Chapitre 926
Après le choc, Garen sentit ses forces le quitter et son corps s’affaiblir. Il lui était absolument impossible de repousser complètement Bamente d’un coup de pied. De toute évidence, l’autre homme avait subi un renforcement génétique : sa vitalité était exceptionnelle. À eux trois, ils avaient largement de quoi plaquer au sol Garen, qui se débattait.
La Volonté bleu ciel, deux fois plus puissante que la sienne, finit par se rassembler avant de foncer aussitôt vers son cerveau.
« Tu veux me tuer ? Dans tes rêves ! » Au plus profond de l’âme de Garen, la Volonté du Dragon à neuf têtes rugit soudain et jaillit des profondeurs, derrière les deux Graines d’âme, telle une immense tempête spirituelle qui déferla violemment sur les défenses de son esprit.
Roaaar !
En un instant, les rugissements terrifiants de bêtes invisibles semblèrent ébranler toute la chambre d’hôpital.
Un bref fracas retentit.
La Volonté bleu ciel s’écrasa violemment contre les défenses des Graines d’âme dans son esprit et les réduisit en miettes. Puis elle entra brutalement en collision avec la Volonté du Dragon à neuf têtes, qui déferlait vers elle.
Boum !
Bamente eut l’impression d’être percuté de plein fouet par un train. Son corps fut projeté en arrière et s’écrasa douloureusement contre le mur derrière le lit, dans un vacarme retentissant. Du sang frais jaillit sans discontinuer de sa bouche.
Des éclairs dorés brillèrent dans les yeux de Garen, qui roulèrent en arrière tandis qu’il perdait connaissance.
Les deux autres, stupéfaits par ces changements et ces secousses terribles, ne purent rien faire.
« Docteur ! Docteur ! » Celine serra les dents et appuya à toute vitesse sur la sonnette d’alarme qu’elle tenait à la main.
Pendant ce temps, l’autre homme soutenait Bamente, qui continuait de cracher du sang.
« Je ne peux pas soigner son mal… Pars ! » Bamente parvint à articuler ces derniers mots, puis s’appuya contre l’autre homme et quitta rapidement la chambre.
Après une tentative de réanimation frénétique, Garen fut emmené aux urgences, où il resta deux longues heures, avant d’être ramené dans sa chambre. Lorsqu’elle vit que son teint avait repris des couleurs, Celine se calma enfin et s’autorisa à pousser lentement un soupir de soulagement.
Garen avait lui aussi repris lentement connaissance, mais son visage était étrangement déformé.
Plus de la moitié de ses blessures internes, qui avaient commencé à guérir, s’étaient aggravées. À la suite de cette collision violente, la Volonté bleu ciel s’était répandue dans chaque recoin de son corps. Il en avait désormais des traces dans toutes ses blessures. Seule sa tête était protégée par la Volonté du Dragon à neuf têtes ; il lui était extrêmement difficile de bouger le reste de son corps.
En apercevant Celine, qui montait la garde devant les urgences, il ne prononça qu’une phrase.
« Bamente a essayé de me tuer ! »
Celine changea aussitôt d’expression. Elle avait compris depuis un moment que quelque chose clochait. Mais comme l’autre était biochimiste, elle avait supposé qu’il employait des méthodes de traitement étranges, inconnues de tous. Elle avait pris son mal en patience jusque-là ; à présent que Garen le confirmait, elle comprit enfin que cet homme avait bel et bien quelque chose de louche.
« C’était Fila ?! »
« Ça pourrait aussi être un Général du Vent divin. Et il est même probable que ce soit quelqu’un que j’ai offensé par le passé, répondit Garen avec calme. La Volonté du Dragon à neuf têtes n’est qu’une capacité spirituelle. Si les intentions de l’autre n’avaient pas pénétré mon esprit, elle n’aurait pas déclenché son instinct de défense. Mais des collisions pareilles m’épuisent complètement. »
« Nombreux sont ceux qui veulent ma mort. »
Une fois de retour dans sa chambre, Garen s’assit et s’adossa au lit avec l’aide de Celine.
Celine aussi avait l’air accablée. Elle n’avait pas imaginé que les choses tourneraient ainsi.
« Je ne laisserai personne t’approcher ! » affirma-t-elle fermement.
« Tu ne peux pas me protéger éternellement, répondit Garen en secouant la tête. Cet endroit n’est plus sûr. À partir d’aujourd’hui, ne laisse personne s’approcher de moi, à part toi et le professeur. »
« D’accord », répondit Celine en hochant gravement la tête.
« Je ne prendrai plus ces médicaments non plus. Demande aux miens d’encercler l’endroit, dit Garen avec calme. Informe le professeur. Il aura peut-être un plan. »
« Je vais l’appeler tout de suite », dit Celine en se levant.
