Chapitre 726
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 726 : La puissance de l’Empire
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Antares avait emmené Spica parce qu’il avait confiance en sa force. La Frontière d’inversion céleste était un art énergétique que même les Douze Sièges du Zodiaque reconnaissaient. C’était la technique la plus redoutable contre un adversaire humain, et c’était pour cette raison qu’Antares l’avait fait venir.
Il ne s’était probablement jamais attendu à ce que sa force devienne un obstacle pour lui.
« Je t’ai fait venir pour que tu accomplisses une mission, et tout ce que tu as fait, c’est me causer encore plus de soucis ? Tu plaisantes ? Tu as oublié la mission ? »
« … C’est ma disciple. »
« Qu’est-ce que tu as, une perruche ?! »
Antares avait croisé la Maîtresse de l’Épée à plusieurs reprises parmi les Douze Sièges du Zodiaque ; il connaissait donc bien son caractère. Il ravala sa colère et reprit :
« Très bien ! Alors ramène ta disciple avec nous dans l’Empire ! Tu accompliras la mission et tu gagneras une disciple. C’est parfait, non ? L’Empire l’accueillera aussi à bras ouverts ! »
Ce n’était pas une mauvaise idée. La Maîtresse de l’Épée fixa Shei du regard, mais celle-ci secoua la tête.
« Je ne peux pas aller dans l’Empire pour l’instant. Je t’expliquerai pourquoi plus tard, quand nous serons seuls. Je ne peux pas en parler ici. »
« … C’est ce qu’elle dit. »
« Tu vas vraiment en rester là ? Ha… »
Antares gémit et se gratta la tête. La Maîtresse de l’Épée n’était plus son alliée. Elle n’était pas tout à fait une ennemie, mais il ne pouvait plus compter sur son aide active.
« Encore une fois, je suis le seul à me démener. Le seul à vraiment mériter son salaire… Quel monde absurde, où les gens raisonnables sont toujours perdants ! »
« La situation a tourné. Tu te rends ? »
« Me rendre ? Moi ? Sérieusement ? »
Antares ricana et racla le sol du bout de sa lance. Des étincelles jaillirent, et sa pointe se mit bientôt à brûler comme une torche.
« Ne prends pas la grosse tête. Spica, c’était une assurance. Rien de plus qu’un moyen de faire face à l’imprévu. Et alors ? »
Son esprit combatif déferla tandis qu’il parlait.
« Je peux tous vous affronter tout seul. »
Une vision traversa la pointe brûlante de sa lance. C’était le souvenir d’un garde, la main serrée autour du manche de son arme, par une nuit sombre.
Antares excellait dans les arts énergétiques et maniait la lance avec une finesse remarquable. Son talent lui avait valu d’être choisi comme garde du corps du chancelier. C’était un poste de la plus haute importance : il devait protéger l’un des trois piliers de l’Empire. Mais il fallait être fou à lier pour s’en prendre au chancelier.
De jour comme de nuit, Antares n’avait rien à faire. Il tuait le temps, sa lance à la main. Dévoué à son devoir, il n’était pas pour autant idiot. Même lorsqu’il était de garde, il s’entraînait dès qu’il en avait l’occasion.
Les nuits sans lune, alors qu’il ne distinguait même pas la pointe de sa lance, le garde faisait tournoyer son arme. Le bruit de la lame fendant l’air se perdait lui aussi dans les ténèbres. Quelque chose lui manquait. Était-ce parce qu’il n’avait pas d’adversaire, ou parce qu’il ne voyait pas la pointe de sa lance ?
Sans réfléchir, Antares plongea la pointe de sa lance dans un feu de joie. L’huile adhéra à la lame rougie et s’enflamma. Il fit tournoyer sa lance ardente. Sa traînée dessina des coups de pinceau rouges dans l’air. Le regard rivé sur ces éclats qui s’imprimaient sur sa rétine, Antares continua à la faire tournoyer.
Il ne s’arrêta pas, même après avoir été relevé de son poste de garde pour avoir semé un malaise inutile.
