Chapitre 114
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 114 : Dans l’Abîme : survivre
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« …Étoile déchue. Une étoile de l’État militaire est tombée. »
Le golem annonça la mort du lieutenant-général d’un ton plus sombre que jamais.
« Tuer un général est un crime impardonnable, que rien ne peut dissimuler. Même si… vous avez envahi les lieux avec des intentions séditieuses, seul l’État militaire a le pouvoir de mettre au jour vos crimes et de vous punir. Vous êtes tous ici des criminels responsables d’une Étoile déchue. Vous êtes désormais les ennemis de l’État militaire. »
« Haa… »
J’avais espéré qu’il n’ait rien vu, mais il était apparemment sorti de la cafétéria et avait assisté à une partie de la scène.
En même temps, après un tel chaos, il aurait été plus étonnant qu’il n’ait rien su. Et puis, l’État militaire aurait fini par se méfier si un lieutenant-général ne réapparaissait jamais.
Je répondis avec précaution :
« Donc, en résumé… »
« …Cette unité ne peut affirmer avec certitude quelles instructions nous parviendront, mais une chose est sûre : aucun autre ravitaillement n’arrivera. »
« Merde ! »
Je le savais ! Nous nous étions battus contre un lieutenant-général. Ils n’allaient pas rester sans réagir !
Tandis que je jurais et frappais le sol, la régresseuse, appuyée contre le mur de la cafétéria, marmonna d’un ton sombre :
« Alors, il n’y a plus aucune raison de laisser le golem en vie, pas vrai ? »
« …Pardon ? »
« Je comptais tous les éliminer, mais j’en ai laissé un parce qu’on m’avait dit qu’il y avait un instructeur ici. Sauf que cette chose n’est même pas un instructeur, si ? Maintenant que nous sommes ouvertement ennemis, il n’y a aucune raison de garder un golem dans les parages. »
Elle tendit le bras au-dessus de sa tête, saisit Chanteciel et se dirigea vers le golem d’un pas lourd. Celui-ci recula précipitamment.
« Négatif. Veuillez patienter. Cette unité souhaite contester votre décision. »
« Contester quoi ? Tu es les yeux de l’État militaire. Rien de bon n’est jamais arrivé quand on vous a laissés dans les parages. Adieu. »
« Attendez… ! »
Je levai la main pour empêcher la régresseuse de fendre le golem en deux.
« Attends, Shei. »
« Pourquoi, maintenant ? »
« Puisqu’il est coincé dans la cafétéria de toute façon, est-ce qu’on doit vraiment s’en débarrasser tout de suite ? »
« Il y a encore moins de raisons de ne pas le faire. »
Tss, tss. Cette régresseuse ne voyait jamais plus loin que le bout de son nez.
Si le golem était coincé dans la cafétéria, les moyens dont disposait l’État militaire pour obtenir des informations étaient limités. Dans ce cas, mieux valait le garder en vie que le réduire en pièces. On pourrait lui faire parvenir de fausses informations par leur unique canal encore opérationnel.
Planter de fausses informations dans la tête de l’ennemi et l’inciter à baisser sa garde : voilà le fondement de la guerre du renseignement.
De fausses informations.
Je mimai les mots à l’intention de la régresseuse.
« Quoi ? Ne fais pas que remuer les lèvres. Dis-le. »
« Ah, bon sang ! On n’arrive vraiment jamais à se comprendre ! Je dis qu’on devrait le garder parce qu’on va se servir du golem ! »
Je finis par crier.
La régresseuse fit enfin : « Ah. » Le golem, lui, laissa échapper une voix hébétée :
« …Vous servir de moi, dites-vous ? »
« Eh bien… »
Eh bien…
Nous attachâmes les bras et les jambes du golem, lui bandâmes les yeux et l’enfermâmes dans une caisse. Maintenant que nous étions devenus les ennemis de l’État militaire, nous n’avions pas vraiment le choix.
Désolé, capitaine AB. Mais tu peux couper la synchronisation, alors tout ira bien, pas vrai ? Considère ça comme des vacances et détends-toi avec une bière glacée.
Ensuite, nous nous réunîmes dans la salle de classe pour discuter de la suite. Tout le monde était présent, à l’exception de Callis, qui était blessée.
« Très bien. Partons du principe que notre ravitaillement est coupé à partir d’aujourd’hui. »
Pour une fois, la régresseuse se tenait devant le tableau. La scène était si incongrue qu’elle me donnait l’impression de voir double.
Une ancienne élève de primaire… qui donnait un cours ?
La régresseuse tapa le tableau avec Chanteciel.
« À partir de maintenant, nous allons gérer nos réserves de nourriture. »
Le reste de nos provisions était inscrit au tableau.
Conserves de haricots : 42. Conserves de viande : 2.
Les chiffres étaient désespérants, tout comme la proportion. Les haricots étaient nourrissants, mais n’importe qui finirait par en avoir assez à force d’en manger. Surtout, quarante-deux boîtes, ce n’était pas assez.
