Chapitre 7 240
Un rugissement furieux ébranla les cieux. Celui qui venait de parler était un maître des formations, et il fut le premier à comprendre le rôle de cet autel noir.
Au cœur de l’autel se dressait une statue enveloppée de ténèbres. Ils ne parvenaient pas à la distinguer clairement, mais son aura sombre et sinistre ne laissait aucun doute : elle venait du monde extérieur. Un gigantesque vortex se forma au-dessus de la statue. On aurait dit la gueule d’un démon qui absorbait avec avidité l’énergie de la Manifestation du dragon de Chance karmique. Celle-ci se débattait violemment, comme si elle voulait s’échapper, mais une sorte de pouvoir la retenait.
« Maudite Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord ! Comment osez-vous trahir les neuf cieux et les dix terres ?! Nous devons reprendre la Manifestation du dragon de Chance karmique ! »
Nul, à part celui qui avait rugi, ne savait s’il était un fervent défenseur des neuf cieux ou s’il poursuivait simplement ses propres intérêts. Chacun, toutefois, avait son idée sur la question. À l’évidence, même si la Race des Renards d’Argent n’avait pas trahi les neuf cieux, tous se seraient tout de même disputé la Manifestation du dragon de Chance karmique. Mais à présent, ils avaient une excuse honorable : ils pouvaient prétendre agir pour le bien des neuf cieux. Ils s’étaient aussitôt drapés dans une aura de droiture.
« Attaquons tous ensemble ! Exterminons la Race des Renards d’Argent ! »
« Tuez-les ! »
La trahison de la Race des Renards d’Argent offrit aussitôt à tous un prétexte pour attaquer. Les experts des grandes factions se ruèrent en avant. Pourtant, s’ils prétendaient vouloir exterminer la race, ils fonçaient tous sur la Manifestation du dragon de Chance karmique.
« Quelle bande d’hypocrites sans vergogne ! Si la Race des Renards d’Argent ose agir ainsi, croyez-vous que nous ayons peur de vous ? »
Un ricanement glacial retentit. D’innombrables silhouettes apparurent au sommet de l’autel. À leur tête se tenait un vieil homme, un bâton d’os blanc à la main.
« Hu Huansheng ! Traître ! Je ne pensais pas que tu aurais atteint le royaume du Souverain Divin à demi-pas ! Voilà donc pourquoi tu as trahi notre camp ! » lança un ancien de la race humaine. Il connaissait manifestement bien le patriarche de la Race des Renards d’Argent.
Hu Huansheng ricana. « Et alors ? Un grand général doit servir un roi sage. Il n’y a rien de mal à rejoindre le camp des vainqueurs ! Puisque vous ne pouvez pas nous donner ce dont nous avons besoin, nous avons décidé de nous rallier à ceux qui le peuvent ! »
« Toi… Espèce de traître ! Et tes ancêtres, alors ?! » rugit quelqu’un.
« Tss, tu oses parler de mes ancêtres ? Et les tiens, alors ? La Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord a sacrifié d’innombrables vies pour les neuf cieux, jadis. Qu’avons-nous reçu en retour ? Nous avons subi des pertes effroyables et, pour survivre, nous avons pris toutes les ressources que nous pouvions trouver. Mais vous vous en êtes pris à nous et vous nous avez même attaqués par le passé ! Ce sont les hypocrites dans votre genre qui me mettent le plus en colère ! Aujourd’hui, la Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord est en plein essor et nous déclarons notre indépendance vis-à-vis des neuf cieux ! Si vous avez un moyen de nous en empêcher, allez-y, essayez ! » lança Hu Huansheng avec un ricanement provocateur.
« Quelle connerie ! Quelle race des neuf cieux n’a pas subi de pertes durant cette guerre ?! C’est pour ça que vous avez massacré d’autres factions et volé leurs ressources ?! » Les injures furieuses fusèrent.
En vérité, la Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord avait bel et bien consenti de grands sacrifices durant la Guerre du chaos primordial. Mais les autres factions avaient elles aussi subi des pertes colossales, sans pour autant décider qu’elles pouvaient attaquer leurs semblables et s’emparer de leurs ressources pour compenser leurs pertes après la guerre.
En réalité, la Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord avait d’abord anéanti deux grandes factions afin que personne ne puisse révéler ses méfaits. Comme tous se remettaient de la guerre, les autres n’étaient pas préparés et furent massacrés comme des moutons. Mais lorsque les Renards d’Argent s’attaquèrent à une troisième faction, ils se heurtèrent à une résistance farouche et leurs méfaits furent aussitôt dévoilés.
À l’époque, la Race des Renards d’Argent avait prétendu régler de vieilles rancunes. Le vol de ressources était devenu une juste vengeance. Personne ne crut ces sottises et les grandes factions les encerclèrent aussitôt. La Race des Renards d’Argent subit de lourdes pertes durant cette bataille, mais ses adversaires aussi. Les Démons extérieurs les guettant toujours, personne n’osa engager toutes ses forces.
