Chapitre 699
Un mois plus tard…
Hou…
Un faible son de cor résonna dans le ciel nocturne, comme les hurlements d’esprits. Il ressemblait aussi au grondement sourd d’un animal.
Clang…
Un homme grand et robuste écarta les broussailles devant lui. Il jeta un regard à gauche et à droite, resserra aussitôt sa prise sur le pistolet noir qu’il tenait et avança.
Il portait une combinaison de cuir noir moulante ainsi qu’un sac en cuir ; son corps entier était couvert d’une couche de protection. Deux étuis noirs mats étaient fixés à ses hanches.
Le clair de lune tomba du ciel sur son dos, y dessinant une lueur pâle et blafarde.
Après s’être assuré que tout allait bien, l’homme continua d’avancer. Derrière lui marchaient pourtant d’innombrables hommes et femmes à la carrure robuste. Chacun portait un écouteur unilatéral dont le voyant rouge clignotait, ainsi que des lunettes teintées de rouge sur les verres desquelles on distinguait vaguement des données défiler.
Ils tenaient de longues faucilles et fauchaient rapidement l’herbe alentour. Ils dégageaient ainsi un terrain libre, où le groupe derrière eux pourrait avancer sans difficulté.
« Rien à signaler. Tout semble normal. »
« Rien à signaler. Tout semble normal. »
Les comptes rendus se succédaient. Dans la forêt obscure, de nombreux points rouges clignotaient. Chacun d’eux représentait une personne. Leur densité était telle qu’il devait y en avoir au moins une centaine dans ces bois.
Une petite voiture avançait lentement dans la forêt. Noire, elle arborait sur sa carrosserie le motif d’un oiseau rouge sang en plein vol.
John, chauve et impressionnant, était assis dedans. Il dépassait les autres d’environ soixante centimètres et son corps n’était que muscles. Il portait un baudrier brun serré contre lui, garni de poignards sombres à pointes, des épaules jusqu’à la taille. Fait surprenant, ces poignards n’avaient pas de garde.
Dans cette partie de la forêt, les arbres étaient différents de ceux des autres endroits. Tous se dressaient, hauts et droits, mais un seul homme aurait pu en faire le tour ; ils étaient extraordinairement épais et grands.
Une cigarette aux lèvres, John regardait à gauche puis à droite d’un air agacé.
« Seigneur Général de la Chasse, nous approchons de notre destination. Faut-il continuer d’avancer ? »
La voix venait de la jeune fille aux cheveux d’or qui se tenait à côté de John. Elle portait les mêmes lunettes rouges. Après l’avoir salué d’un geste ferme, elle prit la parole.
John éclata de rire.
« Bien sûr qu’on continue. Pourquoi s’arrêter ? Nous sommes les soldats de première ligne. Qui d’autre se chargera du boulot ? Puisque nous sommes là, ils savent forcément déjà que nous sommes arrivés. »
« Mais ne devrions-nous pas attendre les troupes principales qui se trouvent derrière nous ? » demanda la jeune fille, embarrassée.
« Les attendre ? Pour qu’ils s’attribuent toute la gloire ? » John sauta de la voiture dans un fracas. Ses talons creusèrent même un petit trou dans le sol. Son poids était effrayant, comme si son corps tout entier était fait d’acier. À chaque pas, ses pieds s’enfonçaient profondément dans la terre.
Il agita la main.
« Que l’équipe de démolition se tienne prête ! »
Il marcha rapidement vers l’avant et écarta ceux qui lui barraient la route. Sous le clair de lune, il atteignit le bord d’une pente et baissa les yeux.
Au-delà de la forêt, au bas de la pente, un immense domaine ovale argenté s’offrait à son regard.
Quatre grandes statues d’argent entouraient le domaine. Chacune mesurait au moins dix mètres de haut, comme un petit immeuble. Des murs reliaient les statues en cercle. En contrebas, des groupes de patrouilleurs sillonnaient les lieux.
« Voilà notre destination. Nous allons enfoncer la porte près de la statue de la sirène », annonça John avec un sourire. « Prévenez immédiatement les autorités. Dites-leur que les ennemis nous attaquent et que nous devons riposter ! Que l’équipe de démolition passe devant et leur en mette plein la vue. Hahaha ! »
« Mais les troupes qui nous suivent ne sont pas encore arrivées… »
« Tu n’as pas entendu ce que je viens de dire ?! » John tourna la tête vers elle. Dans ses yeux, on distinguait de légères volutes rouges.
« Oui ! » La jeune fille ne put que lui obéir.
John entendit vaguement un son de cor dans les airs.
Son visage s’illumina d’un sourire cruel et terrifiant. Depuis qu’il avait rejoint le maréchal Dahm, c’était sa première mission d’une telle envergure. De plus, il avait reçu l’autorisation de se défouler à sa guise et de faire tout ce qu’on lui avait jusque-là interdit. Cela l’excitait au plus haut point. Gangster né, habitué à tuer et à torturer, il trouvait cette opération irrésistible : c’était comme si un loup affamé venait d’entrer dans une porcherie.
