Chapitre 666
La hache s’abattit violemment contre le mur.
L’homme roula en avant pour esquiver l’attaque. Quand il regarda derrière lui, il ne vit personne.
« Merde ! Si je n’avais pas la Méthode secrète de l’Ombre tirée ! » Fou de rage, l’homme savait pourtant que même au mieux de sa forme, il aurait peu de chances de l’emporter s’il affrontait son ennemi de front.
Le mode opératoire de l’ennemi était aussi mystérieux qu’insaisissable.
Depuis quelques jours, quoi qu’il fasse, il se faisait attaquer. On empoisonnait sa nourriture, une bombe était cachée sous son lit, et on lui tirait dessus avec des armes à silencieux au beau milieu de la nuit. Sans parler des coups de poignard dans le dos, toujours sans prévenir.
Des attaques surprises à tout moment, en tout lieu. Où qu’il se cache, l’ennemi finissait toujours par le retrouver. Un jour, alors qu’il était allé aux toilettes, une araignée venimeuse d’un vert émeraude était tombée du papier toilette. Si sa victime ne recevait pas de sérum dans les quinze minutes, elle était condamnée. Dans un endroit pareil, il était inutile de parler du sérum contre cette araignée vert émeraude : on n’y trouverait même pas de sérum pour une banale morsure d’araignée. Même s’il était conduit à l’hôpital, il ne pourrait qu’attendre la mort.
Depuis son arrivée jusqu’ici, Jay vivait un véritable supplice. C’était ce genre de tension qui l’effrayait. Incapable de trouver son ennemi, il ne pouvait que subir ses attaques. À force de rester sur ses gardes à tout instant, jour après jour, il était complètement épuisé et son esprit frôlait l’effondrement.
« White Phoenix… » lâcha Jay avec haine. Cette effroyable tueuse avait manifestement été envoyée par White Phoenix. C’était donc à White Phoenix qu’il en voulait.
Il sortit rapidement une banane et l’examina avec soin. Comme il n’y décelait rien d’anormal, il se mit à l’éplucher.
Boum !!!
Une explosion retentit.
Une boule de feu écarlate engloutit Jay.
Le haut de son corps fut réduit en cendres, puis le souffle de l’explosion le projeta contre une poubelle. Il ne restait plus aucune vie en lui.
« Quoi !! Jay est mort !! » hurla Bald Head. Il serra son téléphone si fort qu’on aurait dit qu’il allait le briser.
Les veines de ses mains et de son visage saillirent, et son teint vira au vert.
Jay était mort…
Ça allait tourner au désastre…
Après avoir raccroché, Bald Head ne sut que ressentir. Une colère profonde et un froid glacial montaient du fond de son cœur.
Il n’était pas seul dans le bureau. Il y avait les hauts gradés des Faucons de nuit, sa femme Hera, Angel, le génie de l’informatique, Ryan, l’expert en explosifs… Tous avaient rejoint les Faucons de nuit dès le début et avaient entendu le hurlement de Bald Head.
Les visages de tous se décomposèrent. Jay était mort… Les Uniformes noirs fournissaient les reliques anciennes à leur chef, mais ils avaient été anéantis. Jay, qui dirigeait les Uniformes noirs, était mort. Cela signifiait que toute l’organisation des Uniformes noirs avait été rayée de la carte.
Et il n’était pas seulement question des reliques…
Jay était le bras droit du chef. Il avait autant d’influence que Bald Head, ainsi qu’un grand pouvoir et de nombreux contacts. Mais à présent, il était mort…
« Perle de Lotus… » commença Bald Head, mais il sentit sa voix trembler. « Perle de Lotus, de White Phoenix. »
« Où en sont les personnes que nous devions accueillir ? » demanda Hera à côté de lui.
« Aucune réponse. Soit nos communications sont brouillées, soit… » répondit Angel d’une voix basse. Vous lisez sur novelping.com, la source officielle.
