Chapitre 18
Menelik pov
Empire du Soleil : Royaume Maharaka.
— Mon roi ! s’écria un garde en faisant irruption dans la salle du trône. Le Sultan vous convoque, Votre Majesté !
Encore une corvée de plus, pensai-je.
C’était au moins la troisième fois que le Sultan me faisait appeler. Non pas que je ne l’aimais pas, loin de là. Le Sultan était le sauveur de mon peuple ; ma loyauté lui appartenait sans réserve, tout comme elle appartenait aux Gold.
Portant mon regard sur la salle du trône, baignée d’une élégance inspirée de l’ancienne Afrique et de ses coutumes ancestrales, je balayai des yeux l'assemblée de mes ducs. Ils arboraient tous des tenues traditionnelles taillées dans des pagnes aux teintes violet foncé et noir, éclatant témoignage de la richesse culturelle de mon peuple.
D'un pas mesuré, j’avançais devant eux. Ces vieux croûtons devaient enragés intérieurement de devoir obéir aux ordres d'un gamin d’à peine dix-sept ans.
Prenez ce duc insipide : incapable de dépasser le rang Novice en soixante ans d’existence… À son âge, j’avais déjà balayé ses limites pour me hisser à l’étape finale du rang Novice. Lui plafonnait tristement au niveau 3.
Je vais le virer de son poste.
Il collait mes pas d'un peu trop près, et son nez crochu m’agaçait au plus haut point. Son haleine fétide vint frapper mes narines.
Remarquant ma grimace de dégoût, mon majordome s’empressa d’écarter le fâcheux. Je ne sais pas quelles paroles il lui murmura à l'oreille, mais le duc en ressors la mine déconfite et désespérée.
Satisfait de voir ce duc médiocre relégué à la queue du cortège, la tête basse, je repris ma progression. Les autres ducs gardèrent un silence prudent, emboîtant mes pas sans mot dire.
— Votre Altesse, vous vous apprêtez bientôt à intégrer l’Académie, intervint un duc au visage pâteux, affichant un sourire mielleux.
— En effet. Aurais-tu une sagesse à me transmettre ? demandai-je avec une ironie mordante.
— Hélas non, mon roi—
— Qui gouvernera le royaume durant votre absence ? le coupa net un duc au regard d'acier.
Le plus puissant d'entre eux. Un Éveillé de rang Intermédiaire.
Je lui décchai un coup d’œil perçant. C’était un homme imposant de deux mètres, à la peau sombre, tapi à un seul palier de la Transcendance. Paradoxalement, il était le plus jeune des ducs, mais de loin le plus redoutable.
Un combattant de trente ans, autrefois auréolé de gloire au cœur de l’Empire, qui avait fait le choix de mettre son acier au service du royaume de Maharaka.
Un acte noble en apparence, certes. Mais plongé au milieu de cette fosse aux serpents, la méfiance restait de mise face au duc Nelson.
Alors c’est là qu’ils voulaient en venir.
En vertu de cette loi impériale exigeant que quiconque atteigne l’âge de dix-sept ans suive la formation académique, peu importe sa naissance ou son rang, je me voyais contraint de confier les rênes de mon royaume. Et ces vipères ne prenaient même plus la peine de dissimuler leur convoitise.
Ma lignée règne sur ces terres depuis des générations. Si je n'écoute que mon instinct, il y a bien longtemps que je les aurais tous fait exécuter…
Sans m'en rendre compte, je serrai nerveusement mes poings dans mon dos.
En cet instant précis, le couloir me parut d'une longueur interminable.
Refoulant la moindre émotion sur mon visage, je repensai aux paroles de mon défunt père :
« Garde tes ennemis près de toi, et tes amis loin de toi. »
Autrefois, ces mots m'échappaient. Mais à mesure que les années forgeaient mon esprit, leur vérité s'imprimait en moi.
— Je ferai mon choix en concertation avec le Sultan, répondis-je fermement au duc Nelson.
— Mon roi, si je puis me permettre, le Sultan n’est pas le mieux placé pour décider… s'avança un duc dont je n’avais même pas daigné retenir le nom.
— Pas le mieux placé ?
Mes yeux se plissèrent. Le duc, bien que frêle, esquissa un mouvement de recul malgré sa supériorité théorique : il était un Éveillé de rang Avancé, niveau 1, soit un royaume au-dessus du mien.
— Il est notre souverain absolu. S’il n’est pas apte, qui le serait parmi vous ? Toi ? assénai-je d'un ton accusateur.
Aussitôt, les autres ducs détournèrent le regard, embarrassés par l'impudence de leur collègue.
Le duc Nelson, en revanche, soutint mon regard sans ciller. Bien que notre marche se fût interrompue, il ne flancha pas d'un pouce face à mon autorité, tranchant radicalement avec la couardise de ses pairs.
Bien. Je prends note de son attitude.
Je jetai à nouveau un regard glacial sur le duc chétif qui venait de se découvrir une bien téméraire audace.
— Que Votre Majesté ne méprenne pas mes propos ! Notre Sultan est incontestablement légitime, mais l'ultime décision doit émaner de vous seul. Agir autrement s'apparenterait à une trahison envers nous tous, débita-t-il en balayant de sa main la lignée des ducs alignés dans le couloir.
— Tu m’agaces.
Je fis un léger signe de tête à mon majordome. Sans le moindre bruit, Bastien se matérialisa dans le dos du duc et murmura d'une voix suave :
— Oserais-tu dicter sa conduite au Roi ?
Une dague effilée vint se plaquer contre la gorge du noble impudent. Une perle de sang vermeil perla instantanément le long de la lame.
— Je... je ne me le permettrais jamais ! bafouilla-t-il, tétanisé.
Sans lui accorder la moindre attention supplémentaire, je repris ma marche.
— Je vous ferai part de ma décision à mon retour de réunion avec le Sultan.
Je me tournai vers mon fidèle serviteur :
— Bastien, prépare l'équipage pour la capitale.
Il inclina respectueusement la tête et s’évanouit aussitôt dans les ombres du couloir.
Alors que les ducs me remboîtaient le pas dans un silence de mort, un petit esprit de glace se mit à voleter frénétiquement autour de ma tête.
« Patron, patron ! Récupérez vite vos pouvoirs ! »
Ahahah, bientôt, Blice. Bientôt, gloussai-je intérieurement.