Chapitre 76
« Cette situation est encore plus merdique qu'on ne l'aurait jamais imaginé. » Stephen, le directeur du CDH, s'exclama en s'enfonçant dans le fauteuil en cuir du bureau du Ministre de la Justice.
Elle ne répondit rien, se contentant de presser une poche de glace contre son nez, qui la faisait toujours souffrir.
« Je veux dire, ce qu'il a fait au chef, c'était digne d'un animal… non, même pas. Au moins, un tigre tue pour manger, mais lui… on aurait dit qu'il prenait un réel plaisir à ça. » Stephen fixa le plafond, revivant la scène dans son esprit.
« Combien de fois vas-tu répéter la même chose ? » demanda Linda en le foudroyant du regard.
« Quoi ? » Stephen se pencha en avant. « Je savais dès le début que c'était la pire décision que nous pouvions prendre. Mais non, on s'est dit qu'on pourrait le "contrôler". Ouais, mon cul ouais. »
Linda resta silencieuse, adossée à son siège. « Le vrai problème, c'était la mort de Rafael… et celle de Hans. » dit-elle en se tournant vers la fenêtre. « Et maintenant, il faut qu'on tue cet enfoiré. »
Stephen se renversa à nouveau, les yeux rivés au plafond. « Peut-être qu'il pourrait tomber d'une fenêtre. Ou avoir un accident de voiture. Mais c'est le genre de boulot pour Thomas, et il est introuvable lui aussi. »
« Il est en vacances, en fait. » dit Linda en posant la poche de glace.
« C'est quoi ce bordel… Il est vraiment en train de se la couler douce alors qu'on est au bord de la mort ? »
« Il a dit qu'il n'était pas impliqué dans ce merdier, alors il est parti quelque part avec sa famille. »
Stephen serra les poings. « Sans déconner, moi aussi ! Je n'ai rien fait ! C'est toi qui as eu cette putain d'idée ! » Sa voix monta dans un accès de frustration. « Oh mon Dieu, pourquoi je suis devenu agent ? J'aurais dû gérer une foutue ferme ou un truc du genre. Merde ! »
Linda réagit à peine. « Eh bien, trop tard pour les regrets maintenant. »
Stephen abattit son poing sur le bureau. « Non, tu ne comprends pas ! James nous a donné un putain d'ordre. Tuer Carter, et il nous laisse en vie. Si on échoue… » Sa voix s'éteignit, mais ils savaient tous deux comment cette phrase se terminait.
« Nous n'avons pas le choix. »
« Comme si on n'en avait pas ! » rétorqua Stephen. « Carter n'est pas juste un voyou de rue. Il est protégé, et s'il meurt, tout le monde saura que c'est nous ! »
« Et s'il vit, James fera en sorte que nous, on ne survive pas. »
Stephen se pencha à nouveau, posant sa main sur la table. « Tu crois vraiment que James nous laissera partir ? Même si on tue Carter ? »
« S'il est toujours le maniaque qu'il était à l'époque, oui, il nous tuera, mais il y a une chance qu'il soit redevenu lui-même. »
« Je te jure, une fois que cette tempête de merde sera passée, je démissionne. J'achète une ferme. Je cultive des légumes. Peut-être même une putain de chèvre. »
Linda laissa échapper un rire. « Oh, t'es si riche que ça ? Je pensais que tu ne touchais que dix mille par mois. »
« Ne me regarde pas comme ça, bordel. » Il pointa son doigt vers elle. « On a tous fait du délit d'initié et on a mis la main dans des fonds supplémentaires. Alors ne fais pas comme si tu valais mieux. On est pareils que ces fils de pute qui s'invectivent au Parlement. »
Linda se renversa en croisant les bras. « Ouais, mais au moins, ils n'ont pas James qui leur souffle dans le cou, à décider s'ils verront un autre lever de soleil. »
Stephen laissa échapper un rire amer. « Fantastique. »
« C'est le seul espoir qu'on a. » dit-elle.
Stephen secoua la tête. « L'espoir ? L'espoir ne servira à rien. Il nous faut un vrai plan, parce que si on foire ça, on est morts, peu importe la version de James à laquelle on a affaire. »
Pendant un moment, le silence s'installa entre eux. Puis, les yeux de Linda s'illuminèrent d'une idée.
« Et si on faisait comme Leopo ? » demanda-t-elle.
« C'est trop brutal. Si je me souviens bien, soixante-dix civils sont morts. Des enfants aussi. » Il secoua la tête.
« Mais le concept est solide, non ? » insista Linda. « On simule une attaque terroriste. Il nous faut juste des agents prêts à sacrifier leur vie pour quelques millions. »
Stephen y réfléchit un instant. « Disons que dix agents entrent au Parlement, tirent sur tout ce qui bouge, puis meurent. Mais n'oublie pas, Carter est vice-président. Il serait évacué en quelques minutes. »
Linda fronça les sourcils, considérant le problème. « Alors on s'assure qu'il n'en ait pas l'occasion. »
« Ce serait plus simple d'envoyer un tueur à gages ou de poser une bombe sous sa voiture ou un truc du genre. » marmonna Stephen.
