Chapitre 580
Il baissa les yeux. C’était la main tranchée de Cheveux blancs, dont les ongles acérés griffaient furieusement le sol. C’était elle qui lui avait agrippé la cheville tout à l’heure et lui avait laissé cinq profondes égratignures.
Au loin, le crâne de Cheveux blancs s’ouvrit soudain en grand, révélant une énorme bouche garnie de crocs qui rugit à l’adresse de Garen.
« Intrus ! Le chef ne te laissera pas t’en tirer comme ça ! Tu es mort ! Mort ! Hahahahaha… » Cheveux blancs éclata de rire.
Garen se mordit la lèvre.
« Quelle force vitale… » Les crocs féroces de son adversaire, ses yeux injectés de sang et sa peau pâle lui rappelaient une espèce qu’il connaissait bien.
« Tu es un Sang-pur ? » demanda-t-il à voix haute sans s’en rendre compte.
Le rire de Cheveux blancs s’interrompit brusquement. Il regarda Garen, stupéfait.
« Tu… Tu n’es pas un Vampire ? »
Boum !
D’un puissant coup de pied, Garen lui fracassa le crâne. À l’intérieur, il n’y avait ni sang ni chair, seulement un amas de poussière noire. Rien d’autre ne restait.
Après avoir jeté un rapide coup d’œil autour de lui, il sentit sa poitrine se serrer. Garen commençait à comprendre assez clairement dans quel genre de monde il se trouvait…
Il fouilla rapidement les vêtements de Cheveux blancs, se releva et quitta les lieux en hâte. Après avoir marché un moment dans les bois, il se débarrassa des vêtements et rentra chez lui.
Il emprunta le même chemin et rentra discrètement, sans que personne ne remarque sa présence.
Dans sa chambre, Garen tira rapidement les rideaux.
Dans le noir, sans même allumer la lumière, il se mit à examiner la blessure que le combat lui avait infligée.
Il ne s’y attendait pas du tout. Alors que son corps avait été entièrement démembré, Cheveux blancs avait encore pu se déplacer librement, au point de le blesser. Une force vitale aussi monstrueuse éclipsait complètement les capacités des Grands Maîtres du combat.
Constatant que sa blessure ne s’était ni infectée ni transformée en cicatrice, il poussa un soupir de soulagement.
En consultant son panneau d’attributs, il vit que le meurtre de ce Vampire ne lui avait rapporté aucun point de Potentiel. Il en fut légèrement déçu.
Se reconcentrant, il se mit à réfléchir à toute cette histoire autour de Raffaele et des Vampires.
« Ce Vampire, tout comme le délinquant de la plage… Tous ces indices montrent que Raffaele est à l’origine de leurs tentatives de surveillance et de contrôle. Si les Vampires ont jeté leur dévolu sur elle, son Groupe du Pacte de sang ne doit pas être un groupe ordinaire… Raffaele elle-même doit aussi posséder une capacité comparable à celle des Vampires. Ce genre de pouvoir… ajouté aux phénomènes et à la culture étranges de la ville, ce doit être un pouvoir que seule cette femme peut utiliser… »
Garen se rappela soudain que, sur Terre comme dans le Monde des techniques secrètes, il existait des légendes sur les Sorcières.
« Et si c’était une Sorcière ? » À partir des messages qu’il avait reçus par le passé et des rituels ancestraux qui avaient lieu, il en conclut : « C’est très probablement une Sorcière. »
Parvenu à deux hypothèses possibles, Garen alluma aussitôt l’ordinateur portable devant lui.
« Il est peut-être temps que je me mette à améliorer mes compétences en informatique. Je pourrais créer un programme spécialement conçu pour recueillir et classer les messages… » Il chercha sur le Web des légendes sur les Vampires et les Sorcières, mais, malheureusement, la plupart des résultats concernaient des romans, des séries télévisées ou d’autres formes de divertissement. Il trouva aussi quelques résultats sur des mythes et des légendes urbaines, mais il les avait pour la plupart déjà lus et n’y apprit rien de vraiment utile.
Il se connecta au site de l’Agence nationale de sécurité des États-Unis, espérant y trouver des dossiers pertinents. Mais peut-être que ce genre d’informations confidentielles n’était pas mis en ligne. Il était fort possible qu’elles soient conservées sur le réseau local interne de l’agence, à l’abri du public. Dans ce cas, même les meilleurs pirates informatiques du monde ne pourraient rien faire, puisque ce réseau n’était relié à Internet par aucun câble ni fibre optique.
Cette fois, contrairement à ses recherches précédentes sur les archives criminelles nationales, notamment les affaires de meurtre et de disparition, Garen fit une découverte.
