Chapitre 221
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 221 : Une histoire du passé, le Joueur de flûte de Hamelin - 7
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Une bataille acharnée faisait rage entre cent personnes et un seul homme. Il n’était pas difficile de savoir qui avait l’avantage. C’était l’homme seul.
L’épée longue de Nicholas, conçue pour trancher, avait une grande portée et balayait un large arc. C’était le genre d’arme, et de technique énergétique, qui convenait pour affronter de nombreux adversaires plus faibles. Un choix tout indiqué pour un instructeur en chef chargé d’enseigner à des élèves.
Mais cette forêt était pleine d’arbres épais, que la main de l’homme n’avait jamais touchés. Nicholas en abattait parfois d’un seul coup en avançant, mais cette force diminuait peu à peu.
Et puis.
Piou !
« Ri ! Lux ! »
« Pascal ! »
Suivant mes instructions, les enfants agirent à l’unisson, se révélant bien plus coriaces que Nicholas ne l’avait prévu.
À chaque coup de sifflet, une magie standardisée frappait Nicholas de toutes parts. Lumière et vent. Des mystères que l’État militaire avait remodelés à son image, au point qu’ils n’en étaient plus, fonçaient vers lui.
« Sales mioches ! »
Nicholas fit un pas en avant et décocha une frappe éclair. Les lianes enchevêtrées, qu’il avait fallu tant de temps et d’efforts pour faire pousser, furent tranchées net.
Crac !
Au même instant, les enfants qui tenaient des rondins pour bloquer Nicholas hurlèrent et furent projetés sur le côté.
Mais Nicholas n’avait pas l’air satisfait. Son coup aurait dû fendre les rondins qui leur servaient de boucliers ainsi que les enfants alignés derrière. À la place, quelque chose de collant s’était accroché à la lame et en avait émoussé le tranchant.
« Alors, ça vous plaît ? Les rondins qu’on vous a lancés tout à l’heure avaient été trempés dans de la résine bouillie avec des lianes, puis entièrement enveloppés de ces mêmes lianes. La résine adhère encore plus fermement à l’énergie vitale, alors tu n’arriveras pas à t’en débarrasser facilement, même avec des arts du qi. »
C’était un piège modeste, prévu au cas où Nicholas déciderait de trancher les rondins.
À l’origine, j’avais prévu de le couvrir de résine de la tête aux pieds pour l’affaiblir ainsi, mais elle n’avait fait que coller à sa lame. Dommage, mais tant pis.
Alors que Nicholas s’apprêtait à achever les enfants tombés à terre, je m’interposai. Au moment où je fondis sur lui avec mon poignard, son épée longue couverte de résine étincela.
Vers moi.
« Ha ha ! Bien sûr, tu ne comptes pas mourir toi-même, pas vrai ? C’est normal ! »
Une trajectoire se dessina dans les pensées de Nicholas. Un coup destiné à me couper en deux à la taille. Je ne pouvais pas le bloquer, mais je n’avais jamais eu l’intention de m’approcher pour de bon. En souriant, je repliai la jambe que j’avais tendue comme si j’allais me ruer sur lui, puis reculai à bonne distance.
La pointe de l’épée passa juste devant ma taille. Comme je savais qu’elle ne m’atteindrait pas, je n’avais pas peur.
Un bref face-à-face s’ensuivit. Pendant ce temps, les enfants qui étaient en danger s’enfuirent rapidement. La situation revint à son point de départ.
« … Tu es impressionnant, Hui. Plus je te regarde, plus je trouve ça dommage. Pourquoi faire un choix aussi stupide ? »
Nicholas claqua la langue en me voyant esquiver l’attaque sans même ciller. Il y avait un vrai regret dans sa lamentation.
Pour Nicholas, ma capacité à intervenir au bon moment et à briser son rythme était une aptitude que seuls ceux qui comprenaient le combat pouvaient posséder.
Tout ce que j’avais fait, c’était lire les pensées et viser les ouvertures.
Enfin, peu importe. S’il me considérait comme une menace, tant mieux.
