Chapitre 297
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 297 : Le monde fait d’engrenages - 4
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Rrrrrr.
L’engrenage-projectile tournoya furieusement, creusant rainure après rainure. Il s’élança en un instant le long du canal taillé avec régularité et fila droit vers mon visage en un clin d’œil.
Je le voyais tout de même : il n’allait donc pas aussi vite que les balles d’énergie d’Historia. Si ce lourd engrenage me touchait, en revanche, l’impact serait colossal.
« L’épaule. »
Mon pouvoir était la lecture des pensées. Je savais où Maximilien visait et esquivai un instant plus tôt. L’engrenage passa à l’endroit où se trouvait mon épaule, soulevant un tourbillon.
Si ç’avait été Historia, le projectile m’aurait touché dès qu’elle aurait tiré ; je n’aurais donc jamais pu l’éviter… Mais contre Maximilien, qui n’était pas spécialisé dans les armes à projectiles, c’était facile.
« Tu peux en esquiver un. Impressionnant… Alors, que dirais-tu d’une centaine ? »
Hein ?
Des dizaines, puis des centaines d’engrenages rampèrent sur tout le corps de Maximilien. On aurait dit qu’il était couvert d’insectes. Ceux qui atteignaient ses épaules roulèrent le long des contours de son corps. Ils s’alignèrent en rangs réguliers jusqu’à ses poignets, puis se chargèrent un à un dans l’arbalète, accélérant dans la rainure comme tout à l’heure.
Rrrrrrrrrrrrrr.
Cette fois, il n’y avait aucune cible. Maximilien comptait balayer les environs d’un mouvement de bras. Un tir à l’aveugle fondé sur la force brute, sans le moindre jeu d’esprit. La lecture des pensées ne me serait d’aucune utilité.
Tss. Un combattant technique devait miser sur les jeux d’esprit acharnés et les atouts cachés, pas sur cette force brute ! Plutôt que de livrer un combat que je ne pouvais pas gagner, j’appelai mon fidèle sac de frappe.
« Azzy ! »
« Ouaf ! »
Le Roi des Chiens répondit à mon appel.
Azzy avait eu du mal à grimper sur le Scarabée d’acier et, avant même d’avoir repris son souffle, bondit vers moi. En arrivant devant moi, elle tourna brusquement la tête sur le côté. Les engrenages qui volaient vers nous disparurent dans sa gueule, comme aspirés.
Crac, crac.
À chaque fois qu’Azzy mâchait, des étincelles jaillissaient entre ses dents. Tous les engrenages utilisés par Maximilien étaient faits d’acier alchimique de niveau quatre au minimum, mais face aux crocs d’Azzy, ils n’étaient que des friandises pour chien un peu dures.
Maximilien avait beau en tirer autant qu’il voulait, il n’avait que deux mains. Azzy interceptait avec une précision incroyable chaque engrenage qui volait vers moi et les broyait sous ses dents.
La salve prit fin. Azzy recracha le dernier engrenage, dressa la queue bien droite et poussa un long hurlement.
« Aouuuuu ! »
Le Roi des Chiens. Le vieil ami de l’humanité était toujours de mon côté. Elle ne pouvait pas mettre Maximilien en pièces à coups de dents, mais elle me protégerait au moins de la mort.
Alors, qu’en dis-tu ? Voilà le pouvoir du Roi de l’Humanité…
« Un être inachevé, incapable de révéler même cela. »
Maximilien marmonna à voix basse et tendit les deux mains.
Grondement, grondement, grondement.
Le sol trembla sous mes pieds. Le Scarabée d’acier vibra violemment. Azzy, terrifiée par ce séisme soudain, paniqua.
« Ouaf ! Ouaf ouaf ! Le sol bouge ! Un tremblement de terre ! »
« Ce n’est pas un tremblement de terre ! C’est le Scarabée d’acier qui tremble ! »
« Ouaf ? Scarabée ? »
« Non, c’est bien un tremblement de terre ! »
Après avoir vaguement expliqué à Azzy ce qui la troublait, je cherchai l’origine des secousses. Le Scarabée d’acier lui-même ne bougeait pas.
