Chapitre 205
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 205 : La terre coule comme un fleuve - 7
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Les attaques qui n’en étaient pas tout à fait se poursuivirent. Historia trouvait pénible cette guérilla inlassable menée à l’aide du Roi des Bêtes.
« … Bon sang. »
Les Tireuses. Une unité polyvalente de harcèlement à distance, directement sous les ordres d’Historia.
Elles avaient pris de l’avance, établi une position très en avant et déversaient des balles sur l’ennemi.
Les Tireuses avaient pour mission d’éclairer l’ennemi et de le harceler sans relâche, afin de le retenir par des actions retardatrices jusqu’à l’arrivée du gros des forces. Elles repoussaient l’ennemi en dépensant sans compter les balles salines qui leur avaient été fournies.
Elles étaient même parvenues à repousser la Progénitrice, ne serait-ce qu’un instant.
Mais ce qui apparut ensuite était inattendu.
Le Roi des Chiens ?
Si le garçon qui maniait une épée invisible s’était précipité vers elles, Historia aurait pu hocher la tête et l’affronter elle-même.
Mais le Roi des Chiens en armure n’était pas un adversaire qu’elles pouvaient combattre, et il était difficile de s’occuper de lui. Elles ne pouvaient pas se permettre de gaspiller leurs munitions, alors Historia ordonna immédiatement le cessez-le-feu.
Le Roi des Chiens trottina alors sans rencontrer d’obstacle jusqu’au milieu de la position des Tireuses. Celles-ci le regardèrent avec inquiétude. Il n’était peut-être pas capable de leur faire du mal, mais il restait un monstre en mesure de saccager leur base en se débattant de toutes ses forces.
Au moment où Historia s’approcha pour le chasser elle-même, un soldat pointa du doigt le Roi des Chiens.
« Générale de division ! Dans son dos ! »
Ce n’est qu’alors qu’Historia remarqua l’objet fixé au dos du Roi des Chiens. Tandis qu’elle hésitait à lui tirer dessus, le sac qu’il portait se mit à gonfler à toute vitesse.
C’était une grenade lacrymogène.
L’effet ne dura qu’un instant, mais les Tireuses, qui visaient les conteneurs, poussèrent des cris de douleur. Sur l’ordre sec d’Historia, elles durent continuer à viser malgré tout.
Le Roi des Chiens se roula par terre comme s’il souffrait lui aussi, mais quoi qu’il en soit, c’étaient elles qui avaient encaissé le coup.
Ils nous usent les nerfs.
Elles avaient pris une position avantageuse et pilonnaient l’ennemi sans rencontrer de résistance, afin de le mettre sous pression. Pourtant, au lieu de se laisser intimider, leurs adversaires les tourmentaient par tous les moyens imaginables.
Le Roi des Chiens surgissait, aboyait bruyamment, puis repartait. Elles gaspillaient leurs balles. Quand Historia, qui ne pouvait plus le supporter, leur ordonna de ne tirer que sur la Progénitrice, le Roi des Chiens réapparut, un parasol noir comme la nuit à la patte, et jeta un coup d’œil alentour. Les soldats, tendus, tirèrent par réflexe leurs munitions spéciales.
Historia leur ordonna de ne pas tirer et d’observer d’abord. La véritable Progénitrice apparut alors. Les soldats poussèrent des cris.
Chaque fois qu’une de ces boîtes sorties de nulle part — et qui pouvait contenir n’importe quoi — s’ouvrait, les nerfs des Tireuses se tendaient et se relâchaient des dizaines de fois comme des élastiques, jusqu’à perdre toute leur élasticité et à pendre mollement.
C’était une tactique familière. N’était-ce pas là l’une des doctrines couramment employées par l’État militaire ?
Ton opération, Hui. Tu as pensé que, puisqu’une armée était un rassemblement d’individus, tu pouvais lui livrer la même guerre psychologique qu’à une personne.
La doctrine de combat de l’État militaire était simple. Les soldats ordinaires ou les officiers épuisaient l’aura ou le mana de l’ennemi, puis les généraux menés par les Six Généraux achevaient le travail. Rien de plus.
Les soldats ordinaires n’étaient considérés que comme un essaim de mouches agaçant, qu’on pouvait laisser tranquille. Du moins, jusqu’à l’apparition d’Historia.
