Chapitre 137
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Traducteur : Hydrogen B
Relecteur : Hydrogen B
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Chapitre 137 : Le plafond incliné et la montagne de cadavres souriants - 9
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Les mains de Jiseon se refermèrent encore et encore sur le vide. D’un infime mouvement des doigts, j’évitai chacune de celles qui se tendaient vers Jizan.
« À droite, à gauche, en haut. »
Puis j’allai à gauche, à droite, en bas. De son point de vue, bien sûr.
Ses mains se refermaient inutilement sur le vide ; Jizan lui frappait le poignet ou lui échappait à un cheveu près. Elle avait essuyé défaite sur défaite dans cette bataille d’esprit.
Ah, c’était agréable. Un combat où je gagnais à tous les coups. Voilà une vraie bataille d’esprit.
« Alors je n’ai qu’à lui attraper la main… ! »
Après avoir perdu notre bataille d’esprit à plusieurs reprises, Jiseon balança grand le bras et tenta de saisir ma main. Jizan bougeait avec ma main ; elle comptait donc me prendre par la main pour me l’arracher.
« Allons, allons. C’est de la triche. »
Jizan était une lame sans recul. Je me contentai de la repousser doucement, mais la main de Jiseon rebondit à une vitesse deux fois supérieure.
Il n’y avait qu’un moyen de saisir Jizan : refermer la main dessus au bon moment. Trop tôt ou trop tard, et l’arme vous la repoussait tout bonnement. La force n’y pouvait rien.
C’était pour cela que même Jiseon peinait.
Les poings serrés à s’en faire craquer les jointures, Jiseon gronda :
« … Je me suis prêtée à ce petit jeu uniquement parce que je ne veux pas te faire de mal, Hughes. »
« Je sais. »
« Tenir Jizan ne te rend pas invincible. Pourquoi ne pas t’arrêter là, avant d’être encore plus blessé ? »
C’était vrai. À cet instant, Jiseon avait des dizaines de façons de me réduire en bouillie.
Elle pouvait faire s’abattre le béton au-dessus de moi, encore et encore, détruire le sol sous mes pieds ou m’attirer à elle à l’aide d’une technique de déplacement spatial.
Non. Si elle décidait simplement de réduire la distance, j’étais fini.
Pour l’instant, Jizan filait au moindre frémissement de mes doigts, ce qui me permettait tant bien que mal de l’éviter. Mais si elle s’approchait assez pour bouger plus vite que ma main, ce serait le jour de mes funérailles.
Si j’avais tenu des cartes, ça aurait peut-être été différent. Mais c’était un bâton d’acier. Je ne pouvais pas suivre sa vitesse.
Je devais donc l’entraîner dans une bataille d’esprit régie par des règles. Je tendis Jizan à plusieurs reprises et narguai Jiseon.
« Allez, prends-la. Pourquoi tu n’y arrives pas ? Je l’ai cachée ? J’ai dit que je ne te la donnerais jamais ? Je t’ai dit de la prendre si tu en étais capable, non ? »
« … Très bien. »
Jiseon se crispa et leva ses deux poings. Allait-elle enfin se servir de ses deux mains ?
« Ses mains ne sont qu’une feinte. Secoue le sol sous ses pieds avec ton énergie. »
Elle leva haut un pied. Elle comptait faire trembler le sol pour me projeter au loin.
Si le choc me faisait lâcher Jizan, elle pourrait passer l’épreuve et manier l’arme.
Je n’étais qu’un homme ordinaire. Rien ne me distinguait des autres.
Même si je tenais Jizan, elle ne se souviendrait pas de moi et n’en refuserait pas le pouvoir aux autres.
Rien de tel n’arriverait.
Jizan était une relique, un outil. Je n’étais qu’un homme ordinaire capable de la tenir.
C’est pourquoi je ne devais surtout pas la lâcher avant que toutes les questions de l’épreuve aient été posées. Ayant deviné son intention, je fis mine d’éviter ses mains et accrochai la jambe de Jiseon avec Jizan.
« Ghh ! »
Même L’Inébranlable ne pouvait résister à une racine qui lui faisait un croc-en-jambe. Au lieu de frapper le sol du pied, Jiseon posa le pied sur Jizan, que j’avais balancée, puis bondit en arrière.
