Chapitre 321
« En plus, il me semble qu’il avait un fils. Au moins, sa lignée peut encore être préservée et mise à profit. Je dois agir vite et absorber sa maison avant que ces vautours n’arrivent. »
Se remémorer ces détails le rassura un peu. Aujourd’hui, il allait rafler une belle part du gâteau, et la puissance de sa maison allait monter en flèche après l’absorption de la région de l’Ouest.
Derrière lui, les gardes poursuivaient leur travail et emportaient les derniers survivants d’une région qui n’existait plus.
« Vous avez entendu la nouvelle ?
— Oui, quelle tragédie…
— Tss, tss, qui aurait pu prévoir ça… »
Des murmures s’élevaient dans un bar du quartier sud de la cité.
Oliver tendit l’oreille en surprenant une conversation intéressante.
« En effet, la région de l’Ouest est complètement détruite. J’aimais bien les vases qu’on y vendait…
— Et dire que le fameux chef de l’Ouest a subi un contrecoup et s’est déchaîné contre les siens… C’est atroce. »
« La région de l’Ouest est détruite ? » Oliver en fut quelque peu surpris.
Il ne s’était pas du tout attendu à ce dénouement.
« Attends, mais pourquoi est-il devenu fou ? Est-ce parce que j’ai tué son fils ? » Il fronça les sourcils et secoua la tête.
« Non, sinon il serait devenu fou sur-le-champ. Je ne crois pas qu’il éprouvait des sentiments aussi forts pour ce fils inutile… Alors… qu’est-ce qui a bien pu… Attends, est-ce que ce serait le miroir ?! »
Il ouvrit grand les yeux en reliant les éléments. C’était forcément ça. Son instinct le lui soufflait.
« Qu’est-ce que c’est, ce miroir ? »
Sa curiosité n’en fut que plus vive.
Mais il savait qu’à son niveau actuel, il ne pouvait pas percer son mystère.
Il détourna ses pensées de cette affaire. De toute façon, la destruction de la région de l’Ouest était une bonne nouvelle pour lui.
Si la nouvelle était parvenue jusqu’ici, c’était que le chef de maison avait sans doute déjà été tué par quelqu’un.
C’était un peu dommage, car il comptait l’exorciser à l’aide des [Arts vaudous ancestraux], mais c’était mieux ainsi.
L’élimination avait été rapide.
« J’espère que ces types s’en sont sortis sans encombre… » Il repensa au groupe d’exorcistes.
« C’était une occasion en or pour eux. Une diversion d’une telle ampleur ne se présenterait pas de sitôt. J’espère qu’ils ont quitté la cité. »
Sans le savoir, il avait de nouveau aidé le groupe.
Il ne put que sourire avec amertume. Puis il baissa les yeux vers la cruche d’eau qu’il tenait. Il était venu pour tout autre chose.
Il était là pour convertir ses marchandises en argent, comme il se devait.
Il attendait quelqu’un dans ce bar.
Vendre directement au marché les antiquités qu’il possédait revenait à demander à se faire arrêter et exécuter.
Après tout, elles avaient toutes été volées dans la maison du chef de l’Ouest, qui venait de semer le chaos.
Il ne pouvait que passer par des circuits douteux. Les démons, comme les humains, obéissaient à certaines règles.
Mais il y avait toujours des individus qui défiaient le système et agissaient autrement.
Oliver ignorait si son contact était digne de confiance ou s’il s’agissait d’un escroc.
Il n’avait aucun moyen de le savoir. Il avait trouvé ce contact sur le réseau démoniaque et lui avait demandé un rendez-vous privé pour discuter affaires.
Il y avait de fortes chances que ce soit un escroc cherchant à se faire de l’argent facile. Mais vu sa situation, il ne pouvait que tenter sa chance.
Il était prêt à fuir au moindre signe de danger. Il devait prendre des risques.
À cet instant, il sentit une présence singulière derrière lui.
« Westrol22 ? »
Une voix rauque l’interpella. Il se retourna, les yeux légèrement plissés. Il n’avait pas senti le démon avant qu’il soit tout près.
« Peut-être un artefact de dissimulation ? » supposa-t-il.
Westrol22 était le pseudonyme du compte qu’il utilisait. Il acquiesça donc légèrement.
Tous deux avaient le visage dissimulé sous une capuche, si bien qu’aucun ne pouvait reconnaître les traits de l’autre.
L’autre partie semblait tout aussi prudente, ce qui rendait moins probable qu’il s’agisse d’un escroc.
« Alors, si je comprends bien, vous avez des antiquités et des objets à échanger ? » Il alla droit au but.
« Oui, ça m’intéresse », confirma Oliver.
« Puisque vous m’avez contacté, j’imagine que la provenance des objets est douteuse. Mais comme je vous l’ai dit sur le réseau démoniaque, ça ne nous pose aucun problème. En revanche, le prix sera inférieur à celui du marché. Vous comprenez ? » demanda-t-il pour s’en assurer.
« Je sais. »
C’était évident. Ils avaient été volés, alors les frais de traitement rogneraient une bonne part du prix.
« Parfait. Suivez-moi, je vais les expertiser. » Il se leva et fit signe à Oliver de le suivre.
« Hein, c’était facile. »
Oliver suivit le marchand encapuchonné jusqu’à une boutique discrète. C’était une simple boucherie.
L’homme encapuchonné ignora le boutiquier et le conduisit à l’intérieur, dans une pièce privée.
C’était une pièce de taille moyenne, avec des nattes en papier et une table ronde au milieu.
« Allez-y, sortez les objets. » Il lui fit signe.
Oliver acquiesça et commença à sortir les objets un par un.
Vases, tableaux, tapis… il sortit tout pour les faire expertiser.
À mesure que le marchand encapuchonné examinait les objets, son expression s’assombrissait.
« Ces objets… Il a pillé la noblesse ? »
Cette idée le stupéfia. Quand quelqu’un l’avait contacté sur le réseau, il ne s’était pas attendu à une telle chose.
C’était un démon plein de ressources. Il connaissait toutes sortes de choses ignorées des gens ordinaires et avait bâti son commerce grâce à son intelligence, à ses relations solides et à ses connaissances approfondies.
Il ne se trompait pas : ces objets avaient de la valeur.
Inutile de le lui dire, ils appartenaient tous à quelqu’un de riche et de puissant. Ces vases, qu’on ne trouvait plus sur le marché, et les broderies des tapis, tissées avec de l’or véritable… tout était authentique à cent pour cent.
Il leva les yeux de la feuille d’or qu’il tenait pour regarder l’homme en face de lui. Il ne voyait pas son visage et, de plus, ne parvenait pas à sentir sa présence.
« Quel genre d’artefact peut effacer toute présence ? On dirait qu’il n’est même pas devant moi. »