Chapitre 55
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 55 : Échapper à la crise numéro zéro
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Une sueur froide se mit à ruisseler sur mon corps. Mes vêtements trempés de sueur me collaient au dos.
Qu’étais-je censé faire ? Je n’avais pas non plus le moindre pouvoir. En vérité, je n’étais pas un instructeur. J’étais un ouvrier qu’on avait traîné ici.
La capitaine AB s’intéressait elle aussi de très près au vampire, en ce moment. J’étais même allé jusqu’à la taquiner et à la menacer à demi, en me servant de ma position de seul collaborateur dans l’Abîme. Si le vampire s’évadait, la capitaine AB risquait d’essayer de me tuer.
Il fallait que je trouve un moyen de la convaincre de renoncer à s’évader. Mais comment ? Si je hochais la tête, je n’aurais aucun moyen de le faire sortir. Si je secouais la tête, elle s’envolerait d’ici toute seule. Qu’étais-je censé faire ?
Réfléchis. Réfléchis.
Le seul moyen de surmonter cette crise.
Ah.
Bien sûr.
Voilà.
Utiliser une autre pièce plutôt que le général.
« Veuillez patienter un instant. Le faire sortir d’ici serait plus facile que de retourner ma main gauche. »
Pour la petite histoire, à compter d’aujourd’hui, j’avais décidé de ne plus jamais retourner ma main, même si quelqu’un me battait à mort. Ce n’était donc pas un mensonge.
Je levai les doigts de ma main gauche, que j’avais décidé de ne pas retourner, et poursuivis :
« Mais il faut d’abord remplir une condition. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. »
« Laquelle ? »
« Il faut que Finlay ait envie de quitter cet endroit. »
Le vampire parut perplexe.
« Quelle question absurde. Il voudrait naturellement rentrer, non ? »
« Alors pourquoi ne rentrez-vous pas, stagiaire Tyrkanzyaka ? »
« J’ai vécu bien trop longtemps et je n’ai pas vraiment de raison de repartir… »
« Selon la même logique, Finlay pourrait ressentir la même chose, non ? Qu’il parte ou non dépend de sa propre volonté. À moins que vous ne le forciez, stagiaire Tyrkanzyaka. »
Si le vampire le désirait, elle pouvait ordonner à Finlay de mourir sur-le-champ. Finlay regretterait peut-être de ne pas avoir pleinement vécu sa vie, mais il obéirait aux ordres de la Progenitrice. Le sang qui le maintenait en vie, tout comme ses pouvoirs, provenait de la Progenitrice.
Paradoxalement, c’était pour cette raison que la Progenitrice gardait ses distances avec les autres vampires.
Craignant que ses paroles ne troublent le jugement de Finlay, le vampire garda fermement le silence et recula. Elle n’interviendrait donc pas dans la décision de Finlay.
Après m’en être assuré, je m’adressai à Finlay.
« Très bien, Finlay. Écoute attentivement. Tu as deux possibilités. »
Comme si je lui proposais une occasion exceptionnelle, je levai deux doigts de ma main gauche.
« Si nous te faisons sortir, la stagiaire Tyrkanzyaka restera ici. Tu ne pourras jamais accomplir ce pour quoi tu es venu. »
Je repliai alors un doigt. Il n’en resta qu’un seul.
Tous les regards se fixèrent sur le doigt dressé. Une mise en scène visuelle. Tout le poids reposait sur l’unique choix que ce doigt allait désigner.
Je le repliai lentement et déclarai : « Mais si tu décides de rester ici, tu auras la chance de demeurer auprès de la stagiaire Tyrkanzyaka. Tu pourras servir la grande Progenitrice et garder l’espoir qu’un jour, elle accepte d’entendre ton histoire. Ce serait un temps précieux que tu ne pourrais jamais obtenir en retournant à la surface dès maintenant. »
Après avoir complètement replié mon doigt, je serrai le poing et proclamai : « C’est une occasion à saisir. Réfléchis bien. Saisiras-tu ta chance dans ces terres ou retourneras-tu à la surface ? »
Finlay était entré de son plein gré dans l’Abîme, résolu à persuader la Progenitrice. Comme il n’avait pas atteint son objectif, il était naturel qu’il ait peu envie de s’évader.
Quelques instants plus tôt, il avait prévu de rentrer à cause des ordres de la Progenitrice. Maintenant que celle-ci s’était délibérément abstenue d’exercer son influence, Finlay prit une décision rationnelle.
