Chapitre 255
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 255 : Le pays d’acier et les humains sans visage - 4
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La princesse ne pourrait plus jamais devenir reine, et ce pays n’était plus un royaume. C’était un État militaire, dirigé par des soldats qui imposaient la paix à coups de fusils et d’épées. Dans un endroit où tout se faisait sur ordre du quartier général, il était difficile de se sentir responsable de quoi que ce soit.
Pourtant, la princesse, seule descendante du Roi Grandiomor et de sa reine, les coupables qui avaient fondé ce pays, se sentait responsable. Non seulement des vestiges du royaume devenus la Résistance, mais aussi de chaque citoyen du pays.
Elle aurait pu prendre mes paroles pour une plaisanterie, mais la princesse les prit au sérieux et les rejeta aussitôt.
« Arrêtez de chercher à me mettre à l’épreuve. Des endroits pareils doivent disparaître ! Même s’il s’agit de criminels, un enfer où l’on souffre éternellement ne doit pas exister dans la réalité ! »
« Vous n’êtes même pas reine, et pourtant vous vous souciez beaucoup du sort de votre peuple. »
« Je n’ai aucune ambition de le gouverner ! Je ne fais que suivre ce qui est juste ! Monsieur Hui, vous aussi, vous vous êtes mis en colère en voyant ce qu’il y avait à l’intérieur, non ? »
« Ah, ce n’est pas ça qui m’a mis en colère. »
La barbarie consistait à faire tout ce qu’on pouvait sans hésiter. La civilisation, au contraire, commençait par déterminer ce qui était interdit.
Le meurtre, évidemment, mais aussi le vol, les menaces, l’escroquerie, l’incitation, l’apostasie, la rébellion, et ainsi de suite. Parfois, on oubliait quelques interdits ; parfois, on en inventait de nouveaux, étranges, que personne n’avait jamais vus. Mais, fondamentalement, la civilisation consistait à retrancher quelque chose à l’humanité.
En ce sens, si l’on me demandait si j’étais barbare ou civilisé, eh bien, même si ça sonnait mal, j’étais sans aucun doute un barbare. J’avais commis tous les crimes que je pouvais commettre.
J’étais toutefois un individu. L’influence qu’une seule personne pouvait exercer était limitée. Même si j’avais causé du tort, il suffisait de m’attraper et de me punir.
Et j’avais bel et bien été puni : j’en étais donc l’exemple parfait.
Mais l’État militaire ?
« Il y a eu des gens qui ont agi de façon atroce en se justifiant par toutes sortes d’excuses absurdes, au nom du bien commun ou du pays. Mais ces excuses visaient tout de même à défendre leurs actes. Ici, c’est différent. C’est bien réel. Tout a été fait au nom du pays, pour le pays. On a même l’impression que le pays lui-même en a donné l’ordre. »
Ils avaient bâti des camps de travail où les citoyens étaient exploités. Tout ça pour l’État.
Ils gouvernaient tout le monde à l’aide de lois sévères. Tout ça pour l’État.
Ils avaient créé toutes sortes d’inventions et les avaient largement diffusées, mais n’importe qui pouvait voir qu’elles n’étaient pas destinées aux citoyens.
Des crochets enfoncés dans des bio-terminaux.
Des combinaisons de contention confectionnées à partir de paquets de vêtements.
Une magie standardisée, lancée en échange de son propre corps.
Des conserves compactées qui ne préservaient rien d’autre que les nutriments.
Des haricots chimères fabriqués sans le moindre souci du goût ou du bonheur.
Des roues-tonnerre qui avançaient toutes seules, obligeant les humains à s’adapter à elles.
Des tapis roulants méta construits avec du sang, de la sueur et des cadavres, et fonctionnant grâce à des humains qui leur servaient de lubrifiant.
L’État militaire se servait de certaines de ces inventions avec une cruauté particulière, mais aucune des sept grandes inventions ne témoignait d’un quelconque amour pour l’humanité. Une fois tout le reste éliminé, il ne demeurait que leur utilité.
La princesse était d’accord avec moi.
« C’est vrai. Les autres pays sont comme ça aussi, mais l’État militaire est particulièrement sévère. La seule consolation, c’est que les punitions sont si lourdes que personne ne peut en profiter pour détourner quoi que ce soit à son avantage… »
« Oui. Surtout ici. L’État militaire ne tolère pas que quiconque d’autre que lui commette des crimes. Car, dans l’État militaire, le seul qui ait le droit d’en commettre, c’est l’État militaire lui-même. »
« …Quoi ? Des crimes ? »
« L’État militaire a de la marge. Il possède clairement des ressources excédentaires qu’il pourrait redistribuer sous forme de richesses, de bonheur, de temps ou de fierté. Mais il ne partage jamais. Il continue simplement à tout accumuler. »
La princesse se concentra sur mes paroles, ayant déjà oublié qu’elle m’avait rabroué quelques instants plus tôt.