« Il y a cinq personnes à nourrir ici. Même en rationnant soigneusement et en mangeant une boîte par jour, nous serons à court dans quarante-deux jours. »
« Hein ? Moi, le lieutenant-colonel, le professeur, le gamin, la femme-chien et la femme-chat. Si on exclut la vampire parce que c’en est une, ça fait six, non ? »
À la question de l’Immortel, la régresseuse agita la main.
« Ah, ne me compte pas. J’ai le Manhan Quanxi. »
« C’est quoi, ça ? »
« Un trésor de l’ancien Empire, celui d’avant sa division. Si on y place des ingrédients à l’avance, il prépare trois repas par jour. Avant de venir ici, j’en ai rempli l’espace de stockage avec une énorme quantité d’ingrédients. De quoi tenir environ dix ans. »
« Quoi ? Tu te régalais toute seule pendant que nous mangions n’importe quoi ! »
« Mais il y a des restrictions. Une fois qu’un objet est entré dans sa dimension de poche, impossible de le récupérer. Et moi seule peux prendre la nourriture dans l’assiette. Ce trésor a été conçu pour une seule personne : l’Empereur. »
L’Immortel grommela :
« Quel genre de trésor, ça ? »
« Je suis d’accord. Tous les trésors de l’ancien Empire sont comme ça. Luxueux et utiles à petite échelle, mais pleins de restrictions, donc difficiles à employer pour autre chose. »
La régresseuse haussa les épaules avec désinvolture. Je lui demandai :
« Tu ne peux pas nous en donner une bouchée de temps en temps ? »
« Une ou deux fois, si. Mais je n’ai pas envie de le faire à chaque repas. »
« Tss. Alors, ne te vante pas. »
Tandis que je ronchonnais, la régresseuse prit un air assuré et en vint enfin au fait.
« Bien sûr, si j’en parle, ce n’est pas pour rien. J’ai mis de côté des ingrédients pour vous tous. »
Elle ouvrit une brèche dans l’air et fouilla à l’intérieur. De sa dimension de poche personnelle, elle tira un sac débordant de nourriture.
Il y avait des céréales comme du riz, des pommes de terre et de la farine. Trois morceaux de viande salée, de l’alcool et des épices conservés dans des bouteilles de verre, et même vingt boîtes de viande.
L’alcool et les épices étaient tous des produits de luxe, aussi précieux que l’or à poids égal.
Azzy en sentit l’odeur, dressa les oreilles et se mit à baver. Même l’Immortel ouvrit de grands yeux. Les miens faillirent se révulser, et je dus me redresser.
« Ça ira ? »
La régresseuse bomba le torse. Après avoir enduré des repas peu ragoûtants dans cet endroit isolé, j’avalai ma salive.
« C’est quoi, tout ça ? Tu gardais tout ça caché jusqu’à maintenant ? »
« Tant que nous étions ravitaillés, il n’y avait aucune raison d’épuiser des ressources limitées. »
« Et tu les sors seulement maintenant que le ravitaillement est coupé ? Tu n’aurais pas pu le faire plus tôt ? Si on avait eu tout ça depuis le début, on n’aurait pas vécu comme ça pendant des mois. Quelle égoïste. »
« Égoïste ? Dans ce cas, tu n’as pas besoin de nourriture, j’imagine. Je vais tout remballer… »
« Non. Tu es la plus grande prisonnière de l’Histoire. »
Avant qu’elle ne change d’avis, je lui adressai plusieurs pouces levés, puis examinai les provisions.
En y regardant de plus près, l’alcool et les épices n’étaient pas les seuls produits de luxe. Le riz était du Riz frais, si nourrissant qu’un seul grain donnait l’impression d’avoir avalé un repas complet, et la farine, tirée du meilleur blé des plaines dorées, scintillait comme de l’or grain après grain.
Les pommes de terre, prévues pour assurer notre autosuffisance, étaient une variété robuste qui, plantée telle quelle, pouvait couvrir un champ entier. Nous ne pouvions pas les cultiver dans l’Abîme, mais s’il y avait eu de la terre, elles nous auraient suffi à tenir des siècles.
« Et la viande, c’est du porc noir élevé aux glands sauvages et aux herbes dans une forêt de chênes… C’est dingue. On pourrait vivre comme des rois. »
« Ne t’emballe pas. Ce sont tous des produits de luxe, mais la nourriture ne se conserve pas éternellement. Il faut tenir neuf mois avec ça. »
« Neuf mois ? Pourquoi neuf mois ? »
La régresseuse hésita à ma question, comme si elle se demandait si elle devait nous révéler cette information.
« De toute façon, si nous devons tenir jusque-là, mieux vaut qu’ils connaissent la durée. J’ai déjà parlé de neuf mois. Inutile de les inquiéter davantage en leur cachant le reste. »
Elle n’hésita pas longtemps.
