Chapitre 71 — Aujourd’hui aussi, c’est la pendaison de crémaillère de la famille Sun
Feng Jingxin ne remarqua pas la froideur sur le visage de Rong Ci. En entendant ce qu’elle disait, elle se sentit rassurée.
Après que Rong Changsheng eut remis son cadeau à la vieille madame, Rong Ci s’avança à son tour et lui tendit les présents.
Le premier qu’elle offrit fut la broderie :
« Cette broderie a été préparée pour vous par Tingchen, à la demande de grand-mère. »
La vieille madame la prit, l’examina longuement. On pouvait dire sans exagération que ce cadeau touchait parfaitement ses goûts. Elle en était très satisfaite.
« Il a été attentionné », dit-elle.
Rong Ci sortit ensuite l’écrin contenant les bijoux en émeraude et le tendit à la vieille madame :
« Ceux-ci sont de la part de Tingchen. »
La qualité des émeraudes était exceptionnelle. La vieille madame les aimait réellement.
Mais parce qu’ils venaient de Feng Tingchen, elle ne fit que les regarder brièvement avant de refermer le coffret et de le poser de côté.
« Ils sont très beaux. Remercie-le pour moi », dit-elle d’un ton détaché.
Quant à savoir si Feng Tingchen viendrait aujourd’hui lui souhaiter son anniversaire, elle ne posa pas la moindre question.
Elle n’avait ni l’envie ni l’énergie de demander.
Rong Ci savait que sa grand-mère n’aimait pas Feng Tingchen. Autrefois, elle aurait sans doute pris sa défense.
Mais cette fois, elle ne dit rien de tout cela. Elle sortit simplement le cadeau qu’elle avait elle-même préparé et le tendit.
Comme elle s’y attendait, parmi tous les cadeaux reçus, celui que la vieille madame préféra fut précisément le sien : l’ensemble de quatre trésors du lettré.
La vieille madame le tenait dans ses mains avec un tel amour qu’elle semblait incapable de s’en séparer. Sur-le-champ, elle entra dans le bureau et écrivit quelques caractères de calligraphie.
Après l’échange des cadeaux, toute la famille s’assit pour prendre le petit-déjeuner ensemble.
Le repas fut animé et chaleureux.
La vieille madame arborait un large sourire, manifestement très heureuse.
Mais…
Au fond de son regard apparaissait parfois une pointe de mélancolie.
Rong Ci, Rong Changsheng et les autres le savaient tous : pour eux, aujourd’hui aurait aussi dû être un jour de réunion familiale.
Et pourtant, lors d’une journée aussi importante, il manquait une personne.
En y pensant, Rong Ci détourna le visage, les yeux légèrement rougis.
Cependant, afin de ne pas gâcher l’ambiance, tous gardèrent tacitement le silence sur le nom de Rong Yingsheng.
Vers neuf heures, les invités les plus proches de la famille Rong commencèrent à arriver.
Le soir, ils se rendraient à l’hôtel qu’ils avaient réservé à l’avance. C’est là que le banquet d’anniversaire commencerait officiellement.
Alors que Rong Ci aidait à accueillir les invités, le fils de Rong Changsheng, Rong Yunhe, remarqua que Feng Jingxin était assise à l’écart, l’air songeur. Il lui caressa affectueusement la joue et demanda :
« Qu’est-ce que tu fais, Jingxin ? On dirait que tu es ailleurs. »
En entendant cela, Rong Ci comprit immédiatement : elle pensait à Lin Wu.
Feng Jingxin avait bien obéi à Feng Tingchen en restant sagement chez la famille Rong sans sortir.
Mais son cœur n’y était clairement pas.
Aujourd’hui, elle avait envoyé plusieurs messages à tante WuWu. Or, Lin Wu semblait elle aussi très occupée et lui avait à peine répondu.
Dans l’après-midi, tout le monde se rendit à l’hôtel.
Vers six heures, les invités commencèrent à arriver les uns après les autres.