Historia, qui tirait avec des armes à feu alimentées par son aura, était la pièce maîtresse qui manquait à l’État militaire. En ajoutant des tirs menaçants à leurs tirs de suppression, les soldats ordinaires étaient passés du statut de pions sacrifiables à celui de force que l’État militaire pouvait employer stratégiquement.
Oui. Comme le Roi des Chiens, en ce moment même.
Historia regarda le Roi des Chiens repartir d’un pas pesant et se plongea dans ses pensées.
Le Roi des Chiens est inoffensif. Mais on ignore ce qu’on peut lui attacher dans le dos, alors nous devons rester sur nos gardes.
Le Roi des Chiens lui-même ne tuerait probablement personne, mais qu’est-ce que cela changeait ? Elles ignoraient ce qui pouvait se trouver dans son sac. Pour cette raison, les Tireuses ne pouvaient jamais baisser leur garde.
Alors qu’elles se servaient stratégiquement du Roi des Chiens, qu’elles avaient cru non-combattant, leur propre puissance de combat, elle, ne changeait pas. Naturellement, elles n’avaient d’autre choix que de se retrouver sur la défensive.
Il sait toujours exactement où frapper…
Ayant achevé ses réflexions, Historia observa à travers son viseur un conteneur qui semblait étrangement moins saturé en couleur que les autres. Un officier du ravitaillement s’approcha après un bref salut.
« Générale de division. Nous sommes à court de munitions… »
« J’ai contacté l’officier des transmissions. Récupérez le ravitaillement au prochain point. »
« … Je m’en occupe. »
Même en sachant que le ravitaillement arriverait bientôt, l’officier ne retrouva pas une démarche plus énergique. Après tout, les munitions n’étaient pas la seule chose qui leur manquait.
La force mentale et la concentration étaient des ressources qui pouvaient elles aussi s’épuiser.
… C’est dangereux. Ce serait fâcheux qu’ils se ruent sur nous, maintenant.
Sous la tension qui lui nouait tout le corps, Historia sourit sans s’en rendre compte. Son corps s’échauffait à l’approche du combat.
Le moment était idéal.
La cadence des tirs avait baissé, et leur réaction à l’apparition d’Azzy avait été lente. Un retard de réaction pouvait venir des réflexes, mais ils devaient aussi hésiter psychologiquement à gaspiller leurs balles. Leurs munitions étaient probablement épuisées.
Le soleil s’était suffisamment élevé dans le ciel. Je me redressai donc avec un sourire provocateur.
« Il est temps. On va interrompre le service de livraison d’Azzy pour le moment. Elle a assez travaillé. »
Comme je venais de le dire, nous avions largement profité de notre chienne livreuse de bombes.
Azzy ne pouvait pas faire de mal aux gens. Si on lui attachait une bombe meurtrière dans le dos, elle courait quelque part où il n’y avait aucun humain.
Mais qu’en était-il du gaz lacrymogène ? Une bombe qui faisait souffrir les humains sans les tuer. Grâce à elle, nous pouvions utiliser stratégiquement Azzy, qui était incapable d’attaquer les gens. Par chance, la régresseuse avait aussi emporté des bombes à vent…
« Grrrrrrrr. »
… Même si Azzy semblait s’être stratégiquement retournée contre moi aussi.
Pris au dépourvu, je déposai devant elle un morceau de viande que j’avais fait cuire à l’avance et lui parlai aussi doucement que possible.
« Azzy. Tu es la meilleure ! Il n’y a pas une autre chienne de combat aussi performante que toi ! »
« Grrrrrrrrrrrrrrrr. »
Hein ? Elle aurait dû être ravie d’entendre autant d’éloges.
Elle avait le nez rouge à force d’éternuer, et de la morve lui en coulait. Ses yeux étaient rouges eux aussi, mais son regard hostile montrait clairement que je l’avais vexée plutôt que touchée.
Tout en lui essuyant les yeux et le nez avec un mouchoir humide, je lui dis : « Tiens, mange un peu de viande. Je n’oublierai pas tout ce que tu as fait. »
« Grrr. Des parts. »
« Non, quelles parts, au juste ? »
« Grrrr. »
« D’accord. Tu n’es qu’une gangster, toi ! Très bien, je te donnerai des parts. Contente ? Débrouille-toi avec ça ! »
« … Ouaf ! Dix pour cent ! »
Dix pour cent, déjà ? Qu’avait-elle donc fait ? Qu’est-ce que ça donnerait quand elle atteindrait cent pour cent ?