« …Alors, monsieur Hui, vous en voulez à la puissance cachée qui détient tout cela et tire les ficelles du pays ? »
« Qui sait ? Je ne sais même pas qui elle est, où elle se trouve, ni même si elle existe. Comment pourrais-je lui en vouloir ? »
« Ah, pardon. Laissez-moi reformuler. Vous voulez découvrir l’être qui a créé tout ça, n’est-ce pas ? »
Comme si elle venait enfin de comprendre, la princesse serra le poing et le frappa dans sa paume. La véhémence avec laquelle elle m’avait contredit quelques instants plus tôt s’était complètement évanouie.
Je haussai les épaules.
« Plus ou moins. Mais j’ai erré dans l’État militaire pendant des mois et vécu dans la capitale pendant des années, sans jamais la trouver. »
Ma façon de « trouver » des choses, en tant que lecteur de pensées, n’avait rien d’ordinaire. Même si elle avait dissimulé son identité et son statut pour vivre paisiblement en se faisant passer pour une roturière, il m’aurait suffi de la croiser pour découvrir qui elle était.
Même si elle s’était retirée dans une base secrète, il m’aurait suffi qu’elle sorte une seule fois, qu’elle me croise par hasard ou que je l’aperçoive simplement de loin, pour tout apprendre sur elle.
Et il n’était même pas nécessaire qu’il s’agisse d’une dirigeante aussi secrète. Les puissants avaient forcément des liens avec une foule de gens. S’il y avait eu quelqu’un qui savait ne serait-ce qu’un peu de choses à son sujet, ou qui l’avait déjà rencontrée, j’aurais saisi le bout du fil et l’aurais patiemment déroulé.
…Eh bien, au bout du compte, je n’avais rien trouvé. Ce n’était pas un objectif assez important pour risquer ma vie, alors je n’étais pas pressé.
« Alors… c’est pour ça que vous m’avez posé cette question tout à l’heure, pour me mettre à l’épreuve. »
« Hein ? »
Une épreuve ? Quelle épreuve ? J’étais un maître dans l’art de résoudre les problèmes, mais je ne savais pas en inventer. Je connaissais tout ce que l’autre savait, mais je n’arrivais même pas à imaginer ce qu’il ignorait. Dès que je posais une question, le manque de matière sautait aux yeux.
Quand je lui demandai franchement ce qu’elle voulait dire, la princesse me regarda comme si j’avais dit quelque chose d’étrange.
« Vous ne saviez pas comment je réagirais, en tant que membre de la Résistance, si je rencontrais cette “personne”. Alors vous m’avez mise à l’épreuve en me demandant si l’existence de la raffinerie était bénéfique pour la Résistance. »
Bien sûr. Une compagne de Shei ne pourrait jamais dire quelque chose d’aussi insensible. Et moi, j’ai pris ça au sérieux pour rien ! Yerien Grandiomor, il faut que tu fasses des efforts !
Voilà comment elle avait interprété la chose. Cette princesse voyait vraiment le meilleur chez les gens.
En même temps, les sourds ne pouvaient pas parler alors qu’ils étaient seulement incapables d’entendre, et les aveugles ne pouvaient pas expliquer la couleur. On devenait littéralement incapable de concevoir ce qu’on ne pouvait pas percevoir.
En ce sens, la princesse, qui n’avait jamais été confrontée à l’hostilité, n’avait jamais appris à s’en méfier. Elle était handicapée sur le plan mental d’une façon bien particulière : elle était née sans le moindre sens du danger.
Non, « naïve » était peut-être un mot plus juste. Quelle naïve.
« Vous êtes perspicace. »
Je hochai la tête. Ce n’était pas une mauvaise interprétation. De toute façon, je voulais éveiller la curiosité de la princesse.
Ainsi, elle se montrerait plus entreprenante lorsque nous infiltrerions le quartier général, plus tard.
La princesse hocha la tête d’un air amer.
