Chapitre 96
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 96 : L’Immortel et la vampire
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L’Immortel était pleinement satisfait, rassasié comme il ne l’avait pas été depuis longtemps. Après avoir englouti à lui seul une boîte entière de haricots, il se lécha les lèvres et se dirigea vers la cour.
« Les conserves d’ici sont infectes, et pourtant, tu as réussi à les rendre aussi bonnes ! De bons ingrédients sont délicieux même crus, mais transformer de la mauvaise nourriture en un plat savoureux, voilà le vrai talent, l’essence même de la cuisine ! Lieutenant-colonel, tu cuisines à merveille. Tu feras une épouse parfaite ! »
Le lieutenant-colonel Callis, l’officière de l’État militaire qui marchait à ses côtés, ne sembla pas apprécier le compliment. Elle claqua la langue, agacée, puis répondit froidement :
« À ce compte-là, le sergent-chef capable de préparer cent plats avec une seule boîte serait l’épouse du siècle. Cesse de raconter des inepties et aide-moi dans ma mission, stagiaire. »
« Cent plats ! Quelle tentation. Ce sergent-chef est-il aussi belle que vous, lieutenant-colonel ? »
« Un vieux chauve moustachu. Il est devenu grand-père cette année. »
« Hahaha ! Dans ce cas, oubliez ça ! Je me contenterai de votre cuisine, lieutenant-colonel ! »
Le visage de l’officière se décomposa si visiblement que même la visière de sa casquette, qu’elle avait enfoncée jusqu’aux sourcils, ne put le dissimuler.
« Ne va pas croire que je te cuisinerai à manger tous les jours, stagiaire. C’était une exception. »
L’Immortel eut l’air de voir le monde s’effondrer.
« Pourquoi ?! »
« C’est plutôt à moi de te poser la question. Pourquoi est-ce que moi, ton instructrice, je serais responsable des repas d’un stagiaire ? »
« Vous pourriez me faire à manger en même temps ! Je n’ai aucun talent en cuisine et, dans ce pays, il n’y a pas d’ingrédients savoureux ! Pardonnez-moi de le dire, mais rien que l’idée de manger des haricots en boîte me faisait frissonner, au point que je n’arrivais pas à m’attacher à ce pays ! Mais avec vous à mes côtés, lieutenant-colonel, je crois que ça pourrait aller un peu mieux ! »
Manifestement exaspérée par la situation, l’officière se pressa le front à travers sa casquette.
« Termine d’abord le travail. Ensuite, j’y réfléchirai. »
« Compris ! Voyons… Vous avez dit que vous vouliez faire connaissance avec la dame-chien ? Vous êtes timide avec les inconnus, lieutenant-colonel ! »
« Arrête tes sottises ! »
« Haha. Compris. Vous avez promis de me cuisiner quelque chose entre amis, alors n’oubliez pas votre promesse ! »
Ils discutaient tout naturellement, presque chaleureusement, lorsqu’ils sortirent du bâtiment principal du Tartare.
L’Immortel, qui n’avait cessé de bavarder, m’aperçut et me fit signe.
« Oh ! Maître ! Ça faisait longtemps… Hein ?! »
À peine avait-il commencé à s’avancer vers moi d’un pas joyeux que son bras droit tressaillit de lui-même et se leva d’un air menaçant, comme s’il allait me frapper.
Nous étions encore à bonne distance, mais la menace ne faisait aucun doute. Ni pour moi, ni pour lui, ni pour Tyr.
Les yeux de Tyr s’illuminèrent, alarmés.
« Hyu ! »
Au même instant, une armée de milliers de soldats surgit des ténèbres à la volonté de Tyr.
Dans l’Abîme, le soleil ne brillait jamais. L’ombre recouvrait chaque recoin.
C’est pourquoi le pouvoir de Tyr pouvait s’étendre partout. Là où l’ombre avait prise, l’autorité de la femme qui régnait sur les ténèbres pouvait atteindre.
Les innombrables ombres de l’Abîme étaient à la fois son arsenal, sa caserne et ses soldats. Les ténèbres jaillirent toutes ensemble pour me protéger.
