Chapitre 153
WeTried Translations
Traducteur/éditeur : Ordre
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
Chapitre 153 : Le roi
──────
Murvach était plongé dans ses pensées.
Le jour où il avait reçu l’oracle lui annonçant qu’il ne deviendrait jamais le Roi des Mercenaires, il n’en avait rien laissé paraître, mais son cœur s’était effondré.
Il avait cru que le temps finirait par effacer son attachement persistant. Pourtant, de tels sentiments ne disparaissaient pas si facilement. Ils ne faisaient que grandir dans le cœur de Murvach.
Puis il avait appris qu’il pourrait devenir roi de l’Ouest. Il en était resté stupéfait. Pour la première fois de sa vie, l’excitation l’avait empêché de dormir.
S’il attendait patiemment, le trône finirait à coup sûr par lui tomber tout cuit dans les mains.
Et pourtant, à présent, Murvach doutait de l’oracle du Dieu de la Pluie de Renard.
« C’est vrai que je veux le trône. »
Au début, ce qui avait retenu Murvach, c’était le doute : le roi était-il vraiment le démon ?
Mais le Dieu de la Pluie de Renard avait rendu son oracle avec une telle assurance que Murvach s’était laissé convaincre. Le démon avait possédé non pas le roi, mais le serviteur.
« Si ça continue, le roi deviendra une victime innocente. »
Était-il juste de monter sur le trône en faisant d’un innocent une victime ?
« Non. »
Il n’y avait pas à réfléchir. Pourtant, ce qui retenait Murvach, désormais, n’était pas une question de bien ou de mal.
Le véritable problème, c’était l’oracle du Dieu de la Pluie de Renard.
— Murvach. Souviens-toi : je n’accorde pas de seconde chance à ceux qui font des stupidités.
En somme, cet oracle signifiait qu’il serait expulsé de l’Ordre.
Ce devait être l’un des oracles les plus rares qui soient.
« …Je n’aurais jamais cru recevoir un oracle pareil. »
Murvach releva la tête.
La nuit était tombée. Bientôt, le roi irait se coucher, le groupe d’Elbridge passerait à l’action et tout serait décidé.
Alors que Murvach errait dans le jardin, un mercenaire aux cheveux coupés très court s’approcha de lui.
« Capitaine. Vous vous inquiétez de ce que le marquis va penser ? »
C’était Dubner, commandant en second de la Compagnie mercenaire de Murvach.
Ce mercenaire accompagnait Murvach depuis qu’il avait quitté la maison Hagenlot. C’était celui en qui Murvach avait le plus confiance, qu’il considérait presque comme un frère.
En réalité, Murvach avait passé avec Dubner plus de deux fois le temps qu’il avait passé avec le marquis Hagenlot.
« Ce n’est pas ça. »
Murvach répondit d’un ton ferme, mais Dubner ne sembla pas convaincu.
« Et alors, si les choses se tendent un peu avec le marquis ? Tu ne lui as jamais rien dû de toute ta vie. Au pire, tu n’as qu’à couper les ponts. C’est bien le marquis qui le regretterait, non ? »
Murvach n’avait pas pensé au marquis Hagenlot ; le conseil de Dubner était donc tombé à côté dès le départ.
Pourtant, le fond de son conseil correspondait exactement à ce dont Murvach avait besoin.
« Et alors, si les choses se tendent un peu avec le Dieu de la Pluie de Renard ? Moi non plus, je ne lui ai jamais rien dû. »
Le Dieu de la Pluie de Renard, qui symbolisait la Fortune inattendue, avait peut-être discrètement placé la chance entre ses mains.
Mais impossible de savoir si cette chance venait de Murvach lui-même ou si le dieu l’avait arrangée. Tout dépendait de la façon dont il choisissait de voir les choses.
« Au pire, je n’ai qu’à quitter l’Ordre. Un dieu ne peut pas s’en prendre à un fidèle qui a quitté son Ordre. »
Était-ce vraiment aussi simple ?
Murvach adressa un sourire en coin à Dubner.