« …Vous êtes incroyable. J’étais tellement choquée par ce que j’avais sous les yeux que je n’arrivais plus à penser à autre chose, tandis que monsieur Hui ne s’est pas laissé absorber par la situation et regardait déjà vers l’avenir… Pardonnez mes lacunes. Au lieu de vous aider, je n’ai fait que hausser le ton. »
Non. La princesse serait probablement d’une aide considérable.
Cette autorité qui empêchait quiconque de ressentir de l’hostilité à son égard. Elle avait perdu un peu de son éclat parce qu’un fou qui s’était enfoncé des engrenages dans le crâne avait failli la tuer, mais je ne pouvais pas laisser un pouvoir aussi absurdement redoutable se perdre.
Et puis…
« Bon, oublions ça. On ne pourra en parler que si on sort d’ici sains et saufs. »
« Quoi ? En sortir sains et saufs ? »
Mais tout n’est pas déjà terminé ici ? Si nous détruisons la raffinerie et nous dirigeons vers le quartier général… Ah, attendez. La détruire… ?
Tu as compris.
Cet endroit était un piège. Et particulièrement vicieux.
Il nous enfermerait dans un dilemme, non par la force ou la contrainte physique.
Le visage de la princesse pâlit.
Comment ? Comment sommes-nous censés la détruire ? Faut-il tuer tous ces criminels sanguinaires ou libérer les travailleurs ? Qui décidera, et comment ?
Il était difficile de s’en rendre compte depuis l’intérieur de la raffinerie, puisque c’étaient eux qui s’en arrachaient les cheveux. Ceux qui évoluaient au sein d’un scénario auraient tout aussi bien pu être dépourvus de monde extérieur à la scène.
Voilà pourquoi la princesse et moi devions partir.
Je le lui expliquai.
« La raffinerie d’acier alchimique est une installation d’une importance capitale. À certains égards, c’est même un objectif à protéger plus encore que le quartier général. »
L’acier alchimique était peut-être une ressource abondante, mais elle n’était pas infinie. Et même si une ressource consommée partout était infinie, elle ne suffirait jamais.
Si la production était interrompue ici, tous les projets de l’État militaire seraient retardés. L’État militaire tournait avec une précision mécanique et ne voudrait donc jamais voir ralentir l’un de ses rouages les plus importants.
« C’est pour ça que l’État militaire a tendu un piège ici. Et nous sommes tombés dedans. »
Ils nous arrêteraient ici, quitte à déployer un atout aussi puissant que le Cercueil de l’Ombre.
…En fait, je ne m’en étais pas rendu compte moi-même. Je ne l’avais compris qu’en lisant les pensées du Cercueil de l’Ombre ! Moi aussi, j’avais lu le scénario en me disant : « Attendez, c’est sérieux ? »
« Mais il n’y avait pas de soldats ici ! Shei a vérifié avant que nous arrivions ! »
« C’est justement pour ça que c’est un piège. Pas âme qui vive dans un endroit qui ne pouvait pas se permettre d’être désert. Si l’État militaire considérait même ses légions comme sacrifiables, il aurait dû laisser ici une force chargée de nous ralentir, ne serait-ce qu’un instant. Même si, pour l’instant, c’est la nuit de Tyr. »
Pendant la journée, des troupes de retardement avaient bloqué les routes et nous avaient bombardés de loin. Elles n’avaient pas réussi à nous ralentir ne serait-ce que quelques secondes, mais c’était la manière de faire de l’État militaire.
Les pensées de la princesse s’embrouillèrent.
« A-alors… que s’est-il passé ? La Tireuse nous a attirés dans un piège… ? »
« Non. Ria avait raison. Grâce à sa suggestion, au lieu de nous écraser sous le nombre et la puissance de feu, ils essaient de nous enfermer dans un piège grossier. »
La stratégie d’Historia était typique de l’État militaire. C’était une stratégie efficace : dissimuler nos déplacements, choisir des installations d’importance stratégique et frapper les premiers.
Elle était facile à deviner, justement parce qu’elle était efficace. Dès que nous avions changé de direction pour détruire l’usine d’assemblage des véhicules automatiques, l’État militaire avait dû prévoir facilement notre prochaine cible.
Et surtout, princesse, celui qui nous avait piégés était le Cercueil de l’Ombre Zikhrund, qui avait extorqué des informations à ton compagnon Carapald. Tu es bien mal placée pour rejeter la faute sur quelqu’un d’autre.
Je ne pouvais pas révéler que j’avais utilisé la lecture des pensées, alors je gardai le silence. Mais si nous devions chercher un coupable, tu serais la première à comparaître au procès.
Enfin, ce n’était pas important pour l’instant.
