Chapitre 102
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 102 : Seigneurs de toute la Création
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« Vous êtes… bien plus gentil que je ne l’aurais cru. »
La remarque du lieutenant-général Ebon sortit de nulle part. Impossible d’en saisir l’intention. Et comme Ebon était loin d’être beau, sans même être une femme, l’immortel n’y prêta aucune attention.
« Gardez ça pour vous. Un compliment venant d’un homme ne me fait pas grand-chose. »
« Oui. Bien sûr. »
Le lieutenant-général Ebon hocha la tête en marmonnant dans sa barbe. Comme il continuait à débiter des choses incompréhensibles, l’immortel finit également par se désintéresser de lui.
« Je vais aller arrêter cette bagarre… »
« Ah. Vous ne pouvez pas faire ça. Non, vraiment pas. »
C’est alors que tout arriva.
Sans prévenir, le lieutenant-général Ebon tendit la main. Les griffes qui lui étaient apparues à un moment ou à un autre luisaient froidement tandis qu’elles visaient le dos de l’immortel.
Juste au moment où ces griffes bestiales allaient lui déchirer le corps.
« Ha ! Même pas en rêve ! »
Sentant l’intention meurtrière, l’immortel se retourna aussitôt et leva le bras droit dont il était si fier pour parer l’attaque d’Ebon…
…oubliant que sa main droite lui manquait toujours.
« Ah ! Ma main droite ! »
Les griffes transpercèrent le corps de l’immortel sans rencontrer la moindre résistance. Les lames en forme de serres lui déchirèrent les entrailles en s’enfonçant sans relâche.
Transpercé par six lames à cause d’un instant d’inattention, l’immortel hurla de douleur.
« Argh ! Quelle erreur ! Je me suis tellement habitué à ne plus avoir de bras droit que j’ai oublié ! »
« Ce serait fatal pour n’importe qui. Mais notre adversaire est immortel. Il ne mourra pas… »
Le lieutenant-général Ebon marmonna d’un ton glacial.
« Je vais simplement m’assurer que vous ne puissiez pas intervenir, mon cher ami. »
Sur ces mots, le lieutenant-général Ebon puisa dans ses forces intérieures.
Le mana qu’il arracha à son propre corps brilla d’un éclat bleu. Des dizaines de coups chargés d’aura mutilèrent l’immortel. Ses épaules, ses cuisses, son torse et ses flancs furent lacérés à toute vitesse par des dizaines de lignes sanglantes.
Pendant un bref instant, le corps de l’immortel resta suspendu dans les airs. Ses lèvres remuèrent comme s’il cherchait à parler, mais aucun son n’en sortit.
Puis son corps explosa, projetant des morceaux dans toutes les directions. Une pluie de chair envahit le couloir.
L’attaque était impitoyable, mais efficace. Avec le corps ainsi déchiqueté, même un immortel aurait besoin d’une demi-journée pour se régénérer.
« Ah… Aaaah ! Rashy ! »
Voir l’immortel exploser sous ses yeux fut un spectacle trop cruel pour Callis. Submergée par la panique, elle poussa un cri.
Le lieutenant-général Ebon s’adressa à elle d’un ton ferme.
« Vous vous êtes attachée à lui ? Ne vous inquiétez pas, lieutenant-colonel. C’est un immortel, n’est-ce pas ? Il finira par revenir à la vie. »
« M-mais… Ça… Il nous aidait. »
Le lieutenant-général Ebon n’écouta même pas la suite des paroles de Callis. Il replia plutôt ses doigts un à un, vérifiant qu’il n’avait rien oublié.
« Bien. Le fauteur de troubles a été éliminé grâce au Roi des Chats, et l’immortel vient d’être neutralisé. La Progenitrice ne semble pas non plus s’intéresser à nous. Il ne reste donc que… »
En étirant le dernier mot, le lieutenant-général tourna lentement le regard vers moi.
Nos regards se croisèrent, dans un malaise palpable.
Le lieutenant-général prit la parole.
« Au fait, est-ce qu’on vous dit souvent que vous passez inaperçu ? Ou bien utilisiez-vous une technique de dissimulation ? J’ai failli ne pas vous remarquer du tout. »
Quel dommage.
J’avais lu les pensées de tout le monde et m’étais caché autant que possible dans leurs angles morts pour éviter d’attirer l’attention. Peut-être parce qu’il appartenait à une société secrète, le lieutenant-général était plus méticuleux que je ne l’avais imaginé.
Compter sur ses doigts, c’est de la triche. Il faut se battre loyalement, en ne faisant appel qu’à sa mémoire !
