Chapitre 12
« En fait, il y a deux choses pour lesquelles j’ai besoin de ton aide… » Dante marqua une pause, puis ajouta : « Pour l’instant. »
Isabella haussa un sourcil inquiet avant de demander lentement : « Lesquelles ?
À cet instant, le sourire de Dante s’effaça, remplacé par une expression froide et grave.
« Je sais que tu vas t’en prendre aux charognards qui m’ont volé. » Il plongea son regard dans le sien. « Est-ce que tu pourrais me les ramener vivants, s’il te plaît ?
— Qu’est-ce que tu comptes leur faire ? » demanda-t-elle, surprise.
Dante pencha la tête et répondit d’un ton innocent : « C’est impoli de prendre quelque chose à quelqu’un sans rien donner en échange. J’exige une compensation convenable pour tout ce qu’ils m’ont pris aujourd’hui. »
Isabella parut d’abord décontenancée. Puis le coin de ses lèvres se releva presque imperceptiblement.
Elle acquiesça. « D’accord. Et la deuxième ?
Dante prit soudain un air gêné et baissa les yeux. Il se frotta la nuque, puis répondit d’une voix embarrassée : « … Du sang.
— Du sang ? » Elle haussa un sourcil, l’air perplexe. Dante n’ajouta rien et se contenta d’acquiescer. Au bout de quelques secondes, cependant, elle sembla comprendre et ouvrit brusquement de grands yeux. « Attends, ne me dis pas que… C’est le prix à payer ?
Sa voix trahissait la peur et l’incrédulité.
Voyant son expression, Dante expira et acquiesça lentement.
Le sang était bel et bien le prix à payer pour utiliser son pouvoir.
Tous les Apôtres devaient payer un prix pour recourir à leurs pouvoirs. Celui-ci variait selon la divinité et pouvait être exigé avant, pendant ou après l’utilisation du pouvoir.
De plus, au sein d’un même Ordre, la manière dont un Apôtre payait ce prix pouvait légèrement varier selon sa classe, son grade ou sa capacité particulière.
Après son éveil… ou, plus précisément, après avoir repris conscience lorsqu’on lui eut rattaché la tête, Dante avait instinctivement découvert le prix de son pouvoir.
Plus il consommait de sang, plus son Démon sanguin devenait puissant.
« J’ai utilisé mes pouvoirs tout à l’heure », dit-il doucement, laissant sa phrase en suspens dans l’espoir qu’elle comprenne où il voulait en venir.
À vrai dire, il avait d’abord envisagé de garder secret le prix à payer, mais il avait fini par décider de tout lui dire. Il avait une confiance absolue en Isabella et s’était dit que les choses seraient bien plus simples si elle était au courant. Elle pourrait même l’aider s’il se retrouvait dans le pétrin.
« Je vois. » Isabella détourna lentement le regard. Un instant plus tard, elle reporta les yeux sur lui et lui caressa doucement la joue. « Très bien. En attendant, va prendre une douche. Tu peux te débrouiller tout seul, pas vrai ?
La bouche de Dante tressaillit. « Mes blessures ne sont pas si graves.
Isabella sourit et acquiesça. Puis son regard s’adoucit. « Comme on t’a volé les vêtements et les autres affaires que tu avais apportés, je vais demander à Vincenzo de te trouver de quoi te changer. » Elle jeta un coup d’œil à la chambre, qui n’était pas à la hauteur des exigences de nobles aussi fortunés qu’eux. Elle restait toutefois assez convenable. Heureusement, c’était l’une des chambres les plus chères, malgré les courants d’air persistants et le décor rustique.
Un fauteuil moelleux se trouvait près de la cheminée, et une solide table en chêne accompagnée d’une chaise occupait le coin près de la fenêtre.
« Je pense… qu’il vaut mieux que tu passes la nuit ici. Je demanderai aussi à quelqu’un de remplacer les draps par des… plus confortables.
Dante inclina légèrement la tête en signe de gratitude. « Merci, mère.
***
…
..
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Quelque temps plus tard, Isabella était assise à l’une des tables du rez-de-chaussée, près du bar. Elle se penchait en avant, la tête posée sur le bois, comme quelqu’un d’épuisé. Un verre de vodka rempli de glaçons se trouvait à côté d’elle, et, perdue dans ses pensées, elle en suivait distraitement le bord du bout de l’index.
« Mère du Sang, Evelyn… » marmonna-t-elle. « Mais où est-ce qu’il a bien pu trouver ce nom ?
Une centaine de questions semblaient se bousculer sur son visage.
Bien sûr, elle aurait pu simplement le lui demander, mais elle savait que Dante ne répondrait pas, même si elle insistait. Alors elle s’était tue et avait choisi de l’aider.