« Il a raison. De toute façon, je n’ai rien à gagner en rentrant. Mais ici, je peux obtenir quelque chose et il y a du travail à accomplir. Je dois veiller sur la Progenitrice tant qu’elle est seule ! Peut-être qu’un jour, elle me jugera digne et exaucera ma demande ! »
Il rêvait d’un avenir radieux : devenir le fidèle serviteur de la Progenitrice, retourner à la surface avec elle, s’illustrer plus que quiconque et accéder à la gloire.
La situation avait déjà tourné à moitié au désastre, mais Finlay choisit de s’accrocher au peu d’espoir qui lui restait.
« Progenitrice. »
Le vampire, qui semblait avoir deviné la décision de Finlay, lui répondit :
« Finlay. As-tu vraiment l’intention de rester ici ? »
« Si vous me le permettez, oui. »
Si elle ne le lui permettait pas, il remonterait aussitôt. Un simple familier, qui n’était même pas un Ancien, ne pouvait refuser les ordres de la grande Progenitrice.
Un familier perdait jusqu’à son libre arbitre devant la Progenitrice. Sachant cela, celle-ci les plaignait et respectait autant que possible leur jugement.
« Suis ta propre volonté. »
« Merci ! Finlay, indigne de vous, restera dans cet Abîme et accomplira la volonté de la Progenitrice ! »
Le vampire observa un instant Finlay agenouillé devant elle, puis tourna les yeux vers moi.
« …Mais si sa volonté change, faites en sorte qu’il puisse retourner à la surface à tout moment. »
Je devais quand même résister un peu. Il ne fallait pas que ça ait l’air trop facile.
« Vous êtes sacrément exigeante, non ? C’est un hôtel, ici ? Ou je suis le larbin d’un stagiaire ? Pourquoi est-ce que vous n’arrêtez pas de me demander des choses ? Ça suffit, maintenant. »
Je ne pouvais pas accepter si facilement. Dès que je le ferais, ils découvriraient que je n’étais qu’un ouvrier.
Je devais si possible lui ôter toute envie de partir, et m’assurer qu’il ne puisse pas le faire non plus. Prêt à dégringoler dans l’estime du vampire, je lui répondis ainsi.
Et alors.
« Espèce de salaud ! »
Finlay se redressa et hurla. Les veines de son cou saillirent tandis qu’il me désignait du doigt.
« Hein ? »
« Comment oses-tu, simple humain, refuser une requête de la Progenitrice ! »
« Non, qu’est-ce que tu racontes avec ton “simple humain”… »
« Je ne peux pas te pardonner d’avoir manqué de respect à la Progenitrice. Peu importe ta puissance. Même si mon corps devait être réduit à une poignée de sang, je défendrai l’autorité de la Progenitrice et te défierai en duel… ! »
Attends.
Il était sérieux. Il me croyait immensément puissant et me défiait malgré tout, prêt à mourir pour défendre l’autorité de la Progenitrice.
Le problème, c’était que j’étais si faible que je ne pouvais même pas prévoir l’issue d’un combat contre le familier du familier du familier de cette Progenitrice.
Bon sang, il était vraiment prêt à jeter sa vie par les fenêtres aussi facilement ? Voilà bien les vampires ! Qu’étais-je censé faire ? S’ils découvraient que j’étais faible… !
« Arrête, Finlay. »
Le vampire lui intima solennellement de s’arrêter. Finlay se tut aussitôt, pivota avec raideur et retomba à genoux.
Était-il fou ? Tandis que je restais là, médusé, le vampire s’adressa à moi d’un ton plus doux.
« Je ne vous ai fait que des demandes déraisonnables. Vous n’êtes pas non plus le roi de cet endroit. »
« Ah, non. Enfin… »
« Je vous demande encore une fois de me comprendre. Oubliez ce que j’ai dit. »
« D’accord, alors. »
« Oui. Merci. »
Quelque chose me déplaisait. Je cherchai des yeux la source de ce malaise étrange.
Ce vampire, Finlay, ne craignait pas beaucoup la mort, hein ?
Pour les vampires, la Progenitrice était à la fois une sorte de dieu et de mère. Bien sûr, beaucoup de gens se moquaient aussi bien des dieux que de leur mère, mais Finlay n’avait pas l’air d’être de ceux-là. Je le comprenais assez bien si je le considérais comme un fanatique.
Hum. Je n’avais rien à gagner à garder quelqu’un comme lui dans les parages.