Pan ! Pan, pan, pan !
En quelques secondes, une série de fausses flammes et de boules de feu s’allumèrent à la périphérie du domaine, gonflant et se rétractant comme des ballons orange et rouges. Elles embrasèrent les terres qui l’entouraient.
Des cris étouffés et des bruits de fuite s’élevèrent soudain du domaine. Une personne à la vue perçante aurait alors pu distinguer clairement une ombre noire traversant les lieux au milieu des hurlements et des appels. Elle s’envola ensuite sans effort vers les collines où se trouvait John.
« Tuez-les ! Hahaha ! » John leva violemment la main et dévala le premier la pente. Étonnamment, il chargeait sans arme ni machine, comme à l’époque antique.
Après que quelques-unes de leurs roquettes eurent été tirées derrière lui, la faible lumière de la grotte révéla le sang sur son visage.
Sur une colline éloignée du domaine, trois hélicoptères blancs étaient posés dans une vaste clairière, à la lisière de la forêt.
Des hommes au foulard blanc sur le visage étaient dispersés tout autour, armés de fusils. Ils portaient des fusils d’assaut et des grenades à la ceinture ; chacun d’eux dégageait une odeur de sang frais.
Trois silhouettes aux auras distinctes se tenaient à côté des hélicoptères.
Garen portait un manteau blanc ouvert sur la poitrine, laissant voir ses muscles. Ses cheveux blonds lui retombaient sur les épaules et un masque noir lui couvrait le visage. Les mains jointes devant lui, il contemplait silencieusement les deux autres personnes à ses côtés.
« Mes hommes ont déjà atteint la périphérie. De votre côté, les préparatifs sont-ils terminés ? »
Un rire froid retentit.
« Bien sûr. Mais puisque tes hommes sont si impatients et qu’ils se sont déjà précipités au combat, je ne serai plus responsable de ceux qui seront tués ou blessés. »
Celui qui avait parlé était un vieil homme maigre, la tête enveloppée d’un foulard doré et appuyée sur une canne. Deux lions aux yeux injectés de sang étaient couchés près de ses jambes. Pourtant, il était vêtu d’une robe blanche et paraissait de loin bien plus faible qu’avant.
« AG, comment as-tu fini avec cette tête de revenant ? » demanda Nasira. Elle aussi portait une robe blanche et ajustait avec impatience ses boucles d’oreilles assorties. Cette fois, elle avait déjà mis celle de gauche : une tour Eiffel en or sombre, à peine plus grande qu’un ongle, qui brillait faiblement sous la lune.
« J’ai simplement franchi un petit cap », répondit AG d’un ton neutre. Pourtant, sa voix ordinaire semblait teintée d’un rire acéré qui glaçait ceux qui l’entendaient.
Appuyé contre l’hélicoptère, Garen consulta sa montre.
« Mon commandant en chef arrivera sur le champ de bataille dans dix minutes. »
« Mon armée de l’ombre a terminé son déploiement », dit Nasira en pressant son pendentif avec satisfaction.
« De mon côté aussi, tout est prêt. Mes hommes combattent actuellement au nord, aux côtés de ceux de Nasira. Je pense qu’ils pourront tenir encore dix minutes. À toi de t’occuper de la statue d’argent, Garen. » AG le regarda droit dans les yeux. Malgré son ton sérieux, il donnait l’impression d’afficher un étrange sourire.
Voyant Garen hocher la tête, AG leva une main dans les airs.
Une ondulation apparut soudain. Une carte rouge sombre s’illumina devant eux trois. En haut figurait le nom du domaine de Wellington, placé au centre.
Le domaine était représenté par un immense point rouge. Tout autour, une multitude de points verts se pressaient, répartis en trois groupes qui encerclaient les lieux.
« Quelle est cette sorcellerie ? » demanda Nasira.
« Ce n’est pas de la sorcellerie, mais un nouvel outil de recherche. Tout le système est projeté sous forme d’image virtuelle », répondit AG avec aisance.
Il désigna le point rouge du domaine.
« Wellington a dû achever ses préparatifs pour repousser notre attaque, mais ils ne s’attendaient pas à ce que nous ayons autant d’hommes. D’après les renseignements, Tu Lan, la membre la plus puissante de la Maison Wellington, s’est déjà retiré dans leur grotte souterraine secrète. Seuls les vieillards et les faibles défendent le domaine. Certains d’entre eux ont tout de même du potentiel. La nouvelle équipe recrutée par le tribunal de niveau intermédiaire s’y trouve au complet, ainsi que deux anciens de niveau supérieur qui ne sont pas encore morts. »
« Nous avons trente minutes pour éliminer tous ces Sang-purs. Sinon, le Parti secret enverra toutes ses forces en renfort dès qu’il apprendra la nouvelle », dit AG à voix basse. « Mon artefact magique ne peut protéger les Apôtres de la Mort que pendant trente minutes. Pour la suite, je devrai compter sur vous et mes deux bébés. »
Boum !
Au loin, des lueurs rouges jaillirent du domaine et s’élancèrent vers le ciel.