Je venais de projeter une personne entière du bout d’une épée, pourtant Jizan n’avait pas semblé plus lourde qu’un moustique qui se posait dessus. Hé hé. C’était donc ça, Jizan. Quel bonheur de me sentir plus fort !
« C’est ça. Tu ne tomberas pas, n’est-ce pas ? Tu continueras d’avancer, encore et encore. Tu bâtis, tu fais naître des résultats des ruines effondrées. T’occuper des morts et te souvenir d’eux, ce n’est pas ton genre. »
Jiseon atterrit loin de moi et me fixa d’un regard terrifiant. Face à elle, je marmonnai d’un ton désinvolte :
« Tu voulais effacer l’Abîme pour avoir une justification, pas vrai ? Une justification pour briser le tabou qui interdit de répondre à l’appel d’une nation. Tu as beaucoup gagné en collaborant avec l’État militaire, mais comme tu n’as pas réussi à effacer l’Abîme, tu n’avais pas de quoi prendre la tête de l’Église de la Terre Mère, n’est-ce pas ? »
Et avec Jizan, ce serait parfait.
Grâce à une relique qui était à la fois le symbole du Grand Maître et l’autorité de la terre elle-même, l’Église de la Terre Mère se rassemblerait autour de Jiseon.
« Alors tu prendras Jizan et tu iras demander des comptes au Sanctuaire pour ses péchés. À manger ! Donnez-nous quelque chose à manger ! Vous vous êtes bien empiffrés jusque-là, non ? Partagez le gâteau ! Parfait ! »
La tentative elle-même avait aussi son importance. Elle apaiserait le ressentiment longtemps étouffé des fidèles et les placerait sur un pied d’égalité avec le Sanctuaire.
Jiseon se redressa lentement.
« … Tu comptes vraiment me barrer la route ? »
« Je ne te barre pas la route ! Je t’ai dit de la prendre ! »
« Dans ce cas… »
L’énergie qui s’échappait du corps de Jiseon se répandit dans toutes les directions. Boum. Le sol trembla au premier pas.
Réduction de la distance. Une technique qui envoyait de l’énergie dans le sol avant de la rappeler d’un coup pour se propulser en avant. Privilégiant la puissance à l’agilité, Jiseon chargea et me décocha un coup de poing direct.
D’accord, si je le bloquais avec Jizan…
« S’il bloque, je sacrifierai mon poing. Même s’il se brise, je lui donnerai un coup de pied. »
Hein ?
« La longueur de Jizan ne peut pas couvrir les deux côtés. Il devra encaisser l’un des coups avec son propre corps. »
Ah, je détestais vraiment ça. Pourquoi s’obstinait-elle à mener une bataille d’esprit avec son corps ? Qu’étais-je censé faire, moi, un frêle lecteur de pensées ?
C’était de la barbarie. Quoi d’autre aurait pu être barbare ? Tandis que je maugréais intérieurement :
« Hop ! »
Une longue chevelure argentée et une robe flottèrent devant moi. Tyr me lança un regard plein de reproches, puis leva les deux bras pour rencontrer le poing de Jiseon avec le sien.
Pour une raison ou une autre, j’eus le sentiment que je ferais mieux de fermer les yeux. J’avais eu le bon réflexe.
Boum.
Une onde de choc gigantesque se propagea et fit frémir tous les cadavres.
Quand je rouvris les yeux, l’énergie couleur de terre qui emplissait le corps de Jiseon et les gouttelettes de sang rouge vif de Tyr s’étaient mêlées et répandues en cercle. L’énergie terreuse s’enfonça dans le sol, tandis que les gouttes refluèrent dans le corps de Tyr, comme si le temps remontait à rebours.
Les deux femmes, poings joints à bout portant, se dévisagèrent. Jiseon parla la première.