« Cet endroit est une scène. De l’entrée de la raffinerie jusqu’à son point le plus profond, le parcours dévoile au groupe l’horrible réalité que vivent les travailleurs. Ce cheminement les plongera dans un dilemme encore plus profond. Faut-il tous les tuer, les libérer ou les laisser tranquilles ? Ria et Shei vont s’opposer, et Tyr et Siati s’en mêleront, ce qui ne fera qu’ajouter au chaos. »
À sa manière, Historia était une générale de l’État militaire. En tant que personne ayant le pouvoir d’ordonner la mort de ses subordonnés, elle n’accorderait pas beaucoup de valeur à la vie de criminels sanguinaires.
La régresseuse agissait pour empêcher les péchés qui déferleraient à l’avenir. Même elle ne pourrait pas se résoudre immédiatement à tuer d’un seul coup une foule de travailleurs sans défense.
Siati préférerait libérer tous les travailleurs, ne serait-ce que pour se venger de l’État militaire. Cela ne ferait qu’aggraver le chaos.
Tyr, de son côté, était si détachée de la vie et de la mort qu’elle pourrait proposer de transformer tout le monde en démons cadavériques.
Zikhrund m’avait probablement séparé, moi, le stratège, et la princesse, capable d’étouffer le conflit dans l’œuf, afin d’attiser le chaos.
Après nous avoir fait perdre du temps de cette façon, il comptait nous encercler et nous exterminer juste avant que nous agissions.
« C’est tout à fait possible ! Qu’est-ce qu’on fait ? »
Après avoir envisagé cette possibilité, la princesse prit la parole, le visage livide.
« Non ! Monsieur Hui, si vous saviez tout ça, pourquoi êtes-vous sorti ?! »
« Parce que, pour faire échouer une scène préparée, rien de plus simple que d’y faire irruption de l’extérieur. »
« Quoi ?! »
La magie et le théâtre. Tous deux préparaient une scène pour un public. Ils avaient aussi en commun de nécessiter une mise en scène.
Mais une différence les séparait : les exigences du genre.
Une pièce devait finir par répondre aux attentes de tous, tandis que la magie devait déjouer celles de chacun. Cette différence de direction entraînait toutes sortes d’autres divergences.
La fin se profilait. Le mur extérieur en béton, qui semblait se prolonger jusqu’à la frontière de l’État militaire, arrivait enfin à son terme, et nous avions atteint le côté opposé à l’entrée de la raffinerie.
Ce ne fut qu’alors que j’arrêtai le véhicule automatique.
« La raffinerie n’a pas d’autre porte que son entrée. Ce côté-ci, le point le plus éloigné de l’entrée, en est donc le fond. »
La raffinerie n’avait aucune autre porte. Ses murs s’étiraient simplement, lisses comme une peau. Se rappelant que nous n’avions pas trouvé la moindre porte latérale en chemin, la princesse parut perplexe.
« Pourquoi n’ont-ils même pas construit de porte latérale ? Et en cas d’incendie… ? »
« Le bâtiment était divisé en sections, non ? Ils avaient sûrement prévu de les isoler avec des cloisons étanches. »
« Alors, les gens dans la section en feu n’auraient eu nulle part où aller. »
« La personne qui a conçu ce bâtiment devait trouver ça préférable. »
La princesse parut choquée par ma réponse. Je la laissai derrière moi et sautai sans effort du véhicule automatique. En avançant vers un coin du mur, je sortis une carte et la retournai.
Mon outil préféré, la brochette Diamant 1, m’accueillit avec sa sensation familière.
« Ça faisait longtemps, mon amie. Tu m’as regretté ? »
« Ouaf ! Pas du tout ! On se voit tout le temps ! Mais je suis quand même contente de te voir ! »
J’appelai mon amie, mais c’est la meilleure amie de l’humanité qui accourut à sa place. Je fis signe à Azzy de s’éloigner tandis qu’elle me suivait.
« …Va chercher Nabi. Elle a du travail. »
« Ouaf ! »
Azzy hocha aussitôt la tête et partit chercher la boîte de Nabi. En attendant, je saisis la brochette à deux mains et la pointai vers le mur de béton gris.
« Hop ! »
Je poussai de toutes mes forces. La brochette que je propulsai à deux mains s’enfonça violemment dans le mur de béton.
…D’environ un centimètre.
« Sans surprise, le béton ne cède pas facilement. Ma force ne suffit pas. »
Mais c’était précisément à ça que servaient les Arts de la Terre. Cette technique qu’on avait prise pour un pouvoir divin parce que j’étais resté coincé sous l’Abîme.