Durant des jours, des mois et des années, Antares grava sa lance dans les ténèbres. Un jour, il n’eut plus besoin de la plonger dans un feu de joie. Des flammes jaillirent d’elles-mêmes de sa pointe. Sans qu’il s’en rende compte, son art de la lance avait atteint un niveau exceptionnel.
Lorsqu’il comprit qu’il était devenu un Maître, il se rendit auprès des Sièges stellaires. Peu de temps après, il rejoignit les Douze Sièges du Zodiaque.
Son Li était la Lance-Échalote.
Les Sièges stellaires l’avaient rebaptisée Lance aux écailles écarlates, jugeant que Lance-Échalote manquait de prestance. Mais quel que fût son nom, c’était un pouvoir qui avait atteint le niveau des Douze Sièges du Zodiaque.
« Quelle arrogance ! Restez donc congelés. »
Elisha Celsius, qui avait maîtrisé Shumahel, lança le Fleuve de glace. Un géant de glace abattit son énorme poing. La glace éclata en mille morceaux et un brouillard blanc se répandit aussitôt. Des gouttelettes d’eau scintillaient dans cette brume glaciale.
« Désolé. Tant que je serai en vie, je ne gèlerai pas. »
Des flammes transpercèrent le corps du géant de glace. La lance enveloppée de feu avait grandi plusieurs fois. Antares l’arracha à la poitrine du géant en marmonnant :
« Mon Li, c’est la Lance-Échalote. Un Li tout simple qui fait jaillir des flammes de la pointe d’une lance. Rien de plus. Et ça suffit. »
« La glace des Celsius gèle même les flammes ! Elisha ! »
La glace brisée et fondante reprit forme. C’était la Théorie du cristal, la magie propre au Maître de la Tour cyan. L’humidité se dispersa dans toutes les directions, puis gela en un éclair, cristallisant l’espace lui-même.
Pour empêcher le froid de gagner l’espace autour de lui, Antares fit tournoyer sa lance.
« Roue de feu. »
Frrrr. La lance enflammée tournoya à toute vitesse, telle une roue de feu. Des flammes rondes, semblables à la roue du char du Dieu Soleil, persistèrent sur ma rétine. Pourtant, le froid ne parvenait pas à pénétrer cette image rémanente.
Ce n’était pas une image rémanente. Les traînées de flammes restaient suspendues dans l’air et empêchaient le froid d’entrer !
Je compris soudain quelque chose et m’écriai d’instinct :
« Épée jumelle ?! »
« Épée jumelle ? Ah, le marquis Lapaeno ? Ce vieillard est incroyable. Laisser des entailles dans l’air, ça veut dire que son Li agit sur le temps et l’espace, pas vrai ? Un Li prodigieux. Rien à voir avec le mien, qui se contente de laisser des traînées de flammes. »
C’était peut-être vrai. Le marquis Lapaeno avait suspendu les entailles elles-mêmes dans les airs, puis les avait superposées. Un pouvoir capable d’arrêter brièvement l’avancée du Seigneur de la Montagne, impossible à atteindre sans Li.
Mais était-ce vraiment le pouvoir le plus puissant ? Et qu’est-ce que cela voulait dire, au juste, être puissant ?
Antares marmonna, puis s’abaissa brusquement.
« Il aurait mieux fait de s’entraîner un peu plus au lieu de se soûler avec son Li. »
Antares disparut de mon champ de vision. Ce n’est qu’après coup que je vis le sol se fendre. Il se déplaçait plus vite que les yeux d’un mage ne pouvaient le suivre. Le Maître de la Tour cyan et Elisha perdirent tous deux sa trace. Le temps d’un instant, il se tenait déjà derrière Elisha.
« Ah ! »
« Ça, c’est fait. »
Antares réapparut derrière Elisha et frappa sa nuque avec le manche de sa lance. Elle avait manifestement dressé des boucliers de glace autour d’elle, mais l’un des Douze Sièges du Zodiaque les brisa sans peine et la mit hors de combat. Son corps s’affaissa, inerte.
