Chapitre 319
Reylan était une chercheuse très douée. Si elle pouvait se débarrasser de son apparence terrifiante, les conditions d’apprentissage auraient été parfaites.
Sous sa direction, Garen apprit les bases de l’évolution, les mathématiques avancées, la physique avancée, l’anatomie biologique et toute une série de connaissances scientifiques spécialisées de haut niveau.
Les jours passèrent, et Garen, plongé dans son nouveau savoir, en oublia presque tout le reste.
Boum !!
Soudain, la plume entre les doigts de Garen tressauta et laissa une tache d’encre sur la feuille.
« Qu’est-ce qui se passe ?! » Il bondit sur ses pieds et se précipita vers la fenêtre pour regarder dehors.
Un essaim de points noirs traversait le ciel gris en direction du centre-ville, telles des gouttes d’encre dans de l’eau claire.
Ces petits points étaient des créatures volantes de tailles et de formes diverses. On distinguait des Lézards unicorniens, des mouches géantes, et bien d’autres encore. Ces nouvelles espèces, aux formes étranges et variées, se dirigeaient toutes vers le centre-ville.
« C’est… ? » Garen se rappela soudain une tâche importante qui l’attendait auprès des habitants du centre-ville.
« Grand frère, qu’est-ce qui se passe ? » La porte de la chambre s’ouvrit brusquement et Reylan entra, le corps dissimulé sous une robe grise. « Je crois sentir une forte résonance d’énergie ! »
Elle se servait de la robe grise pour couvrir chaque parcelle de son visage mutilé.
« Je n’en sais rien, mais ces créatures lancent une attaque de grande envergure contre la ville, répondit Garen avec gravité. L’ampleur de l’assaut est inhabituelle. En fait, il est bien plus important que les précédents. J’ai peur que les créatures les plus puissantes ne se montrent bientôt. »
« La légende raconte que la ville d’Iron Tank abrite un trésor national de haut rang, appelé le Cœur de l’Ombre du Dragon. Il peut lentement éroder les ennemis dans une certaine zone. Ces créatures ne sont pas inquiétantes, pour peu que les gens à l’intérieur parviennent à gagner du temps. » Reylan expliqua cela d’un ton désinvolte, puis observa l’expression de Garen. « Grand frère, tu as des amis dans le centre-ville ? »
Garen ne répondit pas et acquiesça.
« Très bien. Je vais peut-être aller jeter un œil. Toi, reste à la villa et ne sors pas sans raison. »
« J’ai compris », répondit Reylan en hochant la tête. Elle tourna ensuite la tête et cria : « Lala ! Lala ! Viens vite ! »
Elle se montrait moins douce avec les autres ; son ton était généralement teinté d’impatience.
Lala, vêtue de sa livrée noire et blanche, accourut bientôt dans la pièce.
« Mademoiselle Reylan, vous… vous avez besoin de quelque chose ? » Lala n’aimait pas la sœur de M. Garen, qui la dévisageait toujours avec jalousie, en s’attardant sur son visage et sa peau. Une fille qui avait perdu sa beauté physique en venait à envier celles qui avaient la chance d’être belles, et cela mettait Lala mal à l’aise.
Reylan la regarda avec dégoût.
« Qui cherches-tu à séduire avec une robe aussi courte ? Mon frère ? Espèce de traînée ! Autant ne rien porter du tout, si c’est pour mettre une jupe aussi courte. Va vite préparer une chemise et de l’équipement pour le départ de mon frère ! » cria Reylan, impatiente.
« Ça va, Reylan. Inutile d’être aussi sévère avec Lala, elle est encore jeune », dit doucement Garen en fronçant les sourcils.
Reylan reprit son ton doux. « Tu ne te rends pas compte, grand frère. Il faut être sévère avec les subalternes pour qu’ils comprennent que la vie n’est pas facile ! Si on laisse faire, ils ne sauront plus quelle est leur place. Laisse-moi m’occuper de ces broutilles, comme ça tu pourras faire ce que tu as à faire. »
Garen ne répondit rien. Il voyait bien que Reylan avait déjà mauvais caractère à la base. Depuis qu’elle avait perdu sa beauté, son attitude s’était encore dégradée.
« Je m’en vais, alors. »
« D’accord. Tu veux que je t’accompagne ? » demanda Reylan d’une voix très douce.
« Inutile. » Garen secoua la tête et sortit de la chambre avec Lala. Alors qu’ils longeaient le couloir, il lui lança un regard compatissant.
« Ne lui en veux pas. Ma sœur a été grièvement blessée, alors elle est d’humeur exécrable. Essaie de prendre ton mal en patience. »
« … J’ai compris », répondit Lala à voix basse.
« Bien. » Garen acquiesça.
Après s’être changé, Garen enfila sa robe grise et son chapeau, puis quitta aussitôt les abords de la villa.
Un dragon blanc gigantesque de douze mètres de long était accroupi dans le champ désert, devant lui.
Le Dragon blanc pétrifiant était parfaitement immobile et ressemblait à une sculpture de gemme blanche finement ouvragée.
Sentant l’arrivée de Garen, il leva lentement la tête et poussa un doux grondement.
Chhh…
Garen s’approcha et lui caressa la tête.
« Bien. Cette fois, j’aurai peut-être besoin que tu m’emmènes. Fais attention à ce qu’aucune créature plus puissante ne te remarque. » Garen sourit et sauta sur le dos du Dragon blanc pétrifiant.
Le corps du Dragon blanc était rugueux et mat. Ses écailles qui le recouvraient lui donnaient une allure élégante.