J’avais donc été pris la main dans le sac. Que faire ? Est-ce que je pouvais m’en tirer en baratinant ?
« La nécessité est mère de l’invention. Si vous n’avez pas remarqué ma présence, c’est bien que vous n’aviez pas besoin de la remarquer, non ? Je ne suis qu’un simple ouvrier. Si vous me laissiez partir, tout le monde pourrait vivre heureux… »
« Désolé, mais je ne peux pas faire ça. »
Un ouvrier… Juste un homme ordinaire qui a eu de la chance et qui a survécu. Si le lieutenant-colonel était morte, peut-être, mais à présent, nous n’avons plus besoin de guide. Aucune raison de laisser un témoin en vie.
L’intention meurtrière enfla.
C’était celle, inflexible, d’un général, l’une des forces les plus puissantes de l’État militaire, dirigée contre moi.
De même que nul ne pouvait arrêter la lumière des étoiles, je n’avais aucun moyen de parer son attaque. J’aurais peut-être pu m’en sortir contre Chanteciel, mais ces griffes avaient un poids bien réel. Même si je les bloquais de toutes mes forces, elles me transperceraient de part en part.
Si j’avais été celui que j’étais quand j’étais tombé dans l’Abîme, je serais mort sans pouvoir faire quoi que ce soit.
« Blâmez votre malchance. »
Mais j’avais des appuis fiables. Plus fiables qu’un pays ordinaire. Non, des appuis qui étaient un pays à eux seuls.
Juste avant que je puisse appeler Tyr, Callis prit les devants et cria :
« Vous ne devez pas l’attaquer, lieutenant-général Ebon ! »
Le lieutenant-général Ebon n’envisagea même pas de retirer ses griffes.
« Lieutenant-colonel, je vous ai maintes fois dit de mettre de côté votre attachement sentimental. Pour la grande cause… »
« Non, ce n’est pas ça. Il est sous la protection de la Progenitrice. »
« La Progenitrice ? »
[C’est exact.]
À cet instant, toutes les ombres projetées par la lumière se mirent à parler d’une seule voix. Une voix aiguë et fluette s’éleva des ombres longues, tandis que les ombres larges et épaisses résonnaient de voix profondes.
Le chœur des ténèbres fit trembler tout l’espace, avant de converger peu à peu en une voix unique.
[Il est sous ma protection, et son cœur est le mien.]
Trois chevaliers noirs surgirent de mon ombre et se plantèrent devant moi. Trois épées forgées dans les ténèbres pointèrent droit devant elles.
[Je le déclare : quiconque lui fera du mal me devra son sang.]
L’énergie était si puissante que tout mon corps se mit à trembler.
Personne ne ferait preuve d’esprit de compétition face à une catastrophe naturelle. Pas plus qu’une personne ordinaire n’oserait seulement songer à défier cette puissance : elle baisserait la tête.
Pourtant… même ces ténèbres primordiales ne suffirent pas à effrayer un général.
La voix du lieutenant-général Ebon trahissait une surprise manifeste.
« Il semblerait que l’ouvrier n’ait pas seulement survécu. Vous avez gagné les faveurs de la Progenitrice ? »
« Haha. On pourrait appeler ça une lutte désespérée pour survivre. »
« Voilà une lutte de grande envergure. Vous méritez donc naturellement des soins à la hauteur de cet exploit ! »
Sur ces mots, le lieutenant-général Ebon fit vivement claquer ses griffes. Des serres féroces, semblables à celles d’une bête, lacérèrent les ténèbres.
Le chevalier noir ne résista que deux échanges. Son arme, faite de ténèbres agglomérées, se brisa au premier choc contre la lame bleue, et la griffe qui suivit quelques instants plus tard abattit le chevalier noir.
Les deux autres chevaliers noirs attaquèrent le lieutenant-général Ebon, mais le colonel, qui s’était approché sans se faire remarquer, s’interposa devant l’un d’eux.
« Comment osez-vous attaquer le lieutenant-général ! »
Boum.
Le colonel planta fermement les pieds au sol et frappa le chevalier noir à répétition des deux poings. Sous cette pluie de coups, le corps entier du chevalier noir se dispersait et se reformait sans cesse.
Un direct chargé d’énergie bleue atteignit le chevalier noir en plein visage. Il chancela, puis se dissipa en fumée.
À ce moment-là, le lieutenant-général Ebon avait également mis en pièces le dernier chevalier noir. Il se tenait à présent face à moi, plus rien ne faisant obstacle entre nous.
…Maintenant que j’y pensais, ces chevaliers noirs n’étaient-ils pas vraiment trop faibles ? Leur insignifiance m’avait été utile quand je combattais Tyr, mais à présent, ils n’étaient d’aucun secours.
