contre le mur. L’elfe s’avança vers Andre, une dague dans chaque main. Aurora s’éloigna des patients protégés pour la rejoindre.
« Laisse-moi me joindre à toi. »
« Avec plaisir~ »
Des marques cramoisies s’embrasèrent sur le ventre des deux femmes, luisant à travers leurs vêtements tandis qu’elles puisaient dans le Réservoir de leur mari. Les lames de Seraphiel se comprimèrent en traits de lumière aux bords sombres et dentelés ; à ses côtés, le gel se répandit dans la barrière qu’Aurora enveloppait autour du corps de Brise-Aube.
La femme aux cheveux couleur platine tenait son Bâton, prête à agir, les yeux ambrés fixés sur Andre.
« C’était une tentative remarquable, lancée à la dernière seconde, dit-elle. Mais je crains que votre sort ne soit désormais scellé pour de bon. »
Andre se redressa sur un genou, son épée tremblant entre eux.
« Éloigne-toi d’elle ! »
Seraphiel jeta un regard vers Quinlan. Sa voix se fit si chaleureuse qu’Andre en resta interdit.
« Mon amour, on s’occupe de ces deux-là. Concentre-toi sur ton combat. »
La foudre cessa. Au-delà du balcon, l’eau de Quinlan happa la reine sous ses crocs et lui fracassa la tête contre le rebord.
« Maudits monstres ! » hurla Andre. Il se rua dans l’ouverture soudaine en direction de l’elfe blonde. Le bouclier d’Aurora, renforcé par la glace, arrêta son épée contre la poitrine de Seraphiel et en tint le tranchant à l’écart de ses vêtements, tandis que Brise-Aube s’avançait à sa portée.
Une dague dévia sa lame. De l’autre, Seraphiel trancha les sangles qui maintenaient son gantelet, puis lui enfonça le genou dans le ventre. Son épée lui échappa tandis qu’il se pliait en deux. Un coup derrière le genou l’envoya face contre terre.
Il tenta de ramper vers Marielle. À la volonté d’Aurora, une barrière incurvée se dressa entre eux ; sa main tendue ne fit que glisser inutilement contre sa surface.
Brise-Aube posa un pied entre ses omoplates et se pencha, plaçant sa dague sous son oreille.
Andre se figea, respirant entre ses dents serrées. Seraphiel le maintint au sol tandis qu’Aurora referma sur lui et sa femme des coques distinctes de lumière bordées de glace. Les barrières leur plaquèrent les membres et le torse contre le pavé, ne laissant que leur tête à découvert.
La blonde ne se releva qu’une fois les barrières solidement en place. Elle ramassa le Bâton de Marielle et le brisa sur son genou, puis en laissa tomber les morceaux devant sa propriétaire hébétée.
Aurora enferma l’épée abandonnée d’Andre dans une coque de lumière vide, hors de sa portée. Il la regarda retourner auprès des patients, incapable de lever la main du sol.
« Je vais les surveiller, dit-elle à Seraphiel. Va t’amuser. »
« Je t’aime~ »
Dans un éclat de rire ravi, Brise-Aube dévala les marches en criant de joie : « N’ayez crainte, mesdemoiselles, Seraphiel Vaelorith Elysiar entre dans la mêlée ! »
Aurora ouvrit la barrière extérieure pour la laisser passer. L’elfe allongea ses dagues, qui devinrent deux lames jumelles, puis bondit par-dessus Kaelira pour se jeter sur les araignées qui grimpaient vers la terrasse.
Depuis le sol, Marielle aperçut une traînée blonde au-delà du bouclier d’Aurora. Une araignée bascula loin de la terrasse, la lumière lui brûlant la bouche, et le rire de l’elfe lui parvint à travers le bourdonnement de ses oreilles. Elle tenta de la suivre du regard, mais la caverne se mit à tanguer. Marielle ferma les yeux et ravala du sang.
À l’extrémité inférieure du pont, les soldats reculaient devant une nouvelle masse qui jaillissait d’un tunnel. Une lance de Seraphiel explosa au milieu du passage encombré, repoussant la couvée qui approchait dans les ténèbres.
« Il y en a encore tout un tas, là-dedans ! »
« Blossom arrive ! »
Des éclairs bleu pâle filèrent le long du mur vers elle. L’elfe tira deux lames de sa lumière et s’élança à la suite de la femme-chien, leurs rires bientôt engloutis par les cris qui résonnaient dans le tunnel.
