Chapitre 21
Traductions WeTried
Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 21 : Il n’y a jamais qu’une seule vérité
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Mon dos heurta le sol de béton. Ou peut-être était-ce le sol de béton qui heurta mon dos. Cela ne changeait pas grand-chose. Dans les deux cas, j’eus un mal de chien.
Boum ! Le bruit évoqua l’éclatement d’un tambour en cuir. Si quelqu’un s’était jamais demandé, par pure curiosité enfantine, quel son ferait un tambour fabriqué avec de la peau humaine, il lui aurait suffi d’entendre celui que mon dos venait de produire. Mon dos était un tambour en peau humaine.
Je ne criai pas, car tout l’air de mes poumons avait été expulsé d’un seul coup et je n’avais plus assez de souffle pour émettre le moindre son. J’endurai la douleur en silence, étendu sans bouger.
La régresseuse qui m’avait projeté au sol baissa les yeux vers sa main.
Il a sauté de lui-même pour amortir sa chute.
Ça, tu appelais ça amortir sa chute ? Tu étais folle. Si on s’était fait ça l’un à l’autre…
Waouh, c’était parfaitement exécuté ! J’ai peut-être vraiment du talent pour le judo.
On se serait félicités d’un pouce levé.
Si j’étais mal retombé, l’impact aurait suffi à me tuer. Sauter de mon plein gré, mon œil ! Dès que je sentis que quelque chose clochait, je sursautai et bondis, pour être aussitôt projeté au sol.
Ma Frontière d’inversion céleste est une technique de qi spécialisée dans les contre-attaques. Si le mouvement est gravé dans mon corps, il s’active sans le moindre délai, avant même que je puisse réfléchir. Vu qu’il a sauté avec moi, ses réflexes sont bons. Mais…
Une technique de contre-attaque gravée dans son corps. C’était de la triche.
Je m’étais approché depuis un angle mort parfait, mais dès que je l’avais touchée, elle avait pris une position de projection par-dessus l’épaule impeccable, comme si on l’y avait placée. Son mouvement était si idéal, digne d’un manuel, qu’aucun membre n’avait pris un mauvais angle. Pourtant, le coup reçu dans le dos avait été si violent que j’arrivais à peine à bouger. J’avais l’impression que des milliers de petites aiguilles s’étaient enfoncées dans mon dos.
Pour quelqu’un qui a de si bons réflexes, il manque de toucher…
Voilà pourquoi je ne devrais pas fréquenter les gens qui avaient passé leur vie à démolir les autres. Comment pouvait-on juger quelqu’un à la sensation qu’on éprouvait en le frappant ? J’étais quoi, moi, du poisson cru découpé ? C’était dégoûtant.
Je fronçai les sourcils.
« Enlève ton pied. Tu ne m’as pas seulement jeté par terre, maintenant tu me marches dessus ? »
« Oh. »
La régresseuse retira son pied de ma clavicule. Toujours allongé, je brossai l’empreinte de sa chaussure sur ma chemise.
« C’est ta faute. Comment as-tu pu poser les mains sur moi comme ça ? »
« S’il te plaît. Tu tiens tellement à ton corps. Si tu jettes tous ceux qui te touchent l’épaule, comment veux-tu vivre au quotidien ? »
« Si je vis dans un monde où des gens qui n’y connaissent rien n’arrêtent pas de me tapoter l’épaule, je n’ai que faire de la vie quotidienne. »
« On est des étrangers, maintenant ? Ça fait mal. »
« …Évidemment qu’on est des étrangers. Qu’est-ce qu’on serait d’autre ? »
« Un stagiaire et son instructeur. On dit qu’il ne faut même pas marcher sur l’ombre de son maître, et toi, tu projettes ton instructeur au sol avant de lui marcher dessus. Waouh. Comment veux-tu que je vive avec une telle injustice ? »
Le choc ne s’était pas assez dissipé pour que je puisse me relever. Je restai étalé par terre et me lamentai.
Difficile de dire qu’il avait tort de s’approcher sans prendre ses précautions… Après tout, ce n’est pas un champ de bataille. C’est moi qui ai frappé le premier.
La régresseuse éprouva au moins un peu de compassion pour moi. Elle me répondit d’un ton posé.
« Quoi que tu sois, tu aurais dû t’attendre à recevoir un coup pareil en m’interrompant. »
Était-ce vraiment une chose à dire quand on avait pitié de quelqu’un ? Ses pensées et ses paroles étaient complètement différentes. Ça me rendait fou. Si je n’avais pas lu dans les pensées, j’aurais fait une attaque.