Tous les rapports criminels du gouvernement avaient été soigneusement sélectionnés. Certaines affaires semblaient parfaitement résolues, mais quelque chose clochait malgré tout. Même certains témoignages oculaires paraissaient légèrement bancals et comportaient parfois des contradictions.
À force de relier les indices, une idée commença à prendre forme dans l’esprit de Garen.
La situation s’éclaircissait de plus en plus et son hypothèse lui paraissait de plus en plus certaine.
« Des Sang-purs, des Vampires et des Sorcières… Même s’ils ne sont pas exactement identiques, il existe ici des êtres qui leur ressemblent. »
Il referma son ordinateur portable et se rassit dans l’obscurité.
Il entendit la porte se refermer : ses parents étaient rentrés. Il distingua vaguement la voix de sa sœur qui parlait avec sa mère, Trish,
Assis au bord de son lit, Garen repensa à son combat contre Cheveux blancs.
Le combat avait été plutôt facile. Même si son corps n’avait pas retrouvé le niveau qu’il avait atteint dans le Monde des Totems et que ses attributs moyens dépassaient à peine deux, il avait des années d’expérience du combat et sa technique secrète. Vaincre Cheveux blancs n’avait donc rien eu de difficile.
« Sa vitesse et sa force étaient presque égales aux miennes… Non, elles étaient peut-être même supérieures. Et il avait cette force vitale et cette capacité de régénération absurdes… » Garen se caressa la peau. « C’est seulement parce que sa technique était mauvaise, ou plutôt parce qu’il n’en avait aucune et qu’il se battait comme un voyou ordinaire. Il allait si vite qu’il ne maîtrisait même pas ses mouvements. Ce genre de Vampire n’avait rien d’effrayant. Mais cette force vitale… »
En repensant à la main qui avait continué à attaquer son adversaire, Garen avait désormais une meilleure idée des capacités des Vampires.
« Pour un simple pion chargé de me suivre, il avait déjà une force et une vitesse comparables aux miennes… Les avantages des Sang-purs sur les humains ordinaires sont vraiment écrasants. »
Garen craignait qu’il ne s’agisse pas d’une espèce de Vampires ordinaire. Vu son rang, Cheveux blancs semblait être un larbin de bas étage. Si même un Vampire de bas rang possédait une vitesse et une force aussi absurdes, sans parler de sa force vitale et de sa régénération, quelle pouvait bien être la puissance d’un Vampire de haut rang ?
De plus, les Sang-purs étaient décrits dans les légendes comme des créatures immortelles.
Cette idée éveilla l’intérêt de Garen. Pouvaient-ils vraiment vivre éternellement ? Étaient-ils véritablement immortels ?
Il était très curieux de le découvrir.
« Mais mieux vaut sans doute ne pas chercher à le savoir tout de suite… Je devrais y aller doucement. » Il sentit que sa Technique secrète de la Griffe noire de Sethe progressait lentement. Sa capacité de régénération était plutôt correcte par rapport à celle des humains ordinaires, mais face aux Sang-purs, elle ne faisait naturellement pas le poids.
Si tous les Sang-purs étaient du niveau de Cheveux blancs, il pourrait en abattre facilement quelques autres. Mais si un Sang-pur plus puissant apparaissait… Face à une forme de vie inconnue et absurdement forte, même Garen se sentait un peu inquiet.
Après tout, les Sang-purs des légendes étaient des êtres immortels et monstrueux. Même dans le monde des Techniques secrètes ou le Monde des Totems, rien n’était véritablement immortel.
Tout au plus existait-il des êtres à la longévité extraordinaire, capables de vivre des milliers d’années, comme le Phénix démoniaque. Mais les Vampires, eux, étaient différents… D’après les légendes, ils ne vivaient pas seulement des milliers d’années : ils pouvaient même être âgés de plusieurs millions d’années…
« Ce monde n’était pas aussi normal que je le croyais… »
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« Quoi ? Nous avons perdu un agent chargé de filature ? »
Dans l’église, au nord de la ville, un homme musclé portant des boucles d’oreilles plissa les yeux en fixant le sbire qui lui faisait son rapport.
C’était le milieu de la nuit. Un groupe de voyous couverts de sang se trouvait là ; la plupart étaient blessés. Certains avaient subi des blessures graves, comme la perte de deux membres, tandis que d’autres n’avaient que quelques égratignures.
Pourtant, même certaines des blessures les plus légères avaient un aspect aberrant. Un homme avait même une barre de métal plantée dans la poitrine. L’église tout entière ressemblait à une salle de maquillage pour film d’horreur.