Quoi qu’il en soit, la réputation de la Race des Renards d’Argent dans les neuf cieux s’était depuis longtemps effondrée. Les conflits avec elle duraient depuis d’innombrables années. Elle avait si mauvaise réputation qu’elle ne comptait pas un seul allié dans les neuf cieux. Voilà pourquoi tant de factions étaient venues s’emparer de la Manifestation du dragon de Chance karmique dès son apparition. Aucune ne se sentait coupable.
Pourtant, personne n’avait imaginé que la Race des Renards d’Argent miserait son avenir sur les Démons extérieurs. Elle avait même offert la Manifestation du dragon de Chance karmique aux Démons extérieurs en gage de loyauté !
Enfin, les troupes de tête des forces des neuf cieux atteignirent la Manifestation du dragon de Chance karmique et tendirent la main vers elle.
« Quoi… ? »
À leur grand étonnement, une force étrange les empêchait de l’atteindre. Bien qu’elle se trouvât juste devant eux, ils avaient l’impression qu’elle appartenait à un autre espace-temps. Ils ne pouvaient pas la toucher.
« Hahaha ! »
En voyant cela, les experts de la Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord éclatèrent d’un rire dément. De toute évidence, ils savaient que cela se produirait.
« Vous voulez la Chance karmique de ma race ? Bonne chance ! Nous avons mis le destin de toute notre race en jeu ! Vous pensiez vraiment pouvoir la toucher ? » ricana Hu Huansheng avec mépris.
De plus en plus d’experts se ruèrent sur la Manifestation du dragon de Chance karmique. Ils déployèrent toutes sortes de Capacités divines, mais quoi qu’ils tentent, ils ne parvinrent pas à s’emparer de la moindre parcelle de Chance karmique.
« Oubliez la Manifestation du dragon de Chance karmique pour l’instant ! Nous devons d’abord anéantir la Race des Renards d’Argent de la Mer du Nord ! Une fois leur autel détruit, nous pourrons forcément obtenir la Chance karmique ! » cria quelqu’un.
À cette réflexion, tout le monde approuva. Si la Manifestation du dragon de Chance karmique leur restait inaccessible, c’était forcément à cause de l’autel. D’innombrables experts chargèrent donc les Renards d’Argent.
Au même moment, de l’autre côté, le roulement des tambours continuait d’ébranler le ciel et la terre. Miao Yin menait une armée de plusieurs milliards de soldats contre les Démons extérieurs. Le spectacle était saisissant.
Les quatre généraux de Miao Yin commandaient chacun un corps d’armée et massacraient leurs ennemis à un rythme effréné. D’innombrables vies s’éteignaient à chaque battement de cils. Et cette fois, les Démons extérieurs n’étaient pas les seuls à tomber : des experts des neuf cieux perdaient eux aussi la vie.
Dans une bataille d’une telle ampleur, les morts étaient inévitables. C’était d’autant plus vrai pour les disciples qui avaient rejoint leurs rangs plus tard. Tous n’avaient pas la même puissance, et beaucoup d’entre eux foulaient un véritable champ de bataille pour la première fois. Malgré les consignes de Miao Yin et la conduite des quatre généraux, les neuf cieux perdaient sans cesse leurs jeunes génies.
Bien sûr, proportionnellement, les Démons extérieurs subissaient des pertes plus lourdes. La formation, soutenue par des milliards d’experts, reliait leurs auras. Elle formait son propre domaine, capable de résister au domaine de sang démoniaque.
À cela s’ajoutait le roulement des tambours de Miao Yin. Ceux-ci ne se contentaient pas d’élever un domaine : ils galvanisaient aussi les troupes. Chaque battement les rendait plus courageuses et plus fortes. En outre, les tambours résonnaient d’une droiture qui intimidait leurs adversaires. Leur son interrompait leur état de frénésie et perturbait leur volonté.
Ces passages répétés de la frénésie à la lucidité affectaient forcément leur puissance globale. Des brèches se formaient dans leur armée. Poussés par ceux qui se trouvaient derrière eux, les soldats se jetaient dans la mêlée comme des papillons dans les flammes. Leurs pertes étaient cent fois plus lourdes.
Soudain, un trait de lumière fondit sur Miao Yin. Une puissante pression de Souverain Divin repoussa le domaine de la formation.
« Attention, c’est un Souverain Divin à demi-pas ! » cria quelqu’un, alarmé. Long Chen, lui, resta simplement là à regarder cette silhouette foncer sur Miao Yin.
Un instant plus tard, un hurlement de loup ébranla le ciel et la terre. Un gigantesque loup noir apparut derrière Miao Yin. Il ouvrit ses deux gueules et en projeta deux rayons de lumière noire.