Garen atterrit sur son dos et s’assit dans l’espace entre ses ailes. Devant lui se trouvait la tête du Dragon blanc, totalement sans défense, ainsi que les nageoires triangulaires au sommet de son crâne, dont Garen se servait pour s’orienter.
Assis à genoux, Garen posa les mains sur les écailles chaudes et dures du dragon. Il repéra deux écailles légèrement relevées et s’y agrippa.
« Envole-toi. »
Le Dragon blanc pétrifiant déploya ses ailes décharnées et les battit plusieurs fois tout en s’élançant.
Fouuush !
Il battit des ailes de toutes ses forces et souleva un vent violent qui repoussa les pierres et la poussière sous lui.
Le Dragon blanc pétrifiant ouvrit sa gueule hérissée de crocs acérés et expira un nuage de gaz blanc. Puis, d’un mouvement régulier de ses ailes, il s’envola vers le centre-ville.
Garen, assis sur son dos, observa les rues et les maisons rapetisser peu à peu. Les essaims de scarabées noirs, le Croc des marais profonds et la Salamandre à deux têtes, qui attirait tous les regards, levèrent les yeux vers lui en grondant de mécontentement : ils ne pouvaient pas chasser hors de la villa.
La maison blanche en dessous de lui rétrécit jusqu’à ressembler à une boîte en bois. La plupart des bâtiments de la zone urbaine étaient endommagés. Les quartiers proches des remparts n’étaient plus qu’un amas de pierres blanches entassées contre les murs.
À mesure que le Dragon blanc pétrifiant traversait le ciel, des Lézards unicorniens apparurent dans les environs. Les plus gros étaient noirs, rouges ou même gris. Les Lézards unicorniens blancs étaient un peu plus petits, mais n’en avaient pas moins l’air féroce.
Garen dissimula son aura autant qu’il le put et se tapit derrière le Dragon blanc, sous sa robe grise.
Fouuush !
Un aigle géant noir et chauve apparut à la droite de Garen. Il était aussi grand que le Dragon blanc. Contrairement aux autres créatures, il n’eut beau être légèrement effrayé par le Dragon blanc, il ne prit pas ses distances.
Mécontent, le Dragon blanc pétrifiant gronda. Il s’apprêtait à attaquer l’étrange aigle, mais Garen l’en empêcha.
À mesure qu’ils approchaient du centre-ville, les créatures qui peuplaient le ciel se firent plus nombreuses : ils étaient désormais au-dessus de la ville. Elles étaient si nombreuses qu’elles couvraient littéralement le ciel. Des créatures de toutes les formes et de toutes les tailles se pressaient partout, et il y en avait d’innombrables au-dessus de lui.
Garen baissa les yeux vers la ville d’Iron Tank, autrefois blanche et circulaire, désormais en ruines. Seule une petite partie du quartier au centre de la ville était encore intacte, protégée par une barrière de verre hémisphérique.
Un Ours noir à trois yeux et une panthère aux ailes noires dans le dos rampaient vers le centre-ville depuis des directions opposées. Derrière eux, une multitude de créatures les suivaient.
Vue du ciel, la scène évoquait deux rideaux noirs qui recouvraient lentement le centre-ville.
Le vent glacial s’engouffrait sans cesse sous la robe grise de Garen, lui donnant des frissons. Il ajusta son aura pour éviter de mourir de froid et d’être repéré par les créatures.
Allongé sur le dos du dragon, il lui ordonna discrètement de descendre.
Chhh…
Le halo blanc qui apparut autour du Dragon blanc pétrifiant enveloppa aussi Garen. Tandis qu’il piquait vers le sol, les créatures alentour s’écartaient de sa trajectoire : tout ce qui se trouvait dans la lumière blanche voyait sa vitesse réduite et ses articulations se raidir.
Le Dragon blanc pétrifiant déposa Garen à l’entrée de la Guilde de guerre.
Garen sauta discrètement de son dos et se précipita à l’intérieur.
Comme s’il était dans son propre jardin, il fila vers le centre-ville par un passage abandonné.
Après quelques virages, deux gardes en armure noire apparurent devant lui.
« Qui va là ?! »
Sans un mot de plus, Garen brandit sa carte de membre.
Les deux gardes furent stupéfaits.
« Vous avez dû revenir de loin. Entrez vite, les créatures sont sur le point d’attaquer la ville ! »
Les Utilisateurs de totem capables de rester dehors n’étaient certainement pas des pratiquants ordinaires. Le respect des deux gardes était donc compréhensible.
Garen les dépassa rapidement et aperçut bientôt un Utilisateur de totem ainsi qu’un totem en forme d’araignée noire, posté sur le mur et le fixant férocement de ses yeux rouges.
« Déclinez votre identité ! » lança froidement l’Utilisateur de totem.
Garen brandit de nouveau sa carte de membre. En regardant devant lui, il fut stupéfait de découvrir plusieurs niveaux de gardes Utilisateurs de totem en poste.
« Que s’est-il passé ? Pourquoi la garde est-elle aussi stricte ? »
L’homme ne répondit pas. Il regarda Garen et secoua la tête.
« Monsieur, entrez vite. Le centre-ville a besoin de quelqu’un de votre trempe. Vous comprendrez une fois à l’intérieur. »
Garen acquiesça et entra rapidement.
Il franchit bientôt tous les postes de garde et pénétra dans le hall principal. Il n’y avait presque personne à l’intérieur, car tout le monde était dehors.