Chapitre 198
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 198 : Apocalypse du pari : Chiot
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« Oh, le maître de maison est de retour. »
« Qui est-ce que tu appelles le maître de maison ? »
La régresseuse était partie en reconnaissance, et même elle n’avait pu échapper aux vents violents. Non, comme elle avait exploré les hauteurs, elle était revenue couverte de poussière. Je l’accueillis tandis qu’elle remettait de l’ordre dans ses cheveux en bataille.
« Ah, Shei. Bon retour. Qu’est-ce qui te ferait plaisir en premier ? Un repas ? Un bain ? Ou dormir ? »
« Ta façon de faire semblant d’être si serviable est un peu agaçante. »
La régresseuse jeta un coup d’œil à l’intérieur du conteneur. On en avait déchargé la cargaison et transformé l’espace en lieu de repos. Une lampe protégée du vent diffusait l’odeur savoureuse de la viande qui rôtissait, tandis qu’un lit de fortune, fait de sacs de couchage et de couvertures, nous attendait à bras ouverts.
La régresseuse marmonna à voix basse :
« C’est aussi agaçant que tu sois vraiment serviable. »
« Essaie de ne pas trop t’énerver. Trop de chaleur dans la tête, et tes cheveux vont tomber. »
« C’est complètement idiot de s’inquiéter pour ça ! »
La régresseuse s’emporta et me lança un regard agacé. C’était exactement la tête de quelqu’un qui regardait un parasite se prélasser chez lui.
« Qu’est-ce que tu viens de dire ? J’ai cru entendre quelque chose à propos de l’école. »
« Rien du tout. Je racontais à Azzy mes années d’études glorieuses. »
Quand je le nia avec aplomb, la régresseuse n’insista pas et n’eut pas l’air de se méfier.
« Glorieuses, mon œil. Tu as trempé dans l’un des tabous de l’État militaire. »
Il était lié à Hamelin, n’est-ce pas ? Je ne comptais pas me mettre tout de suite l’État militaire à dos. Si je continue de voyager avec lui, je ne pourrai même plus y mettre les pieds.
La veille, la régresseuse m’avait expliqué les choses dans les grandes lignes. Elle voyageait pour arrêter le Roi du Péché et, si je le souhaitais, elle m’emmènerait au moins dans un endroit sûr.
Puisque l’État militaire m’avait déjà dans le collimateur, ma vie ordinaire était bel et bien terminée. Je lui avais dit que je voulais l’accompagner, et elle avait accepté.
Azzy et Tyrkanzyaka avaient aussi l’air de vouloir qu’il se joigne à nous, alors j’ai accepté pour l’instant.
Pourtant, à partir de là, la régresseuse me traita comme une bouche de plus, encombrante et coûteuse à nourrir. À cause d’elle, j’avais l’impression de marcher sur des aiguilles.
L’État militaire est un pays plutôt bien organisé. À moins de vouloir le détruire, je devrais au moins négocier avec lui. Mais est-ce possible avec ce type dans les parages ?
Je ne pouvais pas abandonner un humain alors que le chien et le chat nous accompagnaient. Pour prouver ma valeur, je m’occupai de toutes les corvées possibles. Cuisine, ménage et surveillance d’Azzy : tout y passait.
À force d’efforts inlassables, j’étais parvenu à ce que la régresseuse me voie d’un œil un peu plus favorable.
Oui. Mieux vaut voyager ensemble, ne serait-ce que pour Tyrkanzyaka et Azzy. Elles semblent toutes les deux attachées à lui.
Ouf. D’une manière ou d’une autre, j’avais survécu à une journée de plus. Chaque jour était un chemin semé d’épines, comme si j’étais un intérimaire qu’on pouvait renvoyer à tout moment. Qui pouvait comprendre les sentiments d’un parasite dont le sort oscillait entre le paradis et l’enfer au gré d’un seul mot ?
Soulagé, j’accueillis la régresseuse et lui demandai :
« Alors, cette reconnaissance ? »
La régresseuse ôta son manteau et s’affala sur une chaise improvisée. Elle n’était pas particulièrement lourde, et pourtant la chaise grinça.