Jusqu’alors, ils avaient abordé la crise comme un exercice destiné à entraîner leurs hommes. Mais après la mort de Jay et l’anéantissement de l’organisation des Uniformes noirs, chacun dans la pièce comprit quel genre de tempête s’annonçait.
La fureur du Roi Faucon de nuit… À quel point serait-elle terrifiante ?
« Nous venons d’apprendre qu’une explosion a eu lieu à la villa du chef… L’escouade Faucon de White Phoenix a été anéantie », annonça Angel en faisant pivoter l’ordinateur portable devant elle pour que tout le monde puisse voir.
« On dirait que ce sera la guerre totale », dit Bald Head en baissant la tête. Il prit une cigarette et la glissa entre ses lèvres, sans l’allumer.
Personne ne lui répondit. Une atmosphère lourde et accablante régnait dans la pièce. Face à White Phoenix, ce monstre terrifiant et impitoyable, personne ne pouvait se permettre de relâcher sa vigilance. White Phoenix venait de briser la légende d’invincibilité des Faucons de nuit.
La nuit.
Le feu de camp crépitait et répandait une lueur rouge jaunâtre qui éclairait les alentours, dans la forêt.
Garen et la fille en noir s’étaient installés sous une énorme racine arquée, qui leur servait d’abri. La surface des rochers autour de la racine était couverte de mousse verte. De petites touffes de plantes épineuses vert sombre poussaient partout, et grouillaient de minuscules insectes gris qui voletaient.
Garen était assis en silence près du feu de camp, qu’il attisait avec un gros bâton.
« Un de mes subordonnés est mort », dit-il.
« Ça doit être Perle de Lotus. » La petite fille avait ramené les genoux contre elle et posé la tête dessus. « Gremlin a dû l’envoyer. Cette femme est effrayante. »
« On t’a abandonnée », poursuivit Garen.
« Je sais », répondit la fille. Elle ne semblait pas bouleversée, comme si elle s’y était attendue. « Ton excellent subordonné est mort, et tu n’es même pas triste ? »
« La mort n’est pas forcément une fin. Elle peut être un nouveau commencement », dit Garen avec un sourire. « Et puis, en échange, tu es avec moi, non ? Le nouveau quartier général de White Phoenix ne sera pas facile à trouver. Je compte sur toi pour me guider. »
« Je ne te guiderai pas ! » lança la fille, impassible.
« Peu importe, je n’ai pas besoin que tu sois d’accord », dit Garen en lui adressant un doux sourire. L’organisation des Uniformes noirs avait été entièrement détruite. Ils avaient déjà subi de lourdes pertes, mais Jay était mort lui aussi, et cela dépassait les limites de ce que Garen pouvait tolérer. Au départ, il avait pensé qu’avec la technique secrète de l’Ombre tirée, des gens ordinaires ne pourraient pas menacer Jay et les autres. Il s’était trompé, apparemment.
La fille frissonna. Ces derniers jours, sa vie avait été anormale. Tantôt elle se souvenait de tout, tantôt elle ne se rappelait de rien. Elle ne savait pas ce qu’elle avait fait ni ce qu’elle avait dit. Bien souvent, elle avait l’esprit embrouillé et, à son réveil, se retrouvait dans un endroit tout à fait inconnu.
Tout cela ressemblait à un rêve. Elle sentait qu’elle allait bientôt perdre pied.
Ces derniers jours, ils avaient pu se déplacer sans se cacher, sous le nez des gens, et pourtant personne ne leur avait prêté la moindre attention. Que ce soit en avion ou en voiture, c’était comme s’ils étaient invisibles.
Ils étaient allés directement des États-Unis au Mexique, où ils se trouvaient maintenant.
Elle ignorait où, au Mexique, ils se trouvaient. Elle savait seulement qu’en traversant un petit village, elle avait entendu des gens parler espagnol à voix haute. Leur langue ne semblait mêlée à aucun dialecte et ressemblait plutôt à celle des peuples autochtones. D’après ce qu’elle avait entendu, l’endroit se trouvait dans une région du Mexique appelée Sidney. Elle ne savait pas s’il s’agissait du nom d’une ville ou d’une région.
