Chapitre 633
Une méthode d’attaque qui sortait de tout ce qu’il connaissait, de tous les domaines qui lui étaient familiers : pour Garen, c’était vraiment très problématique.
Bien qu’il n’eût peur de rien et que la Main meurtrière, sur ses deux mains, eût un certain effet, il n’était tout de même pas préparé à affronter cela.
« Il suffit d’une fraction de seconde pour m’entraîner dans ce rêve. Ce pouvoir est vraiment très problématique. » Garen se redressa.
Rien d’autre ne se produisit sur le chemin du retour. Garen resta constamment sur ses gardes, mais aucun autre événement inhabituel ne survint jusqu’à ce qu’il arrive chez lui.
Quelques heures plus tard, le grand bus arriva lentement à Grano. Les alentours s’étaient changés en forêts verdoyantes. À certains endroits, les feuilles jaunissaient déjà : l’automne était là, et un léger parfum de fruits flottait dans l’air.
Quand il descendit du bus, son frère aîné Jason l’attendait déjà à la gare routière. Grand et musclé, il se tenait dans la foule comme un joueur de rugby au milieu d’un groupe de nains.
« Hé ! » Dès qu’il aperçut Garen, il se mit à crier à tue-tête en agitant vigoureusement la main, attirant tous les regards alentour.
« Maman nous attend là-bas, dans la voiture. » Jason accourut en quelques enjambées et prit les bagages de Garen.
« Tu es devenu sacrément musclé. » Garen lui donna un coup sur la poitrine ; elle lui parut bien plus ferme.
« Douze séries d’entraînement combiné par jour ! » s’esclaffa Jason.
Trish, assise au volant, portait un chemisier blanc et leur fit signe.
Ils se glissèrent tous les deux dans la voiture. Garen s’assit à l’avant, tandis que Jason dut se mettre à l’arrière.
« Rentrons à la maison ! » lança Trish en riant. Elle appuya sur l’accélérateur, et la voiture démarra en trombe. Puis elle tourna au coin de la rue et prit le chemin de la maison.
La ville avait à peine changé, mais la plupart des maisons en bois avaient reçu une nouvelle couche de peinture, d’un blanc éclatant.
La voiture avançait très lentement. Des oncles et des jeunes femmes des maisons voisines, le long de la route, ne cessaient de saluer Trish, qui leur répondait chaque fois avec bonne humeur.
Après avoir traversé la périphérie, ils empruntèrent plusieurs rues bordées de boutiques d’accessoires et d’artisanat, où circulaient bien plus de passants. La plupart lui étaient inconnus, et beaucoup portaient un appareil photo autour du cou : c’étaient manifestement des touristes.
« Salut. »
Quelques jolies jeunes filles à vélo ralentirent en passant près de la voiture de Trish.
L’une d’elles n’était autre que Raffaele.
« Tu es rentrée ? » Elle attacha ses longs cheveux blonds. Vêtue d’un tee-shirt blanc et d’un pantalon noir, elle avait le sourire dans les yeux.
« Mm. » Garen tendit la main par la fenêtre ; ils échangèrent une légère tape dans la paume.
« Tante, on vous laisse. » Raffaele sourit à Trish en disant cela.
« Amusez-vous bien. » Trish n’aimait guère Raffaele. La jeune fille avait tout bonnement refusé l’occasion d’aller à l’université, une décision que la famille de Trish avait du mal à comprendre.
Elle préférait Isaros à Raffaele : cette jeune fille avait reçu une bonne éducation et correspondait davantage au rythme et aux idéaux de leur famille.
La file de jeunes filles à vélo passa devant les voitures qui roulaient au pas et disparut bientôt au loin, dans un tintement de rires.
Garen les regarda s’éloigner sans rien dire. Il savait que Raffaele était venue le protéger et que cette rencontre n’avait rien d’un hasard.
« Allez, rentrons directement à la maison. » Trish jeta un coup d’œil à Garen, puis accéléra pour rentrer.
De retour chez lui, Garen passa un moment avec sa famille. Ils discutèrent de quelques événements survenus à l’école et mangèrent le fameux festin, même si son goût était à peine supportable.