Pour quelqu’un comme moi, qui manquait tout bonnement de force brute, une arme massive représentait le pire des dangers. Maximilien s’était montré négligent jusqu’ici et ne l’avait donc pas tentée, mais si le Scarabée d’acier fonçait simplement sur moi, ma vie serait en grand danger.
C’était pour cette raison que j’étais monté sur le Scarabée d’acier : je retenais Maximilien pour l’empêcher de le déplacer.
« Je l’empêche à coup sûr de bouger, alors comment… ? »
Maximilien eut la bonté de me répondre.
« Le Scarabée d’acier conserve d’innombrables engrenages de rechange en cas d’urgence. On dirait que tu ne peux pas les contrôler, puisque tu ne les touches pas. »
Les seuls engrenages à ma portée étaient ceux que je touchais.
Deux engrenages qui s’emboîtaient n’étaient pas différents d’un seul engrenage de grande taille. Leur fonctionnement était identique. Je pouvais donc contrôler les engrenages imbriqués les uns dans les autres, et j’avais même utilisé cette propriété pour attaquer Maximilien.
Mais je ne pouvais pas atteindre les engrenages éparpillés au hasard. Pour l’instant, ils n’avaient aucun rapport avec moi.
Maximilien, qui n’était pas soumis aux mêmes limites que moi, pouvait les commander. Par exemple, comme ça.
« C’est quoi cette façon de faire bouger des engrenages ?! »
La source des secousses ne tarda pas à se révéler.
Des centaines, des milliers d’engrenages roulaient le long du flanc du Scarabée d’acier. Ils ne se déplaçaient pas en s’emboîtant les uns dans les autres. Ils roulaient tout simplement, comme des roues ordinaires, tournoyant au passage sans aucun contrôle particulier.
On aurait dit une nuée de milliers de fourmis qui se précipitait sur nous. La violence du nombre.
« Le Roi des Chiens pourra-t-il encore te sauver, cette fois ? »
Bon sang. Je pouvais arrêter leur rotation en les touchant, mais ils étaient bien plus nombreux qu’un ou deux. Même arrêtés, l’élan qu’ils avaient pris en roulant me frapperait. Il fallait les intercepter avant qu’ils n’arrivent.
Je criai, désespéré :
« Azzy ! Repousse-les tous ! »
« … Ouaf. »
Azzy afficha l’expression la plus stupide que j’aie jamais vue. C’était donc sa réaction face à une demande impossible ? Son intelligence canine ne lui permettait sans doute pas d’imaginer comment s’en sortir.
Un humain allait donc devoir briller.
Je sortis une carte. Une carte de trèfle. La couleur qui renfermait la magie à usage unique. C’était la dernière carte que j’avais précieusement gardée, mon ultime recours pour sauver ma vie.
La magie était irréversible. Contrairement aux outils, l’énergie magique ne se récupérait pas une fois utilisée. En me servant d’un trèfle, je perdrais définitivement une partie de mes biens. Même après avoir décidé de m’en servir, ma main tremblait.
Mais mieux valait ça que mourir. Ce n’était pas comme si je pouvais l’emporter dans ma tombe.
J’insufflai de l’énergie magique dans la carte et la grattai. L’énergie scellée réagit à la mienne et se mit à luire. Je la tenais entre deux doigts tandis qu’elle émettait une lumière bleutée, puis dis :
« Set. »
La magie réglementaire de l’État militaire reposait sur la magie noire, qui utilisait le corps comme médium et comme sacrifice. Elle endommageait mon corps, mais s’activait facilement et rapidement. Une simple incantation consommait l’énergie magique de mon corps et produisait un effet utile.
À l’opposé, il y avait la magie blanche. Cette magie classique se servait d’un objet imprégné d’énergie magique comme médium et traçait un cercle magique pour invoquer un phénomène.
Comme on pouvait s’y attendre de la magie classique, elle proposait un vaste choix d’effets, mais se prêtait mal aux combats réels. Puisqu’il fallait puiser l’énergie magique ailleurs, son activation était lente et exigeait des formules complexes. Les objets qui en contenaient coûtaient également cher : c’était la magie classique par excellence, un plaisir réservé à ceux qui avaient beaucoup de temps et d’argent.
