Chapitre 70
La première chose que Dante saisit fut cette carte de la taille d’un tarot. Dès qu’il l’aperçut, il sentit sa cupidité s’éveiller.
Il porta la Lentille d’évaluation à son œil et lut les runes de l’artefact.
[Nom : Tu croyais m’avoir ?]
[Niveau et grade : niveau 5 (violet)]
[Description : renvoie à son auteur tous les dégâts physiques, y compris ceux qui seraient mortels. Il suffit de voir la carte pour infliger l’état [Confusion] à une cible. Elle peut être activée en prononçant le mot : « Inversion ».]
[L’auteur des dégâts n’a pas besoin d’être humain, ni même d’être vivant, pour que la carte fonctionne.]
[Coût / inconvénient : le propriétaire doit être encore un tant soit peu conscient pour pouvoir l’utiliser. Il doit prononcer le mot « Inversion », à voix haute ou mentalement.]
[ - Son utilisation consomme une quantité considérable d’énergie physique et mentale.]
[ - Cette carte ne peut être utilisée qu’une fois par combat et une fois par personne. Elle ne peut également être utilisée que six fois en tout.]
[Utilisations restantes : 2]
Je ne peux l’utiliser qu’une fois ? Pourquoi tous les artefacts surpuissants ont-ils des restrictions aussi pénibles ? Dante soupira.
Quoi qu’il en soit, il mit la carte de côté. Il la garderait, sans aucun doute !
Par curiosité, il porta la Lentille d’évaluation à son œil pour lire les informations sur la grande épée.
[Nom : Brise-tempête]
[Niveau et grade : niveau 2 (violet)]
[Description : cet artefact augmente la force de 20 % et l’agilité de 10 %. Il réduit également le temps d’incantation des sorts liés au vent. Enfin, il permet à son utilisateur de faire un double saut en plein air.]
[Remarque : il s’agit d’une arme destinée aux combattants expérimentés.]
[Coût / inconvénient : elle épuise rapidement l’endurance ; son maniement exige donc une grande résistance physique lors des combats prolongés.]
[Compatibilité : convient particulièrement aux guerriers.]
[Compétences : Rafale de vent, Lames de vent]
[Rafale de vent : crée un bouclier tranchant de vent comprimé qui repousse les projectiles et repousse les ennemis à courte portée.]
[Lames de vent : la lame peut projeter des arcs de vent sous pression aussi acérés que des rasoirs.]
[Le nombre d’utilisations des compétences dépend du grade des gemmes de mana serties dans Brise-tempête.]
On dirait que cette arme était faite pour Micheal, songea Dante en portant son regard sur un autre objet, une bague en argent.
[Nom : Armure de la Sentinelle d’Argent]
[Niveau et grade : niveau 2 (violet)]
[Description : une fois activée, cette bague augmente de 25 % la défense physique et magique de son porteur. Elle offre une résistance de 95 % aux attaques par armes à feu. Ses effets peuvent également s’activer automatiquement en cas de menace soudaine et de forte intensité.]
[La protection de l’artefact passe de 25 % à 35 % si son porteur protège quelqu’un.]
[Coût / inconvénient : si l’armure absorbe une certaine quantité de dégâts, elle risque d’être détruite définitivement.]
[ - Les morts-vivants ne peuvent pas porter cette armure.]
Micheal est vraiment gâté cette fois-ci, songea Dante en passant à une autre bague.
[Nom : Gardienne de la garde-robe]
[Niveau et grade : niveau 2 (bleu)]
[Description : sa poche spatiale peut contenir jusqu’à vingt-cinq objets. L’utilisateur peut y ranger ou en retirer des objets par la pensée. Elle peut également réparer peu à peu tous les vêtements déchirés qui s’y trouvent.]
[Coût / inconvénient : la bague change de couleur toute seule, au hasard.]
Hum…
Quant aux autres objets, ce n’étaient pas des artefacts. À l’exception du pendentif de jade, que Dante reconnut au premier coup d’œil comme un Modèle.
Il leva les yeux et vit Micheal compter l’argent contenu dans le portefeuille. Les billets dorés indiquaient que certains étaient des couronnes, tandis que les billets vert pâle étaient des francs.
En remarquant que Dante le regardait, Micheal releva la tête en souriant. « En tout, ça fait vingt-cinq couronnes et quinze francs, patron. »
Dante ne s’intéressait pas à l’argent. Il détourna donc le regard et désigna trois fioles au sol. « Qu’est-ce que c’est ? »
« Oh, ça ? » Micheal en ramassa une. « Ça s’appelle du Jus de tigre. C’est une drogue qu’on vend dans le coin. Elle coûte cher et rend très vite accro. Paraît qu’elle provoque une euphorie intense, mais qu’elle rend aussi incroyablement fort et renforce même les caractéristiques de la classe. Le problème, c’est qu’à la longue, elle peut entraîner de graves mutations physiques et une dégradation psychologique. »
Il existe des trucs pareils ? Dante fronça les sourcils.
C’était encore une chose qui n’était jamais apparue dans le jeu auquel il avait joué, alors même qu’il s’était rendu plusieurs fois à Sylveria.
Voyant son air sceptique, Micheal fit tournoyer le liquide dans la fiole et ricana. « J’ai entendu dire que c’est un mélange chimique qu’une autre bande fait passer en contrebande ici. C’est très populaire auprès des gens du coin. N’allez pas essayer ça, patron. »
Dante prit un air renfrogné. « C’est plutôt à moi de te faire la leçon. Tu avales tout ce qui te tombe sous la main et qui provoque de l’euphorie ! »
Micheal sourit et reposa la fiole par terre.