Dante avait toujours été ainsi. Il savait des choses qu’il n’aurait pas dû savoir, mais la façon dont il les avait apprises demeurait une énigme qui la laissait toujours perplexe. Plus frustrant encore, il se renfermait dès qu’elle cherchait à obtenir des réponses.
Au lieu de le questionner, elle avait donc décidé de s’impliquer davantage dans sa vie. Ainsi, elle pourrait le protéger… même de lui-même.
Isabella soupira.
Ce garçon a tant de secrets… De tous mes enfants, c’est le seul que je ne comprends pas du tout, et ça m’effraie. Pourquoi suis-je même surprise qu’il soit devenu l’Apôtre d’une divinité inconnue ? Il a toujours eu ce côté mystérieux, presque surnaturel, et penser à ce que cela pourrait entraîner me terrifie.
À côté d’elle, le lévrier afghan gémit en voyant son humeur. Sans même y penser, elle tendit la main et lui caressa le doux pelage derrière les oreilles.
À cet instant, le chevalier qui l’avait accompagnée s’approcha. Il inclina respectueusement la tête. « Madame.
Isabella releva lentement la tête et lui adressa un faible signe de tête.
Le chevalier s’assit alors en face d’elle et commença son rapport.
« D’après Matteo, il a vu Dante traîner les corps hors du labyrinthe. Je ne sais pas pourquoi il ne les a pas bénis lui-même, mais le Grand Prêtre actuellement de service ici s’en est chargé. Ils ne risquent donc pas de devenir des créatures corrompues.
Il les a sortis pour prouver que les charognards étaient responsables. Quant à la raison pour laquelle il ne les a pas bénis lui-même, c’était probablement pour obliger la Grande Prêtresse à s’en charger. Ainsi, elle serait occupée et resterait loin de lui, déduisit Isabella en silence, sans toutefois exprimer sa pensée.
La voyant garder le silence, le chevalier poursuivit : « Je les ai examinés et, d’après ce que j’ai pu constater, leurs blessures ont bien été infligées par des charognards. Ils ont été malins. Ils n’ont pas utilisé d’armes à feu, seulement de simples flèches de chasse. Et ils ont tout dérobé…
À ces mots, Isabella serra les dents. « Retrouvez ces salauds. Tous, sans exception. Je les veux vivants, Vincenzo.
Vincenzo s’inclina légèrement. « Oui, Madame.
Il se redressa et balaya du regard la salle silencieuse. Après un instant de réflexion, il demanda : « Vous comptez rester ici jusqu’au matin ?
« Oui, répondit Isabella à voix basse. Je n’aime pas me déplacer quand le brouillard tombe. Cela dit… je ne pourrai pas dormir ici. Alors je vais rester là et boire jusqu’au matin.
Vincenzo fronça les sourcils. Après quelques secondes, il acquiesça avec hésitation.
« Compris.
Il s’apprêtait à partir quand Isabella l’arrêta. « Attendez. J’ai encore besoin d’un service.
« Tout ce que vous voudrez.
Isabella lui adressa un rare sourire. « Remplissez une bouteille de votre sang et apportez-la-moi.
« Bien sûr… Attendez, quoi ? » Vincenzo déglutit, et une sueur froide lui couvrit tout le corps.
Mon sang ? Non, attendez… une bouteille entière ? Il blêmit, le cœur battant contre ses côtes comme un oiseau pris au piège. Perdre une bouteille de sang, c’est mortel ! Qu’est-ce que j’ai fait ? Est-elle en colère contre moi ?
Voyant son air horrifié, Isabella eut un petit rire. « Détendez-vous. Je ne passe pas mes nerfs sur vous, et vous n’allez pas mourir. Il y a un Grand Prêtre dans le bâtiment ; demandez-lui de vous rafistoler si l’au-delà commence à vous appeler.
***
Plus de trente minutes plus tard…
——
Dante ouvrit la porte de la petite chambre et entra d’un pas las. Il venait de finir sa douche, qui avait duré plus longtemps que prévu, tant il lui avait fallu de temps pour se débarrasser de tout ce sang.
Il portait maintenant des vêtements légers que Vincenzo lui avait donnés.
Tandis qu’il traînait les pieds vers le fauteuil près de la cheminée, il ne remarqua pas qu’une brume rouge s’échappait de son dos. Elle tourbillonna, puis prit la forme translucide d’un petit garçon.
Dante gémit de douleur en se frottant doucement l’épaule blessée. Lorsqu’il parvint au fauteuil et s’apprêtait à s’effondrer sur son doux rembourrage de velours, une voix le fit presque sursauter.
« Vous allez bien, maître ? »