Chapitre 223
« Un niveau de puissance où l’on peut se servir de son aura pour influer sur les courants. C’est le sommet que Palosa n’avait atteint qu’à son apogée, lorsque toutes ses personnalités n’en formaient plus qu’une. »
Andrela se tenait aux côtés de Nightmare. Il observait l’aura déchaînée de Garen, qui recouvrait le ciel, et expliqua à voix basse : « C’est le niveau suprême légendaire des arts martiaux. Dans l’Antiquité, on appelait un homme capable de l’atteindre le Roi du Siècle ! Garen… il a enfin atteint ce niveau ! »
« Le Roi du Siècle… » Nightmare leva les yeux vers le pilier d’aura couleur platine. Son visage exprimait la même stupeur mêlée d’admiration. Cette aura, aussi illimitée que la mer, donnait dès qu’on l’effleurait une impression écrasante d’immensité et d’infini. Elle suffisait presque à vous mettre à genoux. « Dire que les arts martiaux pouvaient vraiment atteindre un tel niveau… » Il n’avait jamais cru qu’ils puissent aller aussi loin. Avec la propagation accélérée des armes à feu, le déclin des arts du combat était pratiquement inévitable.
Et à cet instant, l’explosion de puissance de Garen lui avait véritablement révélé le terme de cette voie.
Le ciel nocturne, noir, était presque illuminé par l’aura couleur platine. La lumière blanche perçait le brouillard, comme si les rayons du soleil baignaient réellement l’île.
Mais ce n’était pas de la lumière à proprement parler, seulement une illusion du système nerveux provoquée par la perception de cette aura.
Tous observaient les deux auras qui dominaient l’île, stupéfaits. C’était le niveau légendaire de la Solidification de l’aura, celui que l’on appelait le Roi du Siècle !
Les représentants des différentes factions qui l’entouraient reculèrent les uns après les autres, tentant d’échapper à l’emprise de l’aura couleur platine. Ils durent s’éloigner de plusieurs centaines de mètres avant d’en sortir.
À l’intérieur de cette zone, il suffisait que Garen le veuille pour que n’importe qui finisse immédiatement comme les cinq combattants d’élite. C’était comme se retrouver pris au piège dans une cage.
Garen détourna le regard et observa les alentours.
Les cinq combattants d’élite étaient tous immobilisés pour le moment et n’avaient aucune chance de s’échapper.
D’un geste de la main, il rappela brusquement l’aura couleur platine, qui se condensa derrière lui en une immense statue divine de platine.
Au même instant, la statue tendit les bras et saisit le Roi des Clowns.
Ses gigantesques bras de platine s’abattirent sur le Roi des Clowns, chargés d’une aura violente.
« Non !! » hurla le Roi des Clowns. Dans un grand bruit, une épaisse brume bleue jaillit et engloutit les mains géantes de platine.
Partout où le brouillard passait, d’épaisses couches de glace bleue se formaient sur-le-champ. Le phénomène était extrêmement étrange. Quelques brins d’herbe poussant entre les fissures furent touchés et se changèrent rapidement en flaques de liquide bleu.
Boum !!
Une nouvelle explosion de flammes jaillit du brouillard bleu.
Les mains géantes disparurent, tout comme le brouillard et les flammes. À l’endroit où se trouvait le Roi des Clowns, il ne restait qu’un amas de chair hachée.
Garen fronça toutefois légèrement les sourcils. Une explosion aussi intense de l’aura couleur platine pouvait bel et bien immobiliser tout le monde, mais elle ne pouvait durer longtemps et épuisait considérablement son esprit.
Dès qu’il rétracta son aura, les quatre autres présences se ruèrent férocement sur lui.
Le Chanceux glorieux et Bedega, le loup-garou, foncèrent de face : l’un brandissait une lame, tandis que les griffes acérées de l’autre luisaient d’un éclat rouge. L’air ondulait sous la déferlante de leurs auras sauvages et violentes. La baleine géante et le loup noir qu’ils avaient matérialisés montrèrent également les crocs à la statue de platine.
Au même moment, deux autres présences tout aussi puissantes, accompagnées de leurs courants d’aura, l’assaillirent par-derrière.
Garen renifla avec mépris et les ignora tous.
« Technique de la Statue divine, Piétinement des dix mille mammouths !! » Il croisa les bras et affronta de plein fouet les deux hommes devant lui. Des vagues d’aura invisible émanaient de son corps, tandis que le barrissement des mammouths retentissait dans les airs.
Bam !!!
Ses bras heurtèrent la lame et les griffes, dans un fracas à vous faire grincer des dents.
Une grande quantité d’aura couleur platine transperça sans pitié l’aura du Chanceux glorieux et celle du chef des loups-garous, comme une lame acérée. Tous deux crachèrent du sang et reculèrent précipitamment, le visage passant rapidement du blanc au rouge.
