Chapitre 298
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Traducteur : Hydrogen B
Correcteur : Hydrogen B
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Chapitre 298 : Le monde fait d’engrenages - 5
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Historia exhala une profonde bouffée de fumée, puis parla d’un air hébété.
« C’est agréable… Je n’ai plus mal au bras et j’ai les idées claires. J’ai l’impression de reprendre des forces… »
« Miaou. C’est agréable, miaou. »
Comme pour approuver ses paroles, Nabi poussa un miaulement satisfait. Maximilien aperçut le chat qui se roulait dans l’espace exigu derrière nous, au milieu des tas d’herbe magique, et fronça les sourcils.
Pour empêcher une drogue d’agir, il suffisait d’en prendre avant. Et ça avait marché.
Je m’inquiétais tout de même un peu de la quantité fumée par Historia. Combien de temps avait-elle fumé pour avoir le regard aussi flou ?
« C’est une illusion. Tu n’as pas mal au bras parce que tu ne sens plus la douleur, et tu as les idées claires parce que tu es accro à l’herbe magique. »
J’eus beau le lui faire remarquer, Historia se contenta de sourire et d’agiter l’herbe magique.
« Je te dis que ça me fait beaucoup plus d’effet que la première fois. Pourquoi, à ton avis ? »
« L’herbe magique, c’est comme La Petite Fille aux allumettes. Elle te fait revivre ton moment le plus heureux. Si l’allumer te rend heureuse, c’est que ta situation actuelle est vraiment misérable. Alors ne baisse pas ta garde. »
« C’est ta faute. Si je fume de l’herbe magique, si j’en suis arrivée là, c’est parce que j’ai été entraînée dans tes histoires. »
« Hein ? »
C’était étrange. Étais-je en train de lire ses pensées ? Des choses qu’elle n’avait jamais dites qu’au fond d’elle sortaient à présent de sa bouche.
Mon expression déconcertée sembla amuser Historia. Elle ricana et porta l’herbe magique à ses lèvres. Elle aspira profondément cette fumée décadente, puis la rejeta dans un soupir voluptueux.
« Haa… Tu en veux aussi ? »
« Ne fais pas la généreuse avec quelque chose que je t’ai donné. Rends-moi ce qu’il te reste. »
« Pff. Tu es dur. Depuis quand l’herbe magique t’appartient-elle, ou m’appartient-elle ? On la fume ensemble. »
Son sourire me mit profondément mal à l’aise. Combien de verrous avaient sauté dans son esprit ? C’était effrayant de voir à quel point la drogue pouvait changer quelqu’un.
Tandis que je restais sans voix, Maximilien examina l’herbe magique dans la main d’Historia et la fixa, stupéfait.
« … C’est une feuille d’Arbre-Monde ? Comment l’as-tu obtenue ? Non, qui te l’a donnée ? »
Historia lui répondit avec un sourire absent.
« Je ne sais pas… Pourquoi quelqu’un qui la fume s’en soucierait-il ? Il suffit de la fumer. »
« C’est impossible ! Parmi les rois de l’herbe et des arbres, les Seigneurs de toute la Création possèdent tout ! Alors comment une feuille d’Arbre-Monde aurait-elle pu leur échapper ? C’est impossible ! »
« Alors j’imagine que ce sont les Seigneurs de toute la Création qui me l’ont donnée. Oh, c’est Hui qui me l’a donnée, pas vrai ? Hé hé. Hui, tu fais partie des Seigneurs de toute la Création ? »
Sa réponse donnait toujours l’impression qu’elle avait perdu la boule. Même Maximilien renonça à obtenir une réponse et secoua la tête.
« Alors, cette réponse aussi se trouve auprès du Roi de l’Humanité. Voilà une raison de plus de m’assurer sa coopération. »
« Tu ne peux pas. »
Historia, qui fumait l’herbe magique avec bonheur, cessa brusquement de sourire. Elle n’avait changé que d’expression, et pourtant, la température sembla chuter de plusieurs degrés.
L’herbe magique entre ses lèvres oscillait au rythme de ses marmonnements.
« Ce salaud a tout déclenché de son propre chef, puis il s’est enfui sans assumer ses responsabilités… Et pourtant, c’était le meilleur moment de ma vie. »
À peine eut-elle fini de parler qu’Historia prit appui sur le sol et bondit. Elle n’avait pas besoin d’élan. Elle atterrit avec légèreté sur le Scarabée d’acier, haut de plus de six mètres, puis se redressa en prenant une profonde inspiration.
