Chapitre 1
Là où même les étoiles se détournent.
Ils étaient trois. Une femme vêtue d'un manteau blanc, le visage caché sous un voile tremblant. Elle continuait de frissonner. À ses côtés, un homme droit, rigide comme une lame.
Mais ses mains n'obéissaient plus. Elles tremblaient aussi. Il tenait l'enfant. Le tenait comme s'il allait être repris à tout instant. Comme si chaque battement de cœur le blessait un peu plus. L'enfant ne pleurait pas. Il observait simplement, de ses yeux dorés.
À ses pieds... un lionceau. De la même couleur que lui. Pelage ambré. Silencieux. Calme. Comme s'il savait déjà.
La femme s'agenouilla. Ses doigts effleurèrent le sable, puis les petites mains de l'enfant. Elle ne dit rien. Elle n'avait jamais rien dit. L'homme, pour sa part, regardait l'horizon. Il ne voulait pas voir. Il ne voulait pas être là.
— C'est ici.
Il n'y avait rien autour. Rien que des pierres sèches, une crevasse béante dans la terre, et un vent lourd de cendres. Un lieu oublié des cartes, des hommes, de Dieu.
— Nous ne pouvons pas faire ça... murmura la femme, presque sans voix.
Mais ils allaient le faire. Ils le savaient depuis des jours. Des mois, peut-être. Ce n'était plus un choix. C'était une douleur que l'on avale comme un poison, lentement, jusqu'à ce que le goût disparaisse. Il s'était forcé à accepter, mais certains choix sont difficiles à avaler.
L'homme déposa l'enfant. D'abord doucement, délicatement, comme s'il craignait que l'enfant se brise. Puis brusquement, il recula. Un pas. Deux pas. Il se détourna. Se mordit la main pour ne pas crier. Pour ne pas pleurer. Il n'en avait pas le droit.
— Tu dois vivre, murmura-t-il.
— Tu dois vivre... pardonne-nous d'avoir été de si mauvais parents.
Le vent se leva soudain, soulevant le manteau de la femme, dispersant ses mots dans l'air. L'enfant ne bougea toujours pas. Ses yeux suivaient leurs mouvements. Il ne comprenait pas, mais il ressentait. Le lionceau se frotta contre lui.
Et puis, là, à ce moment précis, pour la première fois, l'enfant leva les bras. Vers eux.
Vers eux. Et ce fut un cri. Pas de mots, juste un son, brut, pur, comme une lame arrachée des entrailles. Un cri d'enfant abandonné. Un cri que l'on n'oublie jamais.
La femme tomba à genoux.
— Pardonne-moi, mon fils... pardonne-moi...
Mais il était déjà trop tard.
L'homme la tira, la souleva, la poussa vers le chemin du retour. Il n'y avait plus rien à dire. Le sable effaçait déjà leurs pas derrière eux. L'enfant les regarda disparaître.
Le lionceau se coucha à ses côtés. Le désert les enveloppa tous deux. Puis... le silence. Le vrai silence. Celui qui ne peut plus être comblé.
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Ils n'expliquèrent jamais pourquoi. Ils ne laissèrent aucun nom. Aucun objet. Rien, si ce n'est un regard, un dernier frisson dans la gorge de ceux qui aiment mais ne peuvent choisir d'aimer.
Ce jour-là, un soleil se coucha dans le sable. Et personne ne le vit. Sauf le lionceau.
——-
Trois ans plus tard...
Un homme marchait dans le désert, son armure — autrefois dorée — maintenant bronze terni par les batailles. La sueur coulait de son front, traçant des chemins sur sa peau brûlée par le soleil.
— Par tous les dieux... Pourquoi une telle chaleur existe-t-elle ? grogna-t-il, s'essuyant le visage avec sa manche.
— Putain de guerre... Ces idiots ne peuvent-ils pas vivre en paix ?
Il murmura, épuisé, quand au loin, il aperçut une forme floue, scintillant comme une illusion. Une oasis ? Il cligna des yeux.
— Un mirage... sûrement...
Mais la curiosité — ou peut-être l'espoir — le poussa en avant. Plus il s'approchait, plus ses pas s'accéléraient.
— Par les flammes du ciel... Ce n'est pas un mirage ! Dieu a-t-il pris pitié de moi ?
Émerveillé, il se mit à courir, jetant ses bottes sur le sable brûlant en atteignant l'eau. Il était sur le point d'y plonger ses pieds quand un rugissement déchira l'air.
Figé, il tourna lentement la tête à gauche. Là, debout sur le sable, un lion.
Pas n'importe quel lion.
Son pelage doré flamboyait sous le soleil, si éclatant qu'il en faisait mal aux yeux. L'homme leva les mains pour se protéger, ébloui par cette vision presque irréelle.
— Par tous les dieux... Un lion doré ? Avec des yeux dorés aussi ? C'est... incroyable !
Fasciné, il s'approcha lentement, main tendue. Le sable brûlait ses pieds, mais il avançait. Pourtant, plus il s'approchait, plus le lion grognait. Ses yeux brûlaient d'une rage pure. Une colère ancienne, presque humaine. Une fureur prête à tout consumer.
— Si jeune... et déjà si plein de haine, pensa l'homme, le cœur lourd.
Mais alors, il vit. Juste derrière la bête, deux petites mains agrippaient sa crinière. Il fronça les sourcils. Le lion... protégeait. Pas seulement. Il défendait — de sa vie.
Il fit un pas de plus.
Un enfant.
Un petit garçon se cachait derrière la bête. Yeux dorés, identiques à ceux du lion. Cheveux bouclés de la même teinte. Peau métissée, ensoleillée, presque scintillante à la lumière. Il était maigre. Horriblement maigre. Comme s'il n'avait jamais connu la satiété.
Mais c'était son regard qui frappa James le plus. Le même regard. Celui du lion. Une rage noire brûlante, incompréhensible.
Le cœur de l'homme se serra. L'enfant ne semblait pas avoir plus de trois ans. Il avait probablement grandi ici... seul... dans ce désert.
— Quel genre de monstre laisserait un enfant ici ? murmura-t-il.
Il s'approcha encore. Le lion grogna, toujours menaçant. James sentit ses poings se serrer jusqu'au sang. Mais il se força à respirer.
Puis, doucement, d'une voix sèche comme sa gorge :
— Hé, gamin. Comment es-tu arrivé ici ?
L'enfant inclina la tête, les yeux plissés. Aucune réponse. Rien qu'un regard vide, curieux.
James comprit. Ce gamin... n'avait jamais reçu la moindre éducation. Il vivait ici depuis sa naissance.
La colère monta en lui comme un feu. Le lion le sentit et rugit, claquant ses mâchoires à quelques centimètres de son visage. James inspira profondément.
— Désolé, grand gars...
Le garçon, amusé par la scène, laissa échapper un petit rire maladroit.
L'homme le vit et son cœur se réchauffa un peu. Il sourit en retour. Il tendit lentement la main, paume ouverte.
— Je m'appelle James. James Gold. Et à partir de maintenant... tu ne seras plus jamais seul.
Le lion, méfiant, s'avança, renifla l'homme. Puis il se coucha, toujours vigilant, mais plus hostile.
Le petit garçon éclata de rire maladroitement. Il balbutia quelques sons — des charabias incompréhensibles. Il essayait de parler.
James sentit ses yeux piquer. Il s'agenouilla et prit doucement l'enfant dans ses bras. Il pouvait sentir ses os sous la peau. Il ne pesait presque rien.
Et dans son cœur, il fit un vœu silencieux.
Cet enfant grandira. Avec moi. Avec tout l'amour que je peux lui donner.