Chapitre 180
L’expression de Yoo Jonghyuk changea lentement alors qu’il me tenait par le cou. Auparavant, je serais déjà en train de chuter dans le vide.
Désormais, tout était l’inverse. Je volais dans les airs au lieu de tomber. Yoo Jonghyuk m’avait lancé de toutes ses forces.
Yoo Jonghyuk m’observait. Son expression montrait qu’il était certain que je ne mourrais pas. Je n’entendais pas sa voix, mais je pouvais deviner ce qu’il disait.
« Porte-lui un coup, Kim Dokja. »
Au moment où j’allais répondre, les tentacules bloquèrent mon champ de vision.
L’attaque des tentacules me manqua de peu et j’atterris sur le corps du Dévoreur de Rêves. J’utilisai la force qu’il me restait dans les bras pour agripper son corps et me diriger vers la plaie.
Ce type représentait une menace mortelle rien que par son contact. Si j’avais encore été une simple Incarnation, j’aurais peut-être déjà perdu connaissance ou péri. S’il terminait sa descente... il était effrayant d’imaginer ce qui pourrait arriver.
Je projetai mon corps dans la plaie.
[...Je suis désolé. Je ne peux pas t’accompagner.]
L’énergie quitta mon corps et je sentis la force de Cheok Jungyeong se dissiper. Je ne paniquai pas, car je m’y attendais déjà.
Peu après, la plaie reliée à l’extérieur se referma complètement.
Je flottais dans les airs, comme quelqu’un dérivant dans l’univers. L’intérieur du Dévoreur de Rêves était aussi sombre que le ciel. C’était un espace sans sang ni chair. C’était logique, puisque ce dieu extérieur n’était pas un être vivant.
Boum... boum... boum...
J’entendis le son de tambours provenant de quelque part. Puis, des murmures. Quelqu’un me fixait. Il n’était pas difficile de respirer malgré l’absence d’air. Peut-être qu’au moment où j’étais entré dans cet espace, mon existence même avait été transformée.
Puis, après un moment, tous les sons disparurent. Les cris des Incarnations et les messages des constellations s’étaient évanouis.
À la place, il y avait des caractères et des images inconnus. C’était l’estomac du Dévoreur de Rêves. C’était un lieu où toutes les histoires qu’il avait dévorées étaient rassemblées.
「 ■■■■■■■... 」
「 #%&^#$^ 」
Certaines histoires m’étaient familières. Peut-être provenaient-elles de la Mère Fondatrice.
「 C’est ma faute. Cette histoire insensée était trop longue... 」
「 Je dois protéger cette terre des nébuleuses. Cependant, il ne reste plus personne à Hongik. Où sont passés tous les dieux de la création ? 」
「 Hwanung... Je veux voir Hwanung. 」
Puis, une histoire accompagnée d’une petite lueur s’approcha de moi et cria :
「 Que fais-tu ? Pourquoi es-tu ici ? Fuis...! 」
La lumière vacilla. Merci, mais je n’avais nulle part où fuir.
Les « dieux extérieurs » étaient des entités enracinées dans le lointain univers extérieur. La moitié de son corps était reliée au deuxième étage du Château Noir, tandis que l’intérieur était directement connecté à l’univers extérieur.
Ainsi, son estomac était comme l’espace intersidéral pour moi. C’était un monde de vide absolu, rempli uniquement par le désir de dévorer.
Le Dévoreur de Rêves me voulait.
Les lettres éparpillées se rassemblèrent pour former une silhouette. Dans cet espace vide, des yeux et une bouche furent créés. En réalité, je n’étais pas sûr qu’il s’agisse d’yeux ou d’une bouche, mais je devais le concevoir ainsi en tant qu’humain.
Il semblait dire quelque chose, mais sa voix n’était pas audible. Après un moment, les lettres frémirent et commencèrent à se transformer en mots que je pouvais comprendre.
[ L’odeur d’une histoire intéressante... ]
Au moment où ces deux yeux se posèrent sur moi, j’avalai ma salive sans m’en rendre compte. C’était la présence d’un dieu qui inspirait la terreur même aux constellations de rang narratif.
[ La présence d’un scénario inférieur... comment... m’entends-tu ? ]
[La compétence exclusive « Quatrième Mur » est extrêmement active !]
Le Quatrième Mur devint plus actif qu’il ne l’avait jamais été. J’avais l’impression qu’un mur poussait sur ma peau.
Cela signifiait que cet ennemi était dangereux.
Ce n’était même pas un « Grand Ancien ». Je ne pouvais imaginer ce que seraient des dieux comme « La Peur de Sarnath », « L’Horreur des Collines » ou le « Maître de R’lyeh ».
