Chapitre 1 947
Chapitre 1947 : Ça aurait pu être pire
Quinlan chevauchait Synchra le long de la côte sud, souriant tandis que ses épouses s’appelaient d’une vague à l’autre.
« Papa est tout silencieux ! » remarqua Rosie, perchée sur ses épaules.
« Je profite juste du moment. »
« Quinnie~ Ton impératrice réclame un baiser ! »
Kitsara plaça sa planche à côté de Synchra, ses cinq queues blanches déployées derrière elle.
La renarde se pencha vers lui, inclina trop sa planche et tomba aussitôt à l’eau.
« Kyaa ! »
Quinlan dressa un écran d’eau écumante avant qu’elle ne refasse surface. Kitsara émergea, les oreilles rabattues et les cheveux devant les yeux, tendant la main vers lui à travers les embruns.
« Tu ne m’as pas rattrapée exprès ! Comment as-tu pu ??? »
« Accusation sans fondement. »
Quinlan s’accroupit prudemment sur Synchra, une main autour de la cheville de Rosie, et tendit l’autre à Kitsara.
« Hmph ! Le jury déclare l’accusé coupable ! » La renarde lui prit la main et s’appuya contre son genou tandis que sa magie séchait ses vêtements.
« La sentence, c’est de me donner un gros bisou… » Elle se hissa suffisamment pour l’embrasser. Quinlan se pencha vers elle en souriant à sa fiancée effrontée. D’un tourbillon d’eau, il la remit sur sa planche, puis se redressa avec Rosie toujours perchée sur ses épaules.
Une fois Kitsara sèche, il abaissa l’écran. Elle aperçut aussitôt son père qui les observait depuis la rive et lui fit signe des deux bras.
« Père ! Tu m’as vue surfer sur la vague ? »
« Oui, » lui répondit Vargis. « Très bien ! Essaie peut-être de regarder où tu vas ! »
« Ah ! »
Kitsara évita de tomber une deuxième fois. Quinlan rit et envoya sa planche sur une houle plus douce, tandis qu’elle redécouvrait les avantages de regarder où elle allait.
Le Soul Reaper passa en trombe près de l’épaule de Quinlan, trancha une crête avant de plonger sous l’eau qui retombait. La lame célébrait leur liberté nouvelle, comme ses filles. Même si elle était peut-être surtout ravie à l’idée du carnage qui ne manquerait pas de suivre.
Rosie éclata de rire quand les embruns les atteignirent.
« Encore !! »
Le Sabre revint en cercle à travers l’écume, suivi par Black Fang.
Après avoir observé les autres, elle avait compris comment se servir de la planche. À présent, elle était accroupie dessus, le corps penché en avant, sa soie noire flottant derrière elle tandis qu’elle virait sèchement.
Quinlan fit rouler une nouvelle vague vers elle. Elle remonta sa pente, effleura l’eau frémissante du bout des doigts, puis lui jeta un regard par-dessus son épaule qui le laissa interdit.
Black Fang s’amusait tellement que son masque d’indifférence glaciale commençait à tomber.
Ses yeux violets brillaient, ses lèvres pincées tandis qu’elle observait les vagues que chevauchaient Ayame et Serika. Elle en voulait une pareille, elle aussi.
Quinlan la lui créa, bien trop heureux d’être celui vers qui elle se tournait sans cesse pour en réclamer davantage.
« Grande sœur ! » s’écria Ayame, ravie. « Tu souris !! »
La Venomborne Terror regarda sa sœur.
« Tu te fais des idées. »
« Quin le voit aussi ! Regarde-le ! »
Elle regarda. Son regard était meurtrier.
« … Je ne vois rien, » déclara Quinlan.
Ayame éclata de rire. « Allez ! »
Black Fang leur tourna le dos à tous les deux. Elle regardait de nouveau la mer.
…
Sur la plage, Lilith observait les femmes quand Void grimpa sur son dos.
La Mage passa les bras autour des épaules de la capitaine, enroula ses jambes autour de sa taille et posa le menton près de son cou, les paupières à demi closes.
« … Vas-y. »
Elle désigna la mer.
« Quoi ? » Lilith tourna la tête vers la Mage. « Descends. Je ne suis pas ton cheval. »
« Mon requin… ? »
Bronnya gloussait derrière elles. Jallen vit sa capitaine regarder les vagues, puis ramassa l’une des planches de rechange posées sur le sable.
« On pourrait essayer ensemble. »
« Avec ces vêtements ? »
« Les mariées sont littéralement en robe de mariée. »
Lilith jeta un coup d’œil aux surfeuses. Serika descendait une vague abrupte, les bras écartés, en riant de quelque chose qu’Ayame lui avait crié.
La capitaine voulait tant les rejoindre que ses mains tremblaient.
Elle avait tenté de franchir la Restriction plus d’une centaine de fois. Elle avait aspiré à atteindre son prochain niveau, à découvrir un nouveau terrain de chasse, à pouvoir marcher dans une direction sans être rejetée en arrière.
Et voilà qu’une enfant lui tendait des planches de bois, tandis que des gens chevauchaient l’endroit qui l’avait vaincue pendant des siècles.
Void savait ce que cela représentait pour elle. Elle se cala plus confortablement contre sa capitaine et continua de désigner les vagues.