« Oui. Au moment de la relève, je suis allé chercher Carl, mais ce type avait complètement disparu. J’ai fouillé les environs, mais il était introuvable. Il est peut-être parti de son propre chef. » Celui qui parlait était un homme musclé à la peau sombre. Un bandage lui entourait la tête et lui cachait un œil. Du sang suintait lentement à travers le tissu.
« On dirait que c’est l’œuvre de Raffaele. Elle a dû découvrir quelque chose. » Le chef blanc resta calme. « Cette garce est décidément encore plus encombrante que sa grand-mère… »
« Puisque cette filière a été découverte, que comptez-vous faire ? » Le révérend père sortit soudain de côté et regarda le chef d’un air contrarié. Ce chapitre est d’abord paru sur novelping.com.
« Laissons les choses en l’état pour le moment. Nous avons subi des pertes considérables, mais cette maudite Sorcière aussi, j’imagine. À mon avis, les deux camps auront besoin d’un certain temps pour se regrouper et se remettre. » L’homme blanc hésita. « Je n’arrive pas à me défaire de l’impression que Raffaele prépare quelque chose. Cette garce est réputée être la Sorcière la plus puissante de Grano ; ce qu’elle a fait ce soir n’était certainement pas un simple avertissement. »
« Ce Groupe du Pacte de sang, ou quel que soit son nom, compte moins d’une centaine de membres principaux, sans compter cette vieille Sorcière. Tant que vous ne rompez pas votre pacte avec les ancêtres et ne détruisez pas volontairement l’équilibre, quelle que soit sa puissance, elle n’aura pas besoin d’enfreindre les règles. » Le révérend père secoua la tête. « Et ces autres Vampires qui rôdent dehors ? Qu’allez-vous en faire ? »
« Qu’est-ce que ces Vampires quelconques peuvent bien avoir à faire avec moi ? » L’homme blanc eut un rire froid. « Que cette Sorcière s’en occupe. Je leur ai déjà fait passer le message avant qu’ils n’entrent sur mon territoire : “Ceux qui ne m’obéissent pas, à moi, Jaern, mourront tous.” »
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Boum Tss Boum Tss Boum Tss… Mon cœur est toujours pour toi… clairement sous le ciel…
Dans la boîte de nuit, le DJ enchaînait les morceaux sur un rythme puissant, tandis que des paroles étrangères retentissaient à tue-tête dans les haut-parleurs.
Sur la piste de danse, les gens se déhanchaient au son de la musique sous les lumières stroboscopiques. Certains criaient, d’autres applaudissaient, et des couples s’embrassaient à pleine bouche.
Deux hommes grands et musclés se tenaient au milieu de la piste, chacun enlacé à une jolie fille, et bougeaient au rythme de la musique.
Alors que les deux gaillards empoignaient les seins des filles, un son puissant retentit soudain à leurs oreilles.
Leurs pupilles se dilatèrent brusquement. Ils échangèrent un regard, repoussèrent leurs compagnes respectives et se frayèrent un chemin hors de la boîte.
Sans prêter attention aux appels des filles derrière eux, ils quittèrent l’établissement. Après avoir tourné plusieurs fois, ils arrivèrent dans une ruelle sans issue.
Minuit approchait et la ruelle était complètement déserte.
Pouf !
Deux femmes robustes apparurent de nulle part et plaquèrent les deux hommes contre le mur de la ruelle.
« Vous avez enfreint les règles. »
À l’entrée de la ruelle apparut une belle jeune femme aux longs cheveux blonds. Elle lança un regard glacial aux deux hommes.
« Une Sorcière ? Quelles règles ? On n’a rien fait ! » s’écria l’un d’eux, paniqué. « On est arrivés ce matin, c’est tout ! »
Dans un grand « boum », l’une des femmes lui enfonça un genou dans le ventre, le réduisant au silence.
« Interdiction de boire du sang en public : voilà la règle de Grano… »
« Des conneries ! » l’interrompit l’autre homme. « Les humains ne sont que des animaux. On mangera ce qu’on veut, quand on veut ! Si ce n’était pas à cause de vous, les garces, et de cette bande de traîtres ! »
Boum !
Cette fois, le choc fut bien plus violent.
L’homme renversa les yeux et sombra presque complètement dans l’inconscience.
« Des traîtres ? » La blonde secoua la tête. « Abattez-les. Ils ne sont pas les bienvenus à Grano. »
En quittant la ruelle, elle entendit vaguement les coups féroces des deux femmes, mêlés aux cris désespérés des hommes.