« Grande sœur ! »
Le Maître de la Tour cyan, hors de lui, cessa de se retenir. Il forma des dizaines de cristaux de glace d’un seul coup, leur imprima une direction et les fit exploser. Le gaz solidifié se transforma en tempête et fondit sur Antares.
Antares jeta un regard à l’assaut, puis racla le sol du bout de sa lance. Sccccch. La friction fit jaillir des étincelles, et une immense flamme s’éleva le long de sa trajectoire.
« Coup d’allumette. »
C’était un mur de feu créé par le Li de la Lance-Échalote. Les flammes ondoyantes engloutirent le vent violent et grandirent encore.
Ce n’était pas du feu. C’était un phénomène créé de force par le Li ! Il ne s’éteindrait pas, même si on l’arrosait, qu’on soufflait dessus ou qu’on le recouvrait de glace. Puisqu’il brûlait quelles que soient les circonstances, l’eau et le vent étaient encore plus inutiles !
« Elisha ! Inutile d’éteindre les flammes ! Attaque-le ! »
« C’est vrai. Il faut viser la personne. Moi aussi. »
Un murmure glacial me parvint. Antares avait déjà pris position. Il saisit sa lance et pivota d’un demi-tour. Des flammes s’enroulèrent autour de l’extrémité du manche et furent aspirées vers lui.
Pivoter, diriger, transpercer. Les bases de l’art de la lance. Il contrôla l’embrasement par ces mouvements, puis, d’un tour de lance, projeta les flammes comprimées à l’extrême.
« Lancer de fléchette. »
Bang ! Une flèche de feu fusa. Ce n’était pas une simple flamme : du métal en fusion s’y dissimulait !
Le tir était trop rapide et trop puissant pour que le Maître de la Tour cyan puisse réagir. Je tendis la main et attrapai la fléchette brûlante. Le choc me donna l’impression que ma main allait être arrachée, tandis que la chaleur me rôtissait la paume. Le Maître de la Tour cyan s’écria, stupéfait :
« Hughes ? Tu vas bien ? »
« Ce n’est pas le moment de t’inquiéter pour moi ! Concentre-toi sur lui ! »
Je ne compris qu’avec un temps de retard, mais il était déjà trop tard. Elle n’aurait pas dû faire attention à moi !
« Feux d’artifice. »
Un éclair de lumière. En un instant, le feu s’imprima sur ma rétine et une explosion assourdissante me martela les tympans. Antares contint brièvement les flammes qui l’entouraient, puis les fit exploser d’un seul coup. Tandis que tous perdaient de vue leur cible et vacillaient, la silhouette d’Antares se dédoubla.
L’une était une copie créée en séparant temporairement les flammes qui entouraient son corps. L’autre était le véritable Antares. Ce n’était pas un vrai double, mais il pouvait tout de même se servir des flammes qu’il créait pour semer la confusion, le temps d’un instant.
Sa puissance ne tenait pas seulement à son Li. La véritable force d’Antares résidait dans sa capacité à pousser ce Li dérisoire, presque ludique, jusqu’à ses limites et à l’adapter à toutes les situations.
Les deux silhouettes avancèrent en parfaite symétrie et fondirent sur le Maître de la Tour cyan. J’en choisis une et lui barrai la route. Ma brochette se courba sèchement en bloquant sa lance.
Les flammes se dispersèrent, révélant le véritable corps d’Antares. Il marmonna :
« Tu arrives à les distinguer sans te tromper. On est vraiment incompatibles. Tu es sans doute du même genre que moi. »
« De quel genre tu parles ? »
« Des filous. Ceux qui compensent leur manque de talent avec des petits tours. »
« Ça manque de conviction, venant de quelqu’un qui a atteint le Li. »
« Tout est relatif. »
Antares grommela et dispersa ses flammes. Il me cacha la vue, changea sa prise sur le manche et lança une courte estocade.
Me bloquer la vue ne servait à rien. Je lisais toujours les pensées. Je me tordis pour esquiver l’attaque, puis saisis le manche de sa lance. Après tout, rien ne m’obligeait à garder mes distances face à un adversaire armé d’une longue arme…
« Ah, c’est chaud ! »
Bon sang. J’avais oublié ! Évidemment que c’était chaud !