Avant que je puisse le lui demander, Azzy se détendit et s’assit pour mâchonner sa viande. En temps normal, elle appréciait assez bien la nourriture pour chiens, mais quand elle mâchait de la viande, on aurait dit qu’elle broyait un ennemi.
Je ferais mieux de lui passer ses caprices quelque temps. Hmm.
« Si tu fais semblant de ne pas me connaître plus tard, ça ne me plaira pas ! »
« … D’accord, hé. Je prendrai bien soin de toi. Tu crois vraiment que je ferais semblant de ne pas te connaître ? »
« Ouaf ! »
Elle avait l’air plus heureuse, mais ça faisait peur, parce que je n’avais aucune idée de la raison. Cela dit, elle avait vraiment travaillé dur. Je devais reconnaître ses efforts.
Je laissai Azzy renifler et manger sa viande, puis fis signe à Tyr et à la régresseuse, qui s’étaient retenues jusqu’ici.
« On s’est trop inclinés devant la force du nombre, non ? On va aller prendre notre revanche ? »
Comme si elle n’attendait que cela, Tyr posa son parasol sur son épaule. Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
« Allons-y. Je vais montrer leur place à ces proies qui croient être à l’abri des ténèbres sous le soleil. »
La régresseuse, qui avait peu à peu repris des forces, avait elle aussi terminé ses préparatifs.
« Enfonçons leurs lignes rapidement. Les choses seront bien plus faciles si nous neutralisons la Tireuse. »
Nous étions au sommet de notre forme. Nous n’avions rien dépensé. En revanche, nos adversaires n’étaient qu’une bande disparate, mentalement épuisée par Azzy.
L’occasion parfaite s’était présentée. Sur cet échiquier, j’avais deux atouts : la régresseuse et Tyr. En face, ils n’avaient qu’Historia.
Hahaha. Cette bataille est à moi, Historia. Tu n’as pas oublié que j’ai complété tes tactiques, si ? Je connais chacune de tes faiblesses !
Maintenant, contemple la puissance de celui que tu as ignoré, le numéro un ! La forme passe, le rang demeure !
La porte du conteneur s’ouvrit à la volée, et Tyr s’avança seule, un cercueil noir comme la nuit flottant à ses côtés.
Jusqu’ici, Azzy était sortie environ cinq fois avec le parasol de Tyr. Aussi, ceux qui avaient juré qu’on ne les y reprendrait plus observèrent d’abord la scène, même en voyant le parasol sombre.
Mais dès le départ, Tyr n’avait rien à voir avec Azzy. Au moment où elle posa le pied au soleil, les Tireuses eurent l’impression que du brouillard leur voilait la vue. La sensation que les ténèbres elles-mêmes s’étaient élevées du sol pour se mettre à marcher fit frissonner les humains ordinaires.
Les balles s’abattirent sur Tyr, mais elle était désormais légèrement différente de ce qu’elle avait été jusque-là.
Des flots de ténèbres s’échappaient du cercueil flottant. Le soleil les avait quelque peu dissipés, mais elles restaient sinistres. À l’instant où le couvercle s’ouvrit, on eut l’impression que les aiguilles d’une horloge tournaient à toute vitesse et que le soir tombait.
Les balles qui fusaient dans un vacarme terrifiant ne parvinrent pas à percer le rideau de ténèbres. De temps à autre, les balles salines le traversaient en un éclair, mais c’était tout. Elles étaient trop épuisées pour déchirer ce rideau.
Tyr avançait comme un char d’assaut. D’un geste de la main, elle balaya l’air et écarta toutes les balles incapables de traverser le rideau.
Boum.
Un seul coup de feu retentit alors. Le rideau tourbillonna et se déchira, et la tête de Tyr partit sur le côté derrière lui.
L’une des Tireuses serra le poing et cria :
« C’était la balle de la Générale de division ! Alors, monstre, ça fait quoi… ?! »
Mais elle ne put achever sa phrase. Au-dessus du sourcil gauche de Tyr, un petit tourbillon de sang repoussa la balle tournoyante comme pour l’imiter.