« … Progenitrice. N’aviez-vous pas dit que vous ne m’attaqueriez pas ? »
Tyr répondit :
« Si tu ne te montres pas hostile la première. »
« Je ne vous ai jamais témoigné d’hostilité. »
« Ton hostilité envers lui est une hostilité envers moi. »
Tyr déclara cela comme si c’était une évidence. Jiseon me jeta un coup d’œil avant de répliquer :
« … Tu t’es fait avoir par un mauvais homme. »
« … Je ne peux pas le nier. Je suis d’accord. »
Leurs poings s’entrechoquèrent de nouveau. Tyr n’esquiva pas. Du sang accumulé dans les deux yeux, elle suivit le mouvement du poing de Jiseon et contre-attaqua.
La force pure contre la force pure. Une autre onde de choc suivit. Tyr fut légèrement repoussée, mais retrouva vite son équilibre et se jeta sur Jiseon. Elle ne chercha pas à protéger ses points vitaux.
« Dans le combat lui-même, j’ai l’avantage. La puissance de la Progenitrice manque de finesse, peut-être parce qu’elle n’a pas l’habitude du corps à corps. Mais… je suis désavantagée. »
Jiseon regarda le bras de Tyr, puis son corps, puis le sol sous ses pieds, avant de revoir son plan.
« Les pertes sont trop lourdes. Cet échange ne peut pas fonctionner. Mon adversaire n’a subi aucun dommage. Et puis… »
En bas, une montagne de cadavres ; en haut, la terre de béton. Jusqu’ici, ce terrain avait favorisé Jiseon.
Mais seulement quand son adversaire était la régresseuse. Si elle affrontait Tyr, la montagne de cadavres en contrebas devenait un champ de bataille fait pour une vampire.
Pour le moment, l’hémomancie de Tyr ne lui permettait de contrôler que le sang proche de son corps, mais Jiseon l’ignorait.
Et même si elle l’avait su, le terrain favorisait toujours Tyr.
« Je gagnerai du temps en la semant. »
Jiseon fit mine de donner un coup de poing, puis se baissa et se rua sur elle. Pankration. Prise au dépourvu, Tyr décocha aussitôt un coup de pied malgré son déséquilibre. Sa jambe s’éleva selon un angle bizarre, comme si elle échappait aux lois de l’anatomie et de la posture humaines ; le coup était presque aussi féroce que son poing.
La force du coup différait peut-être légèrement, mais restait dans les prévisions de Jiseon.
Crac. La peau de Jiseon se déchira et le sang coula. Au même instant, Jiseon saisit le pied d’appui de Tyr, ainsi que le tas de cadavres qui le soutenait.
Puis elle le projeta vers le haut.
« Kyaa ! »
Impossible de résister à une projection quand le sol lui-même vous emportait.
Fouuu. Tyr vola vers le plafond, comme si elle tombait à l’envers en direction de Tartare. Un bruit sourd retentit.
Après avoir envoyé Tyr au loin, Jiseon marcha à grands pas vers moi.
« Où crois-tu aller ! Arrête ! »
À cet instant, une vague de sang frais frappa tout son corps par-derrière. Tyr, projetée avec les cadavres, avait lancé le sang qu’ils contenaient dans le dos de Jiseon, qui ne se doutait de rien.
Kraoom. Des poings rouges s’abattirent sur ses épaules, son dos et ses jambes comme des tirs de canon. Une énergie propulsée par l’hémomancie. La montagne de cadavres explosa à plusieurs reprises, laissant derrière elle des cratères.
Jiseon gémit sous la violence de l’impact. Sa boucle d’oreille trembla, puis se brisa dans un craquement.
« … Je ne peux pas affronter Jizan en laissant mon dos à découvert ! Il me faut plus de temps ! »
Jiseon récupéra un peu de forces grâce aux funérailles qu’elle avait célébrées à l’avance, claqua la langue et pivota. Elle tendit les deux mains dans le vide, comme si elle ouvrait une porte, puis les écarta. Grincement, grincement. Un son sinistre monta du bout de ses doigts.
Tartare s’ouvrit.
Crac. Tartare se fendit de part et d’autre, ouvrit sa gueule et avala Tyr. Ayant deviné les intentions de Jiseon, Tyr agita précipitamment les deux mains, mais les Arts de la Terre étaient plus rapides. En un instant, elle disparut dans Tartare.
