Chapitre 307
De retour au bureau de la Guilde de guerre, à la périphérie de la ville, il ne restait presque plus personne, à l’exception de deux gardes qui étaient restés pour assurer la relève. En voyant Garen sortir, tous deux affichèrent une expression surprise, mais gardèrent le silence.
Comme il rentrait tranquillement à sa villa, dans la banlieue, Garen se rendit compte que tout le quartier était devenu un véritable paradis pour ses familiers. Tous les monstres qui rôdaient dans les environs avaient déjà été éliminés ; il n’en restait plus que quelques groupes épars. Il n’y avait plus aucun monstre isolé à chasser.
Une pluie fine se mit à tomber, tandis que des nuages gris foncé apparaissaient dans le ciel.
Quand Garen entra dans sa cour, les deux Coléoptères parasites qui montaient la garde plus tôt rampèrent vers lui des deux côtés et grimpèrent sur son corps. Le Faucon géant et le C3 perchés sur le toit se redressèrent dans leurs nids et poussèrent un sifflement clair.
Après avoir sorti ses clés et ouvert la porte d’entrée, Garen pénétra dans la maison et la referma du revers de la main. Vêtue d’une tenue de domestique, Lala s’avança vers lui et, sans attendre qu’il le lui demande, lui prit sa robe grise avant de l’accrocher au porte-manteau, sur le côté.
« Tu as eu une longue journée, souffla Lala.
— Et toi, tu t’es vite adaptée », la taquina Garen.
Il alla s’asseoir sur le canapé. Lala s’occupa de lui et l’aida à enfiler une paire de pantoufles propres. Puis il porta à ses lèvres la tasse de thé noir qu’elle venait de préparer et en but une gorgée.
« Le thé a refroidi.
— Pardonnez-moi. Il nous reste de l’eau, mais nous n’avons presque plus de bois, et je ne voulais pas le gaspiller, expliqua Lala, debout de l’autre côté de la pièce.
— C’est embêtant, acquiesça Garen. Je trouverai une solution. La fumée du feu dont nous nous servons pour nous réchauffer attirera forcément l’attention. Essaie de voir s’il existe un autre moyen de régler le problème.
— Je le ferai », acquiesça Lala avec hésitation.
Garen but lentement son thé noir, adossé au canapé, les yeux fermés. Quelques instants plus tard, il remarqua que Lala n’était pas partie et qu’elle se tenait toujours là, à attendre. Il rouvrit les yeux.
« Y a-t-il autre chose ?
Lala tira timidement sur son tablier blanc.
« Même si je vous ai déjà causé beaucoup de soucis, j’aimerais encore savoir quelque chose… Comment va ma famille, dans la ville intérieure ? Et mon ami, mon seul véritable ami, Biz ?
— Il y a beaucoup trop de gens qui entrent dans la ville, et ils sont dispersés dans tous les sens. Retrouver des personnes en particulier serait très compliqué, répondit Garen en fronçant les sourcils. J’ai beaucoup de choses en tête, alors réfléchis bien à la récompense que tu me proposeras. Si elle est convenable, je m’occuperai moi-même de cette affaire.
— Oui, monsieur, acquiesça Lala. J’ai énormément de chance d’avoir rencontré un employeur comme vous.
— Je t’en prie.
Garen porta sa tasse de thé noir à ses lèvres et la vida d’un trait. Puis il promena son regard dans le vestibule et constata que toute la pièce était désormais impeccablement propre. Il sourit, satisfait.
« Je monte. À moins que ce ne soit important, ne me dérange pas. Je ne redescendrai pas avant le dîner.
— Très bien.
Garen entra dans son bureau et verrouilla la porte.
Les fenêtres du bureau étaient restées ouvertes ; le vent soulevait les rideaux et faisait pénétrer un peu d’humidité dans la pièce.
Il alla fermer la fenêtre vitrée, puis s’assit devant son bureau.
Il ressortit les objets qu’il avait pris à la femme blonde et les étala sur la table.
Il y avait une bourse en cuir et un petit carnet.
La bourse en cuir brun avait la taille d’un poing, mais personne n’aurait pu deviner ce qu’elle dissimulait pour être aussi renflée.
Garen défit le nœud de la bourse et en renversa le contenu sur la table avec fracas.
Les objets qui s’y déversèrent formaient apparemment un énorme tas de bijoux ornés de pierres précieuses : des bagues, des rubis, des diamants, ainsi que des améthystes, les plus coûteuses de toutes.
Garen afficha une expression surprise. Visitez novelping.com pour lire le chapitre complet.
« Serait-ce donc ça ? » murmura Garen, qui reconnut les propriétés des pierres et des bijoux.
« Des pierres d’évolution… Les différents Primers clés nécessaires à l’évolution des Totems. Le rouge indique la voie du feu, le violet des voies encore inconnues, et les diamants une évolution naturelle. Il y en a vraiment une quantité impressionnante. »
Un sourire satisfait s’étira sur les lèvres de Garen.