Sa petite sœur Vivien n’arrêtait pas d’envoyer des messages sur son téléphone. Elle ne s’habillait plus avec l’innocence d’autrefois ; elle avait désormais un air plus froid et plus farouche. De plus, elle n’était plus aussi chaleureuse et spontanée avec son frère aîné, mais le traitait avec une timidité inexplicable qu’il ne comprenait pas.
« Serin est partie dans une école du nord, non ? Elle ne t’a pas appelé avant de partir ? »
« Non. Ça fait longtemps que je n’ai plus de contact avec elle », répondit Garen aux questions de sa mère.
« J’ai entendu dire qu’elle avait trouvé un petit ami, un vrai colosse. » Jason s’intéressait surtout aux muscles de l’intéressé. Il ne manquait jamais une occasion d’exhiber les siens. « Mais il n’est pas aussi baraqué que moi. » Il banda ses biceps.
« Tu dois être fatigué après ce voyage. Va te laver et couche-toi tôt », remarqua Trish en voyant que Garen avait l’esprit ailleurs.
« D’accord. » Garen hocha la tête.
Il bavarda un peu avec son père, Emmer, puis posa ses couverts et se rendit directement dans sa chambre. Elle était exactement comme avant ; rien n’avait changé depuis son départ.
Ses couvertures étaient neuves, recouvertes de soie d’un blanc immaculé.
Garen s’affala sur le lit.
Pour une raison inconnue, il se sentait très somnolent et épuisé. C’était tout à fait anormal.
Avec sa Vitalité, quelques heures de route n’étaient rien : il pouvait tenir plusieurs jours et plusieurs nuits sans se fatiguer.
Pourtant, il était bel et bien épuisé. Il peinait à garder les yeux ouverts et n’avait qu’une envie : se laisser tomber dans le lit et dormir.
Il vérifia son état, mais ne remarqua rien d’anormal.
Il ferma les yeux et s’allongea, laissant sa respiration retrouver peu à peu un rythme régulier.
Soudain, la porte de sa chambre s’ouvrit à la volée. Quelqu’un entra.
« Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es si fatigué que ça ? Grand frère, tu n’as pas l’air bien. »
C’était Vivien. Ses cheveux blonds lui retombaient sur les épaules ; elle portait un tee-shirt noir audacieux et un short blanc très court qui dévoilait ses longues jambes rondes et pâles. À seize ans, elle était dans la fleur de l’âge, pure et ravissante.
Elle se jeta sur le lit, à la gauche de Garen, et s’y étala.
« Grand frère, il s’est passé quelque chose entre toi et Raffaele ? »
« Les enfants ne devraient pas se mêler de tout. » Garen n’avait même pas la force d’ouvrir les yeux. Toujours allongé sur le dos, il répondit les paupières closes : « Tu as un petit ami, maintenant ? »
« Non ! Ce genre de choses est trop ennuyeux, ça m’est égal. » Vivien enroula une mèche autour de son doigt. « Par contre, notre frère aîné en a trouvé une, elle vient d’ailleurs. »
« D’ailleurs ? »
« Oui. Une fille vraiment jolie », précisa franchement Vivien.
« Hé, sois polie. »
« Oui, oui. Laisse tomber, dors, je retourne dans ma chambre. » Garen entendit Vivien se lever, puis la porte se refermer et ses pas s’éloigner peu à peu.
Garen resta allongé, sans la moindre envie de bouger.
« Ah, oui, grand frère ! » La voix de Vivien retentit de nouveau. La porte de sa chambre s’ouvrit, puis se referma, et ses pas se rapprochèrent vivement.
« Quoi encore ? » Garen avait légèrement mal à la tête. Il voulait seulement qu’on le laisse tranquille un moment, le temps de réfléchir à son état.
« Tu trouves que je suis jolie, aujourd’hui ? »
« Oui, oui… » répondit Garen sans conviction. « Ma petite Vivien est toujours la plus jolie et la plus mignonne. »
« Tu as dit ça sans même ouvrir les yeux. »
Exaspéré, Garen s’apprêtait à les ouvrir lorsqu’il sentit soudain que quelque chose clochait. Impossible de soulever ses paupières, comme s’il n’avait aucune force dans les muscles. Son corps était raide et immobile ; il ne pouvait que rester figé sur le lit.