« J’ai inspecté à l’avance notre prochaine étape : elle était complètement déserte. On devrait pouvoir passer la journée tranquillement. »
« Le soleil va bientôt se coucher. »
« Exact. Il faudrait être fou pour nous attaquer de nuit. »
La régresseuse désigna les ténèbres au fond du conteneur. Un cercueil de bois d’un noir absolu en émanait une aura sombre ; Tyr y dormait paisiblement.
La nuit, Tyr était si puissante qu’elle semblait presque omnipotente. Mais sous le soleil ardent, son art du sang et les ténèbres subissaient diverses limitations. Si les armées de vampires, autrefois si puissantes, avaient été repoussées à maintes reprises par le Sanctuaire, c’était à cause de la lumière du jour, qui régnait plus de la moitié du temps.
C’était pourquoi Tyr économisait ses forces pendant la journée. Si elle utilisait les ténèbres à la légère sous le soleil, elle risquait de manquer de puissance au pire moment.
« Le problème, c’est la journée. Ils viendront sans aucun doute nous chercher en plein jour. »
« Ça ira. Tyr n’est plus tellement différente le jour. Elle se repose seulement parce qu’elle doit rassembler le plus de forces possible pour manier les ténèbres en plein jour. »
« C’est vrai. Tyrkanzyaka a retrouvé son cœur. »
Retrouver son cœur signifiait qu’elle avait clairement séparé la frontière entre l’extérieur et l’intérieur. La lumière du soleil ne devait probablement plus pouvoir endommager son corps. Pourtant…
La régresseuse promena son regard de Tyr à moi, puis posa le menton sur sa main et réfléchit.
Rendre son cœur à la Progenitrice Tyrkanzyaka est un exploit considérable, quoi qu’il arrive. Ça pourrait avoir des répercussions sur le duché, plus tard. Oui, si Hughes a fait ça, c’est déjà suffisant. Bon, voyageons ensemble. À part le fait que l’État militaire le poursuit, c’est un compagnon convenable…
Qui étais-je ? Un homme reconnu comme le compagnon de la régresseuse.
Historia, Lankart, vous regardez ? Votre ancien camarade d’école était arrivé jusque-là. J’avais décroché un poste de coursier dans un groupe qui allait sauver le monde…
Au fond, nous n’étions qu’une bande de criminels, mais tant qu’à m’amuser, autant plonger dans le grand bain.
« Ouaf ! »
Pendant que nous parlions, Azzy s’approcha et tira sur ma manche. Je me retournai. Elle désigna mon bras gauche blessé et dit :
« Ouaf ! Montre endroit blessé ! »
« C’est déjà l’heure ? »
En marmonnant, je retroussai ma manche et lui montrai la plaie béante. La grave blessure que j’avais reçue en combattant Ulfen s’était déjà estompée et n’était plus qu’une légère marque, grâce au pouvoir du Roi des Bêtes. Azzy me tint le bras entre ses pattes avant et lécha soigneusement la plaie.
La douleur se mua en démangeaison, puis la démangeaison se transforma bientôt en une sensation apaisante. Savoir que la blessure guérissait rendait la langue d’un chien sur mon bras bien moins désagréable.
Après avoir longuement léché la plaie, Azzy me tapota le bras et s’exclama :
« Ouaf ! En bonne santé ! En bonne santé ! »
« Merci, Azzy. Tu veux un peu de viande ? »
« Toi manger ! Ouaf ! Beaucoup manger quand blessé ! »
Azzy me tapota l’épaule d’un air encourageant, puis s’allongea sur le ventre. Son regard chaleureux, posé sur moi, était presque un peu pesant.
Bon sang.
Azzy avait autrefois considéré les humains comme de simples porte-jouets ambulants, sans pour autant les attaquer. Comment était-elle devenue si admirable ? Était-ce donc vrai qu’il existait de mauvaises personnes, mais pas de mauvais chiens ?
Non, ne te laisse pas berner. Elle avait seulement l’air gentille parce qu’elle venait de faire une bonne action après avoir passé son temps à se conduire comme une peste.
Même si elle mourait et revenait à la vie, un chien restait un chien. J’allais mettre sa vraie nature à l’épreuve.
Je sortis un disque et le brandis.
« Azzy. Tu veux jouer à rapporter ? »
Sa queue se mit à remuer la première. Ravie par la proposition, Azzy bondit sur ses pattes et s’écria :
« Ouaf ! Oui, oui ! »
« Aïe. Mais comme je viens de me faire soigner, j’ai mal au bras. »
« Ouaf ? Alors, une prochaine fois ! »
Sans le moindre regret, elle baissa le corps qu’elle avait à moitié redressé. C’était bien réel. Azzy avait appris à tenir compte des autres.