Tyr rugit de colère :
« Gens de la terre… ! Comment oses-tu t’en prendre à Hyu ?! »
« Attends ! Ce n’est pas ma volonté ! »
Même l’Immortel, le propriétaire de ce corps, ne s’y était apparemment pas attendu. Comme si ses personnalités s’étaient séparées, il retint fermement son bras droit avec sa main gauche et prit la parole.
Il ne s’adressait à personne d’autre qu’à son propre bras droit.
« Dieu de l’Offrande ! Pourquoi es-tu en colère ? Hein ? Qu’est-ce que tu as dit ? »
Après avoir conversé avec son bras droit comme s’il s’agissait d’un être distinct, l’Immortel se tourna vers moi, l’air perplexe, de l’autre côté du mur d’ombres.
« Maître. Mon bras droit t’a vu et souhaite maintenant te donner un coup ! Est-ce que tu t’es disputé avec lui pendant que j’étais inconscient ? »
« Quoi ? »
En survolant ses pensées, je compris qu’il avait bel et bien eu une sorte de conversation avec son bras droit.
Cette chose pouvait communiquer ? Fascinant.
Mais surtout, une dispute ?
Tout ce que j’avais fait, c’était me servir de ce bras comme d’un chiffon pour essuyer le sang pendant que je m’occupais de Tyr. Quand il était trop sale, je le raclais pour le nettoyer et m’en servais à nouveau. Parfois, je lui arrachais des morceaux de chair avec une brochette et les éparpillais un peu partout.
… Si son bras droit était conscient, je comprenais qu’il serre le poing. Hahaha.
Je ris d’un air embarrassé, sans terminer ma phrase.
« Ahaha. Eh bien… ce serait un peu long à expliquer. »
« Ce bras droit, que j’ai reçu après avoir offert mon bras d’origine à la Terre Mère, est une main admirable qui symbolise la miséricorde ! Et pourtant, le voilà furieux ! Je me demande bien ce qui a pu se passer ! »
« J’ai un peu brandi ce bras droit, et il s’est fait maudire… »
« Une malédiction ? Hum. Il dit que ce n’est pas tout. Est-ce que tu aurais cuisiné avec ce bras droit, ou tu l’aurais offert en sacrifice ? »
Ce bras droit avait une sacrée mémoire. Il semblait se souvenir mieux que la régresseuse.
Comme je ne me sentais pas capable de le tromper, je répondis honnêtement :
« Un vampire fou nommé Finlay s’est déchaîné. J’ai donc emprunté le pouvoir de ce bras droit. J’ai détruit plusieurs serviteurs faits de sang et de ténèbres mêlés. »
« Cela ne compte-t-il pas comme un sacrifice ? »
« Ah, si ? »
Je me grattai la tête en riant. L’Immortel rit avec moi et me fit une généreuse proposition :
« Très bien ! Maître, laisse-le te frapper une seule fois ! »
Je refusai aussitôt.
« Désolé. Impossible. S’il me frappe comme il faut, je vais mourir. »
« Je frapperai doucement ! Sinon, je ne crois pas que la colère de mon bras droit s’apaisera ! »
« C’est à ton bras droit de décider, non ? Ce n’est pas toi qui me frappes, alors comment pourrais-tu lui demander d’y aller doucement ? »
« Ah bon ? Hahaha ! Alors, fais en sorte qu’il te frappe doucement ! »
L’Immortel et moi bavardions en riant quand Tyr, qui avait pris ses paroles au sérieux, s’indigna :
« Quelle absurdité. »
Personne dans l’Abîme n’égalait son influence. À son seul mot, la terre gronda, les ombres s’agitèrent et les ténèbres frémirent d’un mauvais augure.
Même l’Immortel se tut, effrayé. Tyr le mit en garde d’une voix qui semblait remonter du fond de l’Abîme :
« Hyu n’a choisi cette méthode que pour me sauver ! Si tu dois accuser quelqu’un, accuse-moi, homme de la terre. »
L’armée des ombres s’écarta devant Tyr. Ses mouvements étaient ordonnés et synchronisés, comme si une même silhouette s’était projetée à la lumière.
Laissant derrière elle l’armée des ténèbres, Tyr s’avança devant l’Immortel. Ses yeux rouge sang se fixèrent sur lui.