Je pris une profonde inspiration et ouvris lentement la bouche. « Dévoreur de Rêves. Tu es un grand dieu d’un autre monde. »
[ Ohh... ]
Les lettres du Dévoreur de Rêves tressaillirent comme s’il était surpris par mes paroles. À ses yeux, je n’étais même pas un insecte. J’étais un jouet étrange qu’il pouvait effacer à tout moment.
Des étincelles puissantes se produisirent autour de moi et les lettres se mirent à tourbillonner. Quelque chose voulait pénétrer en moi. Cependant, dès que cela atteignit mes côtés, ce fut repoussé.
Les lettres du Dévoreur de Rêves parlèrent d’un ton contenu.
[ Qu’est-ce que... tu es ? Es-tu sous une protection spéciale ? ]
Ce type avait tenté de m’envahir mentalement. Puis il avait été repoussé par le Quatrième Mur.
J’aurais été détruit si je n’avais pas eu cette compétence. Je maîtrisai mon cœur et regardai le Dévoreur de Rêves.
Comme je l’ai dit plus tôt, le Yoo Jonghyuk de la 136e régression avait été dévoré par lui. Cependant, Yoo Jonghyuk n’était pas mort. En d’autres termes, ma base actuelle était sa 136e tentative.
J’ouvris lentement la bouche pour ne pas être pris dans ses limites.
« Je suis venu te raconter une histoire. »
[ Une histoire ! J’aime les histoires. ]
Le dieu extérieur réagit immédiatement. Sa cupidité monstrueuse le rendit flou.
« Parmi toutes les histoires que tu as dévorées, il y en a qui appartiennent à Lee Sookyung. S’il te plaît, renvoie-la. »
Le visage parut perplexe.
[ Ce... n’est pas une histoire ? ]
« Je te raconterai une histoire en échange. »
[ Quelle histoire vas-tu me raconter ? ]
Je me désignai sans parler. Le sens était évident. Je faisais un pari, mon existence en jeu. Les grandes paupières clignèrent lentement.
[ Petite constellation... ]
« Oui. »
[ As-tu l’intention de passer un marché avec moi ? ]
Au moment où j’allais ouvrir la bouche, des formes apparurent dans l’air. C’était une image composée des histoires que le Dévoreur de Rêves avait dévorées.
[ L’ours ne parle pas au poisson. ]
L’image montrait un ours géant, rappelant la Mère Fondatrice. L’ours regardait autour de lui avec des yeux stupides et attrapait les poissons flottant dans l’univers vide.
Le Dévoreur de Rêves regarda l’ours et dit : [ Humain, je ne négocie pas avec les insectes... ]
Je n’avais pas encore été correctement reconnu. Une demi-constellation ne pouvait pas traiter avec une divinité cosmique. C’était une histoire naturelle.
Cependant, je secouai la tête.
« Si les insectes parlent comme des humains, pensent comme des humains et agissent comme des humains, alors on ne peut plus les appeler des insectes. »
Je fixai les deux yeux immenses et noirs.
[ Tu... n’es pas qualifié pour passer un marché avec moi. Je peux prendre tout ce que tu as à tout moment. ]
« Alors pourquoi parles-tu à un insecte au lieu de tout prendre ? »
[······.]
L’ours mangeant le poisson me regarda. Il leva ses pattes de manière menaçante, comme s’il allait me frapper sur-le-champ. Je fixai l’ours et dis :
« L’ours sait comment manger le poisson, mais il ne sait pas comment le manger avec délice. »
La patte de l’ours hésita.
« Les pieds sont abîmés par les écailles, les griffes sont sales après avoir vidé les entrailles du poisson, et il ne fait qu’assouvir sa colère. »
[······.]
« Tout comme je ne suis pas un insecte, tu n’es pas un ours. N’est-ce pas ? »
Les lettres dans l’espace s’entremêlèrent et le visage du Dévoreur de Rêves devint bizarre. D’habitude, j’aurais été terrifié, mais j’avais lu le roman original.
Je commençai à sourire. Cette situation était trop plaisante pour que je puisse la supporter.
« Toutes les histoires seront abîmées si tu les prends de force. Si tu m’écrases maintenant, tu n’obtiendras pas une histoire « parfaite ». Je vais te raconter une histoire que tu pourras déguster dans son meilleur état. Tu pourras toujours la dévorer. »
Boum... boum... boum !
Une fois de plus, j’entendis un son de tambour. C’était comme le pouls d’une bête géante. Le tempo du son devint de plus en plus rapide.
Boum ! Boum ! Boum ! Boum !
J’avais lu l’œuvre originale et je connaissais l’identité de ce son de tambour.
