Chapitre 7 219
Le corps colossal de dragon barbare du maître du palais emplissait le ciel au-dessus d’une étendue déserte. Il avait créé un véritable domaine, où déferlaient les courants sauvages de la puissance du Grand Dao.
Cette pression n’était pas hostile, mais elle en était presque suffocante pour Miao Yin et Zi Yan. Toutes deux en furent stupéfaites. Bien qu’il fût lui aussi un Souverain céleste à demi-pas, la Puissance de Souverain du maître du palais dépassait de loin celle de Li Yifu. Autrement dit, le maître du palais ne révélait sa véritable puissance que maintenant : s’il avait vraiment voulu tuer Li Yifu, celui-ci se serait réincarné depuis longtemps.
« Si, au Royaume de Souverain Divin, vous maîtrisez le pouvoir de loi, au rang de Souverain céleste, c’est la puissance du Grand Dao que vous maîtrisez. Mais qu’est-ce que le Dao ? »
La voix du maître du palais avait quelque chose de sacré, bien loin de son ton habituellement bravache.
C’était encore cette même question. Long Chen aurait sans doute pu débiter tout un tas de platitudes à ce sujet, mais, à son niveau, le Grand Dao lui paraissait toujours plus profond. Il était véritablement indescriptible.
Le maître du palais poursuivit : « Cela vous surprendra peut-être, mais je n’ai jamais réussi à le comprendre non plus. C’est l’ancien balayeur qui m’a éclairé et m’a permis d’en saisir une partie. Grâce à cette révélation, j’ai pu toucher au Royaume de Souverain céleste et y faire un demi-pas.
— Vous demandez-vous pourquoi Li Yifu est tellement plus faible, alors qu’il est lui aussi un Souverain céleste à demi-pas ? C’est parce qu’il avait atteint la porte, mais qu’il n’a pas regardé dans la cour avant d’y entrer. Il a levé le pied, franchi le seuil, puis s’est rendu compte qu’il ne voyait aucun chemin devant lui. Sur quoi était-il donc censé poser le pied ? Voilà pourquoi il est bloqué depuis d’innombrables années. Quand vous l’avez rencontré, il paniquait déjà.
— La Secte du Dao Pair des Cieux est sa chance de poser fermement le pied. S’il la laisse passer, il ne pourra jamais accéder pleinement au Royaume de Souverain céleste. C’est pourquoi il était prêt à vendre toute sa secte. Il espérait ainsi atteindre ce royaume. »
Long Chen et les autres acquiescèrent. Il semblait que franchir ce pas était extrêmement dangereux. La difficulté devait dépasser leur entendement. Rien d’étonnant à ce que Li Yifu ait été prêt à trahir la Porte de l’Ascension Immortelle et même à sacrifier sa propre vie. Tout cela pour ce seul pas.
« Doyen Long Chen, avez-vous déjà entendu ces mots : “Le Dao dont on peut parler n’est pas le Dao éternel ; le nom que l’on peut nommer n’est pas le nom éternel” ? demanda le maître du palais.
Long Chen se plongea dans ses pensées. « D’après ce que j’en comprends… Si l’on essaie de décrire le Dao, ce que l’on décrit n’est pas le Dao que l’on cherche à exprimer. Le Dao peut être compris, mais toute description reste limitée. On ne peut donc pas l’exprimer dans son intégralité avec de simples mots.
— En outre, le Dao connaît d’innombrables transformations. Il change sans cesse. Le temps de le décrire, il a peut-être déjà pris un autre aspect. Puisqu’il est en perpétuelle évolution, quels que soient les mots employés, on ne parle que d’une de ses innombrables formes.
— On peut donc dire que le Dao est l’ordre du monde, mais pas que l’ordre du monde est le Dao. On peut dire que le Dao correspond aux lois naturelles, mais les lois naturelles ne sont pas le Dao. Le Dao est énergie, mais l’énergie n’est pas le Dao.
— Quant à l’idée que le nom que l’on peut prononcer n’est pas le vrai nom, c’est parce que le Dao est sans forme et que les gens ordinaires ne peuvent pas le percevoir, encore moins le toucher. Pour connaître quelque chose, il faut en connaître le nom. Mais dès qu’on nomme une chose, elle se transforme : ce qui était sans forme en prend une.
— Nous voyons quelque chose et associons sa forme à son nom. Cela nous aide à distinguer les choses et à comprendre leur nature. Pourtant, elles se transforment sans cesse. Une plante peut évoluer peu à peu jusqu’à ce que sa nature ne corresponde plus à ce que son nom désigne. Il faut alors lui en donner un nouveau. En changeant leurs noms, nous les comprenons mieux. Mais plus nous les comprenons, plus leurs noms changent.
