Chapitre 266
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 266 : L’humain sans visage
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« Cette fois, faisons de toi une femme. Je sais que tu veux devenir quelqu’un d’autre, mais ne vaudrait-il pas mieux que tu retrouves ton corps d’origine ? »
« T-tu… »
Le combat entre Historia et lui était trop rapide et trop violent pour qu’une personne ordinaire puisse le suivre, mais il s’essoufflait peu à peu. La chaleur étouffante et les gerbes de sang cédèrent la place à un échange plus classique.
Ils alternaient attaques et parades comme s’ils répétaient une chorégraphie.
« Réduisons ta taille autant que possible. Agrandir un corps, c’est facile ; le rapetisser, c’est difficile. Plus on le réduit, mieux on pourra préserver ce qui te rend unique. Zikhrund avait lui aussi une silhouette élancée, alors ça devrait mieux convenir, non ? »
« Arrête… »
« Ton visage devrait ressembler à celui que tu avais quand tu étais jeune. Ah, tu as dit que tu ne t’en souvenais pas. C’est embêtant. »
J’aurais eu beau dessiner son visage, je n’aurais pas su s’il était fidèle à l’original. Son visage avait disparu depuis longtemps.
Le corps des gens changeait avec l’âge, et leur visage ne faisait pas exception. La vie qu’ils menaient laissait sur eux des traces, comme les cernes d’un arbre, et leur donnait une apparence qui leur était propre.
Mais quelqu’un qui changeait de visage chaque jour ne pouvait jamais acquérir une telle apparence. Son visage d’enfant ne subsistait qu’à l’état de vague souvenir. Même si une pousse était pleine de promesses, ses premières feuilles ne suffisaient pas à deviner ce qu’elle deviendrait.
Il n’avait jamais souhaité retrouver son visage d’origine. Il voulait un repère pour ne pas se perdre lui-même. J’aurais pu choisir un visage correspondant vaguement à ses préférences et en faire ce repère, mais…
Ce ne serait pas un peu négligent ?
« Dans ce genre de situation, on fait appel au pouvoir du mystère. Au lieu d’une simple ancre pour ton identité, je vais t’offrir un phare qui pourra vraiment te servir de repère. »
« Toi… le Joueur de flûte… Qu’est-ce que tu es, bon sang ? »
« Est-ce que c’est important, là, tout de suite ? Ce qui compte, c’est que je puisse exaucer ton souhait. »
Le visage que je lui dessinerais ici ne lui ressemblerait de toute façon pas. Et puis, j’avais encore des choses à faire, je ne pouvais donc pas tout lui expliquer dans les moindres détails. Je laisserais quelqu’un d’autre s’occuper du reste.
« Retrouve monsieur Shei quelque part dans cette raffinerie. Il a des yeux capables de voir le destin. Tu comprends ce que je veux dire ? »
L’Œil du destin de la régresseuse lui permettrait peut-être d’observer le destin qu’il aurait pu connaître. Avec le Masque d’Agartha qu’elle possédait, elle devrait pouvoir recréer ce visage. Restait à savoir si elle irait jusque-là pour lui.
Et surtout, combien de trésors avait-elle accumulés ? Elle aurait pu en partager quelques-uns.
« Cet homme… »
« Bien sûr, il ne voudra pas utiliser son pouvoir de son plein gré. Alors, vends-nous. Dis-lui que tu lui révéleras où nous sommes allés en échange, et il le fera. »
La régresseuse serait déjà ravie d’apprendre les capacités et l’identité de Zikhrund.
Existait-il un génie aussi généreux que moi ? J’avais clairement identifié le problème que posait son souhait et lui avais même proposé une solution sûre et bien ficelée. Waouh. Si j’avais exaucé tous les souhaits du monde, il n’y aurait plus eu d’histoires de pactes avec des démons ni de pattes de singe.
Zikhrund — ou plutôt le corps qu’il avait préparé pour se transformer en d’autres personnes — commença lentement à perdre sa forme. L’énergie qui remplissait ses muscles et ses os se dissipa, et son corps rétrécit peu à peu.
Agrandir un corps, c’était facile ; le rapetisser, c’était difficile. Il suffisait d’y ajouter de la matière ou de le gonfler, tandis que le réduire impliquait une perte ou une compression.