« Bien joué ! »
« Sera aussi !! »
Ayame, Serika et Lucille descendirent vers les entrées des tunnels par une rampe que Quinlan avait fait surgir de la terrasse. L’eau ouvrit des brèches dans la masse compacte pour les poings de Serika ; Lucille acheva à la hache les survivantes en flammes, tandis qu’Iris et Kaelira tenaient les marches au-dessus.
« Ghh ! »
Une patte crochue transperça l’épaule d’Iris. Elle tira l’araignée sur la terrasse et trancha l’articulation, attirant sa tête droit dans le poing écrasant de Kaelira.
« Je m’en occupais ! »
« Il y en a une autre derrière toi. »
Iris arracha le crochet de son épaule et le lança dans la gueule de l’araignée suivante. Son assaut l’emporta hors du champ de vision brouillé de Marielle. Au sol, la Mage tenta à nouveau de relever la tête, mais sa joue retomba contre le pavé.
À l’autre bout de la caverne, les appels de la reine se faisaient de plus en plus fébriles. Chacun attirait de nouvelles créatures au massacre, ainsi qu’une nouvelle salve de notifications d’expérience devant les yeux de Quinlan.
La reine racla les derniers morceaux de glace de sa gueule brisée et cracha son venin sur Quinlan. Lorsqu’il s’éleva au-dessus du jet, elle le balaya sur le côté ; il creusa une tranchée fumante dans la paroi derrière lui.
Avant qu’elle puisse viser de nouveau le balcon, Quinlan frappa le jet d’un courant d’eau. Le torrent mêlé s’abattit sur les araignées qui grimpaient pour défendre leur reine, éclaboussant leurs visages tournés vers le haut.
En se griffant les yeux fumants, la première créature ne fit qu’arracher des lambeaux de carapace en train de se dissoudre.
« Mère ! »
Le mot venait de l’un des rejetons les plus imposants. Il résonna avec une clarté atroce à travers ses pièces buccales cliquetantes.
Avant que la reine ne puisse l’atteindre, le rejeton perdit prise et s’écrasa sur le rebord, sous elle. Ses cris continuèrent tandis que le venin lui dévorait le visage.
Quinlan la regarda tenter de retenir entre ses griffes la tête qui s’effondrait.
« Même tes petits parlent ? Fascinant. »
« Je vais… t’arracher… »
Abandonnant le rejeton mourant, la reine fracassa le passage derrière elle et s’y engouffra de force avec son abdomen, piétinant la couvée qui continuait de répondre à son appel.
« Écartez-vous ! Bougez ! »
Quinlan comprima le passage autour de son ventre. Elle fit éclater son ouverture d’un premier coup de reins, mais il enfonça la pression plus profondément dans la montagne, jusqu’à ce que sa carapace se fende entre les parois qui se refermaient.
KRRRIEEEEEEAAAH !
Elle frappa en arrière de sa patte avant encore valide. Une lame de vent de Quinlan trancha l’articulation mutilée, et le courant qui la suivit lui fracassa le visage contre le rebord, brisant son dernier croc sous son poids.
« Ta résistance est vraiment impressionnante. Je vais devoir étudier ta carapace en détail. »
« Reculez ! » hurla la reine à travers sa gueule brisée. « Reculez, reculez ! »
Les membres de la couvée qui tentaient d’obéir se heurtèrent aux rangs qui continuaient d’affluer des tunnels. Sous la pression, les pattes s’emmêlèrent, tandis que les propres appels de la reine poussaient encore de nouvelles créatures dans la mêlée.
Quinlan baissa les yeux vers le sol de la caverne, où Seraphiel et Blossom sortaient d’un tunnel près de ses soldats. Il avait laissé les filles s’amuser. À présent, il voulait son tour.
Le vent de Quinlan saisit ses femmes par la taille et sous les jambes, les arrachant à la terrasse, au pont et aux amas de corps en contrebas. Le coup suivant de Serika fendit le vide tandis que ses courants les emportaient toutes vers le balcon.
« Hé ! J’étais en train de la frapper ! »
Il les déposa près d’Aurora, dont le bouclier s’ouvrit pour les accueillir. Ayame atterrit, son katana encore dégoulinant, tandis que Lucille rattrapait la femme-chien hilare contre son flanc. « Qu’est-ce qui se passe, bébé ? Il en reste encore… »
« Reprenez votre souffle un instant, les filles », dit-il d’un ton neutre.
« Oh. » Le sourire de Lucille s’élargit. « C’est en train d’arriver. »
« Oui… Ça arrive », murmura Ayame. Fendeur du ciel affichait un sourire jusqu’aux oreilles en observant son amant, dont le corps accumulait visiblement du mana à une vitesse incroyable.
Il était temps de donner tout ce qu’il avait !