Dans les environs de l’hôpital de la Ville de l’Aube où se trouvait Garen, au milieu des immeubles et des flots de passants, on distinguait vaguement quelques individus mystérieux, vêtus comme des gens ordinaires, qui regardaient distraitement en direction de l’établissement.
La plupart de ces inconnus avaient des bosses à la taille, comme s’ils y avaient dissimulé des objets.
Dans le hall d’un immeuble résidentiel proche de l’hôpital.
Deux hommes se tenaient devant la fenêtre et observaient de loin celle de l’hôpital, derrière laquelle se trouvait Nonosiva.
« J’allais passer à l’action quand quelque chose m’a secoué et repoussé. Il est fort probable que ce soit l’objet qui lui a sauvé la vie, celui que Van Doe lui a donné, dit doucement Bamente, l’homme aux sourcils épais et aux grands yeux, en tenant le rideau de la main droite. C’était le biochimiste qui avait tenté de soigner Garen un peu plus tôt.
« Même si tu as été repoussé et grièvement blessé, il ne pourra certainement plus utiliser cet objet. Si un biochimiste de niveau cinq comme toi a été blessé par les contrecoups des secousses, un blessé comme lui a probablement subi des blessures encore plus graves que les tiennes, répondit l’autre homme avec un sourire. Nous avons préparé nos effectifs. La garnison militaire nous a informés que tout était en place. Dès que nous aurons reçu le signal de Van Doe, nous passerons à l’action. »
« Alors ce petit bâtard est condamné. Cinq Méchas brillants et plus de vingt soldats-machines au niveau Capitaine, niveau quatre. Tss, ils ont maquillé tout ça en actes de terroristes ordinaires. Quelle opération d’envergure ! » s’exclama Bamente, admiratif.
« Les quelques pilotes de mécha de niveau quatre réunis par Celine ne feront pas le poids. Mais nous devrions attendre encore un peu avant d’agir. Les préparatifs pour la suite seront bientôt terminés », dit doucement l’homme avec un sourire.
Cour intérieure de Blackboard
Van Doe reposa le téléphone, le visage accablé, puis lança un regard noir à l’homme blond qui se tenait devant lui.
« Tu dis que la Volonté de Nono s’est complètement effondrée ?! »
« D’après les renseignements qui nous sont parvenus, c’est exact, répondit l’homme en hochant la tête. En outre, selon l’enquête du Bureau du renseignement, il est fort probable que Nonosiva présente les caractéristiques des personnes irradiées. »
« Des personnes irradiées ! »
Van Doe fixa intensément l’homme devant lui, le regard vacillant par instants.
« Professeur, que devons-nous faire ? » demanda l’homme à voix basse.
« Tu veux dire que sa Volonté est complètement détruite ? Il n’y a aucun espoir de la restaurer ? » demanda doucement Van Doe en baissant la tête.
« J’en ai bien peur. La Volonté du Septième Général du Vent divin qui subsiste en lui absorbera complètement la Volonté de la Serre de l’aigle tapi qu’il a acquise par l’entraînement. S’il ne se débarrasse pas d’abord de cette Volonté résiduelle, il ne pourra plus pratiquer la Serre de l’aigle tapi. Il lui sera aussi bien plus difficile de perfectionner les techniques du Vent noir. Il lui faudra au moins trois ans pour s’en débarrasser, ou bien la puissance d’un combattant du Niveau Hérité pour la dissiper continuellement. Professeur, si je peux me permettre de parler franchement, nous ne pouvons pas payer un tel prix pour quelqu’un qui ne deviendra peut-être qu’un génie. Ça n’en vaut pas la peine. »
L’homme blond poursuivit ses conseils : « Le camp du Septième Général du Vent divin nous a envoyé des ressources en guise de compensation. Nous n’avons plus besoin d’aggraver le conflit avec eux pour un génie en devenir. »
Il marqua une pause avant d’ajouter : « Nonosiva ne vaut plus rien. »
Après un long moment d’hésitation, Van Doe poussa un long soupir.
« Quel dommage… Un génie pareil… » Ses paupières s’abaissèrent lentement.
L’homme blond comprit qu’en prononçant ces mots, son maître renonçait véritablement à Nonosiva.
Ce puissant génie issu d’un milieu modeste avait fini par être précipité dans l’abîme après avoir offensé trop de gens qu’il n’aurait pas dû provoquer.
« Quoi ?! L’armée a donné des ordres d’urgence aux unités et les a envoyées dans la zone radioactive pour une mission ?! C’est une blague ?! » Celine ne put retenir un cri de colère dans le couloir de l’hôpital.
Leur force de combat était celle d’une unité parfaite ! Même les membres les moins gradés étaient au minimum des pilotes de mécha de niveau trois. À part Garen, les plus puissants étaient des combattants de pointe du niveau quatre. L’armée avait donc réellement donné l’ordre de transférer ces forces et de les contraindre à partir en mission immédiatement, dans un autre secteur ?