Même en lisant dans les pensées, je sentais que j’allais en faire une.
« C’est ça, le ressentiment ? C’est ça, l’injustice ? Tu étais en train d’abattre un mur et tu allais taillader un golem. Ça ne t’a jamais traversé l’esprit que quelqu’un pourrait t’arrêter ? »
Pour avoir raison de la régresseuse, il fallait d’abord de solides arguments. Et ensuite, encore de solides arguments. Elle y était sensible. Indépendamment de la morale et du reste, elle acceptait généralement les choses quand elles étaient cohérentes.
À bien y penser, cet homme est aussi un instructeur. Il est pratiquement les yeux de l’État militaire. J’allais m’occuper du golem sans le toucher, lui…
Bien. Au moins, elle avait compris. Ouf. Quel soulagement de voir qu’elle n’était pas impossible à raisonner.
Je devrais peut-être m’occuper de cet homme tant que j’en ai l’occasion. Pour une raison ou une autre, j’ai l’impression que je pourrais le tuer là, tout de suite.
Je retirai ce que j’avais dit. Être humains ne suffisait pas à nous permettre de nous comprendre, après tout.
C’était le moment de changer de sujet. Je m’adressai au petit golem arcanique à côté de ma tête.
« Hé, capitaine AB. »
『Ici le capitaine AB. J’ai évalué la situation actuelle. Je vous remercie pour vos actions.』
« Non, laisse tomber. Tais-toi pour l’instant si tu ne veux pas finir en morceaux. »
Si le golem se mettait à parler, il risquait de révéler mon identité. Je l’interrompis exprès d’un ton un peu menaçant. Heureusement, le capitaine AB comprit rapidement. Il semblait avoir compris que j’étais le seul dans cet Abîme à pouvoir l’aider.
Toujours allongé, je soulevai le golem. Son corps métallique avait la taille d’une petite poupée, mais il était beaucoup plus lourd qu’il n’en avait l’air. Ses bras et ses jambes de métal, tout fins, pendaient dans le vide.
« Stagiaire Shei. »
Je baissai la voix. Tandis que la régresseuse flairait quelque chose d’inhabituel, je fermai doucement les yeux et poursuivis.
« Stagiaire Shei, tu as abattu un mur, détruit un golem et usé de violence contre moi. Tout ça, avec une facilité déconcertante. »
« Et alors ? »
« Bon. Le mur est déjà endommagé, la plupart des golems sont en miettes, et mon corps est de toute façon fait pour qu’on le malmène. Disons que tout ça passe. Je ne te demanderai pas d’explications, alors oublie le golem pour le moment. »
« Quoi… ? »
Avec l’instructeur dans les parages, que le golem reste ou non ne change pas grand-chose. Ce sont tous les deux des chiens de l’État militaire. Et puis… Mieux vaut peut-être le laisser intact.
Après avoir pris sa décision en un rien de temps, la régresseuse rengaina son épée.
« Tant qu’il ne m’espionne pas. »
« Même si je le lui demandais, il ne le ferait pas. Tu l’as vu tout à l’heure, caché dans la salle à manger. S’il avait voulu t’espionner, il ne se serait pas caché là-bas. Un porc bourgeois qui mange seul ses provisions personnelles pendant que les autres se contentent de maigres rations ne met pas les pieds à la salle à manger. »
« Hum. »
« Si tu as compris, va-t’en. »
« Et toi, qu’est-ce que tu vas faire ici ? »
« Maintenant que je sais qu’il reste un golem, je dois demander du ravitaillement. Quelqu’un vole de la nourriture en pleine nuit et les conserves commencent à manquer. »
« C’est vrai… »
Puisque j’ai décidé de ne pas me battre contre cet homme, je ne peux pas empêcher certaines informations de filtrer. Je vais surveiller la situation pour l’instant. Ce sera peut-être même l’occasion d’en apprendre davantage sur lui.
La régresseuse hocha la tête, jeta un regard appuyé au golem, puis se détourna.
« Demande-leur s’ils peuvent fournir du sang. Tyrkanzyaka a recommencé à bouger après une longue période et elle semble en manquer un peu. »
« Je vais vérifier et je te tiendrai au courant. »
Qui fournirait un truc pareil ?
« Je retourne dans ma chambre. »
« Prends soin de toi. »
La régresseuse sortit à grands pas, comme pour s’assurer que je la regardais partir. Dans la salle à manger plongée dans l’obscurité, nous ne restâmes plus que le golem et moi…
Attends.
« Stagiaire Shei. Je croyais que tu rentrais ? »
Je sentis son émotion de surprise derrière le mur. La régresseuse répondit comme si elle cherchait une excuse.