« C’est commencé », sourit AG. « Allons voir ce que ça donne. »
Tous trois montèrent chacun dans un hélicoptère. Les hélices se mirent à tourner à toute vitesse et les appareils décollèrent lentement, en direction du domaine.
Assis dans l’hélicoptère, Garen observa le paysage en contrebas.
« Où en est Dahm ? »
« Il combat déjà la Maison Wellington. Trois des Quatre Généraux de la Chasse qui commandent l’armée de première ligne ont lancé l’attaque. Mais ils n’ont que des canons de petit calibre, alors les pertes sont un peu… »
Angela, le génie informatique des Faucons de nuit, était assise dans l’appareil. Cette femme portait un maquillage épais et du fard à paupières. Ses doigts pianotaient rapidement sur le clavier. L’écran de l’ordinateur défilait si vite qu’il était impossible de distinguer ce qui s’y affichait.
« Les pertes sont normales. Nos adversaires ne sont pas humains. Elles restent dans des proportions acceptables. »
Garen hocha la tête. Cette fois, il avait amené ses propres hommes. La plupart venaient de la périphérie des mercenaires, autrement dit de celle des Faucons de nuit. Ils savaient manier les hautes technologies et les armes de combat avancées, mais face à ces vampires qui arrivaient en masse, ils n’avaient pas peur de mourir. Il était évident qu’ils manquaient d’effectifs. C’est pourquoi ses véritables subordonnés n’étaient que trois : Dahm, Xander et Quentin.
Tous trois avaient atteint au moins le troisième niveau du Poing de l’Oiseau d’eau à deux faces. De plus, cette mission donnerait à Dahm l’occasion de se racheter de ses crimes : il dirigerait toutes les opérations. Ce salaud avait commandé de nombreuses guerres d’extermination. Il avait un immense talent pour le combat et excellait dans ce domaine.
« L’ennemi est très puissant. D’après les renseignements que nous a transmis Seigneur AG, il a mobilisé au moins une centaine de Vampires et des dizaines de Sang-purs de niveau inférieur », dit Angela, la voix légèrement tremblante. « Ce sont les Vampires dont parlent les légendes. Combattre des créatures issues des légendes… aucune bataille ne saurait égaler celle-ci. »
Garen hocha la tête.
En réalité, Dahm avait déjà atteint un niveau terrifiant parmi les experts de niveau supérieur. À mesure que Garen progressait, lui aussi montait en puissance. Grâce au qi ancien de l’Initiation de l’âme, les progrès de Garen avaient renforcé Dahm et Nasira, augmentant leur puissance et leur réserve d’énergie.
En vérité, ce qu’il y avait de plus terrifiant chez Garen l’était aussi dans la Technique secrète vivante : les subordonnés contaminés par son âme pouvaient accroître leur puissance avec la sienne et se renforcer.
Si les attributs de Garen devenaient plus puissants, ses subordonnés liés à son âme le deviendraient aussi.
Black Sethe l’avait répété maintes fois : c’était l’un des signes du Niveau Armée…
Ce niveau portait ce nom parce qu’une seule personne avait le pouvoir d’influencer toute une armée, et non simplement la force de vaincre une armée à elle seule.
Tel était le signe du Niveau Armée, mais Garen était encore très loin d’atteindre ce royaume. Il n’avait pratiqué que la Technique maléfique des eaux véritables de givre et de feu du Trident du Nord et, grâce au renforcement de la graine d’âme de cette technique maléfique, ces signes commençaient lentement à apparaître chez lui.
Par conséquent, l’ampleur du renforcement dépendait entièrement de la puissance des graines de cette technique maléfique.
En regardant les groupes d’hommes en contrebas, on aurait dit une armée encerclant un territoire immense.
« Dahm n’aurait tout de même pas mobilisé directement les troupes locales ? » Garen fronça les sourcils.
« Plus ou moins », répondit Angela en hochant la tête. « Le maréchal Dahm a pris les bandits pour prétexte et envoyé en secret les troupes de guépards de cette division de montagne. Il était toutefois surtout chargé de l’entraînement à l’artillerie. Nos hommes se trouvent encore devant le palais. Mais, commandant, aussi bien entraînés soient-ils, ils restent des êtres humains ordinaires. J’ai peur qu’une attaque frontale ne nous coûte trop cher. »
« Peu importe. Surveille simplement la distance qui nous sépare de la Maison des Sang-purs. »
Garen parla lentement. « Si nous ne traversons pas cette tempête, cette bataille finira de toute façon par avoir lieu, tôt ou tard. »
Garen sentit attentivement les graines d’âme qu’il avait semées une à une, auxquelles s’ajoutaient celles de la première vague issue du Club de combat et celles de la deuxième vague, formée d’érudits. Ils étaient plus de trente au total. Tous avaient un statut élevé, des origines fortunées ou un potentiel stupéfiant.
À mesure que les graines d’âme se renforçaient, ils semblaient subir une légère transformation. Leur puissance s’était accrue dans une certaine mesure.