« … Une planche, » finit par demander Lilith en regardant Rosie, perchée sur les épaules de Quinlan. « On pourrait en avoir une ? »
« Voilà ! »
Rosie désigna la rive. Des racines jaillirent du sable humide à côté de la capitaine et s’étendirent pour former une planche assez large pour elle et sa passagère. D’autres poussèrent à côté, pour Bronnya et Jallen.
« Accroche-toi, » marmonna Lilith à Void en attrapant la première planche.
« … C’est déjà fait. »
La capitaine entra dans l’eau peu profonde avec sa planche, la posa et monta dessus. Quinlan fit venir une vague sous celle-ci et attendit qu’elle trouve son équilibre, Void toujours accrochée à son dos.
Lilith baissa les yeux tandis que sa planche l’emportait plus loin de la rive.
Le sable s’éloignait toujours sous ses pieds. Ses genoux fléchirent quand la houle la souleva, et elle leva les yeux vers la mer ouverte avec un sourire incrédule.
« Putain… »
Puis elle bascula son poids vers l’avant.
Quinlan façonna la vague et Lilith la chevaucha, des mèches argentées s’échappant de son col tandis que sa planche accélérait. Bronnya arriva à sa hauteur sur sa gauche, Jallen sur sa droite, toutes trois ajustant leur trajectoire aux virages des autres.
« Bahahaha !! Patronne ! C’est trop génial, putain !! »
Lilith arborait un immense sourire.
Quinlan fit flotter jusqu’aux Lys Écarlates l’une des planches de rechange de Rosie et lança [Éveil] au-dessus. Une flamme pâle se rassembla et prit la forme de Scar. Sa peau bleue et son masque familier arrachèrent aussitôt un cri à Bronnya.
« Scar ! Par ici ! »
La générale de l’âme regarda Quinlan et trouva instantanément son équilibre sur le bois en mouvement.
« Maître ? »
« Une petite pause, » lui proposa-t-il.
« … D’accord, » marmonna Scar, visiblement déconcertée. Tout allait trop vite, même pour la dirigeante légendaire des forces nécromantiques du Vilain.
« Tu veux une vague ? » demanda Quinlan avec un sourire.
« … Oui. »
Il la guida vers ses anciennes coéquipières. Void releva le menton de l’épaule de Lilith pour regarder Scar s’approcher.
« C’est l’heure de changer de monture… » annonça-t-elle.
« Laisse-lui le temps de profiter des vagues, » rit Jallen.
« Hmph… » La Mage du Void reproduisit à la perfection la moue de Rosie.
Lilith coupa à travers la vague pour laisser de la place à Bronnya, et Jallen se glissa dans les embruns derrière elles. Scar prit la portion libre à côté de la capitaine tandis que Quinlan accentuait la pente de la houle.
Lilith poussa sa planche vers le haut de la pente, jusqu’à ce que sa pointe jaillisse au-dessus de la crête. Un instant, elle et Void restèrent suspendues au-dessus des embruns, les pieds de la Mage ballant de chaque côté de la capitaine.
Puis Lilith pivota du bassin, ramena la planche sous elles et redescendit la vague.
Void resserra les bras autour de ses épaules. « La patronne orque s’échauffe un peu trop… À l’aide… »
Bronnya heurta la même crête derrière elle en gloussant si fort que Jallen cria son nom. La colosse atterrit dans un énorme plouf, se pencha au-dessus de sa planche, puis se redressa et hurla de joie en direction de la plage.
« Encore ! Beau gosse, une autre !! »
Quinlan s’exécuta. Jallen prit la nouvelle houle aux côtés de sa capitaine, souriant face au vent, tandis que Bronnya réclamait qu’elles essaient aussi la vague, plus grande, qui suivait.
Les Lys Écarlates poursuivirent leur chevauchée, se criant les unes par-dessus les autres, et le rire de Lilith parvint jusqu’au sable.
Sur la plage, les seigneurs encore présents et le Cercle d’Obsidienne regardèrent Quinlan faire remonter Synchra sur une haute houle, sa fille perchée sur ses épaules.
« Plus haut !! »
Il s’exécuta, et ses épouses se lancèrent à sa suite dans l’eau qui se recourbait, leurs robes de mariée éclatant de blancheur sur le bleu.
Ayame trancha la crête, sa jupe relevée d’une main, gloussant tandis que Serika remontait la vague sous elle. La combattante fit pivoter sa planche au sommet et redescendit la vague à reculons, ses cheveux rouges au vent.
« Elles sortaient tout juste de leur mariage, » marmonna Maelstrom.
« On y était, » lui rappela Brokk.
« Regardez-les ! »
Les femmes fendaient les embruns de part et d’autre de leur époux, la soie de leurs robes flottant autour de leurs jambes puissantes. Quinlan rit et souleva une autre vague pour ses épouses, sa petite fille poussant des cris de joie au-dessus de sa tête.
Elles étaient magnifiques. La nouvelle famille régnante d’Iskaris chevauchait l’océan en tenue de mariage et profitait de la liberté qu’elle avait conquise.
Gorruk poussa un grondement grave, empreint d’amusement.
« Si notre destin était d’être conquis, nous aurions pu tomber sur un tyran bien pire. »