Maximilien prit la parole.
« Ces sentiments ne seront pas réciproques. C’est le Roi de l’Humanité. Il ne se lie pas à une seule personne. »
« Je me fiche qu’il soit le Roi de l’Humanité ou je ne sais quoi. Ce sont mes souvenirs. Je ne laisserai pas le Directeur les gâcher à sa guise ! »
… Voilà pourquoi il fallait toujours montrer son meilleur côté. Regardez-moi ça. J’avais mené une vie irréprochable, et voilà que mes anciennes relations me venaient en aide.
J’avais l’impression de recevoir un peu trop d’aide, comparé à ce que j’avais fait pour elle. Je devais lui rendre la pareille. Par simple décence humaine.
J’interrompis ce que je faisais, me levai et remontai sur le Scarabée d’acier. Je m’approchai lentement et me plaçai derrière Historia, comme pour la soutenir. Azzy, qui poursuivait des engrenages, me vit, hésita un instant, puis bomba le torse et s’assit à côté de moi.
La situation n’avait plus rien à voir avec celle d’avant. Face à cette nouvelle disposition, Maximilien replia maladroitement les doigts.
« Ils sont trois de ce côté. Un de l’autre… Même sans compter le Roi des Chiens, ça ne sera pas facile. »
Historia n’avait pas encore complètement récupéré, et je ne valais moi-même que la moitié d’un combattant. À nous deux, nous égalions tout juste une personne.
Malgré tout, nos chances étaient meilleures que jamais. Je relevai fièrement la tête et pris la parole.
« Tu as bien compris. C’est ta dernière chance. Si tu t’en vas, je te laisse partir. »
Maximilien y réfléchit sérieusement. C’était un homme qui avançait avec méthode et raison, comme un engrenage. Il évalua soigneusement s’il valait mieux livrer ici un combat dangereux ou battre en retraite sans risque.
« Le Roi de l’Humanité peut détruire mon corps d’un simple contact. Je ne dois surtout pas le laisser approcher, mais le problème, c’est la Tireuse, qui excelle au corps à corps. Sans le Scarabée d’acier, il me sera difficile de prendre le dessus. Il y a trop d’inconnues. Battre en retraite maintenant est la décision la plus rationnelle, mais… »
Son jugement était clair. Pourtant, un dernier attachement le retenait. Maximilien ouvrit la bouche.
« Tu as dit que j’étais ordinaire. »
Je hochai volontiers la tête, puis ajoutai quelques mots pour le réconforter.
« Ne te décourage pas. Tout le monde est ordinaire, pas seulement toi. À l’exception d’une toute petite poignée de personnes. »
« Je le sais. Les humains eux-mêmes faisaient partie des bêtes ordinaires, avant de se rendre spéciaux… »
Maximilien baissa les yeux vers sa main artificielle et replia puis déplia les doigts. L’intérieur de la prothèse, invisible de l’extérieur, était constitué d’engrenages qui s’imbriquaient avec finesse pour imiter les mouvements humains.
Combien d’essais et d’erreurs avait-il fallu pour lui donner une telle souplesse ? Ce résultat devait être le fruit d’un talent exceptionnel, éclos après d’innombrables efforts dans un environnement propice. C’était indéniablement une technique remarquable.
Mais ce n’était pas « spécial ». Ce n’était que la reproduction, à l’aide d’engrenages, de quelque chose qui existait déjà.
Au mieux, c’était un substitut. Aussi précis fussent-ils, les engrenages ne faisaient que simplifier à l’extrême les lois du monde. Maximilien le comprenait mieux que quiconque.
« Je le savais peut-être déjà. Objectivement comme subjectivement, je suis un homme remarquable. J’ai atteint un niveau bien au-delà de celui des gens ordinaires… Pourtant, il me manque quelque chose pour atteindre le Dieu démoniaque. Je me suis tourné vers le Roi de l’Humanité pour combler ce manque. »
« Tu es tombé au bon endroit. Je suis impressionné que tu aies compris que j’étais le Roi de l’Humanité. Maintenant, contente-toi de m’avoir rencontré et rentre chez toi. Tu pourras raconter ça autour d’une bière à tes amis d’enfance. »
« Mais si j’abandonne ici, est-ce que ce ne sera pas la fin pour moi ? »
Tout en marmonnant, Maximilien posa les deux mains sur le dos du Scarabée d’acier. Dès qu’il y déversa une énorme quantité d’énergie magique, sa main artificielle résonna avec l’acier alchimique et se mit à luire d’un éclat blanc. Le bout de ses doigts, gorgés d’énergie, fondit comme de la lave.