« Ugh… Ah… »
À mesure que son corps changeait, ses vêtements, qu’il avait ajustés à son bio-terminal, se mirent à flotter. Ses manches dépassaient désormais ses bras d’une bonne demi-paume, et sa mâchoire étroite était à découvert, comme si la matière solide qu’il avait tassée dans sa bouche en était tombée. Il avait moins l’air maigre que celui d’un ballon dégonflé.
C’était le contrecoup des transformations répétées de son corps, obtenues en insufflant directement de l’énergie dans ses os et ses muscles. Réduit à cet état pitoyable, il marmonna, rongé par la culpabilité et la douleur :
« Non… Je ne peux pas la trahir… »
« Je ne sais pas qui elle est, mais la trahir ? En quoi exaucer ton propre souhait serait-il une trahison envers elle ? Tes capacités ont déjà été révélées. Tu ne fais que profiter de l’occasion pour vivre sous un nouveau visage et un nouveau nom ! »
Zikhrund tenta désespérément de reprendre ses esprits. L’ancre de son identité était sur le point de céder, mais un doute plus fondamental se tourna vers moi.
Pouvait-il vraiment me faire confiance ?
« C’est absurde. Il connaît le souhait le plus cher d’une personne et prétend qu’il va l’exaucer ? Il n’exauce pas les souhaits. Il fouille au plus profond d’un être humain, dans ses recoins les plus vils et les plus sordides ! Il est dangereux… ! »
Il commença à douter, non pas de ma proposition, mais de moi. Comme il ne trouvait aucun défaut à mon offre taillée sur mesure, il changea d’angle d’attaque.
« Les prophéties contraignent plus ou moins les gens du présent à se sacrifier pour l’avenir. Son pouvoir est exactement à l’opposé. Il nous permet de commettre autant de péchés que nous le voulons. Un pouvoir à l’extrémité opposée du Sanctuaire… ! Il possède une capacité aussi immense, et pourtant il est né et a grandi dans un État militaire dépourvu de la moindre trace de mystère ? »
Un instinct aiguisé, un sens de l’observation inné et une nature paranoïaque qui ne laissait passer aucun détail, si minime fût-il.
La méfiance, affûtée par une longue vie de fugitif, cherchait à rejeter mon offre.
« J’ai du mal à le croire, mais même si je crois en ses capacités… accepter son offre est encore plus dangereux. Il pourrait s’agir d’un pacte avec le démon. »
Tss. Je lui avais même donné un petit indice pour qu’il ne se méfie pas de moi, sachant que ça arriverait. Je ne pouvais tout de même pas le lui dire franchement. C’était censé rester secret.
Bon, encore une fois. Je lui soufflai doucement :
« Un cadeau des mages d’Orient. »
« Les mages d’Orient… ? »
C’était une expression tirée de la Bible. Les mages d’Orient avaient trouvé la première prophétesse, la Première Sainte Vierge. Ils avaient disparu depuis, mais ceux qui cherchaient des prophéties ou des révélations parlaient souvent d’une « guidance des mages d’Orient » quand ils rencontraient une occasion fatidique.
Il avait longtemps vécu dans la clandestinité, mais le jeu d’acteur était au fondement même de son être. Cette expression inconnue fit remonter de vieux souvenirs à la surface.
« Un rôle qui apparaissait souvent dans les pièces bibliques. Un ressort théâtral qui permet au protagoniste de faire une rencontre décisive. Oui. Tout… »
Oui. Tu avais compris.
Dans son métier, il avait rencontré plus d’histoires que quiconque, étudié ces rôles et les avait lui-même incarnés. Il finirait par comprendre tout seul.
« Un érudit de passage. Un mercenaire errant. Un sage ermite. Un moine mendiant. Un voyageur. Tous… des figurants sans nom. Des personnes qu’il n’est ni nécessaire ni possible d’identifier. Alors, celui qui les désigne tous… »
Ses pensées poursuivirent leur cours, puis s’accrochèrent à quelque chose et s’arrêtèrent net. Il leva vers moi des yeux tremblants.
« C’est impossible… »
Était-ce à cause des secousses répétées infligées à son esprit ? Il haleta. Ses yeux injectés de sang s’agitaient frénétiquement.