Comme je ne pouvais pas garder le manche brûlant en main et reculais, Antares s’approcha vivement et enfonça davantage sa lance.
« La seule chose que ces flammes ne brûlent pas, c’est moi… »
Il s’interrompit au milieu de sa phrase. Un jugement sans fondement, presque instinctif, l’arrêta net. Il bondit en arrière, renifla et marmonna :
« … Apparemment, non. Tu as de la glace sur les mains. Maître de la Tour cyan, tu le soutenais depuis tout à l’heure ? Impressionnant. »
Le Maître de la Tour cyan accumula silencieusement son mana. Sa magie propre, la Théorie du cristal, pouvait créer toutes les armes du monde. Des cristaux de glace lui servaient de poudre à canon, la glace de projectiles. Canons, lames et lances glacées accablèrent Antares par leur nombre.
Il esquiva ces attaques incessantes, bondissant à droite et à gauche, mais il ne pouvait pas foncer à l’aveuglette. Je me tenais moi aussi à un endroit d’où je pouvais le maintenir sous pression.
« Quand un mage a un garde à l’avant et un autre à l’arrière, la défaite est presque assurée. Ngh. Tout aurait été plus simple si tu n’avais pas été là… En d’autres termes, tu étais le plus gros problème. »
« En un contre un, j’aurais eu bien plus de mal, moi aussi. »
En matière de capacités physiques pures, j’étais probablement supérieur grâce à la Loi humaine. Mais Antares n’était pas loin derrière, et il employait les flammes de la Lance-Échalote avec une grande habileté.
Il n’avait pas encore donné toute sa mesure non plus. Si le combat tournait à l’affrontement à mort, Scorpius ne manquerait pas d’emporter au moins l’un d’entre nous dans sa chute.
Sans interrompre ses mouvements, Antares reprit :
« Je l’ai senti dès la première fois que je t’ai vu. J’avais l’impression que, si je te laissais plus de temps, je serais désavantagé. C’est pour ça que je voulais en finir vite. Haa… Alors, on se réveille, Shumahel ! »
Pris dans la glace, Shumahel ne répondit pas. En revanche, la glace de la Famille Celsius se mit à trembler.
Les vibrations s’amplifièrent et s’atténuèrent à plusieurs reprises. On aurait dit qu’on réglait une fréquence. Elles gagnèrent en intensité pendant un moment, puis faiblirent brusquement, avant que leur cycle ne se raccourcisse peu à peu. À un moment, les tremblements s’accordèrent sur quelque chose.
La glace se mit alors à vibrer étrangement. Tout avait commencé avec Shumahel, mais les secousses gagnèrent bientôt toute la glace. Les murs, le sol et le plafond se mirent à trembler violemment, comme si un séisme venait de frapper.
Épée ondulatoire.
Entaille résonnante.
La glace éclata. La destruction ne commença pas en un point précis. Une masse de glace gigantesque, équivalente au volume d’un fleuve entier, se brisa et s’effondra en même temps de toutes parts.
Tous les bâtiments de la Famille Celsius étaient faits de glace et reliés entre eux par la magie propre d’Elisha. Autrement dit, le bâtiment entier s’effondrait !
Comme du verre frappé par un marteau, l’édifice s’écroula d’un seul coup en mille morceaux. Une destruction d’une telle ampleur qu’on ne pouvait pas l’attribuer à un simple artiste énergétique.
Le Maître de la Tour cyan lança à la hâte une magie Aquus. Il recueillit l’humidité de l’air, la condensa, puis la cristallisa d’urgence grâce à sa magie propre, empêchant le bâtiment de s’effondrer.
Empêcher l’effondrement était déjà remarquable, mais le Maître de la Tour cyan fixa avec stupeur la glace, devant cette destruction qu’il n’avait jamais imaginée.
Shumahel en sortit, les lèvres bleues, l’air parfaitement calme.