« Si tu tiens vraiment à frapper quelqu’un, frappe-moi. Si cela peut te soulager, je prendrai sa place. Mais si tu comptes faire du mal à Hyu… je t’en empêcherai par tous les moyens. Même s’il me faut te détruire complètement. »
Une armée à elle seule, et la Progenitrice de tous les vampires. La Reine de l’Ombre.
Son sang était une autorité saturée de domination. Pour un homme de la terre qui absorbait l’énergie vitale afin de préserver son immortalité, il n’était pas différent d’une malédiction empêchant toute régénération.
Face à la légendaire Tyrkanzyaka, l’Immortel se gratta la tête d’un air penaud et éclata de rire.
« Haha ! C’était pour sauver ton amoureuse ? Dans ce cas, je comprends ! »
À cet instant :
« T-ton amoureuse ? »
L’immense présence qui semblait sur le point d’engloutir l’Abîme disparut comme emportée par une vague.
Les ténèbres ondoyantes s’apaisèrent, et la terre tremblante retint son souffle. L’armée des ombres se regarda un instant, puis s’enfonça d’un seul coup dans le sol, comme si elle s’était donné le mot.
Il ne resta qu’une jeune fille déconcertée.
Au milieu de l’armée des ténèbres qui se désagrégeait, Tyr s’agita comme si elle s’était brûlée, ouvrant et refermant plusieurs fois les mains.
« Q-quelle absurdité. Hyu, Hyu. Regarde cet homme de la terre frivole. Il raconte vraiment n’importe quoi. »
Tandis que tous observaient Tyr, incrédules, l’Immortel hocha vigoureusement la tête et s’exclama :
« Quelle adorable amoureuse ! Très bien ! Je vais m’entretenir à part avec mon bras droit pour régler ça comme il faut ! Il comprendra au moins ça ! Qu’en dis-tu, mon Dieu de l’Offrande ? »
Le bras droit, qui lui avait jusque-là frotté le menton, replia ses doigts en un petit cercle, manifestement mécontent. Puis il se rétracta et se tut sous son épaule.
L’Immortel s’écria gaiement :
« Mon bras droit dit qu’il comprend ! Tu as eu de la chance, Maître ! »
Je lui répondis d’un ton indifférent :
« C’est toi qui as eu de la chance. S’il n’avait pas compris, Tyr lui aurait expliqué physiquement jusqu’à ce qu’il comprenne. »
« Haha ! Ce n’est pas faux ! »
« Bref, voilà ce qui s’est passé. Dis à ton bras droit que je suis désolé de l’avoir agité sans sa permission. »
« Tu t’excuses un peu tard, non ? »
« Je ne savais pas que je devrais présenter mes excuses à ton bras droit. Je n’en suis pas encore arrivé à ce degré de pensée séparatiste. »
« Hahaha ! Je comprends ! »
L’Immortel n’avait jamais eu l’intention de me frapper. S’il avait vraiment été en colère, il se serait rué sur moi.
Un Immortel qui ne mourait pas facilement était aussi insensible à la douleur.
Qu’on le taillade à l’épée ou qu’on le transperce d’une brochette. Même si on lui coupait le bras. Pour lui, cela ne différait pas fondamentalement d’un contact physique, tant que ça ne pouvait pas le tuer.
Autrement dit, c’était un brave homme, capable de rire même si quelqu’un le frappait ou le blessait. À moins qu’on ne touche à l’honneur auquel lui et sa tribu tenaient, il était plus inoffensif que n’importe qui au monde.
C’était pourquoi il gardait son humeur joyeuse même avec l’officière.
C’était aussi pour cela que je l’avais réveillé.
« Bon, j’ai du travail, alors je vous laisse ! »
« Au revoir. J’espère que ton travail se passera bien. »
« À plus tard ! Passez un bon moment tous les deux ! »
« Toi aussi. »
Agitant largement le bras, l’Immortel reprit le chemin par lequel il était venu et rejoignit l’officière, qui était restée hors de vue. Sa voix tonitruante retentit jusqu’à la cour.