Il existait pourtant des gens dans ce monde qui tenaient davantage à leur corps qu’à leur argent, et j’en faisais partie.
Juste avant que la lumière n’explose, je lançai la carte. C’était le six de trèfle. Elle fendit l’air et atterrit au milieu des engrenages. Un instant, elle y tournoya comme une toupie, comme si elle leur résistait.
Mais une simple carte, aussi fine que fragile, ne faisait pas le poids contre l’acier, surtout avec un rapport de forces aussi déséquilibré. La carte tournoyante fut bientôt engloutie par la vague d’acier…
Maintenant.
Je pointai le doigt et criai la formule d’activation.
« Acus Liter ! »
Le six de trèfle contenait une version améliorée de la magie de condensation, très prisée dans l’État militaire.
Elle attirait l’eau contenue dans l’air, laquelle réagissait à l’énergie magique. Une magie de condensation ordinaire avait de la chance si elle rassemblait assez d’eau pour humidifier une gorge, mais la mienne était faite sur mesure et se montrait donc un peu plus puissante. Pour faire simple, elle pouvait cristalliser instantanément la vapeur d’eau.
Une fois la lumière éclatée, une tempête d’un blanc pur balaya les environs. L’énergie magique s’étendit dans toutes les directions, telle une toile d’araignée, et happa l’eau qu’elle rencontrait. Des cristaux de glace se formèrent en un instant et immobilisèrent les engrenages en mouvement.
La carte contenait assez d’énergie magique pour transformer un humain en statue de glace. De quoi entraver les engrenages et leur poser de sérieux problèmes.
Comme je m’y attendais, Maximilien fut plutôt surpris.
« De la magie ?! Serait-ce… ! »
… Même si sa réaction prit une direction légèrement différente.
« Ce n’est que ça ? »
Le bruit de la glace rongée retentit de toutes parts. Malgré la couche de glace qui les recouvrait, les engrenages tournant par eux-mêmes ne s’arrêtèrent pas. Ils raclèrent et dévorèrent la glace qui leur barrait le chemin. Des éclats de glace brisée scintillèrent dans l’air.
Bientôt, la plupart des engrenages traversèrent le champ gelé.
Ma magie m’avait fait gagner environ trois secondes. Et encore, c’était surtout parce que les engrenages glissaient pitoyablement sur la glace.
En tentant de dissimuler sa déception, Maximilien cria :
« C’est donc ça, l’atout que tu cachais ? De la magie, rien de plus ? Tu sais bien que la magie ne peut pas vaincre l’Arcane innée ! »
Il croyait que je l’avais utilisée sans le savoir ? C’était tout ce que j’avais ! Je ne possédais pas d’Arcane innée ! Ce n’était pas comme si le Roi de l’Humanité pouvait avoir un pouvoir unique !
Tss, mes petits tours ne suffiraient donc pas contre l’un des Six Généraux. Je devrais me contenter d’avoir gagné trois secondes. J’en profitai pour détaler, laissant Azzy couvrir ma retraite.
« Azzy, je compte sur toi derrière ! »
« Ouaf ! Yip ! Ouaf ! »
J’entendis des gémissements douloureux dans mon dos, mais je n’en savais rien. Azzy happait les engrenages comme si elle attrapait des rats, et poussait parfois un hurlement quand l’un de ceux que Maximilien tirait la frappait. Je ne voyais rien, alors je n’avais aucune idée de ce qui se passait.
Les engrenages que Maximilien tirait étaient le plus grand danger pour moi. Je devais d’abord sortir de leur ligne de tir. Arrivé au bord, je me jetai par-dessus et m’accrochai au flanc.
Je poussai un soupir de soulagement quand j’entendis le cliquetis des engrenages en mouvement. En levant les yeux, je vis des dizaines d’engrenages me poursuivre le long du bord.
Azzy, espèce de cabot inutile ! Tu en as laissé passer !
« Tss ! Ils sont vraiment tenaces ! »
Les engrenages dévalèrent vers moi. Ils ne faisaient que tomber sous leur propre poids, mais ça suffisait à me causer des ennuis. Ils allaient évidemment me faire mal, et si le choc me faisait tomber, le Scarabée d’acier reviendrait sous le contrôle de Maximilien.