— Ainsi, un nom n’est qu’une désignation temporaire. Nous pouvons donner un nom au Dao, mais nous ne devons pas nous laisser tromper par ce nom, car aucun nom ne peut exprimer l’essence d’une chose en perpétuelle transformation. »
La réponse de Long Chen stupéfia le maître du palais. Elle ressemblait presque en tout point à l’explication que lui avait donnée l’ancien balayeur. Il soupira intérieurement. Comme on pouvait s’y attendre du plus jeune doyen de l’histoire de l’Académie du Haut Firmament. J’envie vraiment ta compréhension…
Pourtant, malgré son envie, il comprenait aussi que les humains étaient les êtres les plus proches des Daos célestes et que cette affinité même les rendait plus susceptibles de s’égarer. La nature de la race humaine était la plus changeante de toutes. C’était la race que personne ne pouvait jamais comprendre. Presque toutes les autres races avaient été dupées un jour par les humains. Trahisons, ruses, complots : la race humaine ne manquait jamais de telles pratiques.
Il n’était donc pas étonnant que si peu de gens soient amicaux envers la race humaine. Comment nouer une véritable amitié avec une personne dont le caractère change sans cesse ? La plupart des autres races ne ressentaient que mépris ou haine envers l’humanité, et beaucoup choisissaient de s’en tenir à distance. Rien que cela montrait combien il avait dû être difficile, autrefois, pour le Maître des Étoiles d’unir les Dix mille races contre les Démons extérieurs.
« Alors, Doyen Long Chen, quelle est votre compréhension du Dao ? demanda le maître du palais.
Long Chen répondit aussitôt : « Pour moi, le Dao, c’est la puissance ! »
Cette fois, Miao Yin et Zi Yan le regardèrent, perplexes. Sa réponse précédente était presque parfaite et elles en avaient toutes deux tiré profit. Mais celle-ci était incroyablement simpliste.
« Mademoiselle Zi Yan, que représente le Dao à vos yeux ? » demanda le maître du palais.
Zi Yan répondit : « Aîné, je crois que le Dao est la vertu. Puisqu’on ne peut pas saisir le Dao entre ses mains, il faut l’atteindre par la vertu. C’est pourquoi il existe l’Écriture de la Vertu du Dao. L’union du Dao et de la vertu facilite grandement la compréhension du Grand Dao. Par exemple, de nombreux écrits décrivent la vertu du ciel, celle de la terre, celle de l’eau ou celle des rois. En changeant sans cesse de point de vue, on peut s’appuyer sur les différentes facettes de la vertu pour comprendre le Dao. »
Miao Yin acquiesça aux explications de Zi Yan. Elle partageait son point de vue : atteindre le Dao par la vertu devait être la voie la plus facile. Après tout, elle et Zi Yan étaient toutes deux des cultivatrices de musique. Elles se servaient de la musique pour sonder les cieux et du regard céleste pour observer toute chose. Elles cherchaient à découvrir le fonctionnement du Dao dans la vie et la mort de tous les êtres.
Le maître du palais fut de nouveau surpris. La première affirmation de Long Chen était presque identique à celle de l’ancien chargé du balayage, mais la seconde était totalement différente. En revanche, la réponse de Zi Yan correspondait à celle de l’ancien balayeur.
« Alors, Doyen Long Chen, comptez-vous atteindre le Dao par la puissance ? » demanda le maître du palais, qui cherchait à sonder ses intentions. Cette tournure des événements dépassait quelque peu ses attentes.
Long Chen acquiesça fermement. « Oui ! »
Le maître du palais réfléchit un instant. « Dans ce cas, votre approche diffère quelque peu de ce que l’ancien balayeur avait prévu. Mais peu importe. Je vais maintenant vous montrer la puissance du Grand Dao que j’ai réussi à comprendre grâce aux conseils de l’ancien. J’espère que cela vous inspirera ! »
Le corps colossal du dragon s’illumina. Ses écailles brillaient d’un éclat éblouissant, éclairant le ciel et la terre. Son puissant Qi sanguin s’éleva, puis se fondit dans le ciel et la terre. Le Qi violet emplit soudain l’air, et le Qi sanguin du maître du palais s’y mêla, formant un arc-en-ciel multicolore suspendu dans le ciel.
À la vue de cet arc-en-ciel, le cœur de Long Chen se serra soudain.