« Huuuh… Désolé. C’est la première fois que je tranche une masse de glace aussi grande, alors ça m’a pris un peu de temps. »
« Ce n’est pas grave. On dirait que tu as semé assez de confusion comme ça. »
Shumahel à l’Épée ondulatoire. Il pouvait régler à sa guise l’élasticité de son épée, emmagasiner de l’énergie et la relâcher. Cette capacité ne servait qu’aux épreuves de force, et c’était bien ainsi que Shumahel l’avait utilisée jusqu’alors.
Mais l’Empire avait les Sièges stellaires.
Les Sièges stellaires n’étaient pas un simple rang. Ils formaient un système où les Maîtres de l’Empire s’affrontaient et s’entraînaient les uns les autres pour progresser. Des nutritionnistes professionnels veillaient à leur santé, tandis que des médecins et des prêtres résidents soignaient leurs blessures jour et nuit. Mages et alchimistes concevaient pour eux des outils et du matériel d’entraînement sur mesure.
Des érudits choisis aux quatre coins du monde les aidaient ensuite à développer leur Li.
Ils étudiaient comment employer un Li donné, quels principes lui appliquer et comment élargir ou réduire son image afin de le transformer en une puissance supérieure.
Le pouvoir de Shumahel était l’Épée ondulatoire, le contrôle arbitraire de l’élasticité. Mais au lieu de se concentrer sur cette force simple et destructrice, un érudit s’était intéressé à son « cycle ».
Si l’élasticité de l’Épée ondulatoire pouvait augmenter et diminuer à intervalles réguliers, alors ses vibrations pouvaient elles aussi être contrôlées.
Ils avaient découvert qu’en accordant l’épée à la fréquence naturelle d’un matériau, il suffisait de le toucher pour le détruire.
S’entraîner face à un mur ? L’éveil spirituel ? Tout ça appartenait à une époque révolue. L’Empire était arrivé au point de spécialiser même l’entraînement ! Je m’écriai aussitôt :
« Il a utilisé l’Épée ondulatoire pour déterminer la fréquence naturelle de la glace, puis l’a brisée par résonance ! Fabriquez des obus solides en plusieurs couches, en laissant du liquide entre elles. Ainsi, même s’ils se brisent, une seule couche cédera ! »
Stupéfait que j’aie percé à jour sa technique secrète, Shumahel s’écria :
« C-comment tu sais ça ? Tu es aussi un de mes fans ? »
« Idiot ! Un fan ordinaire pourrait connaître une technique mise au point dans le plus grand secret par les Sièges stellaires ? C’est le Roi de l’Humanité. On dirait qu’il peut contrer presque toutes les techniques humaines ! »
Tss. J’en avais peut-être trop dit. Mais le Maître de la Tour cyan reculait davantage qu’il ne l’aurait fallu. La peur venait de l’inconnu. Si on ignorait les capacités exactes d’un adversaire, on gaspillait ses forces à rester sur ses gardes.
Il en allait de même pour Antares.
« Graphis ! »
À bien y regarder, il avait un petit cristal de résonance à l’oreille. Une invention impériale, obtenue en miniaturisant un cristal de résonance importé directement du Château de la Pleine Lune. Elle permettait de parler à quelqu’un à distance sans la moindre manipulation particulière.
Quand il appela quelqu’un par son nom, le cristal de résonance à l’oreille d’Antares tinta.
[Maître du Palais. Cet incident ne faisait pas partie du plan. Comme nous n’avions pas été informés de la situation, il nous était difficile d’intervenir correctement. Nous vous prions de nous excuser.]
« C’était la décision d’un agent sur le terrain. Il fallait le faire. La première fois que je l’ai rencontré était notre seule occasion. »
[Nous respectons votre décision. Nous avons toujours confiance en votre jugement, Maître du Palais. Que comptez-vous faire maintenant ? Devons-nous les neutraliser ?]
« Non. On se tire. »
[Comment ?]
Antares lança sèchement :
« Tu as dit que tu respectais ma décision, non ? Préparez-vous à décamper ! »
[Bien compris. Unité du Scorpion, ouvrez le feu pour les contenir.]
