Chapitre 288
Le silence revint, le sicario se contentant de fixer Hector droit dans les yeux… des yeux emplis de certitude… des yeux qui révélaient son dévouement total à une famille… la famille Bellini, la mafia.
« C'est tout à ton honneur, Hector. » Il esquissa un sourire en coin. « J'avais peur que tu finisses par devenir une balance, mais j'avais l'espoir que tu meures dignement, comme un guerrier, comme un gangster. » Il visa sa tête. « Adieu, Hector. On se retrouvera en enfer, le moment venu. »
Une pression sur la détente… un bruit sourd résonna dans la nuit étoilée… oui, un bruit puissant… rien à voir avec le pistolet silencieux.
« Hein… » Le sicario baissa lentement les yeux, portant ses mains sur son flanc gauche… le sang jaillissait… puis un autre coup de feu retentit.
Et un autre, et encore un autre.
Trois détonations assourdissantes, si violentes qu'on aurait pu les entendre à des pâtés de maisons… et avec elles, des balles qui frappèrent le sicario : une dans l'épaule, la deuxième frôla sa tête, et la troisième lui déchira la cuisse.
Ces balles ne se contentèrent pas de pénétrer, non ; ces trois projectiles arrachèrent littéralement la chair de son corps à l'impact… ils traversèrent ses côtes avec une force telle qu'ils pulvérisèrent tout sur leur passage… comme s'il n'était qu'un mannequin de gélatine balistique dont le seul but était d'exploser… et c'est ce qu'il fit, son corps s'effondrant instantanément tandis qu'une mare de sang se formait sous lui.
Et évidemment, c'est ce qui arriva ; une partie de sa chair fut arrachée, il s'écroula et mourut sur le coup… parce que, même si le tireur n'était pas un expert… le .357 Magnum avait fait son œuvre.
Oui, un revolver de calibre .357 Magnum, tenu par les mains tremblantes et inexpérimentées de quelqu'un qui venait de jouer les héros.
« Doc… ? » murmura Hector alors que ses oreilles sifflaient, du sang du sicario éclaboussant son visage… mais malgré sa vision trouble et déformée, il reconnut immédiatement la blouse blanche.
Oui, c'était lui, le héros du jour… l'homme qui venait de sauver Hector, le même médecin à qui il parlait plus tôt, celui qui s'occupait du rétablissement d'Amanda, de sa santé… quel médecin, il venait de sauver une autre vie… sans médicaments, sans scalpel… juste avec un bon vieux .357 Magnum.
Oui, un revolver à canon court dans sa main qui tremblait comme une feuille au moment où il avait pressé la détente… tremblant peut-être parce qu'il venait d'ôter une vie pour en sauver une… ou parce que le recul était si brut et puissant qu'il pouvait à peine le maîtriser… probablement les deux.
Mais une chose est sûre… il venait de sauver Hector, le sous-patron de la famille Bellini… quel acte héroïque.
Bien qu'il fût pétrifié, il restait là, pointant encore légèrement son revolver vers le sicario, observant le corps alors que le sang se répandait sur le sol, coulant partout comme une rivière… mais il avait fait ce pour quoi il s'était entraîné toute sa vie… il avait sauvé quelqu'un, même si c'était avec une arme à feu.
« Doc ! » cria Hector alors que sa vision se clarifiait et que les sifflements s'estompaient, bien que son dos lui fasse toujours l'effet d'avoir été frappé par un marteau.
« H-Hector ! » cria le médecin à son tour, réalisant qu'il venait peut-être de tuer quelqu'un, mais bon sang, Hector était toujours au sol. « Tu es touché ?! »
Il passa immédiatement à l'action, redevenant le médecin, celui qui est là pour sauver des vies, bien qu'il n'y ait rien, aucune hémorragie grave, pas une goutte de sang sur le corps d'Hector alors qu'il l'examinait rapidement.