Deux autres bruits sourds retentirent derrière Garen. L’impact le fit tressaillir légèrement, mais il n’en tint pas compte et se rua en avant.
Tac !
Ses mains se refermèrent en griffes autour de la gorge du chef des loups-garous. L’aura couleur platine mit instantanément fin à toute tentative de résistance. Même si cela ne dura qu’un instant, ce fut amplement suffisant.
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Les os de sa gorge se brisèrent sous une légère pression. Bedega se tint la gorge à deux mains et recula, avant de tomber à genoux.
Garen ne laissa rien paraître. Sa paume droite brillait comme du jade rouge. Il la fit pivoter et intercepta celle de Palosa, qui venait de lancer une attaque surprise.
Sa paume gauche s’abattit à la vitesse de l’éclair sur l’épaule du Chanceux glorieux. Il avait profité de l’instant qui suivit la rupture de l’aura de son adversaire, lorsque celui-ci était resté momentanément engourdi.
Bang ! Bang ! Bang ! Bang !!!
Il ne porta qu’un seul coup de paume à l’épaule du Chanceux glorieux, mais quatre impacts retentirent.
À chaque bruit, l’épaule du Chanceux glorieux s’enfonçait davantage. Au quatrième, tout le côté gauche de son corps était complètement détruit.
Il recula de quelques pas, hébété. La lumière s’éteignit rapidement dans ses yeux, puis il s’effondra au sol.
« Grand frère !!! » Un cri déchirant retentit derrière Garen.
Le visage impassible, Garen se retourna vivement. Une nouvelle paume s’abattit.
Elle entra directement en collision avec la pointe acérée d’un objet semblable à un diapason.
Clang !!!
Le diapason vibra violemment. Ni sa pointe ni la paume ne cédèrent. Le général de Weisman qui lui faisait face avait le visage déformé par la folie ; toute sa peau était rouge comme un homard cuit. De toute évidence, il avait recouru à une technique secrète pour décupler sa puissance en un temps record.
Garen s’apprêtait à battre en retraite pour s’éloigner. Mais un nouveau boum retentit, suivi d’une formidable vague de puissance qui le cloua sur place.
Il tourna légèrement la tête et vit Palosa souffler sous sa moustache, une paume posée dans son dos, le visage calme.
« C’est fini. » Une voix aiguë lui parvint d’en haut.
Garen leva brusquement les yeux, les pupilles dilatées. Une silhouette bariolée fondait rapidement sur lui.
C’était le Roi des Clowns !!
Il tenait une lame runique et la pointait droit vers le bas. De petits éclats de lumière noire dansaient sur sa pointe acérée.
Ces minuscules éclats noirs suffirent à faire naître en Garen un profond sentiment de menace. Du coin de l’œil, il aperçut soudain quelque chose d’attaché à la garde de la lame runique.
Un paquet d’explosifs violets !
Au même instant, un autre général et Elysha, la cheffe des Chasseurs de démons, se ruèrent sur lui. L’un tenait une épée, l’autre un fusil, et aucun ne ralentit une seule seconde.
« Sauvez-le !!! »
Andrela et Nightmare tressaillirent simultanément et se précipitèrent de chaque côté.
Mais il était manifestement trop tard.
Garen sentait déjà sur son visage levé le tranchant de la lame runique, ainsi que sa pointe qui allait lui transpercer le front.
Soudain, il sourit légèrement.
Il ouvrit la bouche et expira.
Clang !!
Un pilier d’air blanc jaillit vers le ciel et frappa le milieu de la lame runique. Celle-ci se brisa net ; sa pointe partit de côté, traversa le front du général de Weisman, puis s’enfonça dans une statue de pierre noire avec un sifflement. Un filet de sang rouge vif la suivit.
Le sourire du Roi des Clowns se figea en un instant. Il se souvint soudain avoir montré la lame runique à Garen un peu plus tôt. Malgré lui, son corps retomba vers le sol, entraîné par la gravité.
« Paume du Roi d’Orient !! »
Garen rugit. Une aura invisible, presque solide, apparut autour de son corps. Derrière lui, Palosa fut repoussé de plus de dix pas.
Crac !!
Les mains de Garen déchirèrent le Roi des Clowns en morceaux, qui s’éparpillèrent sur la surface de pierre noire. Il ne resta même pas un os intact : cette puissance déchaînée avait tout broyé.
À cet instant, tout le monde s’immobilisa. Andrela et Nightmare eux-mêmes, qui accouraient, s’arrêtèrent net et contemplèrent les morceaux sanguinolents au sol, le cœur au bord des lèvres. Leur regard sur Garen avait changé : ils avaient l’impression de le voir pour la première fois.
« Et moi qui croyais être devenu son égal… Dire que… » Nightmare se mordit la lèvre, contrarié. « Est-ce donc là la limite des arts martiaux ? C’est insensé ! »
Andrela, lui, resta sans voix. Seuls ses doigts, crispés sur la poignée de son épée, blanchirent.