À peine la communication terminée, des harpons acérés jaillirent de loin et transpercèrent le mur de glace.
Avec l’Art énergétique déviateur de projectiles, les armes à distance comme les flèches et les fusils avaient un effet limité. Mais face aux mages, la situation était différente. La magie défensive restait de la magie, et on pouvait les forcer à dépenser leur mana et leur concentration pour s’en protéger.
Ces harpons, en particulier, avaient été tirés par de lourdes balistes équipées de petits harpons de Calamité marine. Ils fracassèrent sans peine un mur de glace déjà brisé une fois et éventrèrent le bâtiment.
« Attention ! Style du Bâton terrestre, Nivellement du sol ! »
Shei souleva le sol pour faire barrage à l’attaque. Les harpons furent ainsi gaspillés, mais notre vision s’en trouva obscurcie.
Antares s’enfuit au loin avec Shumahel et nous cria par-dessus son épaule :
« Je me tire ! On remettra notre duel inachevé à la prochaine fois ! »
À ses côtés, huit alchimistes assistants tenaient chacun dix pièces alchimiques et transmutèrent quelque chose.
De l’alchimie. Et de l’alchimie improvisée, prête au combat. Ils sortirent des pièces hautement réactives, en transmutèrent certains éléments et les assemblèrent rapidement. Cela n’était possible qu’avec une alchimie exceptionnelle, des connaissances en mécanique et une réserve colossale de pièces alchimiques.
En travaillant ensemble, les huit alchimistes transmutèrent un énorme véhicule blindé en seulement douze secondes. Ils avaient dépensé trois cent vingt pièces alchimiques comme si ce n’était que des déchets, l’efficacité pouvant bien aller au diable. Mais qui s’en souciait ? Son moteur à mana s’alluma dans un grondement, et l’Unité du Scorpion acheva ses préparatifs de retraite en un instant.
« Maître du Palais ! Dame Spica n’est pas montée ! »
« Qui s’en soucie ? Cette garce ne vaut même pas son prix ! En route ! »
« … À vos ordres ! »
Antares disparut bien plus vite et plus brusquement qu’il n’était arrivé.
Nous ne nous étions pas attendus à ce qu’il batte en retraite aussi soudainement après une salve, et notre réaction fut lente. Le Maître de la Tour cyan s’occupa d’Elisha, qui était à terre.
« Ma sœur va bien. Il l’a simplement assommée. »
Il aurait pu la tuer. Il avait délibérément choisi de ne pas le faire. Je pris la parole :
« À l’entendre, cette attaque était une initiative personnelle d’Antares. On dirait qu’il ne voulait pas aggraver les choses. »
« … C’est déjà bien assez grave. Il a eu recours à la force sur le territoire de la Fédération arcanique et a tenté de t’emmener de force. »
« Si on insiste, ça deviendra vraiment un problème. »
« Et alors ? »
Nous pouvions encore étouffer l’affaire, et c’était ce qu’il fallait faire. Ça me faisait grincer des dents et c’était humiliant, mais la laisser passer était le choix le plus raisonnable.
Antares nous en avait laissé la possibilité en partant. Peu importait que nous l’acceptions ou non. L’essentiel, c’était qu’il existât encore une option pour choisir la paix.
« Si la Fédération arcanique porte l’affaire devant les autorités, ils nieront tout ou parleront d’une escarmouche mineure. Ils pourraient même prétendre qu’ils se sont affrontés en empêchant une menace contre le Territoire de Gauss. »
« Ils n’ont pas besoin d’excuse. La Fédération arcanique connaît la vérité. »
« Non. Il y a encore beaucoup de choses que nous ignorons. Mieux vaut comprendre un peu mieux la situation. Et quelqu’un que nous pouvons interroger est encore ici. »
Le Maître de la Tour cyan et moi tournâmes les yeux vers Shei. Plus précisément, vers la Maîtresse de l’Épée, qui se tenait silencieusement pour la protéger.
À ses pieds gisaient les harpons qui avaient failli atteindre Shei, brisés en deux en leur milieu.
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