Chapitre 218
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Traducteur : Hydrogen B
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Chapitre 218 : Une histoire du passé, le Joueur de flûte de Hameln - 4
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L’exercice de terrain de fin d’études était une évaluation pratique conçue pour révéler des talents que les examens écrits et les combats d’entraînement ne permettaient pas facilement de déceler.
Autrement dit, c’était la dernière chance offerte aux élèves incapables d’intégrer une académie militaire.
Désespérés, les élèves s’étaient portés volontaires pour cet exercice dangereux, qui ressemblait à une véritable opération.
L’exercice s’était déroulé sans accroc.
L’exercice de terrain de fin d’études était une évaluation complète. Les élèves devaient construire des radeaux par leurs propres moyens, descendre la rivière, recevoir une évaluation des instructeurs de la garnison en aval, récupérer des provisions, puis revenir.
Il visait à mesurer un large éventail de compétences : alchimie, artisanat, force physique, endurance, lecture de cartes, organisation, négociation, et bien d’autres. Diverses crises survinrent, mais les élèves les surmontèrent en faisant preuve de leurs talents au moment opportun.
« Cento. Tu as étudié la météorologie en même temps que la balistique, non ? C’est un peu différent, mais qu’en penses-tu ? On ferait mieux de hisser une voile ? »
Le garçon appelé Cento claqua la langue, comme si j’avais touché un point sensible, puis détourna le regard.
« …Tss. Comment tu veux que je le sache ? J’ai arrêté en cours de route.
— Malgré tout, personne ici n’en sait plus que toi.
— Ha. Tu te moques de moi ? Il y a toi, Hui. Le meilleur élève de toute l’école.
— Je suis seulement bon pour étudier dans les livres. Toi, tu as vraiment lancé des choses, tiré avec des armes et observé le résultat. Tu as une expérience que je n’ai pas.
— …Hmpf. C’était juste des jeux d’enfant. N’importe qui aurait pu le faire. »
Cento maugréa, mais il examina la direction du vent et le matériau du mât avant de bricoler quelque chose. Quand le vent se leva, le radeau se mit à avancer un peu plus facilement.
À peine, mais tout de même.
« Ça nous a aidés.
— …Pas vraiment. »
Cento baissa tristement la tête. Ce n’était pas la réaction qu’on attendait de quelqu’un qui venait de réussir quelque chose, mais je comprenais sa situation et ne dis rien.
Féliciter quelqu’un pour une chose à laquelle il avait déjà renoncé ne ferait qu’aggraver ses regrets.
La flottille de radeaux dérivait lentement. La rivière Hamelin, qui s’étirait vers le sud, n’était pas particulièrement large, mais elle serpentait à travers la région et s’écoulait lentement. Toutes sortes de débris flottaient à sa surface, tandis que des oiseaux et des bêtes rôdaient sur ses rives en quête de proies. Chaque fois qu’une ombre sombre, qui suivait le cours d’eau, raclait le dessous des rondins, tout le monde tremblait de peur.
Nous voyagions depuis un bon moment quand une urgence survint. Un instructeur chargé de nous surveiller pour l’évaluation s’était brièvement absenté afin de rejoindre le point suivant.
Des débris qui recouvraient la surface de l’eau barraient la rivière. Le courant était déjà lent, et voilà que des rondins, des feuilles et toutes sortes de détritus flottants l’encombraient au point d’immobiliser les radeaux.
Pris au dépourvu par cet obstacle soudain, les enfants furent désorientés.
« Le courant doit ralentir ici ; les débris se sont donc accumulés et ont fini par bloquer la rivière.
— Qu’est-ce qu’on fait… ? À ce rythme, la nuit va tomber ! Il faut atteindre la garnison en aval aujourd’hui.
Naturellement, tous les regards se tournèrent alors vers moi. Ils comptaient sur moi, espérant que je trouverais une solution.
Au début de l’année scolaire, quand tous les enfants étaient entrés à l’école militaire intermédiaire sans idées préconçues, chacun nourrissait des rêves et des espoirs.
La plupart s’imaginaient en bel uniforme. Niveau 3. Un statut à part, différent de celui des citoyens ordinaires de l’État militaire, qui leur permettrait enfin d’accomplir quelque chose. L’étape la plus importante pour aller de l’avant.
Pourtant, les privilèges étaient limités par les chiffres. Ils étaient privilégiés parce qu’ils étaient rares, et tout le monde les convoitait pour cette même raison.
Tout le monde ne pouvait pas en bénéficier.
J’appelai celui qui avait autrefois espéré devenir officier mage.
« Keropald. On ne pourrait pas régler ça avec de la magie ?