« Ahahaha ! Tu le sais bien ! J’apprends tout facilement, mais je ne peux pas aller plus loin ! Autrement dit, j’ai déjà atteint le sommet de ma vie ! »
« Exactement ! Si tu laisses passer cette occasion, tu resteras à ce niveau pour toujours ! Tu finiras par fuir même devant un colonel qui n’a pas réussi à devenir général, comme moi ! »
On disait que les soldats qui ne parvenaient pas à décrocher leurs étoiles en tombaient malades. Bien sûr, beaucoup servaient fidèlement à leur poste, mais Nicholas, qui avait perçu ses limites plus tôt que quiconque, était devenu encore plus obsédé par la question du talent.
De son point de vue, j’avais peut-être l’air d’un idiot doté d’un talent exceptionnel qui gâchait une occasion en or.
« Accepte, même maintenant ! Si tu es d’accord, on peut tout arranger ! Si nous gardons tous les deux le silence, nous pourrons faire comme si ce tabou n’avait jamais existé ! »
C’était vrai. J’étais le plus fort des cent quarante personnes présentes. Sans moi, les enfants qui tenaient à peine le coup s’effondreraient comme une foule désorganisée.
Certains semblaient même craindre que je les trahisse.
Mais.
« Nicholas. Si tu veux le faire, alors mets-toi toi-même à l’épreuve ! Pourquoi est-ce toujours toi qui testes les autres ? Qui leur imposes des épreuves ? Pourquoi est-ce toujours à nous de risquer notre vie et d’accomplir l’impossible ? »
Une épée longue avait une grande portée et couvrait un large périmètre, mais cela limitait aussi sa trajectoire. Même si Nicholas l’enveloppait d’énergie, les arbres qui s’étaient protégés des bêtes sauvages ne dévoilaient pas leurs cernes aussi facilement. Si l’épée s’accrochait à un arbre, même celle de Nicholas resterait coincée.
Tout en évitant l’épée longue, je m’approchai de l’endroit qui gênait le plus Nicholas et criai :
« Affronte des épreuves que tu ne peux pas surmonter, comme eux ! Ça, c’est du vrai travail ! Donner des ordres sans risquer ta vie ni surmonter la moindre difficulté toi-même ? Ce n’est que de l’abus de pouvoir ! »
« Toujours aussi stupide ! »
Nicholas me repoussa et fonça vers les élèves. Comme prévu, certains s’enfuirent vite, mais deux, trop lents à réagir, furent déchiquetés.
Ils ne furent pas coupés par une lame acérée. Un coup sauvage leur déchira le corps. La résine, née à l’intérieur d’une plante, eut ainsi l’occasion rare de découvrir un corps humain de l’intérieur.
Un enfant tout près poussa un cri. Ils étaient encore trop jeunes pour accepter simplement la mort d’un ami.
Au moment où Nicholas s’apprêtait à abattre l’enfant hurlant, je me ruai dans son dos.
« Je te le promets, Nicholas ! Si tu veux vraiment me nourrir d’eux tous, alors passe outre mes interventions, tue tout le monde sauf moi et laisse-moi boire leur sang ! Si tu surmontes cette épreuve et accomplis un exploit pareil, je prendrai peut-être une décision plus “raisonnable”, moi aussi ! »
Si Nicholas surmontait toutes ces difficultés pour faire de moi un talent encore plus exceptionnel et me nourrissait du sang des élèves, s’il me transformait vraiment par sa détermination inébranlable, alors je n’aurais plus le choix.
Mais, comme s’il n’attendait que ça, Nicholas pointa aussitôt son épée vers moi. Sa lame visait ma gorge, chargée d’une intention meurtrière manifeste.
Ça ne signifiait qu’une chose.
« Ha ha ha ! Évidemment ! Tu ne veux pas surmonter toi-même les difficultés ! »
En riant à gorge déployée, je déviai la lame. Elle était lourde. Mon corps glissa en arrière.
Nicholas claqua la langue.
« … Je ne négocierai pas avec un réactionnaire. »
« Belle excuse. Tu traces une limite avant même d’essayer, parce que tu crois que tu n’y arriveras pas. C’est donc là que s’arrête ta capacité ? »
Je raffermis ma posture, qui menaçait de s’effondrer, repoussai mes cheveux de mon front et marmonnai :
« Ah. Je comprends, maintenant. Tu as seulement dit que tu donnerais ta vie pour l’État militaire. Au fond, tu n’avais ni volonté ni passion pour accomplir quoi que ce soit toi-même. Tu te contentes de trôner au-dessus des autres et de forcer ceux qui sont en dessous à répondre à tes attentes. »
À force de croiser le fer avec lui, j’avais entendu assez de pensées de Nicholas.