Waouh. Il devait être bouleversé d’avoir enfin réalisé son souhait de toujours. Sentant moi-même une nouvelle satisfaction m’envahir, je réfléchis à la suite.
« Ah. Il faut aussi choisir un nom. Un nom qu’on portera toute sa vie, c’est important. Qu’est-ce qu’on pourrait choisir… »
Zikhrund était un nom tiré de l’épopée d’un héros antique. Un nom choisi de cette manière pouvait rester longtemps en mémoire, mais il ne valait toujours pas un véritable nom.
Parmi une infinité de noms qui auraient tout aussi bien convenu, j’en ressortis délibérément un ancien et le lui offris.
« Qu’en penses-tu, Hilde ? Tu es prête à accepter mon offre ? »
« Ce… nom… Comment ? »
De même qu’un acteur avait un nom de scène, une courtisane avait un nom de métier, utilisé uniquement dans la maison de plaisir. Elle avait même abandonné ce nom en partant, mais je m’étais obstinément emparé de ce qu’elle avait rejeté pour le lui rendre.
Quelque chose avait disparu un jour parce que cela brillait. J’en avais rassemblé les fragments pour en faire un phare.
Cette identité était bien trop précieuse pour être abandonnée.
« … Je suis Hilde. »
Zikhrund, membre de la garde personnelle de « cette femme » et chef du Bureau de la Sécurité publique de l’État militaire, disparut. À sa place, l’identité qu’elle avait rejetée depuis longtemps prit possession de ce corps.
Hilde recula en titubant. Maintenant qu’elle avait abandonné l’identité de Zikhrund, elle n’avait plus besoin de protéger la raffinerie, quitte à se battre contre nous. En même temps, elle ne pouvait plus m’attaquer, moi qui étais témoin de son existence.
Hilde baissa la tête et marmonna quelque chose. Je ne compris pas, mais elle me remerciait sans doute.
« Pourquoi ? De rien. C’est toi qui devras demander à monsieur Shei, alors cette partie-là, tu t’en chargeras de toute façon. Pour commencer, j’espère que tu retrouveras ton visage et que tu pourras vivre une nouvelle vie. »
Je lui fis signe de la main de partir au plus vite. Hilde me fixa comme un animal face à un intrus inconnu, puis se retourna brusquement et disparut.
Je continuai à fixer l’endroit jusqu’à ce qu’Hilde se soit complètement évanouie. Quand elle eut disparu, je laissai échapper un long soupir.
« Ouf. J’ai failli mourir. Je l’ai chassée de justesse. »
Heureusement qu’il y avait eu une ouverture.
Franchement, la situation avait été très dangereuse. Si Hilde avait essayé de semer la discorde entre Tyr et la régresseuse, je n’aurais jamais pu m’en sortir sans révéler mon pouvoir de lecture des pensées. Ni la régresseuse ni Tyr ne prendraient à la légère une affaire liée à la prophétie.
Mais si j’avais tenté de m’occuper d’elle moi-même, l’une des Six Généraux se serait révélée bien trop puissante. On m’aurait attaché, traîné dans une salle d’interrogatoire et cuisiné en règle avant même que j’aie pu ouvrir la bouche.
Quelle chance qu’Historia, une véritable soldate qui combattait sans perdre son temps en discussions inutiles dès qu’un ennemi se présentait, ait été là. Je sentis notre amitié renaître en moi.
« Beau travail, Ria. Tu m’as vraiment sauvé. »
Je l’avais chassée, mais je n’y serais pas arrivé sans Historia, qui avait été un rempart si fiable. Si nous devions nous comparer, Historia était le canon et moi, la balle. Inutile de demander lequel de nous deux avait fait le plus gros du travail.
Ce n’était pas parce que j’avais l’air d’en avoir fait moins. Absolument pas.
Tandis que je poussais un soupir de soulagement, Siati se remit debout en titubant. La princesse la soutenait, mais Siati la repoussa et s’avança vers moi.
Quoi ? Pourquoi tu me regardes comme ça ? Ça fait peur…
Ah, c’est vrai. Sa tentative précédente de nous monter les uns contre les autres. Ce n’était pas encore complètement réglé.
« Hui. Tu es de quel côté ? »
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