[ Je veux te manger. ]
Ce son était la faim du Dévoreur de Rêves. J’avalai ma salive et levai les deux mains. « Si tu tiens ta promesse, je t’en donnerai beaucoup. »
Les lettres se transformèrent en fumée et commencèrent à prendre une forme. Après un moment, elle prit l’apparence de ma mère.
[ Est-ce cela que tu veux ? ]
Je hochai la tête.
[ Cette histoire a des recoins intéressants. Je l’ai gardée parce qu’elle sentait meilleur que l’enveloppe de la constellation que j’ai mangée avec. J’ai très envie de te manger, mais je ne peux pas me permettre de te donner cette histoire. ]
« Es-tu une bête incapable de contrôler sa faim ? »
[ Y a-t-il quelqu’un qui serait offensé par les insultes d’insectes ? ]
...Putain de bâtard.
Je ne savais pas quel était son rang parmi les gourmets, mais il était bas parmi les dieux extérieurs. Les lettres formèrent un sourire brutal.
[ La conversation avec toi s’arrête ici. Je vais vous manger tous. ]
L’image de l’ours qui avait attrapé le poisson vola vers moi en montrant des dents acérées comme celles d’un piranha. Il n’y avait nulle part où fuir. Mes jambes ne pouvaient pas bouger et, de toute façon, j’étais dans son estomac.
« Merde, très bien. Si tu veux manger, alors mange autant que tu veux. » Au lieu de cela, j’ouvris les bras et l’accueillis. « Assure-toi de tout manger. »
Des centaines de poissons commencèrent à dévorer mon corps.
Ils mordirent mes bras, mes jambes, mon dos et mon visage. Je ressentis une douleur atroce, mais aucun sang ne coula. À la place, c’étaient des lettres. Les histoires et les passés que j’avais accumulés commencèrent à s’échapper après avoir été mordus par ses dents.
[ Ohhhhh.... ! C-C’est quoi ? ]
Le dieu hurla de joie face à ces mets célestes. Ma conscience se brouilla et ma tête tambourinait. Néanmoins, je tins bon. Je devais tenir jusqu’à ce qu’il mange la partie à laquelle je pensais.
[ Ohh... oh ? ]
L’instant suivant, quelque chose se déversa de moi comme une cascade. Il avait touché quelque chose.
[La compétence exclusive « Quatrième Mur » a réagi aux vibrations frappant le mur.]
Le moment que j’attendais était enfin arrivé. Les lettres se déversèrent dans son estomac, créant un torrent. C’était une quantité énorme d’histoires.
[ Toi, qu’est-ce que tu es, bon sang... ? ]
Le Dévoreur de Rêves déconcerté me cria dessus, mais je n’avais pas la force de répondre.
J’avais du mal à garder ma santé mentale avec toutes ces histoires qui s’échappaient. Je regardai les phrases défiler devant mes yeux.
「 Yoo Jonghyuk regarda la bouche du Dévoreur de Rêves et parla. 」
C’était le contenu de Ways of Survival.
「 « Oui, si tu veux me manger, mange autant que tu peux. » 」
C’était le Yoo Jonghyuk de la 136e régression. Yoo Jonghyuk avait été dévoré par le Dévoreur de Rêves et s’était retrouvé dans la même situation que moi.
[ Ça, qu’est-ce que c’est que ça... ! ]
Le Yoo Jonghyuk de Ways of Survival répondit à ma place.
「 « Tu vas savoir. Tu vas faire l’expérience de ce que c’est que d’avoir vécu 136 fois. Tu connaîtras toute la solitude, le chagrin, la colère et la haine envers ce monde maudit que j’ai ressentis durant cette période horrible. » 」
[ K-Kuaaah...! ]
「 « Tu considères les humains comme pires que des insectes. Si c’est le cas, ressens-le à partir de maintenant. 」
[ Attends, attends une minute...! ]
「 « La douleur que les insectes subissent. Ressens l’histoire de l’insecte que tu ne peux pas gérer. Si tu as la confiance nécessaire pour me manger, alors mange et mange autant que tu peux ! » 」
Les histoires qui se déversaient remplirent l’estomac du Dévoreur de Rêves avec des explosions continues. Le Dévoreur de Rêves dévorait Ways of Survival et luttait contre la douleur.
Quelque part dans son estomac, des fissures commencèrent à apparaître. Ways of Survival parla comme s’il se moquait du Dévoreur de Rêves confus.
「 Ce fut le moment où le Dévoreur de Rêves, né dans l’espace et ayant vécu 8 000 ans, le réalisa. 」
[ Kuooooooh.... ! ]
C’était la scène où Yoo Jonghyuk tuait un « dieu » pour la première fois. Je l’avais lue et relue, presque apprise par cœur. Je paraphrasai la phrase suivante au nom de Ways of Survival.
« Dans ce monde, il y a une histoire qui ne devrait jamais être dévorée. »