« Je ne pourrai pas me servir de ces objets, mais ils seront sûrement très utiles à d’autres Utilisateurs de totem. L’améthyste est un Primer d’évolution requis par de nombreux Totems. Pour nourrir les Totems avec d’autres sources, il faut des pierres précieuses de grande qualité comme Primers pendant la période d’Évolution clé, afin d’obtenir le résultat voulu. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’évolution devient chaotique et certains Totems peuvent même évoluer sans acquérir le moindre pouvoir. Je pourrai les échanger contre de belles récompenses. »
Il rangea les pierres précieuses ainsi que les bijoux de la femme. Son regard se posa ensuite sur un autre objet.
Un petit carnet en cuir noir.
Il ouvrit la première page avec précaution. Elle était couverte de notes serrées, écrites d’une main désordonnée et sans ordre apparent. Il s’agissait manifestement d’une sorte de journal.
Garen feuilleta le carnet pendant un moment, parcourant les mots qu’il arrivait à déchiffrer.
« Hein ? » Il se redressa, le regard soudain concentré, et fixa l’une des pages du carnet.
Il prit la plume dans le porte-plume, ouvrit l’encrier et la trempa dedans.
Il recopia une ligne du carnet sur une feuille blanche.
« Quinze mars. Quelle période intéressante. Un homme qui, en apparence, n’était qu’un vieux riche homme d’affaires s’est révélé être un Utilisateur de totem très puissant, en secret. Une fois la mission accomplie, trouver quelqu’un pour se débarrasser de lui. Les techniques avancées comme les Tactiques de solidification ne sont pas faciles à protéger pour des vieillards comme lui. »
Garen recopia le nom du lieu qui figurait au dos du carnet. L’écriture, légèrement floue et désordonnée, rendait les mots difficiles à distinguer. Bien que le contenu fût écrit dans la langue d’Ender, il le comprenait, à l’exception de quelques caractères tracés de travers et difficiles à reconnaître. Il était néanmoins certain que le lieu dont il avait recopié le nom se trouvait à Iron Tank City.
Il sortit le plan d’Iron Tank City et se mit à examiner les noms des lieux un par un. Son index s’arrêta aussitôt sur un endroit précis.
« Le quartier de Niester. C’est un célèbre quartier d’immigrés. Tous ses habitants viennent d’autres régions ; ce sont des gens riches ou des élites qualifiées. »
Il rangea le plan et nota l’adresse. Puis il regarda le ciel par la fenêtre.
« Il est encore tôt. Je peux aller jeter un œil. »
Après avoir pris congé de Lala, il ordonna à ses Totems de se préparer au départ.
Il sortit de la villa et bondit sur le haut du mur, où il observa tranquillement les Totems en sa possession.
Les trois Faucons géants sur le toit tournoyaient sans cesse en poussant des cris perçants, comme pour avertir les autres monstres du ciel qu’ils se trouvaient sur leur territoire.
Au sol, le Croc des marais profonds faisait aligner les huit C11 dans la cour.
Garen laissa deux C11 sur place et chargea le Lézard géant pétrifié de garder la maison. Il emmena les six autres C11.
Puis il tâcha de se rappeler l’itinéraire indiqué sur le plan et entraîna son groupe de Totems vers la ville, avançant lentement.
Le C3 repéra rapidement une brèche dans l’un des murs en ruine de la ville. On aurait dit qu’un monstre de grande taille l’avait éventré.
Garen entra dans la ville par la brèche avec le Croc géant et les C11. Elle débouchait sur le quartier des artisans, dans la ville intérieure.
Des bungalows gris-blancs s’alignaient contre les remparts, serrés les uns contre les autres. L’intérieur des bâtiments était entièrement vide et étrangement silencieux, hormis le bruit occasionnel des portes et des fenêtres en bois que le vent faisait claquer.
Le sol était couvert de terre noire et humide, parsemée d’ossements blancs et de taches de sang. Dans la forge au bord de la route, des marteaux et des plaques de fer étaient éparpillés ; quelques flèches étaient fichées dans les piliers d’un bâtiment en bois.
Flanqué des C11 et des Crocs géants, Garen s’élança dans le quartier.
Ils tournèrent un moment autour des groupes de bâtiments de la ville intérieure, avant qu’une voix ne retentisse soudain, faiblement.
« Jegula, setingdiya. »
Garen fronça les sourcils, incapable de comprendre ce qui se disait. Cela ressemblait à un dialecte local, différent de toutes les langues des Trois Grands Empires.
Il n’y prêta pas attention, mais, soudain, des sanglots de femme s’élevèrent dans la même direction.
La première voix s’enfla et se fit plus froide, comme si elle grondait la femme.
Garen continua de les ignorer et traversa le quartier. Dans ce monde chaotique, seuls les plus forts détenaient le véritable pouvoir. Ce genre d’incident était monnaie courante partout, on pouvait en voir à chaque coin de rue.