« Neuf mois. Après ça… vous pourrez probablement quitter cet endroit. Quelqu’un viendra ici. »
« Qui ? »
« Quelqu’un. Quelqu’un capable de détruire cet Abîme… »
« En le démolissant à coups de poing ? »
« Pas comme ça. Je veux dire quelqu’un capable de l’effacer véritablement, au niveau du concept. »
« La plus puissante mage de la terre de cette époque, l’Agent de la Terre Mère… le Serpent terrestre qui avale le ciel, qui deviendra le cauchemar du Sanctuaire. »
Même ces pensées décousues me donnaient une idée de sa puissance. Même cette régresseuse malpolie la craignait et la respectait.
Peut-être ne voulait-elle même pas y penser, car le souvenir s’interrompit bientôt. Cela suffisait tout de même à me faire comprendre à quel point elle était terriblement dangereuse.
Mais…
Pourquoi pensait-elle seulement à affronter quelqu’un comme ça ?
« …Bref. Une source m’a appris qu’elle comptait effacer cet endroit. Une fois qu’elle en aura levé la malédiction, cette terre retrouvera sa forme d’origine. »
« Cette source, c’était moi, lors de la régression précédente. Bien des choses ont changé cette fois, mais pas celle-là. Pas avec une volonté aussi forte. »
Neuf mois. L’assurance que nous pourrions nous échapper après avoir tenu aussi longtemps avait du poids. L’Immortel fut grandement soulagé.
« Oh ! C’est une bonne nouvelle ! Neuf mois, ça se gère ! »
Tyr, qui était venue ici de son plein gré, n’en laissa rien paraître, mais elle aussi était contente.
« …Je ne déteste pas cette vie paisible et simple. Mais ce doit être différent pour Hyu. Le chaud soleil doit lui manquer, tout comme le vent qui lui caresse les oreilles. »
Son regard se posa sur moi. Un léger sourire s’épanouit sur ses lèvres.
« Oui. Maintenant que j’ai retrouvé cette vie, voyager tranquillement à l’extérieur ne serait peut-être pas si mal. »
Haha. Voilà qui était un peu inquiétant. Pourquoi avais-je l’impression que j’allais devenir son guide touristique pour le monde entier ?
Quoi qu’il en soit, tout le monde réagit bien. La régresseuse, encouragée par leur réponse positive, reprit :
« Bref, c’est tout ce que j’avais à dire. Des questions ? »
Je levai la main.
« Qu’est-ce que tu comptes faire pour les herbes magiques de Nabi ? »
« On trouvera une solution d’ici là. »
« Tu n’as encore aucun plan ? »
« Ne t’inquiète pas trop. S’il le faut, je m’en chargerai personnellement… »
« Si je n’arrive toujours pas à la guérir de son addiction d’ici là, je n’aurai pas le choix. Je la maintiendrai en vie aussi longtemps que possible, puis je lui offrirai une mort paisible avant notre départ. De toute façon, j’avais prévu de renverser les Seigneurs de toute la Création dès notre sortie. Si je les élimine avant qu’ils ne trouvent un nouveau Roi des Chats, tout ira bien. Je ne peux pas m’occuper de Nabi éternellement… »
Qu’est-ce que c’était que ça ? Elle avait parlé comme si elle comptait élever Nabi pour toujours. Avait-elle sauvé Nabi uniquement pour des raisons pratiques ?
Alors que la régresseuse s’apprêtait à déclarer quelque chose d’un ton glacial,
« Miaou. »
Nabi miaula derrière la porte.
Perplexe, la régresseuse ouvrit la porte de la salle de classe.
« Nabi ? Qu’est-ce qu’il y a… »
Mais Nabi avait déjà disparu. À la place, une boule de cristal étincelante roula sur le sol devant la porte. On aurait dit que Nabi l’avait prise dans les débris du golem, au bureau de l’administration.
« Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire… ? Non, impossible. Nabi est le Roi des Chats… »
Même sa méfiance instinctive ne s’étendait pas à un Roi des Bêtes.
La régresseuse eut l’air touchée un instant, puis prit délicatement la boule de cristal dans ses mains. Elle marmonna :
« …Je trouverai une solution. »
« Quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ? »
« Je trouverai une solution ! On a bien soixante cigares aux herbes magiques, non ? On pourra y réfléchir dans soixante jours ! »
La régresseuse cria.
Elle s’attachait si facilement aux gens, à en juger par l’émotion que lui inspirait un si petit cadeau.
Les épines de son cœur étaient simplement acérées, mais, une fois attachée à quelqu’un, elle semblait le rester même lors de la régression suivante.
À bien y réfléchir, elle avait été proche de Tyr dès le début, non ? N’avait-elle pas dit qu’elles avaient noué des liens profonds lors de la régression précédente ?
« Mais tu sais quoi ? »
Je n’avais aucune intention de rester neuf mois dans un endroit pareil. Je déclarai avec assurance :
« On n’a pas besoin d’attendre neuf mois entiers. Quatre-vingt-dix jours suffiront. »
Notes :
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