Linda soupira. « Tu crois que personne n'a essayé ? Sa sécurité est impénétrable, ses itinéraires sont imprévisibles, et n'importe quel explosif assez puissant pour garantir sa mort attirerait trop l'attention. »
Stephen passa une main dans ses cheveux. « Alors quoi, on y va à fond avec cette fausse attaque terroriste ? »
Linda hocha la tête. « C'est le meilleur moyen de faire croire que ce n'est pas un contrat du gouvernement. Un événement chaotique avec beaucoup de victimes signifie que les soupçons ne pointeront pas directement vers nous. Ça donne à James ce qu'il veut sans mettre une cible dans notre dos, du moins, pas tout de suite. »
« C'est de la folie. »
« Mais ce n'est pas bon pour… » Linda laissa échapper un soupir.
« Pourquoi ? » demanda Stephen, confus.
« Quand il m'a tabassée, il a dit qu'il ne tuait jamais d'innocents. Si on fait ça et qu'un garde ou un passant meurt, James sera furieux. »
« Donc on est censés monter une attaque terroriste massive sans tuer d'innocents ? C'est impossible. »
Linda resta silencieuse un moment. « On change de plan. »
Stephen la dévisagea. « Pour quoi faire ? »
Elle expira lentement. « On oublie le chaos. On mise sur la précision. Si James veut Carter mort et seulement Carter, alors il faut qu'on trouve un moyen de faire en sorte qu'il soit la seule victime. »
« Super. Et comment on réussit un assassinat propre sur le vice-président du pays ? »
Linda eut un sourire en coin. « On infiltre quelqu'un. »
« Du poison ? » demanda Stephen en haussant un sourcil.
« Ouais, c'est bien aussi. » Linda hocha la tête. « C'est propre, ça ne laisse pas de traces, et si c'est bien fait, ça ne ressemblera même pas à un assassinat. »
« D'accord, mais comment on lui fait ingérer ? Le type ne mange pas n'importe quoi venant d'inconnus. »
Linda sourit. « C'est pour ça qu'il nous faut quelqu'un à l'intérieur. Quelqu'un qui a un accès direct à Carter, à son personnel, à son équipe de sécurité, ou même à son médecin personnel. »
Stephen y réfléchit, puis une idée plus brillante lui vint.
« Ou alors on kidnappe sa fille et on lui dit qu'il la récupérera s'il se suicide. »
Linda le fixa un moment avant de secouer la tête. « C'est risqué à mort. Carter est peut-être un politicien, mais ce n'est pas le genre à craquer si facilement. Il enverrait plutôt toute l'armée à nos trousses que d'appuyer sur la détente lui-même. »
« Alors on fait en sorte qu'il croie qu'il n'a pas le choix. Si on chope sa fille, on le brise. On lui fait comprendre qu'il n'y a pas d'issue. »
« Et s'il ne le fait pas ? » demanda-t-elle.
« Tu sais quoi ? J'en ai plus rien à foutre, tirez-lui juste dessus. » dit Stephen en se levant. « Genre, un sniper ou un truc du genre. Un tir net, et c'est fini. S'ils commencent à poser des questions, on invente un groupe terroriste avec un faux mobile. C'est le moment idéal, tout le monde se dispute déjà pour des conneries, les prix augmentent, les gens peuvent à peine se nourrir. »
« Ça pourrait marcher, en fait. » dit-elle, en planifiant déjà tout dans sa tête.
« Bien sûr que ça marchera. On trouve un tireur qualifié, on prépare une fuite propre, et on plante juste assez de fausses preuves pour faire tourner l'enquête en rond. »
« Il nous faudra un bouc émissaire. Quelqu'un de jetable. Si le gouvernement n'a personne à blâmer, ils creuseront plus loin. » dit-elle.
Stephen hocha la tête. « Ouais. On montera un coup avec des extrémistes au passé louche, on laissera juste assez de preuves pour que les autorités suivent la piste. Carter meurt, la faute retombe sur quelqu'un d'autre, et on s'en sort indemnes. »
« Faisons-le… »
On frappa à la porte et le nouveau directeur du CDH entra.
« Oh, désolé pour l'interruption. »
« Pas de problème. » dit Linda en jetant un regard à Stephen pour qu'il ne gaffe pas devant lui.
« Je peux demander… pourquoi James ne vous a pas tués, vous deux ? »
Stephen déglutit difficilement. Son esprit chercha une réponse, mais rien de convaincant ne lui vint.
Linda, en revanche, força un sourire. « Peut-être qu'il nous apprécie. »
Le directeur gloussa en s'approchant de la table. « Ce serait surprenant. Parce qu'il vous a tabassés, » il fit un geste vers Linda, « et si ça ne suffisait pas, il a massacré le chef juste devant vous deux. »
« Pourquoi ça vous intéresse ? » demanda Stephen.
Le directeur s'assit sur l'une des chaises. « Parce que si James vous a épargnés, ça veut dire qu'il a une raison. Et cette raison ? Elle me rend très, très curieux. »