Je devais l’en empêcher. Si Maximilien reprenait le contrôle du Scarabée d’acier, même Azzy ne pourrait pas le maîtriser.
Je courus le long des saillies sur le flanc. Les engrenages pleuvaient derrière moi. Je les évitai de justesse, mais quelques-uns s’accrochèrent à ma cape et s’enroulèrent autour d’elle, me tirant brutalement en arrière. D’autres roulèrent sur moi alors que j’avais perdu l’équilibre.
Je tendis vivement la main et en attrapai un.
Un engrenage tournant à toute allure n’était pas différent d’une étoile de lancer. Le saisir à mains nues m’aurait lacéré la paume sous la force de sa rotation. Il avait déjà enroulé toute ma cape autour de lui.
Avant que ses dents ne me déchiquètent, j’annulai sa rotation grâce à l’Arcane innée de Maximilien. L’engrenage qui s’agitait en tirant sur ma cape se calma dès qu’il toucha ma main et se posa dans ma paume avec un déclic.
Je pouvais annuler sa rotation, mais pas la vitesse qu’il avait acquise avant cela. Un choc puissant remonta le long de mon bras. C’était comme attraper une balle frappée de toutes ses forces.
« Je peux contrôler la rotation comme je veux, mais je ne peux rien contre l’inertie. Tant que ça respecte le concept d’engrenage, tout le reste n’a donc aucune importance ? C’est un peu abusé, mais… »
C’était abusé, parce que c’était une Arcane innée. Tss. À côté d’une Arcane innée qui imposait ses propres règles au monde, la lecture des pensées ne valait rien. Quelqu’un pourrait-il me donner un meilleur pouvoir… ?
Attends. Les règles. Je pouvais m’en servir.
Je tripotai l’engrenage. J’avais songé à m’en débarrasser, mais il aurait continué à me poursuivre. En maugréant, je l’insérai dans un endroit approprié du mur. Il s’immobilisa. Je poursuivis ma fuite, esquivant ou attrapant les engrenages qui dégringolaient derrière lui.
Après avoir couru un moment, je captai les pensées de Maximilien, au-dessus de moi.
« Le Roi des Chiens est vraiment gênant. Elle n’essaie pas de m’attaquer, mais détruit soigneusement chaque engrenage. Si j’entre en contact avec le Roi de l’Humanité, il les retournera contre moi. Si je ne le fais pas, le Roi des Chiens me bloque. Quelle plaie. »
Je n’étais donc pas le seul à peiner. C’était un peu réconfortant.
« Sans le Scarabée d’acier, je ne peux pas maîtriser le Roi des Bêtes comme il faut, mais le Roi de l’Humanité neutralise le Scarabée d’acier… Le Roi des Bêtes a-t-il toujours été aussi pénible… ? Attends, le Roi des Bêtes ? »
Peut-être la seule pièce capable de débloquer la situation. Maximilien se souvint enfin de son existence.
Le Roi des Chats, Nabi.
« Roi des Chats ! »
Tu t’en rends compte bien tard, Maximilien.
Je n’avais pas oublié Nabi depuis le début.
« Nabi ne viendra pas. »
Clac, clac.
Le bruit de bottes militaires cloutées résonna sur le sol de béton. Le fer frappait le sol sec à un rythme traînant.
Sa longue chevelure noire, tressée dans son dos, ondulait derrière elle. Elle s’approcha d’un pas étrangement nonchalant, le visage las et épuisé.
Ses yeux semblaient usés par la fatigue et le stress. Pourtant, à cet instant, elle devait être très heureuse.
« Haaa… »
C’était parce qu’elle avait une cigarette roulée dans une feuille d’herbe magique au coin des lèvres. Et pas une cigarette ordinaire, mais une cigarette spéciale faite avec les feuilles de l’Arbre-Monde.
Historia exhala une longue bouffée de fumée et marmonna d’un air hébété :
« C’est agréable… Mon bras ne me fait plus mal et j’ai l’esprit clair. J’ai l’impression de retrouver de l’énergie… »
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