« J-je m’apprêtais à rentrer. J’avais juste un petit truc à faire. »
Tu essayais de nous espionner, hein ? Je fixai la porte d’un regard noir. La régresseuse s’éloigna en faisant exprès de lourds pas. Je poussai un long gémissement et soulevai de nouveau le golem.
« Capitaine AB. Ça faisait longtemps. »
『Je confirme que vous avez survécu. C’est une chance que vous soyez encore en vie…』
« Attends. »
Je couvris la bouche du golem et me redressai. Aïe, mon cou. J’avais reçu un coup dans le dos ; pourquoi avais-je la nuque raide ? Je la fis rouler comme pour m’étirer, puis fixai un point dans le vide.
« Tu es revenue parce que tu avais quelque chose à manger ? Si tu as dit que tu rentrais dans ta chambre, dépêche-toi d’y retourner. »
Je ne voyais rien dans l’obscurité totale. Puis une petite ondulation la traversa. La régresseuse, qui utilisait une technique de dissimulation, retint son souffle, surprise, et me regarda, les yeux tremblants.
Il m’a remarquée ? Il a percé ce voile de ténèbres, où pas la moindre ondulation n’est visible ? N-non. Impossible. Il ne m’a pas remarquée la dernière fois.
« Arrête ton cinéma. Tu en fais trop. Qui marche aussi bruyamment dans un couloir, comme pour bien faire comprendre qu’il s’en va ? »
Rah. J’ai été trop évidente ? Mais cet homme n’a aucune preuve. Il essaie forcément de me tester. Je devrais faire comme si je n’avais rien compris…
« Ah ! Dehors ! »
Je saisis une marmite sur la table et la lançai. La régresseuse l’esquiva de justesse. La marmite rata sa cible et résonna sur le sol de la salle à manger. Son mouvement brusque interrompit un instant sa technique de dissimulation, et nos regards se croisèrent.
La honte lui empourpra le visage.
« Rah, rah… »
« Stagiaire Shei. Tu t’es plainte que le golem arcanique t’épiait, non ? C’est exactement la même chose. Espionner les autres avec une technique de dissimulation, c’est une mauvaise habitude. »
« Je sais. C’est juste que… »
« Je comprends. Ça arrive. Tout le monde peut faire des erreurs, et la curiosité est humaine. Je ne dirai rien, alors retourne simplement dans ta chambre. »
« O-oui… »
Merde, merde, merde ! Je n’aurais pas dû agir aussi ouvertement dès le début. Je l’ai sous-estimé à cause de la sensation que j’avais eue en le projetant tout à l’heure !
La régresseuse baissa la tête et s’enfuit. Je m’étais attendu à ce qu’elle se mette en colère et tente plutôt de me tuer, mais peut-être parce qu’elle était perfectionniste, elle avait tendance à se reprocher durement ses propres erreurs. Elle traversa le couloir en se flagellant de remords.
Le golem, qui avait observé la scène en silence, prit la parole.
『Vous possédez également vos propres talents.』
« Tu vois à peu près comment je gagnais ma vie, pas vrai ? C’est de la guerre psychologique. »
『Il est heureux de constater que vous semblez vous en sortir suffisamment bien.』
« Quoi ? Heureux ? »
『J’avais prévu d’ajouter un ouvrier à la prochaine liste de ravitaillement, mais j’estime désormais que cela est inutile. Il ne sera pas nécessaire de gaspiller des ressources humaines.』
« Oh. Tu parlais de finances. »
La régresseuse était une chose, mais l’État militaire regorgeait lui aussi de gens auxquels il était difficile de s’attacher. Ils m’avaient envoyé ici en étant presque certains que j’y laisserais ma peau.
« Tu sais à peu près ce qui s’est passé pendant que tu étais là, pas vrai ? Alors je n’ai pas besoin de t’expliquer. »
『Négatif. J’ai maintenu cette unité à l’abri afin d’éviter la stagiaire Shei. À part les événements dans la salle à manger, je n’ai rien pu observer.』
« Ah, vraiment ? »
C’était une information utile. Ça signifiait que j’étais le seul à détenir certains renseignements. Je pouvais m’en servir pour soutirer davantage au golem.
『Si vous me signalez tout fait digne d’intérêt, je vous promets mon soutien total.』
Il comprenait vite, lui aussi. Il avait évalué sa situation et mes intentions, puis proposé de lui-même un échange de bons procédés. J’aimais sa rapidité d’esprit.
『Avez-vous des informations ou des requêtes dignes d’intérêt ?』
« J’en ai une. Je… »
Mais j’ai encore une autre solution.