Il traversa rapidement ce vaste quartier et poursuivit sa route. Un peu plus loin, il se baissa brusquement pour éviter un grand troupeau de Lézards unicorne qui passait au-dessus de lui dans le ciel. Ces monstres considéraient les Totems d’argent comme l’un des leurs et ne les attaquaient pas sans raison. Mais si on les provoquait, ils s’en prenaient tout de même à eux, même s’ils appartenaient à la même espèce.
Garen avança avec prudence jusqu’à la tombée du soir. Enfin, le carrefour du quartier de Niester apparut devant lui.
En chemin, il trouva six caves souterraines, dans les faubourgs, où des survivants s’étaient réfugiés. Beaucoup étaient devenues de petits royaumes privés, gouvernés par les plus forts. Ceux qui s’y cachaient s’étaient faits rois, comme ils en avaient toujours rêvé, et se vautraient dans les plaisirs en piétinant sans vergogne la dignité et les intérêts d’autrui.
Garen ne leur accorda aucune attention. Il suivit plutôt l’adresse qu’il avait mémorisée et se dirigea vers la résidence de l’homme d’affaires fortuné du quartier.
Au milieu des bâtiments blancs, une maison blanche au toit rond argenté apparut aussitôt dans son champ de vision.
Une grande Chauve-souris blanche était perchée sur son toit argenté.
Elle était gigantesque : cinq mètres de haut et quatre de large. Ses deux ailes blanches reposaient contre le toit comme des lambeaux de tissu ; une fois déployées, elles mesuraient plus de dix mètres. De loin, on aurait dit un planeur blanc.
Garen ordonna à ses Totems de se disperser pour encercler la maison au toit argenté. C’était là que vivait l’homme d’affaires fortuné. De toute évidence, la maison était désormais la demeure de la Chauve-souris blanche. Si l’homme d’affaires ne s’y cachait pas, c’était qu’il avait déjà été tué.
Garen se dissimula derrière un pan de mur écroulé et passa prudemment la tête pour examiner la Chauve-souris géante.
Une chaîne de fer noir pendait à son cou couvert de poils. À l’autre bout, une boule rougeâtre de chair — le cadavre d’un homme — dégoulinait de sang.
En regardant de plus près, Garen remarqua que la chaîne de fer noir semblait pousser sur la poitrine de la chauve-souris. Ce n’était manifestement pas un objet fabriqué par l’homme.
Il libéra prudemment son Aura. Des ondes blanc doré se propagèrent lentement et enveloppèrent aussitôt le corps de la chauve-souris.
Fsss !
La chauve-souris ouvrit aussitôt les yeux, comme si elle venait de sentir quelque chose. Elle secoua la tête de droite à gauche et se mit à regarder autour d’elle.
Une grande gerbe de sang fendit l’air et repoussa momentanément l’Aura de Garen.
Fouff !
Garen gémit à voix basse et se tint la poitrine.
« Qui aurait cru que le sang d’un monstre puisse être aussi puissant ! Mon Aura vient de la fusion de mes Trois Énergies et n’appartient pas à ce monde. Je suis surpris qu’il ait pu utiliser la circulation de son énergie vitale et de son sang pour me repousser mon Aura. Incroyable ! Si on compare leur niveau à celui du monde précédent, même des bombes ou des missiles ne pourraient pas détruire une énergie vitale et un sang aussi puissants. Seules des bombes nucléaires en seraient capables ! »
C’était la première fois qu’il se retrouvait dans une situation pareille. Depuis qu’il avait atteint l’Accomplissement divin, l’énergie vitale de tout son corps s’était développée jusqu’à la limite humaine. Dès lors, même les créatures sauvages ne pouvaient guère le surpasser en puissance. Pourtant, face à cette chauve-souris, dont l’énergie vitale était d’une puissance alarmante, il comprit qu’elle possédait également une vitalité phénoménale. Tant qu’elle ne serait pas tuée, elle pourrait retrouver son état initial et se remettre aussitôt sur pied. Les créatures dotées d’une vitalité aussi puissante étaient les plus difficiles à vaincre.
« Pour entrer, on dirait que je n’ai pas d’autre choix que de tuer ce monstre », murmura Garen en plissant les yeux et en se reculant davantage.
Sur son ordre, un C11 noir pénétra lentement dans la cour. Sa grande gueule féroce pointée vers la chauve-souris, il poussa un cri strident pour la provoquer.
Fsss !
La chauve-souris ignora complètement le C11 et se comporta comme si les autres n’étaient pas là. Elle se recoucha, prête à se reposer. Mais dès que le C11 tenta d’entrer dans la maison, la Chauve-souris blanche siffla pour le mettre en garde.
Garen réfléchit un instant, puis décida de libérer discrètement le Papillon néon. Il utilisa sa poudre toxique pour en enduire les griffes de tous les C3, puis en saupoudra également sur les Crocs des marais profonds et les C11.
Même si la chauve-souris était une créature Aberration libérée par la Société Obscuro, ses attaques ressemblaient toujours à celles de la Lumière Totémique, et on ignorait encore sa véritable puissance.
Garen sortit la brochure de renseignements sur les monstres qu’il avait obtenue auprès de la Guilde de guerre et se mit à la feuilleter.