Il avait de grandes attentes, mais abandonnait vite. Il cherchait à gérer les coûts avec efficacité. Voilà l’image de l’éducateur que voulait l’État militaire. Nicholas n’hésitait pas à sacrifier quelqu’un.
Et pourtant, il n’avait pas le courage de risquer sa propre vie. Il n’avait pas confiance en sa capacité à se jeter dans les épreuves.
« Ah, quelle déception. Tu es prêt à sacrifier la vie de cent soixante et une personnes, mais pas à risquer la tienne pour y parvenir. »
« … Tu crois que je vais tomber dans une provocation aussi grossière ? »
« Ce n’est pas une provocation. C’est un constat objectif. Ouf, je suis content d’avoir riposté. Une histoire ennuyeuse a besoin d’un rebondissement, après tout. »
Crac.
Le mot « ennuyeuse » toucha Nicholas en plein dans son point sensible. Ses veines saillirent comme si elles allaient éclater.
Fou de rage, Nicholas leva son épée longue au-dessus de sa tête et se rua sur moi.
« Tu aurais dû accepter ma volonté ! Ne serait-ce que pour survivre ! »
« Tu m’as dit que j’étais un talent destiné à faire rayonner l’État militaire, et te voilà qui mords à une provocation aussi facilement. »
Je remis le sifflet à mes lèvres et donnai le signal.
L’épée longue fondit sur moi. Je me servis d’un arbre comme bouclier et tournai autour de lui. L’épée jaillit comme une lance, fit voler l’écorce et ressortit dans mon angle mort, mais j’avais lu ses pensées à l’avance et l’évitai d’un simple mouvement de tête.
Il était difficile de m’attraper quand je pouvais lire les pensées. Nicholas s’impatientait, car j’esquivais ses meilleures attaques l’une après l’autre.
Magie, lances, pierres et pièges pleuvaient dans le dos de Nicholas tandis qu’il m’affrontait.
Le meilleur moyen de donner du courage aux gens était de leur garantir la sécurité. Placez des barreaux entre quelqu’un et une bête, et il trouvera le courage de s’approcher. Donnez-lui un bouclier, et il osera avancer.
Les enfants ne faisaient pas exception.
Pièges, magie, cordes, rondins et lances. Protégés par la distance, ils harcelaient Nicholas hors de portée. Siati, qui avait autrefois combattu, et Keropald, qui avait été aspirant officier mage, jouaient un rôle particulièrement important.
« V-vous, sales gosses… ! »
L’espace était malcommode pour manier une épée longue. Mais Nicholas ne pouvait pas s’en débarrasser à la légère. Tant qu’il n’enveloppait pas complètement son corps d’énergie, une lame pouvait le blesser, lui aussi. Après tout, les enfants avaient appris les bases des arts énergétiques à l’école militaire secondaire. S’ils se ruaient sur lui et abattaient leurs lames, même Nicholas serait en danger.
Un instant d’inattention, et le pied de Nicholas s’enfonça dans une fosse pleine de résine. Un piège se referma sur lui tandis qu’il perdait l’équilibre. Il se débattit furieusement, mais la chasse menée par les humains devenait de plus en plus insistante et acharnée.
Oui, comme lorsque nous chassions les cerfs à grandes cornes.
« Sales mioches ! »
Finalement, Nicholas changea de cible. Plutôt que de s’en prendre à moi, qu’il ne pouvait pas attraper, il décida d’éliminer d’abord les obstacles qui l’agaçaient. Il prit appui sur un arbre et tenta de bondir. Dès que je lus cette pensée, je saisis deux poignards en prise inversée et frappai la cheville de Nicholas. Les lames ne touchèrent pas sa chair, mais une trace rouge sombre s’y dessina un instant.
Le sang gicla. Une jambe de pantalon se déchira, et le sang se mit à couler.
Je ne pouvais pas m’en servir longtemps, faute d’en avoir assez, mais pendant un instant, je pouvais, moi aussi, insuffler de l’énergie à une lame.