Azzy avait toujours été amicale avec les humains. Et maintenant, elle faisait même preuve d’une telle délicatesse… Était-ce ça, un vrai chien ? Devenir le Roi des Chiens lui avait-il éveillé quelque trait de chien angélique ?
Les humains étaient-ils vraiment touchés par de si petits changements ? J’essuyai une larme, incapable de contenir l’émotion qui m’envahissait.
« Azzy a l’air un peu différente de d’habitude. Tu as fait quelque chose ? »
La régresseuse nous désigna du menton. Je haussai les épaules devant son air intrigué et répondis :
« Rien de particulier. Je crois qu’Azzy attend quelque chose de moi. »
« Qu’est-ce qu’elle attend ? »
« Qu’est-ce que c’était déjà ? Nabi a dit qu’elle voulait que je tienne une promesse. »
De même que les humains ne pouvaient pas distinguer le sens des cris des bêtes, je ne pouvais pas lire les pensées de Nabi ou d’Azzy. Je n’avais pas d’autre choix que de répéter ce que j’avais entendu.
Franchement, rapporter les paroles d’un chien et d’un chat… Ce n’était pas comme si j’étais interprète.
« Elle m’a demandé si j’étais quelqu’un d’important. Moi, un petit criminel qui s’est enfui parce qu’il n’avait nulle part où aller. C’est ridicule, non ? »
Je ris, comme si je venais d’entendre une plaisanterie. Ce n’était pas une affaire sérieuse.
Je haussai les épaules et esquissai un sourire gêné, mais l’expression de la régresseuse changea brusquement. Elle se leva d’un bond, comme si un invité de marque venait d’arriver, se précipita vers moi et s’écria :
« Tu serais le prince d’un royaume déchu, par hasard ? Le descendant d’un roi que la Résistance recherche en secret ! »
« Pourquoi dire quelque chose d’aussi dangereux ? Bien sûr que non. Si j’étais un prince, je vivrais comme ça ? »
Hum, c’est un sacré raccourci. Ils ne sont pas jumeaux, alors ce n’est pas ça.
Après avoir détourné le regard un instant, la régresseuse me pressa de nouveau :
« Alors, quoi ? Tu es le chef d’une organisation secrète dont j’ignore l’existence ? »
« Si j’avais ma propre organisation secrète, je m’en serais déjà servi. Tu crois que j’aurais galéré pour survivre dans les ruelles, puis fui comme si on me chassait ? »
« Mais qu’est-ce que tu es, au juste ? »
« Si ce n’est pas une question philosophique sur mon existence, tout ce que je peux dire, c’est que je suis moi. Azzy a peut-être mal compris quelque chose ? »
Je répondis à moitié pour plaisanter, mais la régresseuse était on ne peut plus sérieuse. Après m’avoir interrogé à plusieurs reprises pour s’en assurer, elle se plongea dans ses pensées et marmonna :
« Non. Le Roi des Bêtes est un Porte-parole. Un être qui transmet des paroles non pas à un seul humain, mais à toute l’humanité. »
« Ça, je le sais. »
« Ça veut dire que, pour transmettre un message à tant de gens, le Roi des Bêtes peut voir l’influence d’un humain. C’est comme si elle vérifiait que quelqu’un en est digne. »
« Digne ou pas, qu’est-ce qu’elle pourrait bien attendre d’un petit criminel des ruelles comme moi ? C’est absurde. »
« Tu es vraiment un petit criminel, c’est ça ? »
« Je te l’ai dit ! »
D’ordinaire, j’aurais essayé de noyer le poisson, mais ma position actuelle était celle d’un parasite. Si les choses tournaient mal, j’étais le premier qu’on larguerait. Pour dissiper les doutes de la régresseuse, je lui expliquai les choses dans les grandes lignes.
Je lui racontai brièvement ce que Nabi avait dit et quel genre de personne j’avais été.