« Attendez. J’ai quelque chose à dire, moi aussi. »
Alors que j’y réfléchissais, la régresseuse intervint au moment idéal. Elle interrogea Finlay d’un regard perçant.
« Comment es-tu arrivé ici ? Tu n’aurais jamais pu venir par des moyens ordinaires. »
À mesure qu’elle parlait, les yeux de la régresseuse virèrent à l’orange.
L’Œil vermillon, le deuxième des Yeux aux Sept Couleurs. L’œil qui domine le monde.
On l’appelait l’œil du roi. Il lui permettait de percevoir avec une extrême précision tout ce qui se trouvait dans son champ de vision, de repérer les signes suspects sur le corps d’un adversaire et les objets cachés dans ses poches.
La régresseuse faisait même appel à son pouvoir pour lui arracher des informations quand, devant elle…
« Shei. »
« Hum ? »
Le vampire prit la parole à la place de Finlay.
« Arrêtons là l’interrogatoire. Nous avons déjà beaucoup parlé. Il n’a commis aucun crime ; quelle raison avons-nous de le questionner davantage ? Surtout toi, qui n’es qu’une stagiaire. »
« Hein ? Attends, Tyrkanzyaka. C’est important… »
« C’est important, en effet. Mais ce n’est pas urgent. Demain sera semblable à aujourd’hui ; cela ne peut-il pas attendre un jour ? Et Finlay n’est pas tenu de répondre à tes questions. »
« M-mais… »
« Ou bien vas-tu de nouveau ignorer ma volonté ? »
« N-non ! Tyrkanzyaka ! Je… »
« Bien. Nous en parlerons demain. J’ai moi aussi des questions à poser à Finlay. »
« O-oui ! D’accord ! »
À ces mots, la régresseuse hocha vivement la tête et recula. Le vampire posa de nouveau son ombrelle sur son épaule, tandis que Finlay levait vers elle les yeux remplis d’une admiration sans bornes.
« Comme je m’y attendais, la Progenitrice occupe la plus haute position même dans un endroit pareil ! Je suis fier d’être un noble de la nuit ! »
Bon sang, régresseuse. Elle avait été complètement matée. On aurait dit que les reproches du vampire, la dernière fois, l’avaient rudement marquée.
Enfin, merci. Cette intervention m’avait rapporté quelque chose d’inattendu.
La régresseuse n’avait pas obtenu de réponse, mais je pouvais lire celle qui venait d’apparaître dans l’esprit de Finlay. Je me l’approprierais.
« Le mage aux cheveux roux qui m’a transmis l’information a clairement dit que la Progenitrice dormait. Pourtant, quand je suis arrivé, elle était déjà réveillée. Ils ont dû la réveiller. J’ignore comment ils s’y sont pris, mais tant mieux. J’ai échappé au manque de respect qui aurait consisté à la réveiller moi-même. »
Oh ? Un mage aux cheveux roux. C’était plutôt marquant. De quoi parlait-il ?
« Le mage aux cheveux roux m’a donné un bracelet, en précisant que je ferais ce que je voulais de l’information. Il m’a dit que si je mettais ce parachute et sautais dans l’Abîme, j’atteindrais Tartare. Mais je l’ai perdu sous le choc quand le parachute s’est ouvert pendant la descente. »
Ah. Voilà pourquoi il s’était écrasé sans parachute. Parfait. L’épave devait être là-bas ; je pourrais la récupérer plus tard.
« J’avais des doutes, mais le mage disait vrai. Alors, ce qu’il m’a dit ensuite doit être vrai aussi. »
Il ne me restait plus qu’à lire cette dernière pensée.
« Le mage prétendait s’être évadé de Tartare. »
Hein ? Attends. Un évadé ?
C’était une information bien plus importante que je ne l’avais cru. Des évadés de Tartare. Si je pouvais ne serait-ce que trouver un indice sur la manière dont ils s’étaient enfuis, je pourrais enfin mettre un terme à cette existence misérable !
Ça valait le coup de le laisser en vie. Ravi, je fouillai ses pensées, à la recherche du secret de l’évasion dissimulé dans les souvenirs de Finlay.
Et alors.
« Il a dit qu’il n’existait plus aucun moyen de s’évader de Tartare et que, si je descendais, je n’aurais d’autre choix que d’attendre que l’État militaire vienne me chercher… Malgré tout, je ne le regrette pas. Si je reste aux côtés de la Progenitrice, une occasion finira par se présenter ! »
Ah.
C’était une fausse piste.
Notes :
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