Il dessina un symbole avec ses doigts fondants : un cercle, un triangle et une ligne droite. Un symbole qui ressemblait à une balance.
Le commencement de l’alchimie : un cercle de transmutation.
Maximilien y déversa encore plus d’énergie magique et marmonna :
« Les humains peuvent tout faire. Même les choses les plus insensées. »
Un instant plus tard, ses deux mains s’enfoncèrent dans l’acier. Des ondulations se propagèrent autour de lui. On aurait dit qu’il avait plongé les mains dans l’eau et jouait avec la surface.
L’alchimie. Une technique humaine qui manipulait la matière et la transformait dans les limites du possible. Elle avait d’innombrables limites et restrictions ; aussi doué fût l’alchimiste, l’impossible restait impossible. On ne la considérait pas comme mystérieuse. Comparée à l’Arcane innée, complexe et mystérieuse, elle paraissait plutôt banale.
Mais l’essence de l’alchimie n’était pas la puissance. C’était la richesse. Comme lorsqu’on économisait de petites sommes pendant des années pour acheter quelque chose qui dépassait normalement ses rêves, elle permettait de déployer d’un seul coup une puissance accumulée afin d’accomplir un exploit autrement impossible.
Grâce à l’alchimie, j’obtenais moi-même des résultats qui dépassaient mes capacités.
Et Maximilien, qu’en ferait-il ?
Je criai aussitôt à Azzy :
« Azzy, saute ! »
« Ouaf ? Sauter ? Je saute ! »
Azzy pencha la tête, mais obéit et bondit sur place. J’appréciai qu’elle m’écoute si bien, mais ce n’était pas le genre de saut que je voulais dire.
« Non, pas sur place ! »
« Ouaf ? Un autre saut ? »
Tandis qu’Azzy manifestait son incompréhension, Maximilien déversa une quantité phénoménale d’énergie magique par ses deux mains.
Le Scarabée d’acier avait été assemblé pièce par pièce avec de l’acier alchimique que Maximilien avait lui-même raffiné avec minutie. C’était une arme en soi, mais aussi un matériau alchimique.
Tout comme mes cartes !
« Alchimie de combat. Mercure Dialke. »
Les mains de Maximilien « déchirèrent » le Scarabée d’acier.
Ce n’était pas de l’Arcane innée. Il avait simplement alchimisé l’intégralité du Scarabée d’acier à l’aide de sa propre énergie magique, en démontant et en séparant ses composants.
L’alchimie. Une technique universelle que je pouvais moi aussi utiliser librement, et donc une capacité humaine qu’on ne pouvait pas me voler.
Le sol trembla. Le Scarabée d’acier s’ouvrit dans un craquement, comme s’il muait. Mon corps s’éleva dans les airs. Je faillis glisser, mais Historia m’attrapa aussitôt par le col et me retint. Je retins mon souffle.
Le réflexe d’Historia me sauva, mais Maximilien ne m’avait pas visé au départ.
« Ouaf ! Ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf ouaf ! »
Azzy, qui avait bondi dans les airs, retomba droit dans la fente. Une fois tombée à l’intérieur du Scarabée d’acier, elle planta ses griffes et se débattit pour en ressortir.
« Nous sommes les Seigneurs de toute la Création… »
Maximilien marmonna en joignant les mains avec force. Quand ses paumes se rencontrèrent, elles résonnèrent comme deux morceaux de métal qui s’entrechoquaient.
À son geste, l’acier disjoint se rassembla en une vague. Avant qu’Azzy puisse s’échapper, la fente du Scarabée d’acier se referma. Ses aboiements s’éloignèrent, comme s’ils venaient de l’autre côté d’un mur.
Après avoir isolé Azzy en un instant, Maximilien leva le bras. Des couches épaisses d’acier s’enroulèrent autour de sa main artificielle.
Il ne restait plus rien de la beauté fonctionnelle ni de la précision d’autrefois. Il n’y avait plus que folie et agressivité. Pointant vers nous cette masse de métal aux formes grotesques, Maximilien cria :
« Une bête qui est devenue spéciale en tuant un roi de ses propres mains ! Rien ne m’est impossible ! »
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