Pendant ce temps, Dante ramassa la carte et la fit disparaître dans sa Poche dorée du gentleman. Puis, s’adossant, il lança d’un ton détaché : « Je garde le… » Il s’interrompit, comprenant que prononcer son nom serait trop gênant.
« Je garde la carte. Tu peux prendre le reste. »
À ces mots, Micheal s’illumina et prit la main de Dante entre les siennes. « Ah… je t’aime, patron ! »
Dante grimaça, retira sa main et lança la Lentille d’évaluation à Micheal.
Pendant que le jeune homme au teint hâlé examinait les détails des autres artefacts, Dante ferma les yeux pour enfin dormir un peu.
***
Un peu plus tard…
——
« Euh… je ne comprends pas, patron. » Micheal prit un air perplexe en voyant la calèche se rapprocher de plus en plus de l’endroit où se trouvait le labyrinthe.
Il se tourna vers Dante, les sourcils froncés, partagé entre l’inquiétude et l’irritation. « Pourquoi est-ce qu’on va dans un labyrinthe ? »
Avant midi, il avait réussi à se procurer les explosifs auprès d’un revendeur d’une boîte du coin. Quelques minutes après midi, Dante l’avait entraîné dans une calèche qui devait les conduire jusqu’à « l’endroit important » qu’il était censé faire sauter.
Alors… pourquoi diable se dirigeaient-ils vers un labyrinthe ?
« Tu le découvriras quand on y sera. » Dante agita la main d’un air désinvolte sans même ouvrir les yeux.
Peu après, les chevaux hennirent et se cabrèrent, refusant d’avancer davantage.
Les deux hommes descendirent alors de la calèche devant le Centre du repos. Dante avait toujours le permis de la dernière fois ; il comptait donc s’en servir, puisqu’il n’était pas un Purgeur. Quant à Micheal, Dante allait simplement prétendre qu’il était son chevalier, son permis l’autorisant à venir accompagné.
Bien qu’il fût passé midi, ce quartier de la ville semblait sombre et lugubre. Au loin, le grand obélisque s’élevait vers le ciel comme une aiguille dentelée, dégageant une atmosphère sinistre et étouffante.
« Allez, viens. » Dante donna une tape dans le dos de Micheal, assez forte pour le faire trébucher en avant.
Tous deux se dirigèrent vers l’obélisque. Contrairement à sa première visite, Dante n’était plus aussi nerveux : il avait désormais bien des moyens de se protéger.
Bien sûr, il aurait pu envoyer Micheal tout seul. Mais il aurait alors dû descendre étage après étage jusqu’au neuvième, en combattant des monstruosités.
Bien qu’il s’agît d’un Labyrinthe vert, celui-ci était réputé abriter, à partir du sixième étage, des créatures de quatrième, cinquième et sixième niveaux.
Le pauvre homme risquait de ne pas en revenir vivant. Dante était donc venu pour lui faciliter la tâche.
Lorsqu’ils arrivèrent enfin à l’entrée, Dante aperçut dix personnes qu’il prit pour des Purgeurs, rassemblées dehors. Elles avaient l’air d’avoir voulu entrer un peu plus tôt, mais le Grand Prêtre les avait arrêtées pour qu’elles attendent les deux hommes qu’il les avait vus approcher.
À présent qu’ils étaient là, la onzième personne, un homme vêtu d’une robe de clerc noire, s’avança vers eux. Il ne s’arrêta qu’une fois tout près, à quelques centimètres d’eux, puis joignit les mains devant lui.
« Bienvenue dans le labyrinthe. Je suis le père Osric, de l’Ordre de la Nuit. Je sens que vous êtes tous deux des Apôtres. Avez-vous votre permis ? » demanda-t-il à voix basse, de sorte qu’eux seuls l’entendirent, avant de s’incliner poliment.
Dante tendit la main ; le permis apparut dans sa paume et il le lui remit.
L’homme l’examina rapidement, puis releva la tête pour étudier les deux hommes. Micheal portait l’un des coûteux costumes trois-pièces en tweed de Dante, le visage dissimulé par un foulard et la casquette gavroche de Dante rabattue sur les yeux. Dante, lui, avait revêtu un costume trois-pièces ajusté semblable, avec son fedora à plumes de corbeau sur la tête.
Incapable de reconnaître les deux Apôtres, l’homme plissa légèrement les yeux. « Est-ce votre première visite dans ce labyrinthe ? »
Dante secoua la tête. « Non. »
« Je vois. » Il lui rendit le permis, puis sortit deux pendentifs de pierre de sa poche et les leur tendit. « Voici les clés qui vous permettront d’utiliser les portes. »
Cette fois, Dante prit une clé, juste au cas où. Une partie de lui, à son insu, avait l’impression que s’être présenté comme un Grand Prêtre était l’une des raisons pour lesquelles on l’avait attaqué la première fois.
Micheal prit lui aussi une clé, puis le Grand Prêtre s’inclina de nouveau. Après s’être assuré que personne d’autre ne s’approchait derrière eux, il se tourna vers le reste du groupe.
« Bien, dit-il d’une voix plus forte, pour que tout le monde l’entende. Je vais maintenant ouvrir le passage menant au labyrinthe. »