« Ugh ! Hui, espèce de… ! »
Changer de direction à cet instant lui aurait coûté trop cher. Malgré cette perte, Nicholas bondit vers les lanciers menés par Siati, la présence la plus gênante à ses yeux.
C’étaient les enfants les plus robustes et les plus courageux, dangereux parce qu’ils savaient manier un peu d’énergie. Ceux qui avaient reçu un minimum d’entraînement réagirent.
Mais, face à un colonel, ils n’étaient que des chiots. Un garçon oublia ma consigne de rouler par terre dès que Nicholas approcherait et tenta de bloquer son attaque avec la hampe d’une lance de bois bricolée à la hâte. Un coup énorme s’abattit sur elle.
« Idiot ! Bouge ! »
Siati, qui avait esquivé plus vite que quiconque, fut prise de court et le poussa sur le côté.
Mais il était trop tard. Non, pire que trop tard. C’était inutile, et cela entraîna une perte encore plus grande.
Le bras droit de Siati fut tranché en même temps que le garçon.
Son bras droit, pris dans la trajectoire de l’épée longue, se brisa et s’envola dans les airs. Plus loin, les yeux du garçon, fendus à partir de l’épaule tandis que son corps se séparait, perdirent lentement leur éclat.
« Aaaaaah ! »
Impossible de savoir si elle criait pour son amie ou à cause de la douleur dans son bras droit. Serrant contre elle son bras amputé sous le coude, Siati tomba à genoux.
Nicholas aurait pu achever Siati sur-le-champ, mais au lieu de balancer son épée, il se prépara à frapper derrière lui à tout moment. Même après avoir tué un élève, il ne se méfiait que de moi.
Autrement dit, cette situation n’était qu’un appât pour me faire sortir.
Je m’approchai délibérément lentement et bruyamment. Le sourcil de Nicholas tressaillit.
… Sans cœur. Comme prévu, tu es d’un autre niveau que les autres. Si tu avances si prudemment, je devrais m’en prendre aux autres…
« Ah bon ? »
J’avais déjà compris que Nicholas n’avait aucune intention de me laisser en vie. Désormais, les élèves et moi étions liés par le destin. C’était Nicholas qui avait fait en sorte qu’il en soit ainsi.
Alors, j’allais répondre à ses attentes. Je criai le nom de Siati et me ruai en avant, comme si tout le sang-froid dont j’avais fait preuve jusque-là n’avait été qu’un mensonge.
« Tu es vraiment… encore jeune. »
Je lus les pensées de Nicholas. Le regret qu’il éprouvait à mon égard s’était peu à peu dissipé au fil du combat. Au milieu de l’épuisement et de la tension, il ne restait que la fatigue, l’irritation et le ressentiment qu’il nourrissait contre moi.
En se disant que si je l’avais écouté, je n’aurais pas eu à mourir, Nicholas traça une trajectoire dans son esprit.
Une frappe sombre, qui partait de la garde de l’épée.
Au bout de cette trajectoire, il y avait moi. Un coup soudain, lancé dans le dos de Nicholas.
Mais il ne me sous-estimait pas un peu trop, là ? Il comptait vraiment frapper aussi ouvertement ?
« Je suis le meilleur élève, tu sais ! »
L’espace d’un instant, je mobilisai l’énergie de tout mon corps. Peut-être à cause de Gloutonnerie, une lueur plus trouble et plus grossière que d’habitude persistait autour de mes poignards. Puisque ce pouvoir venait de la mort, il semblait briller d’un rouge sombre.
Il n’en restait pas moins mien, à présent qu’il avait pénétré dans mon corps. Je le libérai. Les poignards dans mes deux mains arrêtèrent l’immense épée longue qui tentait de me fendre en deux.
Clang !
Un bruit sourd retentit.
Mes bras tremblèrent et les manches de mes poignards se tordirent. Chaque os de mon corps semblait hurler.
Malgré tout, heureusement que nous avions enduit la lame de résine. Elle ne glissa pas, et je ne fus pas coupé en deux.
Je raffermis mes bras grinçants et souris d’un air triomphant.
« Historia et Lankart sont tous les deux moins forts que moi. Instructeur en chef, tu t’es heurté à un mur face à eux, pas vrai ? Tu croyais que je serais facile à vaincre ? Je suis aussi près du sommet en théorie qu’en pratique. »
« … Qu’est-ce que ça signifie ? »
Nicholas prit appui et frappa encore plus fort.