« Oui. Tu as raison. »
« Bien sûr que j’ai raison. Quand est-ce que je me suis trompé ? »
« Presque tout le temps. Tu as juste raison quand tu as de la chance. »
« Hmph. »
Dubner renifla avec dédain, puis s’éloigna.
Murvach quitta ensuite seul la maison Hagenlot.
* * *
Contrairement à ce que le groupe d’Elbridge avait prévu, ce ne fut pas le roi qui entra dans sa chambre.
« Qui est-ce ? »
« Le serviteur qu’on a vu la dernière fois. »
Le serviteur balaya brièvement du regard la chambre plongée dans la pénombre, puis s’immobilisa brusquement.
« … »
Même s’ils savaient que leur respiration ne pouvait pas s’entendre de l’autre côté de la porte du placard, les compagnons d’Elbridge la retinrent.
« Il ne nous a pas repérés, si ? »
Les mauvais pressentiments avaient la fâcheuse habitude de se réaliser.
Comme s’il avait senti quelque chose d’étrange, le serviteur se mit à regarder autour de lui.
« Vous ne trouvez pas qu’il a l’air d’avoir remarqué quelque chose ? »
Sonia chuchota aussi doucement que possible, et Marcus lui répondit avec nervosité.
« Qu’est-ce qu’on fait ? Tu n’as pas un sort utile ? »
« Laisse-moi réfléchir un instant… »
Même en laissant du temps à Sonia, il semblait peu probable qu’elle trouve une solution convaincante.
Frouf.
À cet instant, Rombel bougea légèrement, attirant tous les regards.
Il leur fit alors signe en passant son pouce le long de sa gorge.
Elbridge le fixa, horrifié, puis articula sans un bruit :
« Tu veux le tuer ? »
« Et on va juste le laisser tranquille ? »
« On peut simplement le faire taire. »
« Bon sang… D’accord. »
Le serviteur continua de regarder autour de lui et s’approcha.
Mais comme il ne semblait pas savoir exactement où le groupe se cachait, il longea le mur de la chambre, une main glissant dessus. Puis, au moment où il arriva près du placard…
Bam !
La porte du placard s’ouvrit à la volée, et les bras puissants d’un nain entraînèrent le serviteur à l’intérieur.
Poum.
La porte se referma et le serviteur se débattit avec violence. Le placard, déjà exigu, leur parut encore plus étroit.
Rombel plaqua une grosse main sur la bouche du serviteur et murmura d’une voix grave :
« Hé, calme-toi. On n’est pas des types louches. »
Le serviteur ne se calma pas si facilement. Bien sûr, il n’y avait aucune raison de croire les paroles d’inconnus cachés dans un placard.
Boum, boum !
Les coups de pied frénétiques du serviteur frappèrent violemment la porte. Un frisson parcourut l’échine du groupe d’Elbridge. Si quelqu’un entendait ce bruit dehors, tout leur plan tomberait à l’eau.
Marcus saisit les jambes du serviteur à deux bras, et Rombel prit une décision.
« On dirait qu’on ne pourra pas le calmer en lui parlant. »
Il passa aussitôt à l’action. Tout en maintenant sa main droite sur la bouche du serviteur, il enroula son avant-bras gauche autour de son cou et l’étrangla.
Le serviteur se débattit plus violemment encore pendant un instant, mais sa résistance ne dura pas. Après quelques respirations, il s’affaissa, inconscient.
Elbridge murmura, inquiet :
« Il n’est pas mort, hein ? »
« Il s’est juste évanoui. Et… même s’il est mort, il l’aura bien cherché. »
Rombel observa la réaction des autres, puis marmonna une explication.
« Je lui ai clairement dit de se calmer. C’est arrivé parce qu’il n’a pas réussi à se calmer, donc s’il meurt, ce sera sa faute. Pas vrai ? »
C’était une affirmation éhontée, mais ils étaient tous dans le même bateau et il leur était difficile de le critiquer. Ce serait comme cracher au plafond.
Après avoir attendu un moment, ils sentirent quelqu’un d’autre approcher.
« Cette fois, ça doit être le roi, non ? »
Le groupe d’Elbridge observa l’extérieur par la mince fente de la porte du placard.