Les envoyer ailleurs au moment crucial où ils avaient besoin de protéger leurs forces ? Leurs intentions pouvaient-elles être plus évidentes ?!
Une rage irrépressible bouillonnait dans l’esprit de Celine.
« Je suis désolé, mais c’est un ordre du quartier général. Nous n’y pouvons rien non plus. » Le responsable de la base de défense lui répondit froidement et brièvement, puis raccrocha aussitôt.
Le visage de Celine devint rouge de colère. Elle composa le numéro d’un oncle proche, le chef de leur famille. Malheureusement, la ligne ne passait pas.
« Celine ! » lança une voix masculine derrière elle.
Celine se retourna et aperçut Hann, le capitaine de l’équipe de gardes du corps chargée de protéger sa famille à l’extérieur : un homme d’âge mûr, honnête et posé.
« Qu’y a-t-il, Hann ? » Celine s’efforça de réprimer ses émotions négatives. Elle demanda d’un ton détaché : « Je vous avais demandé de monter la garde dehors, non ? »
« Je suis désolé… La famille a donné l’ordre de nous faire rentrer immédiatement », répondit doucement Hann en baissant la tête, impuissant.
Les pupilles de Celine se contractèrent.
« Qui a donné cet ordre ?! »
« Votre père, monsieur Cameron… » répondit doucement Hann.
Bang !
« Bon sang !! » Celine frappa le mur de l’hôpital du poing, y creusant un petit trou.
Son esprit était en plein chaos. Il était évident que l’adversaire prenait l’avantage avec toutes ces manœuvres. Il les dépouillait de toutes leurs protections en vue de son coup final.
« Qu’est-ce qu’on va faire ?! » Elle avait l’esprit en désordre et ne savait absolument pas comment contrer les manœuvres de son ennemi.
D’après ce qu’avait révélé le précédent appel téléphonique, il semblait que le professeur de Nono ait lui aussi renoncé. La pression exercée par l’adversaire ressemblait à une immense vague capable de submerger les autres jusqu’à les étouffer.
Le personnel qui montait la garde à l’extérieur était principalement composé des gardes du corps de sa famille, qu’elle avait fait affecter là. Une fois ces hommes écartés, l’hôpital entier se retrouverait d’un seul coup sans aucune défense !
« Votre père voulait aussi que vous rentriez avec nous », reprit Hann.
« Allez-vous-en !! »
Soudain, Celine cria de colère.
« Allez-vous-en, tous ! Ça ne changera rien, même si je garde cet endroit toute seule, bon sang ! » Elle était presque hystérique. Celine jeta partout le coton chirurgical qu’elle tenait et s’éloigna d’un pas vif avant de courir vers la chambre de Garen.
Elle devait transférer Nono et le faire sortir d’ici immédiatement !
Boum !
Soudain, une ombre surgit derrière elle et lui frappa doucement la nuque.
« Qui est là ?! » Contre toute attente, Celine se retourna et esquiva le coup, tout en lançant rapidement le coude derrière elle. Puis elle fit vivement claquer son autre bras en arrière comme un fouet et frappa le cou de son assaillant !
« Main du Poing des douze dragons volants ! »
Guidée par Garen, elle était parvenue à adapter le Poing des douze dragons volants et à l’exécuter sur-le-champ. Sa main, pareille à une lame, se transforma en une nuée d’ombres, mais l’homme derrière elle les esquiva toutes aussitôt.
Il évita ses attaques avec frénésie, puis réussit brusquement à creuser la distance entre eux.
« C’est moi ! Celine ! » lança une voix grave et digne.
« Mon oncle ?! » Celine reconnut soudain le visage de l’homme et en resta stupéfaite.
Aussitôt, une puissante attaque de Volonté déferla sur elle. Son esprit s’obscurcit, puis elle perdit connaissance.
L’homme venu la chercher la souleva sur son épaule, se précipita vers Hann et le dévisagea froidement.
« Évacuez tout le monde immédiatement ! Cet endroit est extrêmement dangereux ! »
« Oui ! » Hann força un sourire.
Dans la chambre d’hôpital
Garen était tranquillement allongé sur le lit. Celine était partie depuis longtemps, depuis plus d’une demi-heure, en fait. Ces derniers jours, elle ne s’était jamais absentée plus de quinze minutes. Pourtant, plus d’une demi-heure s’était déjà écoulée…
L’hôpital était complètement désert. Pas le moindre bruit ; on aurait dit qu’il n’y avait plus âme qui vive. Les médecins et les infirmières qui circulaient constamment semblaient eux aussi avoir disparu.
« Suis-je le seul qui reste ? »
Garen marmonna doucement et tourna la tête vers la fenêtre. Cet hôpital était autrefois un établissement privé, tandis que la Ville de l’Aube n’était qu’une petite ville sans histoire. Si l’adversaire voulait évacuer les lieux, ce serait un jeu d’enfant.