Chapitre 100
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Traducteur : Hydrogen B
Éditeur : Hydrogen B
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Chapitre 100 : Les Rois des Bêtes
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« Hein ? Attends. »
Rashy pencha la tête, puis se dirigea vers la pièce où je me cachais. Il ouvrit rapidement la porte et regarda à l’intérieur.
Nos regards se croisèrent.
« Maître. Que se passe-t-il ici ? »
« Ah, tu m’as trouvé ! »
Il m’avait trouvé ?
L’immortel me dévisagea avec méfiance, alors que je me cachais de la façon la moins discrète qui soit.
Je sortis de la pièce à quatre pattes, avec un sourire gêné.
« Eh bien, je revenais chercher quelque chose quand j’ai remarqué que l’ambiance était bizarre en bas. Alors je me suis dépêché de me cacher dans une pièce, puis j’ai raté le moment de ressortir et je suis resté en attente. »
Rashy accepta mon excuse sans poser de questions, puis me réprimanda.
« Si tu observais la scène, tu aurais dû les arrêter ! La lieutenant-colonel a failli mourir, et cette gamine a failli tuer quelqu’un ! »
« Si j’étais intervenu, je serais mort aussi, et monsieur Shei serait passé du statut de meurtrière à celui de tueuse en série, pas vrai ? Contrairement à vous, monsieur Rashy, je ne suis pas immortel. Je ne peux pas me rattacher le bras s’il est coupé, ni revenir à la vie grâce à une feuille après ma mort. »
« Hm ! Je ne peux pas le nier ! À vrai dire, je me suis mêlé de l’affaire, moi aussi, mais je ne les ai pas arrêtés ! Ha ha ha ! »
L’immortel éclata d’un rire franc. Je lui répondis par un sourire gêné.
En réalité, je m’étais caché ici pour découvrir ce qu’était le fameux paquet d’évasion.
Callis n’avait qu’un seul endroit où fuir la régresseuse. Quand je m’en étais rendu compte, j’avais demandé la permission à Tyr, l’avais devancée et m’étais caché ici. Si Callis s’échappait à la surface avec son paquet, je comptais m’en emparer sur-le-champ ou, au moins, découvrir comment il fonctionnait.
Qui aurait pu deviner que c’était un paquet permettant de quitter ce monde ?
Quand j’avais lu pour la première fois les pensées de Callis au sujet de ce paquet, j’avais sérieusement envisagé de le lui dérober. Les vieilles habitudes ont la vie dure. Dès que je voyais une bourse de cuir gonflée sous une ceinture, mes doigts me démangeaient et je me retrouvais à tendre la main avant même d’en avoir conscience.
Avec le recul, j’avais eu de la chance de ne pas le faire. Si j’avais volé à la tire un paquet permettant de quitter ce monde et que je l’avais utilisé, pour mourir sur place, je me serais retrouvé dans la rubrique des blagues plutôt que dans celle des nécrologies.
Ouf. Ça valait vraiment la peine de changer de vie. Quand on se montre bon avec les autres, les porte-bonheur… non, la chance finit par nous sourire.
Je poussai un soupir de soulagement, tandis que Rashy prenait Callis par les épaules.
« Celle qui a sauvé la lieutenant-colonel Callis, c’est la lieutenant-colonel Callis elle-même. Je n’ai fait qu’un peu l’aider ! Vous pouvez être fière de vous, lieutenant-colonel ! »
« …O-oui. »
Je l’entendis buter sur ses mots. Rashy et moi regardâmes Callis. En un instant, son visage devint rouge comme ses cheveux.
L’immortel avait l’air perplexe.
« Hm ? Lieutenant-colonel, vous êtes devenue plus mignonne, tout à coup ? »
« N-non… »
« Plus important encore, maintenant que ce chapeau ne vous cache plus la moitié du visage, je peux enfin vous voir clairement ! Vous avez les yeux plus ronds que je ne pensais ! Je ne les voyais que sous ce chapeau, alors je croyais qu’ils étaient aussi aiguisés que des lames. Vous êtes plus mignonne que vous en avez l’air ! »
« Ç-ça… »
« Pourquoi portiez-vous tout le temps ce chapeau rigide à large bord ? À part vous écraser les cheveux, il ne sert à rien ! Si l’ombre de ce bord ne vous avait pas caché le visage, je l’aurais découvert bien plus tôt ! »
« Je… ne voulais pas… avoir l’air ridicule. »
Le visage en feu, Callis baissa encore la tête.
Oh, oh. C’était donc ça.
Cette sensation douce-amère, presque imperceptible, était comme une drogue : elle me recroquevillait les mains et les pieds tout en m’empêchant de détourner les yeux. Je me frottai sous le nez et déclarai :
« Ouah. C’était pitoyable, mais ça restait intéressant ! Peu importe à quel point la vie devient pénible, ce monde est quand même mieux, non ? »
« …Tu veux mourir ? »
« Oh ? Tu montres encore les crocs ? »
Hé, l’immortel. Tu n’as pas dit qu’elle avait les yeux doux ? Quand elle me regardait, ils avaient toujours l’air assez acérés pour me découper.