— Avec la quantité de mana dont nous disposons, on n’y arriverait pas avec de la magie formelle, même en y passant une éternité. Si c’était Lankart… peut-être, mais… »
La réponse était gênante, mais manifestement juste. J’acquiesçai et me tournai vers quelqu’un d’autre.
« Siati. Ce serait difficile de dégager tout ça depuis le radeau, non ?
— …Avec un appui pareil, ça nous prendrait toute la journée. Et nous n’avons nulle part où entasser ce qu’on dégagera. »
Siati tapa du pied, et des protestations fusèrent autour de nous.
On avait autrefois vu en Siati une artiste martiale prometteuse, mais sa croissance s’était interrompue et elle n’avait pas le talent nécessaire pour dépasser ses limites physiques. Acculée, elle voulait renverser la situation lors de cet exercice de terrain de fin d’études.
Siati se retourna brusquement et m’apostropha :
« Et surtout, tu ne devrais pas nous donner des ordres, Hui ?
— Moi ? Pourquoi ?
— À ton avis ? Cet exercice de terrain de fin d’études a été organisé spécialement pour toi, non ? »
Elle ignorait tout de la Gloutonnerie. Siati l’avait su, elle ne se serait pas contentée de taper du pied.
Siati plissa les yeux, cherchant à me mettre à l’épreuve.
« L’instructeur en chef voulait probablement évaluer tes capacités de commandement. C’est pour ça que le meilleur élève de notre promotion a dû participer à cet exercice.
Malheureusement, ce n’était que la raison officielle. Nicholas avait répandu cette rumeur parmi les instructeurs et certains élèves pour m’offrir un prétexte auquel je ne pouvais pas me dérober.
C’était suffisamment plausible pour que la refuser d’emblée soit difficile. J’étais donc venu jusqu’ici, pour finir coincé.
Face à des débris qui avaient probablement été disposés là pour moi.
« …Allez-y, donnez-nous vos ordres, général. J’attendrai vos directives. »
Siati avait parlé d’un ton moqueur.
Pourtant, sa voix trahissait une solitude à laquelle elle ne pouvait échapper. Elle avait beau s’exprimer ainsi, elle avait elle aussi accepté son sort.
Pour elle, qui attendait un ordre, je lui en donnai un.
« Amenez les radeaux jusqu’à la berge et dégagez les débris depuis la terre ferme. Ce sera beaucoup plus sûr.
— Mais il faudra entrer dans la forêt…
— Ce sont des radeaux. Nous sommes déjà entassés dessus comme du fret et ils sont surchargés. Avançons pour l’instant. S’il se passe quelque chose, on pourra toujours revenir. »
Nous finîmes par amener les radeaux sur la rive, non loin de là, et installâmes un campement provisoire. S’enfoncer dans la forêt dangereuse aurait été une mauvaise idée ; nous nous rassemblâmes donc dans une clairière toute proche et allumâmes un feu de camp.
Il était extrêmement difficile de dégager les débris. Même avec une centaine d’enfants pleins d’énergie, sortir de l’eau le bois gorgé d’humidité, les lianes emmêlées comme des filets et toutes sortes d’épaves était épuisant.
À peine avions-nous commencé à en retirer une partie que des enfants, les yeux levés vers le ciel, marmonnèrent :
« …C’est dangereux, non ? À ce rythme, la nuit va bientôt tomber.
— Elle est presque déjà là. Le soleil se couchera dans quelques heures.
— La nuit, c’est dangereux. Comment on en est arrivés là ? »
Aucun d’eux n’imaginait même que cette situation puisse être le fruit d’un complot.
Après avoir avancé un peu dans la forêt, nous trouvâmes une clairière. En découvrant des traces de passage, les enfants se réjouirent : l’endroit ferait un excellent campement.
Mais je sentis le destin funeste qui se cachait là-dessous et affichai un sourire amer.
La nuit tomba. C’était l’heure des bêtes. Effrayés par l’obscurité, les humains se rassuraient auprès de petits feux de camp.
Nous n’avions jamais prévu de passer la nuit dans un endroit pareil. Nous manquions d’eau potable, de nourriture et de vêtements. Heureusement, on avait laissé là des tentes, des couvertures et du bois pour le feu. Sans cela, nous aurions peut-être dû passer la nuit sur les radeaux ballottés par l’eau.
« On a de la chance d’avoir trouvé un campement. On aurait presque fini complètement… »
Ignorant que tout cela faisait partie du scénario, les enfants se réjouissaient de cette chance inespérée au milieu de leur malheur.
Ils se serrèrent les uns contre les autres autour des feux de camp dispersés dans le campement. Comme ils avaient du temps devant eux, l’inquiétude commença à les gagner. Les flammes vives éclairaient leurs jeunes visages tandis qu’ils se regardaient et murmuraient :
« Qu’est-ce qu’on fait ? On ne devrait pas abandonner ?