Aouuuh !!! Aouuuh !! Aouuuh !!!!!!
Au loin, des loups hurlèrent leur chagrin. Les loups-garous pleuraient la mort de leur chef. Ils ne se ruèrent pas en avant et préférèrent battre en retraite par petits groupes de deux ou trois.
Palosa, le dos appuyé contre la statue de pierre, regarda calmement Garen ; une lueur de défaite brillait dans ses yeux. Il jeta un regard aux personnes qui les entouraient.
Elysha et le général de Weisman, qui s’étaient précipités un peu plus tôt, s’étaient également arrêtés. Ils restaient sur place, sans oser s’approcher davantage.
Tous les autres combattants d’élite encore présents avaient été anéantis en un instant : le Chanceux glorieux, l’autre général, Bedega le loup-garou et le Roi des Clowns. Pour ces quatre vies sacrifiées, tout ce qu’ils avaient réussi à infliger à Garen était une petite éraflure au front.
« Je pensais que tu venais tout juste d’atteindre ce niveau et que tu ne le maîtrisais pas encore. On dirait que je me trompais. » Il poussa soudain un profond soupir. « Il y a deux clés. Et si nous en prenions une chacun ? Il n’y a plus aucune raison de nous battre. »
Il regarda Andrela et Nightmare. « Ces deux-là ne comptent pas se battre pour les clés, n’est-ce pas ? »
Garen l’observait lui aussi calmement. Depuis le début, l’expression de ce vieil homme avait à peine changé. De toute évidence, il gardait encore un atout en réserve. Même lorsqu’il s’était allié aux autres contre Garen un peu plus tôt, il n’avait pas révélé toute sa puissance.
« Prends trois de mes coups de paume. Si tu y survis, je ferai comme si cette attaque à plusieurs n’avait jamais eu lieu », lança-t-il soudain.
Palosa ne fut pas le moins du monde surpris. Il prit simplement une profonde inspiration, le visage empreint d’un sérieux sans précédent. « Trois coups ? Quel aplomb ! Mais vu ta condition et ta puissance actuelles, tu as le droit de parler ainsi. J’accepte ! »
Il avait d’abord prévu de lancer tous les combattants d’élite présents contre Garen en même temps. Même s’ils ne parvenaient pas à le tuer, ils devraient au moins réussir à le blesser grièvement. Mais c’était l’inverse qui s’était produit : ils avaient fait surgir une puissance terrifiante chez leur adversaire.
Atteindre ce niveau des arts martiaux revenait à subir une nouvelle transformation. Pour ceux qui n’étaient pas dignes d’affronter des combattants de ce calibre, c’était déjà un miracle d’avoir réussi à blesser Garen.
Palosa avait l’esprit en ébullition, mais il écarta lentement les jambes pour assurer sa stabilité. « Dire que l’atout que j’avais préparé contre Sylphalan va devoir servir contre toi plus tôt que prévu… »
Il leva trois doigts : le pouce, l’index et le majeur.
Soudain, ces trois doigts se pressèrent contre le milieu de son front et ses deux tempes.
Tac ! Un léger bruit retentit.
Palosa abaissa la main, et une immense quantité d’aura d’un blanc pur jaillit autour de lui. Elle ondula et déferla comme les vagues de la mer, avant de prendre rapidement la forme d’un gigantesque oiseau blanc.
Kriii !!!
L’oiseau géant poussa un cri étrange. Il était aussi grand que la statue de platine de Garen.
Les yeux de Palosa devinrent entièrement blancs ; aucune trace de ses pupilles ne subsistait. Ses muscles se développèrent si rapidement que ses vêtements se déchirèrent, et sa taille passa d’un mètre quatre-vingts à plus de deux mètres. Son corps tout entier avait des proportions et des lignes parfaites.
Fffou !!!
Il expira lentement. Deux piliers d’air blanc jaillirent de ses narines et s’écrasèrent au sol, où ils laissèrent même deux petites dépressions.
« Tes trois personnalités n’en font plus qu’une, c’est ça ? » Garen prit enfin un air sérieux. L’aura de Palosa avait atteint la hauteur de la sienne ; de toute évidence, dans cet état, il était de taille à l’affronter de front.
« Réussir à porter le simple Poing de l’Assassinat à un tel degré de perfection… Palosa, tu es vraiment le numéro un ! » Garen recourba une main en griffe et ferma l’autre en poing, qu’il pointa vers le ciel. Ses jambes adoptèrent une posture d’attaque. On aurait dit que tout son corps soutenait un objet colossal, d’un poids inimaginable.
« Reçois mon premier coup. » Garen se rua en avant sans un bruit. Les poings de la statue de platine se changèrent eux aussi en courants blancs qui s’enroulèrent autour de ses bras et formèrent deux pointes de platine au creux de ses paumes.