« J’étais donc un bon voisin, qui connaissait tout le monde dans les ruelles. Je réglais toutes sortes de petits problèmes et j’aidais sincèrement tous ceux qui en avaient besoin. Je te jure, c’est tout. »
« Tu n’es jamais allé ailleurs qu’à Hamelin et à Amitenggrad ? »
« C’est ça. Le collège était entièrement en internat, alors, à part cette période, j’ai pratiquement vécu à Amitenggrad. Au mieux, j’étais une sorte de chef de village des ruelles d’Amitenggrad. »
Oui. S’il avait été quelqu’un d’important, elle ne l’aurait pas qualifié de presque assez proche. Ça veut dire qu’il n’a pas rempli les critères, finalement. Mais peut-être que… !
Ah, ça commençait à sentir mauvais. Cette étrange situation où le parasite devait se préparer à devenir une chrysalide pour une raison ou une autre, puis en sortir pour s’envoler.
Une vie passée à lire la situation était toujours inconfortable, mais au moins mon corps, lui, était tranquille. Si j’avais pu, j’aurais voulu vivre ainsi pour toujours. Mais l’idée de surmonter moi-même la douleur et les épreuves pour devenir autre chose, c’était une toute autre histoire. Même si j’avais enfin l’occasion de me tenir droit, je ne parvenais pas à m’en réjouir.
La régresseuse m’examina comme un outil dont elle venait de découvrir l’utilité.
« Tu as dit que tu étais presque assez proche. Peut-être que tu remplirais les critères si on te donnait ce qui te manque ? »
« Non ! Regarde-moi. Quels critères un raté fini comme moi pourrait-il bien remplir ? Azzy, est-ce que je remplis le moindre critère ? »
Azzy remuait tranquillement la queue, mais en entendant son nom, elle dressa les oreilles et se leva. Elle m’examina attentivement, puis secoua aussitôt la tête.
« Non ! »
« Tu vois ? Quels critères pourrait remplir quelqu’un qui fuit la police militaire ? Tout au plus, j’ai les qualifications d’un criminel recherché. »
« Pas encore ! »
« Ne laisse pas la porte ouverte ! Qu’est-ce que tu attends encore de moi ? »
« Ouaf ! Devenir quelqu’un de plus grand ! »
« Espèce de chienne stupide ! »
Ce regard plein d’espoir n’était ni une foi pure ni de la confiance. Elle me regardait comme une récolte savoureuse, exactement comme un fermier qui l’arrosait et la fertilisait pour la faire pousser.
Merde ! Si elle avait été humaine, j’aurais tout de suite remarqué ses arrière-pensées. Mais comme c’était un chien, je n’avais pas su les déceler et j’avais pris ses paroles au pied de la lettre !
Maintenant que j’y pense, le Roi des Chiens est apparu indemne cette fois-ci ! Ça pourrait être la clé pour arrêter le prochain fragment de l’apocalypse ! Le conflit avec les hommes-bêtes, c’est une chose, mais si le Roi des Chiens ne participe pas au combat… !
Les yeux de la régresseuse brillaient autant que ceux d’Azzy. Son visage disait qu’elle voulait me faire porter des attentes démesurées.
Ah, c’était la catastrophe. Devais-je vraiment sortir de ma coquille et m’aventurer dans le monde terrifiant qui s’étendait au-delà ?
Non. Je résisterais. La coquille de mon œuf était extrêmement dure, et je lutterais pour qu’ils ne la brisent pas à la légère !
« Azzy, tu comptes te servir de moi ? »
« Ouaf ? Pas servir ! Investissement ! »
« Un investissement ? »
C’était le genre de chose qu’on ne devrait pas entendre de la bouche d’un chien.
« Faible chance, gros gain ! Gros risque, gros retour ! Moi, ouaf ! M’occuper de toi ! »
« Tu me prends pour quoi ? Je ne suis pas une carte sur une table de jeu ! Et quoi ? Investir dans un criminel en fuite ? Qui mise autant sur une carte qui ne fait même pas une paire ? Même un idiot n’investirait pas comme ça ! »
« Moi pas idiote ! C’est pour ça investir ! »
« Le fait que tu n’aies pas compris le contexte prouve que tu es idiote ! »
Pour la punir, je lui attrapai les oreilles et tirai dessus, mais elle tint bon sans même forcer. La force qu’elle employa pour dresser les oreilles dépassait toute celle que je pouvais mettre dans mon bras. C’était quoi, ça ? La différence de rang entre nous ? La vie humaine était-elle sur le point d’être piétinée ?
La régresseuse prit alors la parole.
Notes de bas de page :
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