Ses pensées s’étaient ralenties. Il savait manifestement comment se sortir de cette situation, mais il n’arrivait pas à se rappeler quoi faire.
« Ça recommence… »
Son cœur tressaillit.
Il ne pouvait absolument pas se défendre contre cette attaque visant sa conscience. Elle n’obéissait à aucune logique ; une fraction de seconde suffisait à le neutraliser. You are reading on novelping dot com, the official source.
« Grand frère, tu n’as pas l’air bien. » La voix de Vivien lui parvint aux oreilles. « Tu es malade ? »
« Peut-être. Je ne sais pas non plus », répondit Garen.
« Laisse tomber, je vais prendre un bain. » Vivien semblait s’être fâchée. Garen l’entendit s’éloigner.
La pièce retomba soudain dans le silence.
Garen était seul sur le lit, le corps tout entier comme crampé. Il ne pouvait pas bouger, pas plus qu’il ne pouvait ouvrir les yeux.
Dans le silence, il entendit soudain de faibles pas s’approcher calmement de son chevet.
La personne semblait avancer vers lui, toujours plus près, encore plus près.
Les pas s’arrêtèrent juste à côté du lit. L’autre semblait le dévisager.
Pfiou…
Un léger souffle se fit entendre.
Garen sentit la personne tendre les mains et lui effleurer le visage.
Boum !!!
En un instant, une puissance semblable à un nuage de flammes jaillit des bras de Garen. Elle brûlait comme un feu invisible et intense, puis se répandit lentement sur tout son corps.
À cet instant, Garen eut l’impression que sa peau entière s’embrasait d’une chaleur brûlante, et les flammes atteignirent directement les mains de cette personne.
Un cri perçant !
Il crut entendre un hurlement aigu, semblable au cri d’une souris. Puis il ouvrit les yeux.
Dans un souffle, tout ce qui s’était passé disparut en un instant, comme si tout cela n’avait été qu’une illusion.
Garen sentit que tout son corps était trempé, comme s’il avait abondamment transpiré. Il renifla légèrement et perçut vaguement un faible parfum sur sa gauche. Tournant la tête, il vit la petite Vivien, allongée sur le lit à côté de lui ; elle s’était endormie là, étalée, et Dieu seul savait depuis quand elle était entrée.
En se redressant un peu, Garen sentit la sueur couler de la racine de ses cheveux jusqu’à son front, où elle le chatouilla.
Il détestait cette sensation. Mieux valait affronter un adversaire en face à face dans un combat à mort que vivre avec l’impression de pouvoir être attaqué à tout moment.
Il sentit la force vitale qui lui restait dans les bras : il en avait déjà dépensé un tiers.
C’était cette explosion qui avait réussi à blesser grièvement son adversaire.
Mais Garen sentait que l’affaire ne s’arrêterait pas là.
En quittant sa chambre, il vit que la lumière du bureau était encore allumée, mais il ignorait qui s’y trouvait.
Il se rendit dans la salle de bains, prit une serviette et essuya la sueur sur son corps.
Tout à coup, il aperçut une minuscule ligne de mots noirs dans le creux de sa clavicule droite.
Il s’immobilisa aussitôt, la serviette à la main. Il reconnut ces mots.
« Des mots de l’Ancien Endor ? » Garen effleura la ligne de lettres sur son épaule droite.
On aurait dit qu’ils avaient été tatoués là ; impossible de les effacer, quoi qu’il fasse.
« Celui qui nous a vaincus, c’est le Vide inconnu… » murmura-t-il en traduisant le sens de la phrase. « Qu’est-ce que ça veut dire ? »
La civilisation de l’Ancien Endor était étroitement liée à l’héritage des sorciers. Puissante et mystérieuse, elle poursuivait la voie de la Mort vers le monde souterrain. Pendant un temps, elle avait atteint une puissance inégalée, puis, comme si tout s’était joué en une seule nuit, elle avait disparu sans laisser de trace.
S’il se souvenait bien, ces mots n’étaient pas là lorsqu’il s’était lavé la veille au soir. Autrement dit, ils venaient d’apparaître aujourd’hui.
Garen examina attentivement l’encre et la matière de ces mots. Les caractères noirs tiraient légèrement sur le rouge sombre, comme du sang séché.