Ah, attends. Une autre pensée étrange me parvenait.
Pas possible. Se faire avoir deux fois, c’était être idiot ; trois fois, c’était entrer dans l’Histoire. La régresseuse tenait-elle vraiment à y inscrire son nom ?
Elle avait réaménagé une cellule au premier étage pour y vivre. Si elle était rentrée dans sa chambre et avait cessé de s’intéresser à ce qui se passait ici, je n’aurais pas dû pouvoir lire ses pensées.
Si j’entendais ses pensées en ce moment, c’était parce que…
C’était pendant ma septième régression ? J’avais appris une technique d’écoute à longue distance auprès d’hommes-bêtes dotés d’une ouïe fine. À l’époque, le bruit qui venait de toutes parts la rendait inutilisable, alors je l’avais abandonnée. Dans une situation comme celle-ci, elle devrait être pratique. Tout est calme, aucun bruit ne viendra se mêler aux sons. Voyons voir…
« Attends un instant. »
Je m’approchai de la marmite que j’avais lancée. Puis je fouillai dans l’armoire et en sortis une autre. Parfait. Rien n’était cassé et le matériau était solide. Ça ferait l’affaire.
Je fis tourner les deux marmites en attendant le bon moment.
Je n’ai pas d’oreilles d’homme-bête, mais si je colle mon oreille au plafond juste en dessous… je devrais pouvoir distinguer assez de choses…
Dès que j’entendis la pensée de la régresseuse, je cognai les marmites l’une contre l’autre de toutes mes forces.
Clang !
!!!!!!!
Leur forme ronde en acier leur servait déjà d’excellente caisse de résonance. En plus, elles étaient faites de fer alchimique, forgé et revêtu avec tant de soin que pas une seule goutte d’eau ne pouvait s’en échapper. Quand je les entrechoquai de toutes mes forces, une détonation assourdissante retentit, comme si elle pouvait s’entendre dans tout Tartare.
Le bruit dévala le couloir et fit trembler le bâtiment. La résonance majestueuse rivalisait avec celle d’une cloche. L’écho se prolongea dans l’Abîme. J’attendis que les vibrations s’éteignent doucement.
Ah, ah… Ah.
Un cri silencieux monta de l’étage inférieur. Je m’accroupis et m’adressai au sol de béton.
« Stagiaire Shei. »
Ah, non, c’est pas vrai.
« Tu n’es même pas venue demander ce qu’était ce bruit. Tu n’espionnes pas, n’est-ce pas ? Je vais te croire. »
…
Elle pleurait ? Non, sûrement pas. Avoir envie de pleurer et pleurer vraiment, ce n’était pas la même chose. Même ceux qui n’avaient pas de larmes pouvaient sangloter dans leur cœur. Il arrivait souvent qu’on soit bouleversé au point de vouloir pleurer de chagrin et de honte.
Dommage. Si je l’avais vue pleurer en personne, j’aurais pu la taquiner jusqu’à la fin du monde.
Enfin bref.
« Maintenant que la gêneuse est partie… »
『Il espionnait ?』
« Probablement. »
『Comment l’avez-vous découvert ?』
« Je te l’ai dit : la guerre psychologique. Les gens comme ça cherchent à en tirer le maximum et ont un besoin maladif d’être récompensés. Même s’ils se font prendre une fois, ils vont jusqu’au bout, persuadés que cette fois, ils ne se feront pas attraper. Ils ne sont satisfaits que lorsqu’ils en ont tiré quelque chose. »
Je mentais. J’avais lu ses pensées. Mais même une explication trouvée après coup devenait juste si elle était vraie.
« Et ils n’ont rien à perdre s’ils échouent. Le risque est presque nul, tandis que les gains sont considérables. »
『Compris. Risque-t-il de continuer à espionner ?』
« Honnêtement ? À partir de maintenant, ça ne pourrait que lui nuire. Il faut savoir quand renoncer. Jusqu’où compte-t-il encore s’abaisser ? »
'....................'
Les pensées de la régresseuse s’interrompirent.
Ah. Est-ce qu’elle allait bien ? On aurait dit une perte de conscience.
Je me demandai si je n’étais pas allé trop loin, mais comparé à la douleur qui me lançait encore dans le dos, ce n’était rien. La douleur mentale ne faisait pas le poids face à la douleur physique, de toute façon.
Enfin, après avoir réussi à semer la régresseuse, je décidai d’exposer le reste de mon affaire.