Rong Changsheng réceptionnait les cadeaux et guidait les invités vers leurs places lorsque l’un d’eux, visiblement gêné, dit :
« Désolé, président Rong. J’ai aussi un banquet de réjouissance ce soir. Je ne pourrai rester que le temps de boire un verre, puis je devrai partir. »
Rong Changsheng et Rong Ci comprirent qu’il avait ses obligations et ne le retinrent pas.
Ils pensèrent d’abord qu’il s’agissait d’un cas isolé.
Mais une demi-heure plus tard, ils remarquèrent que de nombreux partenaires commerciaux déposaient leurs cadeaux avant de repartir aussitôt. Certains n’étaient même pas venus en personne, se contentant d’envoyer leur secrétaire avec le présent.
Ils avaient réservé de nombreuses tables. À ce rythme, plus de la moitié resteraient vides ce soir.
Pour un jour aussi important, une fête préparée avec tant de soin… une telle situation était vraiment difficile à accepter.
Si la vieille madame l’apprenait plus tard, elle en serait sûrement attristée.
Rong Changsheng pouvait comprendre que certains invités aient des impératifs. Mais son visage ne pouvait s’empêcher de s’assombrir.
Voyant tant de personnes pressées de se rendre à une autre célébration, il demanda finalement à un partenaire avec qui il était relativement proche, le président Lan :
« Beaucoup de nos amis disent qu’ils ne peuvent pas rester dîner ce soir, et tous évoquent une autre fête. Puis-je me permettre de demander : de quelle famille est cette réjouissance à laquelle vous devez assister, président Lan ? »
Les invités qui n’étaient pas venus ou qui étaient repartis aussitôt allaient-ils tous à la même fête ?
Sinon, comment expliquer une telle coïncidence ?
« La famille Sun », répondit le président Lan, avant d’ajouter : « C’est la famille maternelle de la petite amie du président Feng. Ils ne sont pas originaires de la capitale. Comme ils s’installent ici, ils ont acheté une maison récemment. Aujourd’hui, c’est leur pendaison de crémaillère. »
À ces mots, les visages de Rong Ci et de Rong Changsheng changèrent brusquement.
Ils pensaient que, l’affaire de la villa réglée, il n’y aurait plus de nouveaux problèmes pour le moment.
Ils ne s’attendaient pas à ce que la famille Sun leur réserve un tel coup.
Ils refusaient de croire que le choix de cette date n’était qu’un hasard.
Après tout, la vieille madame Sun et la grand-mère de Rong Ci se connaissaient depuis de nombreuses années. Autrefois, elles s’étaient mutuellement fêté l’anniversaire d’innombrables fois.
La famille Sun pouvait-elle vraiment avoir oublié que c’était aujourd’hui l’anniversaire de la vieille madame Rong ?
Non.
Ils s’en souvenaient parfaitement.
Et c’était précisément pour cette raison qu’ils avaient délibérément fixé la pendaison de crémaillère à cette date.
Le président Lan ignorait les rancœurs entre les familles Sun, Lin et Rong.
Voyant l’humeur de Rong Changsheng, il comprenait parfaitement ce qu’il ressentait.
Il baissa la voix et dit :
« On n’y peut rien… La famille Sun a le président Feng derrière elle. Les invitations ont déjà été envoyées. Même si nous ne sommes pas proches des Sun, qui oserait refuser de donner la face au président Feng ? Lao Rong, je n’ai vraiment pas le choix… »
S’il n’allait pas à la pendaison de crémaillère des Sun, ou s’il y allait mais repartait sans rester dîner, la famille Sun penserait sûrement qu’il les méprisait.
On disait même que Feng Tingchen pourrait bientôt épouser cette Mademoiselle Lin.
Offenser la famille Sun reviendrait alors à offenser Mademoiselle Lin et Feng Tingchen.
Et eux… ils ne pouvaient absolument pas se permettre de les provoquer.