— On ne peut pas trouver une solution ? Faisons un grand feu pour appeler les instructeurs. Passer la nuit ici, c’est dangereux… »
Allumer un grand feu revenait pratiquement à déclarer forfait. Les instructeurs viendraient, mais une mauvaise évaluation serait inévitable. Certains pensaient pourtant ne pas avoir le choix s’ils voulaient être en sécurité pour le moment.
Cento se leva soudain et cria :
« On ne peut pas appeler les instructeurs ! »
Les enfants acquiescèrent d’un air grave, comme s’ils étaient d’accord avec lui. Siati prit aussi la parole.
« L’exercice de terrain de fin d’études est extrêmement important ! La situation est inattendue, mais si nous nous en sortons bien, nous pourrions obtenir une meilleure évaluation encore ! Pourquoi avons-nous fait tout ce chemin ? Pour devenir Niveau 3 !
— Mais…
— Si nous abandonnons maintenant, nous resterons Niveau 2 toute notre vie. Nous travaillerons à nous épuiser, jour après jour, et revivrons sans cesse la même existence, comme des hamsters dans leur roue ! Ça vous va, à tous ? »
On disait que les gens préféraient vivre au Niveau 0 plutôt que de devenir Niveau 2.
Les citoyens de Niveau 2 diplômés de l’école militaire intermédiaire étaient affectés à des travaux dans des installations militaires qui exigeaient un niveau d’études secondaires. On appelait cela du travail, mais c’était pratiquement du service forcé.
Naturellement, c’était plus dangereux et pénible que les autres emplois. Le salaire était supérieur à celui d’un travail ordinaire, mais ils ne pouvaient de toute façon pas transmettre cet argent à leurs descendants.
« Je dois devenir Niveau 3. Sinon, tout ça ne sert à rien ! Vous pensez tous pareil ! »
Que leur apporterait un niveau supérieur ? Un petit sentiment de supériorité. Et même celui-là restait purement émotionnel. Un citoyen de Niveau 2 qui usait de violence contre un citoyen de Niveau 1 ou de Niveau 0, ou qui lui donnait des ordres personnels, serait immédiatement expédié dans un camp de travail.
Seul l’État militaire avait le droit de discriminer les différents niveaux. Niveau 2 ou Niveau 0, tous étaient des esclaves de cet État militaire.
À partir du Niveau 3, les choses changeaient.
En se rappelant cette vérité, les enfants furent de nouveau gagnés par l’enthousiasme.
« C’est vrai ! C’est une occasion à saisir !
— Si on s’en sort, on pourrait obtenir une meilleure évaluation !
— Organisons des tours de garde ! Ah, et un mot de passe aussi ! »
C’était peut-être grâce au discours de Siati. Les enfants commencèrent à s’encourager les uns les autres. Leur enthousiasme monta et dansa comme les flammes du feu de camp, puis retomba.
Alors que je les observais en silence, Keropald m’appela à voix basse.
« Hui. Viens ici. »
La lecture des pensées révélait tout. Je compris aussitôt pourquoi Keropald m’avait appelé, puis hochai lentement la tête.
Keropald avait autrefois rêvé de devenir officier mage et vénérait Lankart comme un dieu. La veille, Lankart avait fait venir Keropald. Il avait appelé l’un de ses fidèles habituels et lui avait discrètement confié quelque chose.
Un piège était dissimulé dans cet examen.
C’était pour cela que Keropald avait remarqué le premier cet étrange détail et était venu me voir.
« J’ai trouvé quelque chose. »
Au milieu de la nuit, Keropald m’emmena sur la berge. Près de l’endroit où les radeaux étaient amarrés, il éclaira l’eau avec de la magie formelle.
Sous la surface, illuminée par les doigts luisants de Keropald…
Une longue corde solide était nouée sous l’eau.
Je relevai la tête. La lumière était trop faible pour qu’on y voie clairement, mais dans l’eau éclairée par la lune, une longue ligne de débris s’étendait tout droit le long de la corde.
Keropald déclara fièrement :
« C’est un filet. Tous ces débris se sont arrêtés parce qu’ils s’y sont pris.
— Tu as raison. »
Comme je m’y attendais.
Le courant ralentissait à cet endroit et les débris avaient tendance à s’y accumuler, mais qu’ils se soient amassés aussi commodément…
Quelqu’un avait évidemment tout arrangé.