« Ce golem ressemble à un humain. C’est le genre qui partage ses sens, pas vrai ? Tu te synchronises avec son corps et tu le contrôles. »
『Affirmatif.』
« Alors… »
Je tapotai le corps du golem. Quand il réagit, je tendis le doigt et écrivis sur son large torse. Mon doigt glissa sur son ventre et sa poitrine en traits fluides.
— Je vais écrire les choses importantes. Comprends bien. Réponds en hochant simplement la tête.
Le corps du golem tressaillit brièvement, puis sa tête s’agita de haut en bas.
Même avec la faculté de lire dans les pensées, mieux valait rester prudent.
Je me demandai pourquoi j’avais cogné les marmites l’une contre l’autre, mais j’étais satisfait d’avoir fait souffrir la régresseuse.
« Tu as dit que tu étais resté tout le temps dans la salle à manger, pas vrai ? »
Tout en faisant mine de poursuivre une conversation banale, j’écrivis sur le corps du golem.
— Je fais semblant d’être un instructeur ici. J’ai menti pour survivre.
Le golem hocha légèrement la tête. En même temps, il répondit par le microphone fixé à sa bouche.
『Affirmatif.』
« Alors tu nous as vus, Azzy et moi, manger ensemble. »
— Tu devrais donc me traiter comme un instructeur, toi aussi.
Cette fois, le golem secoua la tête. Quand je lui lançai un regard noir, il répondit clairement.
『Je n’ai pas tout vu. Comme je l’ai déjà indiqué, cette unité était exposée à un danger extrême et s’est donc éteinte par intermittence pendant les opérations diurnes. Avertissement. Usurper l’identité d’un instructeur et faire de faux rapports constituent des crimes graves.』
Il répondait donc en ajoutant des précisions à la fin de ses phrases.
Usurper l’identité d’un instructeur était assurément un crime que l’État militaire ne tolérerait jamais. Même dans ces circonstances, il restait aussi rigide que d’habitude. Un vrai officier des transmissions de l’État militaire.
« Alors, tu fonctionnais sans interruption la nuit. »
— Sans ça, je n’aurais aucune raison de te protéger. Et je n’en aurais pas non plus le droit. Si tu ne m’aides pas, je ne peux pas te garder avec moi.
Le golem cessa de fonctionner un instant. Sa mission de surveillance semblait entrer en conflit avec le fait qu’il devait participer au crime d’usurpation d’identité d’un instructeur.
Son hésitation ne dura pas. Le golem hocha la tête et répondit d’une voix encore plus mécanique.
『Je coopérerai.』
Parfait. C’était réglé pour le moment. Je pourrais servir d’intermédiaire entre les autorités de l’État militaire et Tartare, puis en tirer mes propres avantages.
Le coup que j’avais reçu en valait la peine. J’avais eu un mal de chien, mais j’avais obtenu quelque chose en échange.
Je souris.
『Et…』
Le golem hésita un instant avant de parler, presque à contrecœur.
『Comme cette unité partage les sens, je vous demande de faire preuve de prudence lorsque vous me touchez.』
Qu’est-ce que ça voulait dire ? Je ne pouvais pas lire ses pensées, alors j’étais incapable de comprendre. C’était important ? Son ton avait légèrement vacillé.
Je repris le golem, tendis le doigt et écrivis sur son ventre et sa poitrine.
— Je comprends. Je n’ai qu’à écrire quand c’est vraiment important, c’est ça ?
『Hum. Vous ne comprenez rien…』
Hein. Quelle réaction étrange. Le golem trembla légèrement, comme s’il avait subi une panne, puis se mit à parler sans même que je l’y invite.
Ensuite, le golem repoussa ma main. Il avait beau avoir la taille d’une poupée, c’était quand même un golem arcanique de l’État militaire. Ses membres d’acier étaient capables de repousser ma main.
『…Oubliez ça.』
Quoi ? C’était quoi, cette réaction ? Je n’en avais aucune idée.
Je n’aurais jamais cru regretter à ce point de ne pas pouvoir lire les pensées d’un golem. Avec les gens, je pouvais lire chacune de leurs pensées et prendre l’avantage, mais ce golem était contrôlé à distance : impossible de savoir ce qui lui passait par la tête. Il n’avait même pas d’expression faciale ; je devais donc me fier à son seul ton.
Les gens ordinaires vivaient-ils ainsi en permanence ? C’était plus pénible que je ne l’aurais cru. J’avais l’impression de vivre avec un membre en moins.
…Oh, attends.
Il avait dit qu’il fonctionnait sans interruption la nuit, pas vrai ?
Alors il savait aussi qui volait de la nourriture en secret.
Je t’ai eu.
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