Une douce lumière dorée se condensa sur un canapé, avant de prendre la forme de chair et de vêtements. Cela se produisit en une fraction de seconde. Les paupières de Percival se soulevèrent, ses iris brillant d'un éclat azur.
Il se dirigea vers la chambre. Là, Lucy venait tout juste de s'habiller et s'apprêtait à sortir. Ils se retrouvèrent de part et d'autre de la porte.
Percival pouvait sentir sa présence derrière le bois poli. Elle aussi. Elle ? Il voulait dire, quoi que fût cette chose.
« Qu'est-ce que tu es ? » demanda Percival.
« Qu'est-ce que je suis ? Quel genre de question est-ce là, Percival ? Tu te sens bien ? » répondit Lucy avec légèreté. Elle tendit la main vers la poignée.
« Je sais ce que tu es », lança une voix glaciale, sortant directement des lèvres de Percival, à l'attention de Lucy qui ouvrait la porte. Leurs regards se croisèrent.
« Ça devient flippant. » Elle recula de quelques pas, l'observant avec méfiance. Elle ? C'était un "ça". Un "ça" !
Percival se jeta sur la créature. Ses pieds martelèrent lourdement le parquet, puis un poing partit droit vers son visage.
Lucy esquiva en un battement de cils. Sa silhouette se tordit et se métamorphosa en quelque chose de sinistre. Un renard efflanqué. Il se tenait sur deux pattes digitigrades couvertes d'une fourrure orange. Deux longs bras pendaient de chaque côté, terminés par des griffes couleur d'encre, longues de quinze centimètres.
Son torse était drapé d'une fourrure blanche, deux protubérances à peine visibles au niveau de la poitrine, une mâchoire saillante incrustée dans le visage, et des mèches lustrées retombant sur ses épaules comme la crinière d'un lion.
Ce renard, bien qu'anormalement maigre, le dominait d'une tête et d'un buste. Ses grandes oreilles dressées frôlaient presque le plafond.
« Tu as besoin d'aide, Percival. » Deux voix se chevauchèrent.
Percival recula, évitant un bras balayant l'air avec une force redoutable.
Un sourire sauvage apparut sur la gueule proéminente du monstre. « Percival », dit-il. « Oh, Percival. Nous étions parfaits. Pourquoi faire ça ? »
« Tais-toi », pensa-t-il en reculant de quelques pas. Il tenta d'utiliser sa compétence liée à l'eau, mais rien ne se produisit. Soudain, il lui fut impossible d'invoquer de l'eau aussi loin dans les terres.
« C'est ça ? Tu crois pouvoir m'acculer ? » Il esquiva un nouveau coup, enfonça ses chaussures dans le plancher et expira.
« Je suis l'océan, espèce de bête. Tu ne peux rien y changer. » À cet instant, Percival se laissa aller. Une énorme explosion retentit. Le bâtiment vola en éclats, l'eau inondant les décombres et les rues.
La panique s'empara des automobilistes et des piétons dans la rue, alors qu'ils luttaient contre le torrent se déversant vers l'océan.
Une grande quantité d'eau prit la forme d'un homme aux traits flous. Son visage sans yeux observait le renard trempé.
En penchant la tête, Percival découvrit que les gens ne voyaient toujours pas ce qui se passait. Ils ne voyaient que l'inondation, mais pas l'homme fait d'eau ni le renard bipède.
Le renard bondit, tentant un coup de griffe. Mais ses griffes traversèrent simplement le corps liquide de Percival. Il répliqua avec la vieille technique de la bulle d'eau sur la tête.
Il regarda le renard se débattre, griffant désespérément jusqu'à ce que ses bras retombent inertes et qu'il s'effondre, noyé.
Percival reprit une forme physique. Cela l'avait épuisé. Énormément. King devait rester en mer, continuer à chasser. Une fois récupéré, l'invocation devrait retourner là d'où elle venait.
Ce test lui avait appris autre chose. La bête aux commandes de cette illusion pouvait imposer des limites à leurs compétences. C'était une menace précaire. Pour l'instant, il semblait qu'elle s'assurait qu'il ne puisse pas créer d'eau à partir de rien, mais personne ne savait jusqu'où cela pouvait aller.
Sa réflexion fut interrompue par un groupe de personnes s'approchant de lui.
« Des renards. »
Pensa Percival. Une douzaine. Non, deux douzaines, trois douzaines...
Il regarda autour de lui. Leur nombre augmentait. Il ferma les yeux, et un trident orné de bas-reliefs de créatures marines se matérialisa. Il le saisit.
« Très bien. » Ses yeux s'ouvrirent. Malheureusement, l'environnement avait changé. Ce n'était plus une ville moderne, mais un désert. Le désert s'étendait à perte de vue, un terrain vague de dunes sinistres et de pierres érodées sculptées par un vent incessant.
Des grains fins sifflaient à la surface, grimpant sur les crêtes en fins voiles avant de glisser sur les pentes opposées. Chaque direction se ressemblait, comme si la terre avait oublié comment être autre chose que du sable.
Des renards, par dizaines, l'encerclaient. Il se tenait au milieu de ces prédateurs silencieux et voraces, tous dotés, allez savoir comment, de la capacité physique de rivaliser avec un demi-dieu.
Était-ce l'illusion qui les aidait ? Que se passait-il à Charlestown ?
Il y avait un cerveau derrière tout ça, un œil qui surveillait.
« Tu me sous-estimes », dit Percival intérieurement, sur le point de se transformer en une masse d'eau infinie, avant de se rappeler qu'il s'agissait d'une illusion.
S'il faisait cela, Charlestown serait balayée. C'était son fardeau. Mais c'était ça ou succomber face à ces renards.
Percival serra son trident. C'est vrai, il avait failli oublier. Avec ce trident, il pouvait contrôler les liquides dans le corps d'une personne. Une compétence qu'il trouvait trop grotesque et intrusive.
Quelque chose au plus profond de lui se rétracta à l'idée de ce que cette compétence pouvait faire. Mais c'était ça ou...
Un renard bondit sur lui.
Percival répliqua par un coup féroce. L'impact projeta le renard sur le côté. D'autres arrivèrent, féroces, claquant des mâchoires et agitant leurs longues pattes griffues.
Percival dansait au milieu d'eux. Fluide comme l'océan. Ses coups de trident étaient chargés de puissance, devenant plus agressifs mais contrôlés, comme les courants marins.
La pointe du trident tranchait leur fourrure, faisant gicler le sang sur le sable fin. Chaque mouvement de pied le tenait à quelques centimètres de la portée d'une griffe ou d'une gueule pleine de crocs.
Le sable volait de manière erratique alors que le chaos se déchaînait autour d'un seul homme. Les renards tombaient à sa gauche, à sa droite, devant lui et derrière lui.
« Percival !! »
Un cri strident, empreint de douleur, déchira ses tympans. Percival se figea, son trident au-dessus d'un renard qu'il s'apprêtait à tuer.
Soudain, sa vision sembla s'éclaircir et il se revit à Charlestown. Des renards gisaient morts tout autour de lui, mais des gens aussi, quatre d'entre eux. Un homme et trois femmes.
Un autre homme se trouvait juste sous lui.
Mais...
Ses yeux s'écarquillèrent, se tournant vers Lucy et Adonis, qui venaient d'arriver.
Ces gens, c'étaient des renards. C'étaient des renards.