« On dirait que tu l’avais plus ou moins compris aussi. Hé hé. C’est ça. Dès le début, la présence de ce campement, qui semble avoir été préparé à l’avance, m’a paru suspecte. L’épreuve, en apparence, consiste à descendre la rivière, mais le véritable test… c’est notre façon de réagir face à une crise. Le vrai but de cette épreuve est de survivre en gérant intelligemment une catastrophe. N’est-ce pas ? »
Non.
Le véritable but de cette épreuve était que les enfants réagissent stupidement et meurent tous, sans même se rendre compte qu’il s’agissait d’un piège.
En ce sens, Keropald était un avertissement que Lankart m’avait envoyé.
Keropald aimait fouiller partout. Il prenait plaisir à découvrir le savoir pour lui-même, plutôt qu’à s’en servir. Il allait probablement continuer à tourner dans le campement, cherchant le sens caché de l’épreuve. Livré à lui-même, il finirait peut-être même par découvrir le secret dissimulé dans le campement : le cercle d’interdiction.
Non, Keropald le découvrirait.
Il avait vaguement entendu parler d’une chose comme un interdit, de la bouche de Lankart.
Keropald était une véritable bombe à retardement.
Quelqu’un que je devais d’abord pousser vers la mort pour pouvoir dévorer tous les enfants.
Une personne conçue à cette fin.
Lankart.
Tu n’étais pas là, en cet instant. Le vent qui me parvenait à présent n’appartenait qu’à Keropald.
C’est pour cela que je ne pouvais pas écouter ta volonté. Non, tu ne pourrais pas me changer de cette façon.
À la place, je souris.
« Exactement, Keropald. Tu l’as remarqué avant les autres. Pas mal. »
Les yeux de Keropald brillèrent, ravis par sa découverte.
« Je m’en doutais, le meilleur élève allait comprendre aussi ! »
« Même s’il a perdu la main, il reste le meilleur élève… Je n’ai compris que parce que Lankart m’avait mis sur la piste. Mais quand même ! Ici, je suis deuxième ! »
Le vent souffla.
Le désir de vivre. La joie d’accomplir quelque chose grâce à des connaissances acquises. L’amitié et la camaraderie. Ou l’espoir qui venait enfin de naître.
Je ne pouvais pas piétiner tout cela pour gagner une poignée de mana ou d’aura.
À la place…
« Keropald. Tu as vu juste. Un secret doit être caché dans ce campement.
— Quel secret ?
— Je ne sais pas tout non plus. Il faut qu’on le découvre. Alors, Keropald, tu veux t’en charger ? »
L’État militaire vous avait abandonnés. Peut-être à cause de moi. Nicholas avait imposé cette épreuve parce que j’étais le candidat idéal pour la Gloutonnerie.
Pourtant, je ne pouvais pas dire que c’était ma responsabilité. C’était l’État militaire, ou Nicholas ou Lankart, qui avait manigancé tout ça. Je ne voulais pas vous tuer.
C’était gênant à dire, mais vous étiez déjà devenus une nourriture largement suffisante pour mon cœur.
Nicholas et Lankart voulaient me changer, mais ce n’était que cela. Leurs émotions étaient calmes. Le regret et le remords reposaient en eux, tout au fond, comme une eau immobile qui s’enfonçait dans les profondeurs.
Les émotions froides de ceux qui voulaient manipuler les autres sans rien perdre eux-mêmes ne m’intéressaient pas.
À la place…
« J’ai beaucoup à faire, alors j’aimerais que tu formes une équipe et que tu enquêtes.
— Vraiment ? C’est moi qui m’en charge ? Tu en parleras comme il faut dans ton rapport, après ?
— Bien sûr. Pourquoi passerais-je sous silence ce que tu as fait ? »
Quand le plan serait révélé, quand ce problème reviendrait te tomber dessus, j’étais simplement curieux de voir comment tu réagirais.
Quelles émotions montrerais-tu ?
Vous aussi, vous deviez risquer votre vie. C’était bien normal, non ?
« Tu es le seul à avoir le droit de t’en charger, puisque tu as été le premier à le remarquer. Keropald, que dirais-tu de commencer par dresser le plan du campement ?
— D’accord ! »
Une fois le plan dessiné, tu comprendrais.
Quelle forme avait ce campement.
Ce qui se trouvait en dessous.
Et quelle forme prendrait le sang s’il venait à couler.
« Regardez ! J’ai déjà compris l’essentiel de cette épreuve. Grâce à ça, j’aurai plusieurs longueurs d’avance sur les autres ! »
Keropald ne pourrait jamais accepter en souriant la vérité à laquelle il finirait par parvenir.
Je devais moi aussi me préparer. Pour que les enfants puissent accepter une vérité plus claire, je devais distiller lentement les informations et semer des indices.
Juste assez de connaissances superficielles pour qu’ils comprennent qu’il s’agissait d’un interdit.
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