Je fis glisser la brochette avec force le long du mur. Une petite entaille sacrilège apparut sur la surface grise et lisse. J’y gravai une marque irréversible, comme un graffiti sur un vestige historique, le genre de chose qui ne faisait que me donner davantage envie de recommencer.
« Argh, c’est plus dur que je ne le pensais… »
Je fis tourner la brochette pour tracer une ligne fermée, puis essuyai une goutte de sueur et poussai un soupir. De la poussière s’éleva du béton entaillé.
Bien, au travail. Je posai la main contre le mur, pris une grande inspiration et me concentrai. Je me remémorai la terre lointaine et immense, ainsi que ma propre insignifiance, moi qui rampais à sa surface, puis je fis appel aux Arts de la Terre.
Craquement.
La portion de terre que j’avais délimitée avec la brochette glissa sous la pression de ma main, comme si elle n’avait été posée là que provisoirement.
La terre semblait immuable et éternelle, mais ce n’était pas le cas. Elle se soulevait, s’enfonçait, entrait en collision avec elle-même et parfois sa peau se boursouflait. Son corps divin était une matière qui changeait tout autant que le corps humain.
Car sous la peau de la Terre Mère, comme sous celle d’un humain, pulsait un liquide rouge vif et brûlant.
Ce que nous prenions pour la terre n’était en réalité qu’une plaque posée sur ce sang. Les plaques flottaient et se déplaçaient au gré des courants de sang de lave, se heurtaient et se soulevaient.
…Les montagnes que nous contemplions avec admiration n’étaient, du point de vue de la Terre Mère, que des fissures dans sa peau.
Pas étonnant qu’elle puisse devenir un Dieu démoniaque.
« Fendre un mur avec autant de précision, avec une simple brochette… ! »
Monsieur Hui n’avait simplement jamais eu l’occasion de montrer sa force. En réalité, c’est un maître épéiste ! Son qi doit avoir atteint un tel niveau qu’il ne fait plus le moindre bruit !
La princesse se couvrit la bouche, émerveillée. Elle croyait que j’avais creusé le béton avec mon qi avant de le trancher.
Tu n’as donc pas d’yeux ? Ce sont les Arts de la Terre. Si mon qi avait atteint le niveau où je pouvais utiliser la force pénétrante sans effort, est-ce que je galérerais comme ça ?
Quand j’appuyai plus fort sur le mur à deux mains, le morceau découpé glissa vers l’intérieur et tomba avec un bruit sourd. Un son lourd résonna de l’autre côté, et l’obscurité la plus totale apparut derrière l’ouverture ronde.
Parfait. De ce côté, tout était prêt.
« Miaou… Lâchez, lâchez-moi, miaou. Je, je ne bougerai pas, miaou… »
« Ouaf ! Non ! Au travail ! Pas de travail, pas de nourriture ! »
Azzy faisait la leçon à Nabi sur l’importance du travail tout en la traînant par la peau du cou, qu’elle tenait entre ses dents. Nabi enfonçait ses griffes dans le sol pour résister, mais face à la force d’Azzy, ses griffes n’avaient pas plus d’effet que des socs de charrue labourant la terre.
Ses griffes étaient toujours aussi acérées. Elles suffiraient largement à tout déchiqueter.
« Les préparatifs sont terminés. Je passe en premier ; prenez Azzy et Nabi, puis suivez-moi. »
« Oui… ! »
Vous avez l’air d’avoir élaboré un plan remarquable ! Si je peux vous aider, je le ferai avec plaisir !
La princesse serra le poing et m’observa attentivement tandis que je franchissais le trou. Hé hé, parfait. Plus tu me prendrais pour quelqu’un d’impressionnant, plus tu suivrais mon plan…
Hein ? Ce mur était plus épais que je ne le pensais. On aurait presque dit un tunnel. Le trou était peut-être trop petit… Ah.
« Oh, je suis coincé ! Princesse, vous pourriez me pousser ? »
…Vous avez un plan, n’est-ce pas ?
Tu doutes déjà de moi ? Si tu me fais confiance, fais-le pour de bon ! Pourquoi ta confiance a-t-elle une durée de vie aussi ridiculement courte ?!
« Ouaf ! Pousse ! Allez, pousse ! Allez, pousse ! »
« Pas toi ! Pas toi ! Aïe ! Ne te sers pas de tes griffes ! »
Notes :
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