Le lieutenant-général me sourit gentiment.
« Mais il nous faut aussi un otage, n’est-ce pas ? Je vous prie de coopérer. »
C’était un sourire gentil, mais froidement calculateur, semblable à celui qu’il avait adressé à Callis alors qu’elle était encore en vie.
Je compris enfin.
Il souriait ainsi chaque fois qu’il repérait quelqu’un d’utile. C’était le sourire d’un marchand tombé sur une aubaine inattendue : il se réjouissait, tout en calculant froidement les profits et les pertes.
J’étais apparemment devenu quelqu’un d’utile à ses yeux.
Je n’en étais pas particulièrement heureux.
« Rassurez-vous, Progenitrice. Pour notre propre sécurité, je vous promets de veiller sur lui. Pas un cheveu de sa tête ne sera touché… à condition que vous ne vous mêliez pas de nos affaires, Progenitrice. »
[Bande de salauds… Vous allez tenir cette promesse.]
Les ombres bouillonnèrent comme pour le mettre en garde. Le lieutenant-général Ebon s’inclina dans la direction d’où venait la voix, puis fit signe du doigt au colonel qui attendait derrière lui.
« Colonel. Apportez la corde. Nous devons l’attacher. »
« Oui, compris ! »
Le colonel, qui ressemblait à un ours, sortit une corde d’un sac en cuir. C’était une corde spéciale fabriquée par l’État militaire, qui ne brûlait pas et que les lames ne pouvaient pas couper facilement. Après l’avoir tirée des deux mains pour en vérifier la solidité, le colonel hocha la tête et s’approcha de moi.
Le colonel m’adressa un sourire glacial.
Je joignis les bras et les lui tendis avec enthousiasme pour qu’il puisse m’attacher facilement.
« Voilà ! Attachez-moi vite ! »
« …Qu’est-ce que vous faites ? »
« Je coopère activement avec l’État militaire ! Vous alliez m’attacher de toute façon ! Autant en finir rapidement ! Comme ça, nous pourrons rendre à Tartare la paix d’autrefois ! »
Le colonel eut l’air méfiant, mais cela ne changeait rien à ce qu’il devait faire. Tout en me surveillant avec prudence, il me ligota solidement les poignets, puis tira sur la corde de toute sa force d’ours.
Il l’avait serrée à me faire un mal de chien ; j’avais mal aux doigts.
Voilà une entrave digne de l’État militaire.
Le lieutenant-général Ebon prit la parole.
« Vous gardez votre bonne humeur même dans une situation pareille, ouvrier. »
« C’est justement pour ça que je dois garder le sourire. À quoi bon froncer les sourcils et prendre un air grave dans l’Abîme ? Ça ne ferait qu’ajouter une couche de plus à la morosité. »
« Vous vous êtes comporté ainsi quand vous avez gagné les faveurs de la Progenitrice ? »
« J’aimerais vous répondre que c’est un secret professionnel… mais, pour être honnête, je n’en sais rien moi-même. Peut-être parce qu’elle avait vécu seule pendant mille deux cents ans, comme une vieille dame solitaire, je suis resté à ses côtés à bavarder pour qu’elle ne se sente pas seule. Elle m’a ouvert son cœur tout entier et semblait prête à me donner tout ce que je voulais et… Aïe ! »
Une ombre, là-bas, me lança une boîte de conserve.
Je reçus un coup sur la tête et voulus me frotter l’arrière du crâne, avant de me rappeler que j’avais les bras attachés. Je ne pus que gémir.
Le lieutenant-général Ebon m’observa, moi et les ombres, avec intérêt.
Je devrais m’en souvenir. Ça pourrait servir plus tard.
Détournant les yeux de moi, le lieutenant-général s’adressa à Callis.
« À présent, lieutenant-colonel. Conduisez-nous au Roi des Chiens. Tout doit être prêt quand le “passage” s’ouvrira, dans trente minutes. »
« Oui, compris. Suivez-moi. »
Callis passa devant et nous guida.
Alors que le lieutenant-général Ebon s’apprêtait à la suivre tranquillement, quelque chose attira son attention.
Un petit fragment de lame gisait sur le sol.
Le lieutenant-général Ebon plissa les yeux et examina attentivement le fragment taché de sang.
La lame fine et tranchante que contenait le nécessaire de suicide glissé dans le paquet « pour quitter ce monde ».
Après l’avoir observé un bref instant, le lieutenant-général Ebon jeta un coup d’œil à la blessure à la main droite de Callis, souffla doucement du nez et sortit.
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