« Comme prévu. »
Cette fois, c’était bien le roi.
Comme épuisé, le roi s’assit au bord du lit, puis se laissa tomber dessus et ferma les yeux.
Bientôt, sa respiration ralentit.
« …Bien. Il dort. »
Marcus poussa prudemment la porte du placard.
Un bruit inattendu retentit alors.
Grincement.
Le bruit n’était pas fort, mais il suffisait à réveiller quelqu’un qui venait de s’endormir.
Un frisson parcourut le groupe d’Elbridge.
« Le serviteur a brisé la charnière en donnant des coups de pied dans la porte. »
Comme prévu, le roi se réveilla en sursaut au bruit soudain.
Elbridge bondit aussitôt hors du placard, plaqua une main sur la bouche du roi et lui enserra le cou de son avant-bras.
Au même instant, Rombel tira un petit poignard.
Alors que Rombel s’apprêtait à trancher la gorge du roi, le regard d’Elbridge croisa celui de ce dernier.
Un jeune roi, âgé d’une vingtaine d’années tout au plus.
Elbridge vit dans ses yeux une résignation sans équivoque.
« … ? »
Elbridge avait combattu d’innombrables démons.
Mais il n’avait rencontré qu’une fois un démon qui acceptait la mort sans résister : le Dieu de l’Eau Courante.
C’était une situation exceptionnelle. Et il était difficile de considérer ce dieu comme un démon à part entière.
Instinctivement, Elbridge tordit l’avant-bras qu’il avait passé autour du cou du roi.
Le poignard de Rombel, qui visait la gorge du roi, effleura plutôt l’avant-bras d’Elbridge. Le sang coula le long de son bras.
Rombel lança d’un ton irrité, à voix basse :
« Pourquoi t’as fait ça, tout à coup ? »
C’était un pari. Un pari qui mettait en jeu non seulement sa propre vie, mais aussi celle de ses compagnons.
Pourtant, Elbridge savait qu’il ne pouvait pas hésiter dans une situation pareille. Il ressentait aussi une certitude inexplicable.
« Quelque chose cloche. »
Inutile de s’étendre en explications. Rombel avait lui aussi vu l’expression du roi. Même le guerrier nain aguerri avait remarqué quelque chose d’étrange.
Une seule chose distinguait Rombel d’Elbridge. Même après avoir compris que quelque chose clochait, Rombel aurait tué le roi. Il était du genre à penser qu’il valait mieux faire disparaître un puissant sans laisser de trace que de lui laisser un mauvais souvenir.
Heureusement, Rombel n’avait pas l’intention de tuer le roi si cela devait l’opposer à Elbridge.
Rombel soupira avant de parler.
« …Il n’y a que deux possibilités. Soit ce salaud a déjà pris le contrôle de nos esprits, soit il est vraiment innocent. »
« Probablement. »
Elbridge attendit que le roi se calme un peu, puis retira légèrement la main qui lui couvrait la bouche.
Le roi prit la parole d’une voix tremblante.
« Je sais pourquoi vous avez essayé de me tuer. Vous pensez que je suis possédé par un démon, n’est-ce pas ? »
« Quelque chose comme ça. »
« Votre supposition est probablement juste. »
Rombel et Sonia regardèrent Elbridge, l’air de lui dire qu’il fallait tuer le roi sur-le-champ.
Mais Elbridge estima qu’attendre encore un peu ne changerait rien.
« Expliquez-vous. »
« Je vous ai fait venir parce que je savais que quelque chose n’allait pas chez moi. »
Le roi hésita brièvement, puis poursuivit.
« À partir d’un certain moment, mon entourage a été incapable d’avoir des conversations normales avec moi. Au début, on dirait qu’ils me parlent, mais en cours de route, ils se mettent à agir comme s’ils voyaient des choses qui n’existent pas. J’ai cru que vous feriez exception… mais il semble que vous non plus. »
« Nous sommes en train de discuter, pourtant. »
Même en disant cela, Elbridge n’était pas sûr d’avoir une conversation normale avec le roi. Tout cela pouvait aussi faire partie d’une illusion.