Grondement. Elle n’était qu’hors de vue. À l’intérieur, elle se frayait un passage dans le béton pour en ressortir, mais même Tyr n’avait encore jamais nagé dans la terre ; cela prendrait donc un peu de temps.
Jiseon avait neutralisé Tyr pour un moment. Haletante, elle me regarda. Plus rien ne se dressait entre nous.
« Il ne reste plus personne pour te protéger. »
C’était vrai. J’acquiesçai.
« Tu as raison. Je suppose que le moment est enfin venu de passer la dernière épreuve. »
« Aaaah ! »
À cet instant, la régresseuse surgit en criant de sous l’amas de béton. Elle avait repris ses esprits après s’être effondrée une première fois ; elle n’était donc pas en pleine forme, mais son regard brûlait toujours d’une flamme ardente.
« Tiens bon encore un peu ! »
De nouveaux ennemis ne cessaient d’apparaître, et Jiseon s’impatienta. Elle s’approcha rapidement de moi.
« Je n’ai pas le temps de répondre à ton épreuve. Donne-la-moi. »
« Cette fois, peu m’importe qu’il meure. »
Jiseon se rua sur moi, prête à tuer s’il le fallait. C’est alors que Rallion, que Tyr avait laissé derrière elle comme dernier rempart, lui barra la route.
Après avoir été tourmenté par Azzy, puis par Nabi, Rallion allait maintenant affronter Jiseon. Il avait toutes les raisons de protester contre cette série d’épreuves inhumaines, et pourtant il chargea sans crainte.
Jiseon étant momentanément retenue par Rallion, au lieu de prendre la fuite, je tirai Jizan loin derrière moi.
« Non. Ce n’est pas toi qui vas passer l’épreuve. »
Il n’y avait aucune épreuve pour Jiseon. Elle se contenterait d’avancer grâce à sa propre force.
Celui qui devait passer l’épreuve, maintenant, c’était…
Je tournai la tête et jetai un coup d’œil au cadavre du Grand Maître, agenouillé, cloué à la croix. Peut-être était-ce une illusion, peut-être était-ce réel. Quelque chose de scintillant tomba du corps agenouillé.
« Très bien. Il est temps de passer l’épreuve que tu as remise à plus tard, Grand Maître. »
Je ne pouvais pas lire les pensées d’un cadavre. J’ignorais s’il s’agissait d’une larme ou d’une illusion.
Mais Jizan, elle, devrait répondre.
Jiseon transperça le torse de Rallion. Nos regards se croisèrent à travers le sang qui giclait. Juste avant que je ne lance Jizan, les yeux de Jiseon s’écarquillèrent.
« Ne me dites pas qu’il va la lancer ? Maintenant ? »
Exactement.
« Où ça ? »
Quelque part entre Jiseon et la régresseuse.
« Pourquoi, tout à coup ? »
À cause de l’épreuve qu’on avait remise à plus tard.
Avec un grand sourire, je lançai Jizan au loin.
Elle tourbillonna. La tige noire, mi-bâton mi-épée, fendit les airs. Qui aurait deviné qu’une si petite tige pesait autant que le mont Tai ? Même un objet aussi extraordinaire décrivait dans le ciel une trajectoire à peine différente de celle d’un bâton ordinaire.
« Belle passe… Non, c’était beaucoup trop juste ! Lance-la droit ! »
La régresseuse la vit et courut vers l’endroit où elle allait retomber. Jiseon bondit aussitôt à son tour.
« Même s’il l’attrape, il devra passer l’épreuve ! Il ne pourra pas s’en servir tout de suite ! Mais moi, qui maîtrise les Arts de la Terre, je peux la prendre sans passer l’épreuve… ! »
Non, combien de fois fallait-il que je le dise ?
Ce n’était pas ton sujet d’examen.
— Fallait-il vraiment que cela se passe ainsi… ?
La croix trembla. La voix qui résonnait depuis son extrémité sembla s’adresser à moi.
Sans même tourner la tête, je répondis :
« Oui. Choisis. C’est facile, cette fois, non ? Tout ce que tu as à faire, c’est choisir quelqu’un qui portera ton pouvoir. »
— Ah… Même dans la mort, je n’ai pas pu m’échapper.