« Il te manque l’essentiel. La puissance ! »
Je ne ressentis que de la force brute. Nicholas comptait briser ma défense par sa seule puissance. J’avais l’impression qu’une pale de moulin à vent me repoussait. Mes poignards désalignés poussèrent un cri aigu.
La force était trop écrasante pour que je puisse tenir bon. Pour sortir de cette situation, je fis appel à une autre option.
« Set, Ri. Fahrenheit. »
Je grattai la résine de l’ongle. Des flammes s’élevèrent le long de la matière collante, enduite d’herbe sèche. L’épée longue fut engloutie par le feu. La gigantesque torche avait l’air menaçante, mais la situation était pire pour Nicholas que pour moi.
Les flammes lui masquaient la vue, tandis que la résine fondue s’accrochait à l’épée longue. Il ne fallait plus espérer qu’elle tranche quoi que ce soit.
Profitant de l’occasion, je raclai la résine brûlante avec mon poignard et la projetai vers les yeux de Nicholas.
« Sale tour ! »
Comme on pouvait s’y attendre d’un soldat chevronné, Nicholas ne commit pas l’erreur de fermer les yeux. Malgré tout, la résine brûlante qui ne cessait de lui voler au visage était pénible, même pour lui.
Pour l’éviter sans me laisser approcher, Nicholas ramena son épée longue et recula.
Je criai :
« Je ne te laisserai pas partir ! Bats-toi contre moi, Nicholaaas ! »
Je continuai à le poursuivre, occupant un coin de son champ de vision. Mes cris martelaient ses tympans. Je jetai le poignard de ma main gauche, dont le manche était déjà fichu. À la place, je rassemblai du mana dans cette main et lançai sort après sort.
En donnant tout ce que j’avais pour l’attaquer, je repoussai Nicholas grâce à mon élan. Un pas en arrière en devint deux, puis trois.
Mais Nicholas ne recula pas davantage.
« Tout ce que tu utilises, ce sont des sales tours… ! Voilà ta limite ! Peu importe ce que tu affronteras à l’avenir, tu l’atteindras bientôt… ! Même si tu n’as plus d’avenir ! »
Mon poignard qui s’agitait et ma magie qui volait vers lui ne représentaient absolument rien. Tout au plus les coups de poignard renforcés par le peu d’énergie que je parvenais à rassembler étaient-ils dangereux.
Après s’être concentré sur mes attaques, Nicholas comprit que rien de ce que j’utilisais n’avait grande force. Il reprit sa posture et s’apprêta à repartir de l’avant en comptant uniquement sur sa puissance.
Mais.
« Tu as trop reculé, Nicholas. »
Un coup de poignard.
Trois lances transpercèrent le dos de Nicholas, l’arrière de ses genoux et sa taille. Puis des cordes servant à fabriquer des radeaux s’enroulèrent autour de ses bras et de ses jambes, l’immobilisant en un instant.
Une voix tendue s’éleva parmi eux :
« Tu… vas mourir… »
Un poignard acéré s’enfonça dans l’épaule de Nicholas. C’était Siati. Malgré son bras perdu, elle s’était ruée sur lui dans une rage folle, un poignard à la main.
Ils avaient tous reçu un entraînement militaire. Quand une occasion se présentait, ils la saisissaient. Ils avaient le talent et les compétences nécessaires.
« V-vous, bande de ratés ! Comment osez-vous ?! »
Même les cordes autour de ses membres et les lames qui lui lacéraient le corps ne suffirent pas à venir à bout de l’entêtement de Nicholas. Il saisit une corde d’une main et prit appui au sol grâce à ses arts énergétiques, cherchant à se libérer de toutes ses entraves d’un seul coup.
Mais il ne parvint pas à bouger d’un pouce.
Les élèves étaient plus de cent. Pourtant, seul un nombre limité de personnes pouvait se battre à la fois ; tous ceux qui ne participaient pas au combat se tenaient donc à distance, les cordes à la main. Une fois que les équipes chargées des pièges et des entraves eurent réussi à ligoter Nicholas, des groupes de vingt personnes se mirent à tirer de toutes leurs forces.