La Tireuse inspira brusquement. Les yeux rouges de Tyr étincelèrent et elle marmonna : « Monstre. J’ai tant entendu ce mot qu’il ne me fait plus rien. »
Tyr redressa la tête. La balle d’Historia rebondit, incapable désormais de la détourner, ne serait-ce que d’un instant.
« Allez-y, tirez. Le soleil brille, après tout. Tant que cette lumière brûlante me maudit, c’est votre seule chance d’affaiblir ce corps. Allez-y. »
Après un instant de réflexion, Tyr esquissa un sourire discret.
« Si vous tirez cent fois cent coups, vous pourriez me donner du fil à retordre. »
Comme elle l’avait dit, le sang brûlé par les rayons du soleil avait noirci. Si toute sa vitalité sanguine venait à se consumer ainsi, même Tyrkanzyaka, la Progénitrice, serait en danger.
Mais ce n’était qu’une poignée prélevée dans une mer de sang lointaine.
Historia abaissa son arme, le regard calme.
Je ne peux pas régler ça avec des balles qui me coûtent autant de forces à chaque tir. Je serai épuisée la première. Maintenant que les balles salines sont épuisées…
Ayant achevé ses réflexions, Historia leva deux pistolets. Des armes lourdes, chargées de munitions, se posèrent dans ses mains. Sentant le métal froid et pesant, Historia déclara : « Je vais la retenir jusqu’à l’arrivée du gros des forces. Formez les rangs et battez en retraite. »
« Générale de division, c’est dangereux ! On nous a interdit d’affronter la Progénitrice de front… ! »
« Et qu’est-ce que je suis censée faire, si elle vient jusqu’ici pour me chercher des noises ? »
Historia répliqua sèchement, puis s’apprêta à avancer.
Avant même qu’elle ait pu faire un pas, elle sentit un danger venir d’en haut. Elle pointa précipitamment son arme vers le ciel et tira.
Boum, ting. Le coup de feu et le bruit d’une balle déviée retentirent presque simultanément. Juste après, quelqu’un tomba au milieu des Tireuses comme une météorite.
« Qui t’a dit que tu pouvais ?! C’est moi, ton adversaire ! »
La régresseuse avait bondi dans les airs tandis que tous les regards étaient tournés vers Tyr, puis avait atterri dans un grondement immense. À peine les pieds au sol, elle abattit Jizan, faisant trembler la terre et l’air. Tout le monde perdit brièvement l’équilibre sous les secousses d’un séisme et d’une tempête qui frappaient de concert.
Comme si elles s’étaient concertées à l’avance, les deux guerrières se ruèrent l’une sur l’autre au moment même où la régresseuse atterrit. Sans la moindre hésitation, elles brandirent leurs armes.
Clang. Les deux pistolets croisés arrêtèrent Chanteciel. L’acier crissa et des étincelles jaillirent tandis que les deux femmes échangeaient un regard.
« Générale de division ! »
À cet appel, Historia cria aussitôt sans se retourner :
« Ne vous inquiétez pas pour moi ! Arrêtez la Progénitrice ! »
« Ha, tu crois pouvoir y arriver toute seule ?! »
La régresseuse cria et fit pivoter son poignet. L’épée invisible glissa en diagonale le long du pistolet avant de fuser vers le visage d’Historia. Celle-ci suivit clairement du regard la pointe vacillante de la lame et sourit.
« Toute seule ? C’est plutôt à moi de te poser la question, ma jolie. »
Historia se laissa soudain tomber en arrière.
Elle se plia à la taille et s’allongea parallèlement au sol. Tout en maintenant un équilibre précaire, elle projeta la jambe opposée vers l’avant. Quand Historia disparut en un instant du champ de vision de la régresseuse, le centre de gravité de celle-ci bascula vers l’avant ; elle leva précipitamment un genou pour parer le coup de pied.
Pan. La régresseuse fut projetée dans les airs, fit un tour complet et retomba sur une courroie. Elle claqua doucement la langue en regardant Historia s’approcher à pas lourds.
« Tu vas tenir jusqu’à l’arrivée de la Progénitrice ? »
Deux pistolets à lame tournoyèrent dans les mains d’Historia.
Notes :
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