« Ce n’est pas que tu n’aies pas pu t’échapper. Tu as laissé cela derrière toi. Si tu n’avais pas voulu laisser de trace, tu n’aurais pas laissé de relique non plus. »
— Tu es cruel. Vraiment cruel…
Jizan trembla tandis qu’elle fendait les airs. La régresseuse et Jiseon se précipitèrent dessous. Jiseon, qui courait sur le sol, avait une légère avance.
Si Jizan ne bougeait pas, Jiseon s’en emparerait. Elle entamerait une lutte sans fin pour faire renaître l’Église de la Terre Mère. Et, au bout du compte, elle la ferait renaître, même si elle devait y laisser la vie.
Comparée à elle, la régresseuse…
— Tu as vraiment dit que cette jeune fille avait vu l’avenir ? Qu’elle comptait s’opposer au Roi du Péché ?
« Libre à toi de le croire ou non. C’est un avenir incertain, qui peut changer à tout moment, tout comme celui dont le prophète t’a parlé. »
Le choix qu’elle avait repoussé se présenta de nouveau à elle.
Confierait-elle la relique à la prophétesse qui rêvait d’un avenir meilleur, puis l’enterrerait-elle ?
Ou avancerait-elle, quitte à se couvrir le corps tout entier de sang rouge vif ?
— Ah. Tu es vraiment cruel.
Autrefois, le Grand Maître avait fait un choix qui n’en était pas un. Elle avait hésité, le prophète l’avait tuée, elle avait même perdu sa chance, puis elle avait sombré dans l’Abîme.
— Malgré tout… même si cela devait vraiment devenir une erreur, un jour.
En fin de compte, elle n’avait pas pu enterrer les soldats du Roi conquérant. Elle n’avait fait que continuer d’avancer, poussée par les circonstances.
Si elle avait eu la ferme volonté d’enterrer elle-même les cent mille soldats du Roi conquérant, l’histoire du monde aurait peut-être été différente.
Mais si elle avait été ainsi, elle n’aurait pas pleuré la mort de trois cent mille personnes.
— Moi… je trouve la mort triste. Les cadavres me terrifient. Je hais de toute mon âme la ruine qui nous est promise. À un splendide palais royal bâti sur une terre imprégnée de sang, je préfère une seule petite fleur éclose sur une tombe.
Floc. Jizan, qui fendait les airs, dévia de sa trajectoire.
Les yeux de Jiseon s’écarquillèrent, tout comme ceux de la régresseuse. Cette intention, infime mais certaine, ne pouvait venir que de Jizan. Rien d’autre n’expliquait un mouvement aussi contre nature.
— Pas pour eux… mais pour moi, qui suis faible.
La personne que Jizan choisit finalement fut…
La régresseuse.
— J’enterrerai la mort. Dans l’étreinte de la Terre Mère.
À ces mots, la croix qui transperçait le ventre du Grand Maître commença à s’effriter par sa base.
Le trésor du Sanctuaire, qui avait figé le temps, disparut. Comme si le temps, enroulé serré, se dévidait fil après fil, la lame effilée du pieu cruciforme rouilla et s’effaça rapidement sous l’effet du temps.
Sentant sa trace s’éloigner, je murmurai :
« Adieu, Chorine. Première artiste de la Terre et dernière fossoyeuse. Et humaine qui n’a pas pu se résoudre à devenir une déesse. Ta volonté a pris effet rétroactivement, en même temps que ton péché. Grâce à ton choix d’aujourd’hui, celle que tu étais autrefois a laissé partir ses regrets et repris son péché. »
Le ressentiment qu’elle n’avait pas pu apaiser et le choix qu’elle n’avait pas pu faire trouvèrent leur résolution aujourd’hui. À présent, elle pouvait reposer en paix.
« Tu n’as pas pu devenir la mort de cent mille soldats, mais tu as été une bonne fossoyeuse, qui a consolé les âmes de trois cent mille prisonniers. Repose en paix dans l’étreinte de la Terre Mère. »
— Merci…
La conscience déclinante du Grand Maître sombra au-delà de l’horizon.
Et l’histoire inachevée s’acheva à travers le temps.
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