Un tir à la corde était, au bout du compte, une affaire de nombre et de poids. Un affrontement sans détour où le plus lourd était le plus fort. Quels que soient l’Art du qi terrestre et les arts du qi céleste employés par Nicholas pour prendre appui contre le sol et se contorsionner, il ne pouvait combler une telle différence.
« Ghh… ! »
Il n’avait qu’une solution : couper les cordes une à une avec son épée longue émoussée, recouverte de résine brûlée et fondue.
Pendant ce temps, les lames continuaient de s’enfoncer dans son corps, et Nicholas devait le supporter.
C’était pratiquement impossible.
Pratiquement impossible. À cette pensée, le désespoir s’empara du cœur de Nicholas.
Attends. Je… je vais mourir ?
Enfin. Il lui en avait fallu du temps.
Nicholas imagina la mort. Face au danger, entre la vie et la mort, comme s’il était pourchassé, il se remémora sa propre situation.
Cette situation désespérée. Cette crise que Nicholas avait cru ne jamais connaître avant qu’elle ne survienne fit s’emballer son cœur.
Mais il était trop tard.
« Adieu, instructeur en chef Nicholas. J’ai bien utilisé ce que tu m’as appris. Je n’aurais jamais cru que tu accepterais de devenir toi-même un support pédagogique, à la fin. »
« H-Hui ! Attends ! Si tu me tues ici… ! »
Sans me soucier de savoir si Nicholas parlait ou non, je marmonnai doucement devant lui :
« Tu admirais ceux qui te surpassaient et méprisais ceux qui t’étaient inférieurs. Hamelin était l’endroit qui nourrissait ta vanité. Tu étais ivre de ce poste qui te permettait de guider des élèves meilleurs que toi, et tu adorais tellement être instructeur en chef, Nicholas. Qu’as-tu pensé en voyant des talents abandonnés que tu méprisais se rassembler et accomplir quelque chose de grand ? C’était peut-être la fin parfaite pour toi. »
« Si tu me tues, ce sera une insubordination ! Et ce n’est pas tout. Au lieu de garder le silence sur le tabou, tu m’as attaqué… ! Les autorités militaires tenteront d’étouffer l’affaire ! Si tu me tues, tu franchiras un point de non-retour ! »
Tu aurais dû dire ça avant de le franchir. C’était si creux que même les enfants qui l’avaient transpercé de leurs lances n’en furent pas ébranlés.
Enfin bref.
« Mais je vais exaucer ton souhait. Utilisons Gloutonnerie. »
Nicholas ne comprit pas tout de suite ce que je voulais dire. Puis je lui tendis le bio-terminal, et ses yeux s’écarquillèrent.
Un avatar Aki était une sorte de copie qui suivait le corps. Il pouvait matérialiser quelque chose par-dessus celui-ci. On l’utilisait généralement pour les paquets de vêtements, mais… ce que Nicholas m’avait donné était un tatouage en paquet.
Le sang versé pendant le combat résonnait avec ce tatouage. Celui qui coulait sur le sol de toutes parts remonta le long de mes pieds et s’infiltra dans mon bio-terminal.
Vraiment, l’État militaire faisait des choses étranges.
« Grâce au cadeau que tu m’as offert, je vais dévorer tous tes souvenirs, ton aura et ton expérience. Exactement comme tu le souhaitais. »
« N-non ! Il me reste encore des choses à faire… ! »
« Tu crois que certains se font dévorer parce qu’ils n’ont qu’à l’être ? Les choses arrivent, c’est tout. »
Oui. Ce n’était que le résultat. Si l’on imposait des conséquences aux autres, il fallait au moins être prêt à assumer celles qui s’ensuivaient.
« Non… ! »
Pour épargner à Nicholas une fin plus horrible, je ponctuai sa gorge impuissante.
Comme si je mettais un terme à cette pensée : si la mort était inévitable, Nicholas ne voulait pas être dévoré par Gloutonnerie.
Ses pensées s’arrêtèrent. La coupure dans sa gorge fut le point final qui mit un terme aux paroles, aux pensées, à la vie et jusqu’à l’existence de Nicholas. La vie de l’instructeur en chef Nicholas prit fin là.
Voilà tout ce qu’il restait de quelqu’un qui avait consacré la moitié de sa vie à l’éducation.
Plus d’une centaine d’enfants emplis de haine.
Et mon aura, accrue d’un rien.
C’était tout.
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