« Regarde-moi. » Il pencha la tête d'Hector en arrière et sortit son porte-clés muni d'une lampe torche miniature, la braquant droit dans les yeux d'Hector… il le remarqua alors.
Sa main tremblait toujours violemment.
« Tu… tu m'as sauvé la peau, doc. »
« O-oui… » murmura-t-il en observant les pupilles d'Hector. « J-je l'ai vu, il te poursuivait avec une arme… alors j'ai couru jusqu'à mon bureau pour prendre la mienne. »
Ce qui avait sauvé Hector, c'était de la pure chance… la chance que le doc ait oublié de préciser un détail sur le traitement d'Amanda. En s'en rendant compte, il avait pensé pouvoir rattraper Hector, mais il avait remarqué un homme sur le côté avec un objet à la main… un objet qui était un pistolet… et son instinct avait pris le dessus.
L'instinct de courir jusqu'au bureau pour attraper son arme… une arme qu'il n'avait tirée qu'une seule fois dans sa vie lors de sa formation pour son permis. Mais plus que ça, l'instinct, ou plutôt la connaissance de qui était Hector… il n'avait même pas songé à appeler la police, pas une seule seconde… non, il avait juste saisi ce truc et couru aussi vite qu'il pouvait, sans vouloir tirer, sans vouloir ôter une vie… juste pour crier « haut les mains », comme à l'entraînement, pour tenter de désamorcer la situation… ce qu'il avait fait.
Il avait désamorcé la situation en tirant, en tirant sans même regarder, les yeux fermés au moment où il avait pressé la détente, car tirer sur des cibles en papier et tirer sur un être humain, ce n'est pas la même chose… et il n'avait raté sa cible qu'une seule fois.
« Beau boulot, doc… putain de beau boulot. » murmura Hector en se levant lentement, bien que son dos le fasse souffrir le martyre. Le doc se tut, car la panique l'envahissait… la panique de réaliser la chose la plus importante dans cette situation.
Il avait tué quelqu'un qui était prêt à prendre la vie d'Hector… sa propre vie était en danger… la vie de toute sa famille était en danger maintenant qu'il avait fait ça. Oui, la réalisation le frappa… aucun homme ordinaire ne s'en prendrait à Hector Bellini…
« Q-qui… qui est-ce… ? »
« Un sicario. »
« Un quoi… ? » Le doc le regarda, puis reporta son regard sur le corps.
« Un tueur à gages qui travaille pour le cartel. » répondit Hector en regardant le doc, qui perdit alors tout moyen.
« Le cartel… pas possible… » Oui, il réalisait qu'il avait merdé… merdé en sauvant Hector, parce que tout le monde savait que les cartels étaient des chiens enragés, des bêtes qui tuaient ceux qui prononçaient un mot de travers… et il venait de tuer leur tueur à gages. « J-je… »
« C'est moi qui l'ai tué. » Hector plongea son regard dans les yeux inquiets du médecin. « Personne ne s'en prendra à toi, doc. »
« Mais le corps… la police va… »
Il ne put finir sa phrase, quelque chose l'en empêcha… quelque chose d'inquiétant à un tout autre niveau. Six voitures, six SUV, déboulèrent sur le parking, s'arrêtant dans un crissement de pneus, et alors… des hommes… des hommes en équipement militaire en sortirent… tous équipés de gilets pare-balles et de fusils d'assaut à la main.
Ils se figèrent tous les deux. Le doc semblait avoir perdu son âme ; il s'imaginait déjà en train de se faire torturer avec sa famille, tandis qu'Hector avait déjà sorti son arme, prêt… tout comme Finn, à essayer au moins d'en emmener quelques-uns avec lui en enfer.
« Hector Bellini. » lança l'un des hommes. « Darvik nous envoie. » Il regarda le corps. « Mais je vois que nous sommes en retard. »
« Darvik ? » demanda Hector. Il n'avait aucune idée de qui était ce putain de Darvik, ni de qui étaient ces types.
« Oui, Darvik, un grand ami de James Bellini. »