« Oh. J’ai failli vraiment mourir, à l’instant ! On dirait qu’il est difficile de passer par ici ! »
Quand l’Immortel répondit avec autant de calme, l’officière le foudroya du regard et gronda entre ses dents :
« … Rashy. Tu ne peux même pas résister à une simple menace de la Progenitrice ? »
« Bien sûr que non ! La Progenitrice est vraiment, terriblement puissante ! »
« Tu es fier de dire ça ?! »
« Je pensais pouvoir compter un peu sur lui, même s’il n’était pas aussi transcendant que la Progenitrice ou le Roi des Bêtes… ! »
Évidemment. Dans un endroit qui abritait la régresseuse, le Roi des Bêtes et la Progenitrice des vampires, se vanter d’être immortel et rien d’autre n’avait rien d’un titre de gloire. À bien y regarder, ils étaient tous des êtres transcendants, chacun doté de sa propre forme d’immortalité.
Un Immortel qu’on avait laissé tranquille après lui avoir simplement arraché un bras n’avait tout bonnement pas assez de poids pour leur tenir tête.
Bien sûr, l’Immortel ne regrettait pas particulièrement cet état de fait. Être plus faible qu’une catastrophe naturelle n’avait pas de quoi blesser son orgueil.
« Haha ! Il y a des choses qu’on ne peut pas faire, même à la demande d’un ami ! Cette jolie fille semble inoffensive au premier abord, mais c’est la Progenitrice des vampires ! Un simple guerrier comme moi ne peut pas la vaincre au combat ! »
Après avoir reçu de sa propre bouche une confirmation aussi catégorique, l’officière serra fermement sa main tremblante.
« Je savais que ça finirait ainsi, mais je ne pensais pas qu’il capitulerait si facilement… ! C’est ça, un assistant ? À ce rythme, il ne peut même pas servir de menace minimale ! »
« Bon, si je brûlais ce corps, je pourrais peut-être la faire démanger un peu ! Mais mon corps serait maudit, et je ne ressusciterais plus jamais ! Haha, mieux vaut ne pas nous chercher des noises ! Et ça vaut pour moi comme pour vous, lieutenant-colonel ! »
L’Immortel énonça calmement les faits. L’officière finit par reprendre le contrôle de ses émotions et prit la parole :
« … Oublie ça. Je n’ai jamais eu l’intention de m’opposer à la Progenitrice. Si possible, je ne comptais pas non plus m’approcher de ce travailleur. »
« Un travailleur ? Vous voulez dire Maître ? »
« Maître ? Un travailleur n’est qu’un travailleur. Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Mais n’est-il pas instructeur ? Il s’est présenté comme tel. Alors il est bien mon maître, non ? »
« Ce salaud s’est aussi fait passer pour un instructeur… ! »
Un regard perçant me parvint de l’autre côté du mur. Même si elle ne pouvait pas me voir, l’officière me lança toutes les insultes qui lui passaient par la tête.
« C’est rageant, mais tant que la Progenitrice le protège ainsi, impossible de l’approcher. Calme-toi, Callis. Ne gaspille pas ton énergie mentale pour des détails insignifiants. »
Mon bouclier vampire se révéla encore une fois fiable. J’avais eu raison.
L’officière se ressaisit rapidement et s’adressa à l’Immortel :
« Comme je te l’ai dit, notre cible est le Roi des Chiens. Tu sais qui est le Roi des Chiens, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr ! Vous parlez de cette dame-chien ! »
« Oui. Le Roi des Chiens refuse de me suivre… ou plutôt, ce n’est pas ça. Pour une raison ou une autre, dès que ce travailleur l’appelle, elle accourt à ses côtés. Peu importe où elle se trouve. »
« Oh ! Maître a un tel pouvoir ? Je vous envie ! »
« C’est extrêmement important. Si le Roi des Chiens continue à se comporter ainsi, tout le plan tombera à l’eau. »
Les Seigneurs de toute la Création avaient pour objectif de s’emparer du Roi des Bêtes. Si Callis s’était infiltrée dans le Tartare, c’était également pour mettre la main sur Azzy, le Roi des Chiens.