Elle ne portait même plus son uniforme ni son chapeau, mais un seul regard perçant suffit à me faire reculer. Cette peur était-elle gravée dans mes instincts ?
Callis me lança un regard noir, puis se pencha discrètement vers Rashy et murmura :
« …Je dois rester ici jusqu’à l’arrivée de l’équipe d’enquête. Mon autorité a même été suspendue ; je ne vaux donc pas mieux qu’une prisonnière. »
« Ne vous inquiétez pas tant ! Lieutenant-colonel, vous n’êtes pas complètement coincée ici comme nous ! Et, d’après ce que j’ai appris au cours de ma vie, cet endroit est plutôt agréable à vivre ! »
« Peut-être… »
Elle était complètement tombée sous son charme. Après tout, difficile de ne pas s’attacher à quelqu’un qui se jette dans le danger pour vous sauver.
Mais qu’étais-je censé faire de ça ?
« Je vous ai retenue assez longtemps ! Je ferais mieux d’y aller. Vous devriez d’abord dormir un peu ! Rien de tel qu’un bon sommeil pour apaiser un corps encore sous le choc ! »
Rashy tenta poliment de lui laisser un peu d’espace. Ce n’était pas ce que Callis souhaitait.
Il n’avait pas sauvé Callis parce qu’elle était spéciale. Lors de l’évasion de la prison, Rashy avait affronté le meneur pour protéger les simples travailleurs. Il avait lamentablement perdu et s’était fait arracher les quatre membres, mais quand même.
C’était tout simplement le genre d’homme qu’était Rashy. Si Callis se demandait si elle était spéciale, la réponse était non.
Bon, elle voulait probablement quand même donner un sens à tout ça.
« Pff. La route sera longue… »
Je marmonnai ces mots en me demandant quelles épreuves m’attendaient.
Puis, sans le moindre avertissement.
Sans aucun contexte.
Sans même un bruit.
Une femme-bête féline apparut devant nous.
« Miaou. »
Tout le monde se tut à son apparition soudaine. Comme si nous nous étions donné le mot, nous fûmes tous attirés par la jeune fille qui s’avançait d’un pas léger.
La femme-bête féline pénétra tranquillement au milieu de nous, replia une main en poing et se mit à en lécher le dos.
« …Un chat ? »
Sa queue dressée lui arrivait presque jusqu’à la tête. Elle avait des oreilles triangulaires et pointues, ainsi qu’une épaisse chevelure gris cendré qui lui descendait dans le dos. Curieusement, le pelage extérieur de ses oreilles était gris foncé, tandis que l’intérieur était presque entièrement blanc. On aurait dit qu’on avait peint les deux faces de couleurs différentes.
Quatre longues moustaches fines s’étiraient sur son visage pâle. Ses pas légers étaient élégants et doux comme des plumes. Si je n’avais pas pu la voir, je n’aurais peut-être même pas su qu’elle était là.
« Miaou. »
La femme-bête féline poussa un petit miaulement envoûtant et nous examina d’un air désinvolte.
Par réflexe, j’essayai de lire les pensées de la personne qui venait d’apparaître.
Impossible.
Non, je les lisais, mais je n’arrivais pas à en relier le sens. C’était comme un livre de hiéroglyphes gravés dans une grotte et retranscrits dans notre langue. Je pouvais suivre les mots, mais pas en saisir le sens.
J’avais déjà vécu ça, alors je ne fus pas décontenancé. J’étais simplement surpris.
« Le Roi des Chats ? »
Bon sang, qu’est-ce qu’un Roi des Bêtes venait faire ici ?
Non, quelque chose clochait. Le Roi des Chiens était venu parce que des humains l’avaient envoyé, mais pourquoi le Roi des Chats était-il venu dans l’Abîme ? On était dans l’Abîme ou dans un zoo ?
Je ne percevais les pensées de personne d’autre dans les environs. Elle était donc seule. Allais-je devoir lui poser la question directement ?
Je ne pouvais pas lire les souvenirs d’un Roi des Bêtes, mais je pouvais connaître son nom. Il me suffisait de le lire tel qu’il se prononçait.
Je m’adressai à Nabi, qui se léchait le dos de la main.
« Nabi, pourquoi es-tu venue chez nous ? »
« Miaou ? »
Nabi s’interrompit un instant et répondit d’un ton hautain :
« Miaou est venue recevoir une offrande et exaucer le vœu de celui qui l’a faite, miaou. »
« Recevoir un tribut ? »
« Miaou est la seule reine à avoir conclu un contrat d’égal à égal avec les humains. Mon serviteur m’a offert un tribut et m’a demandé d’attraper les souris qui couinent dans un trou à rats. Voilà pourquoi miaou est venue ici. »
Un contrat. Des souris. Un tribut.
Le mauvais pressentiment qui montait en moi n’était probablement pas qu’une impression.
Surtout après notre conversation, quelques instants plus tôt, sur les Seigneurs de toute la Création.
« Oh ! Une dame-chatte ! »
À cet instant, Rashy, qui ne connaissait pas la peur puisqu’il ne pouvait pas mourir, s’avança vers Nabi avec son audace habituelle.