Elle observa l’homme masqué assis en face d’elle. Son étrange masque noir lui donnait un air mystérieux et dangereux.
Si seulement elle en avait l’occasion… Elle l’espérait du fond du cœur. Son frère était un baron de la drogue mexicain ; si une occasion se présentait, elle pourrait peut-être le contacter…
« Tu t’appelles Simone, c’est ça ? » demanda soudain Garen.
« Comment tu le sais ? » demanda la petite fille, alarmée.
« Cette fois, parmi les Primary Colors, White Phoenix est enfin passée à l’action. Ils n’auraient quand même pas envoyé des gamins comme toi se faire tuer, si ? » Garen eut un rire derrière son masque.
La fille afficha un air sarcastique. L’histoire vous plaît ? Retrouvez la suite sur NovelPing.
« Nous connaissons déjà ta véritable identité. Quelqu’un doit être en route pour Grano. »
« Ah ? » fit Garen. « Ils sont plutôt rapides. »
« Ça ne t’inquiète même pas ? » Simone s’en rendit compte et posa la question. Elle avait essayé de s’échapper ces derniers jours, mais il l’avait rattrapée sans effort, comme on attrape des poussins, quelle que soit la méthode qu’elle employait. Cet homme gardait toujours son calme, comme si rien ne pouvait l’atteindre.
Elle ne savait pas pourquoi, mais elle voulait le voir paniquer et désespérer.
« Dès l’instant où j’ai cessé de me déguiser, je savais déjà que ça arriverait », répondit Garen, sans que cela semble le troubler.
« Tu t’y étais préparé depuis longtemps ? » Simone fixa son unique œil, cherchant à déceler le moindre changement d’expression sous le masque.
« Tu sais quel genre de personnes nous avons envoyées ? reprit-elle. L’organisation Golden Balance, la plus prestigieuse des Primary Colors. Chacun de ses membres a une force proche de celle d’un mercenaire de classe spéciale. C’est l’une des organisations de tueurs les plus puissantes au monde. » Elle le fixa dans les yeux, cherchant à lui mettre la pression par le ton lent qu’elle employait.
En guise de réponse, il eut un simple petit rire.
Grano.
Raffaele sortit lentement des bois en observant le groupe de tueurs d’élite affolés, qui semblaient avoir rencontré un adversaire redoutable.
Le chef portait une armure blanche motorisée, qui semblait dotée d’une technologie venue du futur, bien qu’elle eût l’apparence d’une armure antique.
« Le monde est entre mes mains… » murmura Raffaele en ouvrant les mains qu’elle avait jointes.
Ses longs cheveux blonds ondulaient dans la brise, comme des fils d’or flottant dans le ciel. Une lumière éblouissante jaillit de ses paumes.
Vroum…
Le sol semblait trembler, l’air aussi, et toute la forêt paraissait frémir. Une chaleur indescriptible s’accumula dans ses mains.
Fss !
De nombreux fils dorés s’enroulèrent en spirale autour de ses mains et jaillirent dans toutes les directions, pareils à des doubles hélices d’ADN.
Pan, pan, pan !!!
Des explosions retentirent les unes après les autres là où les fils dorés s’écrasaient, maculant les bois de sang. Les tueurs étaient impuissants. Pourchassés depuis plusieurs jours, ils avaient été forcés de se regrouper. Épuisés, ils avaient atteint leurs limites.
« Ah ! Ah ! Ah ! Monstre !! » hurla le chef des tueurs. N’en pouvant plus, les yeux injectés de sang, il chargea Raffaele. Mais les fils dorés l’encerclèrent et il explosa dans un fracas, se changeant en un vaste nuage de brume sanglante.
Raffaele releva la tête, les yeux brillants.
Boum !!!
Au même instant, tous les tueurs explosèrent comme des bombes et se changèrent en brume sanglante, absorbée par les arbres et les fils dorés alentour. Il ne resta sur place que quelques vêtements et des lambeaux de tissu.
Une brise souffla, et Raffaele disparut.