Si elle, simple lieutenant-colonel au milieu des résidents du Tartare, avait été envoyée en éclaireuse, c’était parce que la capture du Roi des Chiens était censée être très facile. Pour rallier un Roi des Bêtes fidèle aux humains, il suffisait de croiser son regard et de lui parler. Le lieutenant-colonel Callis avait prévu d’essayer une fois.
Puis elle était tombée sur un obstacle nommé « moi ».
« Notre plan n’a jamais envisagé que le Roi des Chiens résisterait. Il est fidèle aux humains, surtout depuis qu’il a conclu un pacte avec l’État militaire. Si nous le lui demandions, il nous suivrait de toute façon. Mais… si ce travailleur continue à nous mettre des bâtons dans les roues, nous n’avons aucun moyen d’agir. »
Retenir de force le Roi des Bêtes et l’emmener ? C’était complètement irréaliste. S’ils disposaient d’une telle puissance, pourquoi auraient-ils besoin du Roi des Bêtes ? Ils pourraient tout simplement conquérir le monde avec leurs propres moyens.
S’ils convoitaient le Roi des Chiens, c’était parce qu’un pouvoir de cette envergure était facile à maîtriser.
Mais c’était souvent comme ça. Si je trouvais quelque chose facile à gérer, les autres le trouvaient facile à gérer aussi.
« Alors pourquoi ne pas révéler la vérité à Maître et le lui demander ? Expliquez-lui pourquoi vous avez besoin de la dame-chien et demandez-lui de vous la céder ! »
Si cela avait été possible, les Seigneurs de toute la Création ne seraient pas une société secrète.
Devant le silence de l’officière, l’Immortel hocha la tête d’un air entendu.
« Hmm. En somme, il faut que tu surmontes l’obstacle que représente Maître ! Je me dis toujours la même chose, mais il est difficile de surpasser quelqu’un ! »
« Il n’a rien d’extraordinaire. Mais, pour une raison ou une autre… en ce moment, il a… »
La Progenitrice, Tyrkanzyaka.
L’officière se remémora la puissance de Tyr.
Les ténèbres qui s’étendaient sur toute cette terre, et le pouvoir de la Progenitrice qui les gouvernait. À eux seuls, ils pouvaient faire basculer physiquement un pays entier.
« Un simple travailleur… Il ne serait pas difficile de l’éliminer. Mais la Progenitrice qui se tient derrière lui ne négociera jamais. Quant à affronter la Progenitrice… »
L’officière acheva son évaluation. À moins que les Seigneurs de toute la Création n’engagent toutes leurs forces, rien que dans cet Abîme…
« Impossible. Peut-être à la surface, là où le soleil se lève, mais combattre la Progenitrice ici, c’est… du suicide. »
Tap. Tap.
La mâchoire de l’officière trembla.
La mission échouerait.
Parce que j’interviendrais. Azzy, déjà conditionnée par le son de la clochette et les divertissements que je lui offrais, ne viendrait pas en trottinant simplement parce que les Seigneurs de toute la Création l’appelaient.
Mais la Progenitrice qui se tenait derrière moi était trop effrayante pour qu’elle tente de m’éliminer.
Peut-être que si elle rapportait les faits tels quels, les Seigneurs de toute la Création, une fois conscients de la difficulté de la tâche…
« Ils pourraient se servir de moi comme d’un pion à sacrifier… et renoncer à cette affaire. »
Elle avait lutté avec acharnement. Résultat : elle avait obtenu l’héritage de son père juste avant qu’il ne soit réduit en cendres.
Elle avait noué une alliance avec les Seigneurs de toute la Création, frôlé la mort à plusieurs reprises et obtenu les mérites qu’ils lui avaient accordés. Elle avait même reçu deux médailles.
La vie que le lieutenant-colonel Callis avait patiemment bâtie pour devenir une citoyenne de niveau quatre…
Était sur le point de s’effondrer à cause d’un simple coup du sort.
Le corps de l’officière trembla. Elle abaissa davantage sa casquette d’uniforme, serra les dents et se répéta :
« Je ne m’effondrerai pas ici. Je trouverai bien un moyen. Même si, pour l’instant, je n’ai… qu’un assistant sur qui je ne peux pas compter. »
Ayant fermement pris sa résolution, l’officière se mit lentement en mouvement.
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