Il n’en laissa cependant rien paraître. S’il semblait indécis à cet instant, ils n’arriveraient à rien.
Le roi reprit : « Ce n’est pas toujours comme ça. Mais la prochaine fois que vous me verrez, ça recommencera. »
« Avez-vous déjà demandé de l’aide ? »
« J’ai essayé indirectement. En invitant des personnalités de différents domaines… mais cela n’a pas servi à grand-chose. »
La voix du roi trembla légèrement. Il faisait néanmoins de son mieux pour garder son calme.
« Paladin Silencieux. Personne ne peut comprendre ma situation aussi justement que vous. Je vous laisse prendre la décision finale. »
Le roi ferma les yeux en parlant. Il savait que la décision ne lui appartenait pas et il se fiait à la réputation d’Elbridge.
D’une voix basse, il ajouta : « Si vous comptez me tuer, ne laissez aucune trace de sang. Cachez aussi bien le corps. Pliez soigneusement ma robe, prenez dans le placard des vêtements faciles à porter et enterrez-moi. Alors, personne ne vous poursuivra. »
« Personne ne nous poursuivra si le roi meurt ? »
« J’ai souvent dit que je voulais me rendre dans l’Est. Tout le monde pensera que je suis parti en secret. Il vaut mieux qu’ils croient que je suis parti plutôt que mort. Ma nourrice a le cœur tendre… »
Sa voix tremblait, mais ses derniers mots étaient calmes. C’était un jeune homme qui s’était habitué à essayer de garder contenance.
Sonia fit signe à Elbridge.
« Finis-en. »
Mais Elbridge réfléchissait.
« Le roi dit qu’il est possédé par un démon. Mais rien ne garantit que ce soit vrai. »
Les personnes qui, comme les nobles de haut rang, détenaient le pouvoir depuis leur naissance avaient un trait particulier.
Leur influence sur leur entourage était si grande qu’elles avaient tendance à tout relier à elles-mêmes.
« Son comportement est étrange pour quelqu’un qui serait possédé par un démon. »
Elbridge prit la parole.
« Un objet que vous gardez toujours près de vous. Un endroit où vous rencontrez toujours du monde. Quelqu’un que vous gardez constamment à vos côtés. »
« …De quoi parlez-vous ? »
« Et si le démon n’était pas en vous, mais quelque part autour de vous ? »
La question était simple.
Mais, comme prévu, le roi sembla n’avoir jamais envisagé cette possibilité.
Tandis qu’il attendait sa réponse, Elbridge examina lui aussi la situation.
« Y a-t-il un objet que le roi garde toujours près de lui ? »
Il n’en savait rien.
« Y a-t-il un endroit où le roi rencontre toujours les gens ? Le démon pourrait-il se trouver là ? »
Le palais royal était probablement l’endroit où le roi passait le plus de temps, mais il ne restait pas constamment entre ses murs.
Pour l’instant, mieux valait écarter l’hypothèse que le démon se trouvait dans le palais lui-même.
« Alors, quelqu’un que le roi garde toujours à ses côtés ? »
Elbridge ne connaissait pas les relations du roi.
Mais il savait qu’une personne agissait avant le roi.
« Le serviteur. »
Lorsqu’il était venu voir le roi quelques jours plus tôt, il avait rencontré le serviteur. Et il l’avait revu aujourd’hui.
C’était tout. Une hypothèse bricolée, fondée sur presque rien.
Pourtant, son instinct lui hurlait de ne pas écarter cette possibilité.
Elbridge se retourna.
Le serviteur inconscient avait disparu.
Rombel ne comprit pas aussi vite qu’Elbridge.
Mais il saisit pourquoi celui-ci regardait en direction du placard.
« Hé, bon sang, je t’avais dit qu’on aurait dû le tuer tout à l’heure… »
Rombel n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Quelque chose de pointu écarta sa barbe et se dirigea vers sa gorge.
Le guerrier nain aguerri tordit son corps plus vite que la pensée.
Un réflexe assez fulgurant pour tenir du miracle.
Mais pas assez rapide.
Le sang jaillit du cou de Rombel.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>