« Cette année a vraiment été bénie ! Rencontrer non pas une, mais deux filles-bêtes qu’on dit si difficiles à trouver ! Quelle aventure incroyable. J’imagine déjà les gens du village tomber à la renverse de surprise ! »
« Miaou ? »
« Enchanté ! Je m’appelle Rashy, dame-chatte ! »
Au moment même où l’immortel tendait la main vers Nabi, celle-ci le frappa de sa patte avant.
L’espace fut creusé. La patte du chat engloutit dans l’ombre l’espace devant elle, et le bras arraché de Rashy traversa le couloir en un instant. Son bras droit détachable ne toucha pas une seule fois le sol avant d’avoir franchi tout le couloir.
Les yeux de Rashy s’écarquillèrent.
« Oh ! »
Une force comparable à celle d’Azzy, non, encore supérieure.
Contrairement à Azzy, dont l’hostilité s’évanouissait à la simple vue d’une personne à forme humaine, le Roi des Chats, méfiant, ne se retint pas. Même si Rashy n’avait pas été immortel, elle l’aurait frappé de la même façon.
Autrement dit, elle aurait fait pareil si je lui avais tendu la main.
La sueur me coula le long du dos. Je commençais à sentir l’odeur de la mort autour de moi.
Le Roi des Chats était plutôt amical envers les humains, mais… mieux valait ne pas s’approcher des Rois des Bêtes, tout simplement. Les bêtes étaient imprévisibles. On ne savait jamais quand elles allaient se retourner contre vous.
Azzy, qui débordait de bienveillance, était l’exception. Depuis la nuit des temps, les bêtes étaient des symboles de peur et de danger.
Nabi se lécha calmement la patte avant dont elle venait de se servir pour envoyer valser le bras d’un homme.
Rashy se gratta la tête de la main gauche.
« Fidèle à sa réputation, un chat n’est jamais à prendre avec des pincettes ! Ces derniers temps, je ne suis entouré que de femmes à fleur de peau ; je me sens un peu seul ! Ha ha ! Surtout, ne vous approchez pas de la dame-chatte à la légère ! À moins d’être immortel comme moi, bien sûr ! »
Callis jeta un regard inquiet à son bras droit, tranché sous le coude.
« Rashy, est-ce que… ça va ? »
« Ça va. Mon bras droit qui se détache, c’est devenu le quotidien ! Maintenant, ça me fait bizarre quand il est encore attaché ; parfois, je l’enlève pour m’en servir d’oreiller ! Un véritable oreiller-bras ! »
« …Ça ne fait qu’un jour que c’est arrivé. »
« Ah bon ? Alors je dormirai comme ça dès ce soir ! »
La plaisanterie idiote de l’immortel détendit un peu l’atmosphère.
Son bras droit, qui n’était tombé au sol qu’après avoir heurté le mur au fond du couloir, se redressa sur deux doigts et se mit à trottiner vers lui.
Face à ce spectacle rare, Nabi observa le bras qui se déplaçait tout seul avec curiosité.
« Miaou ? Le bras bouge, miaou. »
« Mon bras, dont je suis si fier ! Il ne m’a jamais trahi ! Il est aussi fiable qu’un bon compa… »
« Miaou. »
Le bras droit passait devant Nabi.
Crac.
Nabi l’écrasa sous sa patte. Elle l’avait simplement posée, et pourtant le sol s’enfonça en prenant la forme d’une empreinte féline. Coincé entre sa patte et le sol de béton, le bras droit éclata comme un fruit, projetant de la chair dans toutes les directions.
Rashy marmonna, l’air abasourdi :
« Oh, là, ça ne va pas très bien. »
« Rashy ! » s’écria Callis avec inquiétude.
« Chut ! Ne vous approchez pas. Ça va encore ! Mon bras droit est une partie de mon corps offerte à la Terre Mère. Même s’il est abîmé, il finira par se régénérer… »
Nabi observa le bras qui se régénérait sans cesse comme s’il la fascinait, puis le frappait de sa patte chaque fois qu’il avait entièrement repoussé et tentait de s’échapper. À chaque coup, le bras droit tremblait de douleur.
Elle n’y mettait aucune malveillance. Elle tourmentait le bras droit par pure curiosité. C’était grotesque, et pourtant la scène avait quelque chose de cruel qui m’empêchait de détourner les yeux.
Cette étrange confrontation dura un moment. Sans dire un mot, nous ne pouvions que regarder Nabi jouer.
Nous ne pouvions rien faire d’autre.
Puis, à un moment donné.
« Miaaou ! Ils arrivent quand, miaou ?! »
Le pouvoir de régénération du bras droit s’amenuisait peu à peu. Lassée de ce bras qui ne pouvait que trembler, Nabi s’écria, irritée.
Un instant plus tard, quelque chose atterrit sur le toit dans un bruit sourd. Puis retentit le bruissement des parachutes.
Nabi dressa les oreilles, leva brusquement la tête et cria :
« Miaou ! Dépêchez-vous, miaou ! »
« Nous arrivons. »
Après cette voix, deux officiers descendirent l’escalier du toit.
Notes :
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